guillaume-de-premareJusqu’où peut aller la “capacité de résignation” des honnêtes gens ?

J’ai assisté cette semaine à la présentation, par un maire et trois adjoints, du schéma régional de coopération intercommunal préparé par le Préfet de région dans le cadre du Grand Paris. La communauté d’agglomération dont fait partie cette ville de 11 000 habitants va être absorbée par un grand pôle métropolitain qui regroupera six communautés de communes ou d’agglomérations, représentant plus de 400 000 habitants et 74 communes. Une sacrée “usine à gaz” en perspective, « un peu comme l’Europe » précise une adjointe.

Mais le problème majeur ne réside pas tant dans la complexité administrative que dans les transferts de compétences. La question est de savoir qui tiendra le carnet de chèque pour quels domaines de compétences. Elle est donc de savoir qui a le pouvoir. Avec quatre représentants dans la future entité, la commune sera un poids-plume dans la sphère de décision, sur des questions qui étaient jusqu’ici de son ressort. Quant aux compétences qui lui resteront en propre, elles seront réduites à la portion congrue.

Le maire et ses adjoints se préparent ainsi à être de simples courroies de transmission entre les citoyens et des lieux de décision qui s’éloignent. « Cela pose un problème de proximité », souligne le maire. Il a raison, mais il faut parler encore plus nettement pour comprendre ce qui se passe réellement. Ce qui se cache derrière ce que l’on nomme pudiquement, par euphémisme, « regroupements » et « transferts de compétences », c’est ni plus ni moins que la dissolution, progressive mais massive, des libertés et responsabilités locales dans notre pays.

Parlant récemment de la fusion des régions Aquitaine, Poitou-Charentes et Limousin, François Bayrou a dit la chose suivante : « ça part d’un principe, qui est à mon avis faux, qui est que plus c’est gros mieux ça marche ». Bayrou a raison de souligner la prétendue efficacité des grands ensembles, de dénoncer la course au gigantisme, mais le problème n’est pas d’abord technique, il est politique et il est très grave : nous assistons à la confiscation des libertés et des responsabilités là où elles sont appelées à s’exercer le plus naturellement, c’est-à-dire au plus près de la base.

Il se passe la même chose pour les communes et les régions : un processus confiscatoire. Certes, les communes ont leur mot à dire dans le fameux schéma régional préparé par le Préfet, mais leur avis est simplement consultatif. In fine c’est bien ledit Préfet qui décidera. Ce Préfet est-il élu ? Non, il ne l’est pas. La réalité est simple : ceux que nous élisons obéissent à une technostructure qui décide, exige des comptes et punit.

Les élus que j’ai entendus cette semaine sont des honnêtes gens, dévoués et compétents, qui travaillent d’arrache-pied pour leur commune. J’ai senti chez eux une forme de lassitude doublée de résignation : « ils n’ont pas le choix » comme on dit, alors ils obéissent et font au mieux avec ce qui est.

Je pourrais souligner leur sagesse. Mais cette sagesse n’est-elle pas folie ? Quand je constate la capacité de résignation et de soumission des honnêtes gens à la dissolution programmée de leurs libertés et responsabilités, je n’exclue pas que nous allions vers un monde Orwellien, dirigé par une oligarchie et administré par la technique”.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 19 décembre 2014

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