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Au moment où à peu près tout le monde s’interroge sur ce qui peut refaire un « Nous commun », la notion de « minorité » occupe une place importante dans l’Agora : minorité sexuelle, minorité ethnique, minorité religieuse, etc. Dans ce contexte, on entend de plus en plus parler de « minorité catholique »… chez les catholiques eux-mêmes. Une « minorité catholique ? » Il faut y réfléchir à deux fois car le terme est piégé.

Parler de « minorité catholique » ne signifie pas la même chose que de dire « il y a une minorité de catholiques ». L’idée de « minorité catholique » renvoie à un groupe socioreligieux voire sociopolitique, qui a une place en tant que tel – ou cherche une place – dans l’espace commun. L’expression « une minorité de catholiques » renvoie quant à elle à un constat numérique.

Au plan numérique précisément, il n’y a pas une « minorité de catholiques » en France mais une majorité, puisque 56% des Français se disent catholiques. En revanche, il y a une minorité de catholiques pratiquants. Alors, cette « minorité de catholiques pratiquants » fait-elle une « minorité catholique » ?

Cette notion de « minorité religieuse » est une réalité ancrée sur d’autres continents, notamment en terre d’Islam où la religion structure la société. Mais chez nous en Occident et plus spécialement en France, elle désigne non pas une manière de structurer la société, mais une manière de la déstructurer.

Allons-nous rejeter la notion à la fois antique et moderne de « citoyen » – héritée de l’histoire – au nom d’un particularisme revendiqué qui constituerait une sorte de sur-moi communautaire à dimension socioreligieuse voire sociopolitique ? Ce sur-moi communautaire aurait-il une place à prendre, des droits particuliers à défendre, des espaces de pouvoir à conquérir ?

Cette vision rejoint tôt ou tard l’acception dialectique contemporaine du concept de « minorité », qui implique une notion de rapport de force politique entre une majorité par nature opprimante et des minorités par nature opprimées. On glisse vite aujourd’hui du « nous sommes une minorité » au « nous sommes opprimés ».

Cela fait beaucoup de mal à notre pays, le désagrège et prépare la guerre de tous contre tous. Si les catholiques voient les choses ainsi, je pense que c’est un drame pour la France. Je vais être un chouïa provocateur : je me fiche bien de la place des catholiques en France, je me fais du souci pour la France.

En France, les catholiques sont des citoyens qui ont des devoirs de citoyens. Ils ne sont pas membres de la Cité par l’intermédiation d’une communauté, ils le sont directement. Cela ne signifie pas que le fait d’être catholique soit neutre. Je crois que la particularité des citoyens qui sont catholiques, c’est de prendre conscience que cela implique des devoirs supplémentaires compte-tenu de ce qu’ils portent comme héritage dans la Cité et pour la Cité entière.

Notre Cité n’est pas notre communauté religieuse ; notre Cité, c’est la France. Et notre communauté de destin, c’est le peuple français. Nos devoirs de citoyens sont envers la France et envers le peuple de France.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 6 novembre 2015

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