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On distingue habituellement la valeur objective de la valeur subjective du travail.

La valeur objective du travail est dans le produit ou le service réalisé par l’homme. D’une certaine manière, l’intelligence, le capital et la technique mis au service de la productivité, contribuent à la diminution de cette dimension du travail frappée de pénibilité et pouvant donner lieu à un salaire. L’homme produit plus avec moins, de temps, d’effort, de souffrance, de ressource de la nature etc.

Mais travailler c’est gagner plus qu’un salaire, c’est gagner sa vie.

Le travail en effet a aussi une dimension subjective, nous dit Jean-Paul II dans sa lettre encyclique Laborem Exercens consacrée au travail, car c’est en tant que personne que l’homme est sujet du travail. Ses actions, indépendamment de leur contenu objectif, doivent toutes servir à la réalisation de son humanité, à l’accomplissement de la vocation qui lui est propre en raison de son humanité même : celle d’être une personne.

Les sources de la dignité du travail doivent être cherchées surtout, non pas dans sa dimension objective mais dans sa dimension subjective… Cela veut dire que le premier fondement de la valeur du travail est l’homme lui même, son sujet. Le travail est avant tout pour l’homme et non l’homme pour le travail. Le but de tout travail exécuté par l’homme, reste toujours l’homme lui même qui s’accomplit par le don désintéressé du meilleur de lui-même par sa participation au travail de Dieu créateur, participation dont nul ne doit être exclu.

Le juste salaire doit donner les moyens de faire de vivre sa famille, il n’est pas que la portion du prix du produit ou du service rendu.

La vision utilitariste de l’économie réduit la politique à la maximisation des biens utiles et des biens plaisirs pour le plus grand nombre. Cet économisme matérialiste, partagé aussi bien par le libéralisme que le socialisme, traite l’homme comme un instrument de production, alors que lui seul, quel que soit le travail qu’il accomplit devrait être traité comme son sujet efficient, son véritable artisan et son créateur.

L’économisme, en réduisant la valeur du travail à sa dimension objective et donc réduite à sa valeur en pouvoir d’achat, instrumentalise l’homme en le traitant comme un objet. Nous voyons aujourd’hui l’impasse de cet économisme marqué par la plaie du chômage et dans le même temps par l’exploitation dans des conditions inhumaines des travailleurs les plus pauvres.

Le travail est un bien de l’homme. Il n’est pas seulement un bien utile ou dont on peut jouir, mais il est un bien digne, c’est-à-dire qu’il correspond à la dignité de l’homme, un bien qui exprime cette dignité et qui l’accroit. Par le travail, l’homme non seulement transforme la nature mais il se réalise lui-même comme homme, en un certain sens, il devient plus homme.

L’enseignement social de l’Église, reconnait la grandeur du service rendu à la société toute entière par celui qui utilise son capital et ses talents en donnant du travail. Elle l’invite à être responsable, c’est à dire à répondre des biens reçus et acquis pour se mettre au service des autres. L’Église formule des principes pour que l’homme qui s’accomplit en se donnant au travail, ne soit pas instrumentalisé et ne subisse pas une diminution de sa propre dignité, mais que son travail reste toujours un bien digne.

La question du sens du travail, est ou devrait donc être toujours, au cœur des enjeux d’une politique respectueuse de la dignité de la personne humaine.

Bruno de Saint Chamas

Président d’Ichtus

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