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Jean-Ousset-300x248L’Action, p. 239  à 242. Se procurer l’ouvrage.

Cinquième partie : Conclusions et directives

 

Chapitre I : Une élite d’hommes

 

Au moment où des français se lèvent pour défendre la dignité de toutes les personnes et de toute la personne, en particulier des plus fragiles, que faire pour une action durable ?  Ce livre est un maître livre pour bien penser l’action en fonction du but poursuivi.  Tout homme ou femme d’action le lira avec profit pour inspirer son engagement. Jean Ousset est le premier en effet à avoir méthodiquement formaliser une doctrine de l’action culturelle, politique et sociale à la lumière de l’enseignement de l’Eglise pour concrètement répondre au mal par le bien. Action de personne à personne et actions multiformes en réseau, ses intuitions sont mises en œuvre magnifiquement dans l’utilisation d’internet. A l’encontre des pratiques révolutionnaires et de la dialectique partisane, si l’amitié est le but de la politique, Jean Ousset nous montre comment pour agir en responsable, l’amitié en est aussi le chemin.

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Selon les propres termes de saint Pie X[1]

« Il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle (…). On ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie… Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété. Omnia instaurare in Christo ».

Tâche immense de reconstitution des tissus sociaux, de revitalisation des cellules sociales.

Or, pour une action pareille, il faut des hommes.

  • Il faut une élite d’hommes non seulement instruits, habiles, résolus, tenaces mais divers à l’extrême. Répandus en tous lieux et milieux. Laïcs courageux et conscients de leurs responsabilités. Rien d’efficace et de vraiment profond n’a été fait, dans l’histoire, sans cette formation préalable et intense de quelques-uns.
  • Une élite d’hommes qui, ayant bien saisi l’esprit de ce qui est à faire, soient capables d’en suggérer, promouvoir, orienter, poursuivre l’exécution. Inlassablement.
  • Une élite d’hommes unis, dans et par la seule doctrine, mais non agglutinés en formation compacte.
  • Une élite d’hommes assez vigoureusement trempés pour que, tout en étant UNS par la doctrine, par le même sens des méthodes, par une réelle amitié au service du vrai, ils ne soient ni décontenancés, ni découragés par l’impression d’un isolement inévitable ; attendu que, selon les modalités d’une action pareille, chacun risque de se trouver dans des activités ou régions très différentes.
  • Une élite d’hommes qui soient tout à la fois en relation et dispersés.
  • Une élite d’hommes qui soient tout à la fois créateurs d’unité et de diversité.
  • Une élite d’hommes qui soient agents d’harmonisation, de concertation de toutes les forces saines. Sans menace pourtant d’unitarisme, de massification ! Sans que soient compromises la pluralité, la diversité essentielle à toute activité sociale !
  • Une élite d’hommes qui sachent respecter l’autonomie des initiatives louables, qui les comprennent, qui sachent les aider, sans se laisser absorber, aveugler par ce qu’il y a toujours d’un peu égoïste en chaque entreprise.
  • Une élite d’hommes qui, quels que soient les devoirs, charismes, missions, vocations, fonctions de chacun, sachent garder le sens du plan général de l’action, le sens de contacts plus nombreux à établir, d’opérations plus larges à organiser, de synchronisations plus fécondes à régler.
  • Une élite d’hommes qui, quels que soient leurs engagements sociaux, leurs options politiques aient par-dessus tout un esprit commun qui les empêche de borner le regard à leur activité particulière. Non que ces hommes soient invités à n’y avoir qu’un rôle de principe : adhérents ou militants pour la forme et dont le cœur serait ailleurs. Leur engagement ne peut être fécond que s’il est réel. Mais il leur est demandé de garder, et communiquer autour d’eux, le sens du combat général. Que celui qui milite dans le syndicalisme, par exemple, y milite loyalement ; mais sans prendre les dimensions de son combat pour les dimensions mêmes du combat plus large où son action particulière trouve sa place et ses limites.

Et le même raisonnement peu s’adapter à mille cas, qu’il s’agisse d’un membre des A.P.E.L. ou de l’adhérent d’un parti politique.

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Une élite d’hommes qui, pour engagés qu’ils soient en telles actions diverses, n’en constituent pas moins, au-dessus de ces dernières, un esprit générateur d’union, de concertation par intelligence réciproque des diverses options ; favorisant ainsi la complémentarité, la solidarité des initiatives.

Une élite d’hommes désintéressés. Simples et purs d’intention, comme des colombes ; mais prudents et souples dans l’action, comme des serpents.

Cette élite d’hommes dont a parlé Le Play… :

« Qui ne songe qu’au bien public, qui ne demande rien pour elle, rien pour ses parents, qui laisse de côté gloire… vanité… »

Car ce sont toujours, écrit Maritain[2]

« Les petites équipes et les petits troupeaux qui ont fait le grand travail. Il semble que dans notre âge il doive en être ainsi plus que jamais, précisément parce qu’il sera (il l’est déjà) un âge de massification par la technique (…). C’est plus que jamais l’affaire des petites équipes et des petits troupeaux de se battre plus efficacement (…). De tels rayonnements invisibles portent loin, ils ont dans l’ordre de l’Esprit la même sorte d’incroyable pouvoir que la fission de l’atome dans l’ordre de la matière ».

Centrales d’énergie dont il est très significatif qu’on ait pensé à les définir : un minimum d’hommes donnant leur impulsion à un maximum d’autres.

Ce qui suffit à suggérer qu’il ne saurait être question d’une troupe arbitrairement désignée, administrativement constituée, honorifiquement hiérarchisée… comme a priori.

Car le stade est affreusement dépassé de ces regroupements spectaculaires de « leaders »[3] qui, en fait, n’ont jamais rien conduit.

Ce qu’il importe de comprendre c’est que la constitution d’une élite civique, SPECIALISTE de la stratégie politique et sociale est indispensable.

Or la constitution d’une élite ne se décrète pas. On travaille, on s’applique à la former. Le devoir est de tout mettre en œuvre pour y parvenir. Quant au succès du résultat il n’appartient qu’à Dieu.

Si, pour être chevalier, il n’avait suffit jadis que de s’inscrire, pas un couard n’y aurait manqué !

Ce qui consacre une élite, ce sont les services effectivement rendus.

Pas une sélection arbitraire ou a priori.

C’est à la qualité de travail que se découvre la valeur de l’ouvrier.

Car le nombre est toujours grand de ces conseillers dont la virtuosité dans le dire n’a d’égale qu’une incapacité absolue dans le faire.

C’est donc moins par sa parole que par son application, sa prudence, son habileté dans l’action que cette élite doit être reconnue.

Et s’il est vrai qu’une formation théorique est nécessaire, il n’est pas moins indispensable de régler au mieux ses conditions et modalités de l’action qui permettront, à ceux qui en sont dignes, de se révéler, en faisant leur preuve.

Il est vain d’espérer quoi que ce soit de cette espèce d’hommes qui, brillants peut-être, n’ont pourtant jamais rien fait. S’étonnant malgré tout qu’on puisse progresser sans eux. Et qui ne seraient satisfaits que si les réalisations des autres étaient bonnement livrées à leurs expériences de velléitaires perpétuels.

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[1] Lettre Notre charge apostolique.

[2] Le paysan de la Garonne, p. 249, 251 et 252.

[3] De l’anglais : to lead : conduire.

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