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Il y a quelques jours encore, je ne savais par quel bout prendre l’affaire Vincent Lambert, alors j’en parlais peu et me gardais d’avoir un avis trop net. Trop complexe, toute cette affaire… Trop complexe, ce pugilat familial. Trop complexe encore, cette situation clinique de Vincent Lambert. Trop complexe toujours, cette bataille judiciaire.

Mais la sémantique de la « complexité du réel » est une manière d’écarter le réel par ignorance volontaire. Je décrétais que le réel était vraiment trop complexe pour être appréhendé, ce qui me permettait d’éviter soigneusement toute appréciation de fond du cas d’espèce Vincent Lambert.

Quand on n’y voit pas clair dans une affaire, il faut repartir des faits et accepter de regarder la réalité en face. Il faut notamment regarder ces vidéos de Vincent Lambert, diffusées sur le site www.jesoutiensvincent.com. Ces vidéos, j’hésitais à les regarder parce que je craignais que l’émotion n’altère ma raison. C’était, au contraire, une fuite de la raison.

Finalement, je les ai regardées. Ces vidéos montrent un aspect déterminant du réel : Vincent Lambert bouge la tête, suit des yeux, fixe du regard, sa bouche s’ouvre et se ferme, son visage présente des expressions. A-t-il conscience de lui-même et de son environnement, notamment de ses proches qui lui parlent les yeux dans les yeux et qu’il regarde ? Nul ne le sait, sinon Vincent Lambert lui-même, le cas échéant.

Il y a une réalité déterminante dans cette affaire : Lambert n’est pas en fin de vie, c’est un homme lourdement handicapé au plan physique et relationnel. Non seulement il est bien vivant, mais encore est-il viable. Il n’a besoin d’aucune machine artificielle pour le maintenir en vie. Il est simplement nourri et hydraté, comme tout un chacun.

C’est ici qu’il faut affirmer avec force une chose essentielle : non, la loi Léonetti ne permet pas que l’on supprime volontairement la vie d’une personne lourdement handicapée en cessant son alimentation et son hydratation.

La loi Léonetti encadre la fin de vie : elle permet de cesser l’alimentation et l’hydratation, par exemple en phase terminale d’un cancer, alors que la maladie s’apprête à tuer le patient. On peut alors les cesser si elles entraînent une douleur ou un inconfort manifestement disproportionnés par rapport au bénéfice, en l’espèce le report de l’échéance désormais certaine et prochaine de la mort. Ici, c’est bien la maladie qui tue.

Dans le cas de Vincent Lambert, ce n’est pas son handicap lourd qui va le tuer, c’est la cessation de son alimentation et de son hydratation, réalisée par des médecins dans l’objectif délibéré de le tuer.

Le Conseil d’Etat a opéré un déni de droit car le cas Vincent Lambert n’entre pas dans le cadre de la fin de vie. La Cour européenne des droits de l’homme a également opéré un déni de droit en estimant – ce qui est fort de café – que la décision de la juridiction française ne contrevenait pas au « droit à la vie ».

Les faits sont donc les suivants : à partir d’un déni du réel, nos juridictions suprêmes opèrent un déni de justice. Ce n’est pas acceptable, ni pour Vincent Lambert qui va être injustement tué, ni pour notre société. En effet, faire ainsi sauter – par une subversion du droit -, l’interdit de tuer, ouvre la voie vers l’euthanasie des personnes lourdement handicapées.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 12 juin 2015

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