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« Une rente indexée sur un génocide continu » … C’est Jean-Marie Le Méné, le président de la Fondation Jérôme Lejeune, qui s’exprime ainsi pour dénoncer l’élimination par avortement de 94 % des embryons dépistés comme porteurs de la trisomie 21.

Jean-Marie Le Méné est réputé pour son franc-parler et son sens de la formule. L’usage, dans le débat public, du terme « génocide » est éminemment sensible. N’y a-t-il pas ici un excès caractérisé, une provocation, un amalgame insupportable, un point Godwin particulièrement malvenu ?

C’est un fait, argumente-t-il, que l’on élimine physiquement in utero la quasi-totalité d’une population en raison de ses caractéristiques génétiques. Les chromosomes sont ici le critère déterminant de l’acte d’avortement. Jean-Marie Le Méné a donc choisi soigneusement le terme qui convient, avec une volonté évidente de secouer les consciences endormies, les consciences qui se taisent parfois parce qu’il faut du courage pour mettre ainsi les cartes sur la table.

Il y a en encore un autre mot qui « fâche » dans le discours de Jean-Marie Le Méné : « eugénisme ». Là encore, il l’emploie sans hésiter, avec quelques solides raisons : n’est-il pas vrai que le dépistage de la trisomie 21 – mais aussi le diagnostic préimplantatoire dans le cadre de la fécondation in vitro – consiste à trier des personnes sur la base d’une approche qualitative ? Il s’agit bien d’une sélection des êtres humains par voie scientifique.

Jean-Marie Le Méné aborde ces sujets brûlants dans un essai intitulé Les premières victimes du transhumanisme, publié cette semaine aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Quel est donc le lien entre le transhumanisme, la trisomie 21 et l’eugénisme ? Pour l’auteur, ce que l’on nomme transhumanisme – l’homme augmenté – est déjà parmi nous avec cette logique d’élimination par voie scientifique de « l’homme diminué ».

Il nous met en garde sur le fait que le transhumanisme est aujourd’hui davantage ici que dans la perspective de l’homme bionique, du Cyborg. Il nous invite à ne pas voir la perspective transhumaniste uniquement sous l’angle d’un futur de science-fiction, parfois peut-être un peu fantasmagorique, mais de la voir aujourd’hui et maintenant dans ce qu’elle produit. D’une certaine manière, agiter le spectre du Cyborg à l’excès serait contreproductif. Il faut aussi décrire le réel, ici et maintenant.

Ce réel ne recouvre pas seulement une dimension éthique et scientifique, mais aussi bien sûr une dimension marchande. C’est pour cela que Jean-Marie Le Méné parle de « rente », dénonçant le rouleau-compresseur du Marché qui devient le maître absolu dans toute cette affaire. En bref, il y a un paquet de pognon en jeu ; et c’est le pognon qui dit le « bien » aujourd’hui. C’est l’engrenage du relativisme : lorsqu’il n’y a plus de critère moral ni de lieu de délibération sur le bien, c’est le profit qui dit le « bien ».

La plus grande idole de notre temps est là devant nous : c’est l’idole Argent, à laquelle nous sacrifions des vies.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 5 février 2016

 

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