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fractures

 

Pour 88 % des Français, « on a besoin d’un vrai chef en France pour remettre de l’ordre ». Je tire ce chiffre de la dernière étude IPSOS sur « les fractures françaises ».

Paradoxalement, si les Français affirment à 87 % que « l’autorité est une valeur trop souvent critiquée aujourd’hui », ils manifestent eux-mêmes une défiance massive envers les autorités politiques : 83 % pensent que « la démocratie fonctionne mal », 72 % que « les politiques sont corrompus », 89 % que « les politiques agissent pour leurs intérêts personnels ». Les partis politiques recueillent un taux de confiance de 8 % ; les deux assemblées, ainsi que l’Union européenne, plafonnent à 26 %.

Le paradoxe n’est qu’apparent : c’est parce que les autorités politiques sont décrédibilisées que le besoin d’autorité s’exprime avec une telle ampleur. Quand l’autorité n’est plus visible, ou désincarnée, le manque se fait sentir. Il y a aujourd’hui dans la société française des points de douleurs forts qui révèlent de manière criante le déficit politique.

Les causes de cette décomposition sont multiples : domination de l’économique et du financier sur le politique, éloignement des citoyens des sphères de décision (c’est le “syndrome Bruxelles”, mais pas seulement), hypertrophie administrative, confiscation de la chose publique par un oligopole partisan, médiocrité du personnel politique, résultats désastreux des politiques publiques, difficulté de notre système politique à incarner une figure d’autorité stable et pérenne, etc.

Sur la plupart de ces questions, malgré une diversité d’approches, il est à peu près possible d’y voir clair. Là où nous naviguons en plein brouillard, c’est en termes de solutions. Bigre, comment reconstruire ensemble quand la confiance est rompue ? Eh bien, le seul échelon politique qui échappe à cette crise de confiance, c’est la commune : 63 % des Français font encore confiance aux maires.

C’est intéressant : cela signifie que nous pouvons peut-être commencer à reconstruire par le bas. Las ! La réforme territoriale menace de produire, tout au contraire, une véritable confiscation des libertés et responsabilités locales ! Voilà qui devrait motiver une véritable fronde des maires appuyée par le peuple.
Or, quand on entend François Baroin, le président de l’Association des maires de France, il est principalement question de dotations financières, mais le sujet des libertés et responsabilités locales est absent de son propos. Et c’est le grand absent du débat public aujourd’hui.

Il n’y aura pas de véritable renouveau civique qui ne passe par des institutions, par des autorités : il est temps de remettre les communes au cœur de la chose publique, à contrario de l’aspiration pyramidale des compétences actuellement préparée par une oligarchie inquiète de ses pouvoirs.
Il est urgent de défendre et exercer les libertés en bas si nous voulons progressivement, par cercles concentriques, reconstruire une autorité juste et respectée en haut.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 29 avril 2016
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