Omniprésent depuis son élection à la présidence du parti Les républicains, Laurent Wauquiez est parvenu à crever la bulle qui permettait à Emmanuel Macron de se tailler la part du lion des attentions médiatiques. Macron avait réussi à anesthésier son opposition de droite. Ce temps est terminé.

Pour émerger, Wauquiez avait besoin de cliver, de fracturer, sur le fond et sur la forme. Sur la forme, il n’y est pas allé avec le dos de la cuiller et les médias ont fait le reste, avec une mise en scène spectaculaire de polémiques successives, une sorte de feuilletonnage de la construction d’un personnage désormais présenté comme le Trump français.

Sur le fond, le virage doctrinal amorcé par Wauquiez est assez saisissant. Pour faire exister une droite qui puisse occuper un espace politique praticable dans la reconfiguration politique marconienne, Wauquiez entend achever deux droites déjà bien affaiblies : le fillonisme et le juppéisme, c’est-à-dire la droite libérale-conservatrice et la droite liquide héritière du chiraquisme, toutes deux trop solubles dans le macronisme pour prétendre s’y opposer.

La doctrine du “Wauquiez nouveau” repose sur deux piliers principaux : un discours fort sur l’identité d’une part, qui éloigne encore davantage les Juppéistes ; et un discours économique anti-libéral d’autre part, qui fait s’étouffer les fillonistes comme Retailleau. Wauquiez a enterré le programme de Fillon pour lui substituer un positionnement économique populaire et protecteur.

Analysant le récent discours de Wauquiez devant le conseil national de son parti, le quotidien Le Monde a très bien résumé l’opération dans son édition du 11 février dernier : « Wauquiez détourne la droite du libéralisme » en « mettant l’accent sur le protectionnisme et le conservatisme social ». « Dépossédé de l’électorat libéral par le chef de L’Etat, Wauquiez tente ainsi de récupérer, sur les thèmes économiques, le vote populaire FN ».

L’alliance des électorats

Cette analyse est juste, mais incomplète. Wauquiez n’entend pas seulement récupérer le vote populaire FN, mais aussi conquérir des segments d’électorat qui échappent encore en grande partie au Front national, en saupoudrant son discours d’une pincée de valeurs traditionnelles et d’une grosse cuillérée d’attention empathique aux classes moyennes et aux retraités.

D’une certaine manière, l’espace politique que Wauquiez entend désormais occuper, c’est ce que l’on pourrait appeler « l’espace Buisson », celui que l’ancien conseiller politique de Sarkozy a théorisé à grands traits comme l’alliance de la France périphérique et de la France Manif pour tous.

Pour Patrick Buisson, en effet, « le seul scénario qui fera revenir la droite au pouvoir, c’est l’alliance des électorats et non des appareils. […] L’équation est simple : faire converger la France de la Manif pour tous, une droite conservatrice, et la France de Johnny, une France populaire. Ces deux électorats sont majoritaires en France ».

Cette équation, pas si simple, que le Front national ne sait ni ne veut vraiment résoudre, Wauquiez s’y attaque sans états d’âme.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 23 février 2018

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