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Durant ces élections régionales, on a finalement très peu parlé des régions : ni de certains regroupements vivement contestés ; ni des projets régionaux portés par les candidats ; ni de la logique d’ensemble qui sous-tend cette réforme territoriale dont les enjeux réels sont ignorés du plus grand nombre.

Lors du dernier colloque Catholiques en action à Paris le 29 novembre dernier, Xavier Lemoine a décrit la pente glissante sur laquelle nous sommes engagés : il s’agit, selon lui, de tout un tas de petites choses qui, prises individuellement, passent presque inaperçues, mais qui, mises bout à bout, constituent un processus confiscatoire des libertés et responsabilités locales.

Alors que l’on entend parler sur toutes les ondes de cette nécessité de « faire de la politique autrement », notre pays évolue vers la négation de ce qui pourrait être le fondement d’une « politique autrement », c’est-à-dire une valorisation des dynamiques locales, là où le citoyen est le plus proche de la chose publique concrète, là où il a ses responsabilités immédiates, là où il devrait pouvoir agir à l’abri des logiques partisanes.

Mais l’hystérisation du débat public détourne l’opinion des véritables défis, elle exerce même sur le peuple une violence psychologique de masse qui confine à ce que Serge Tchakhotine nomme « le viol des foules par la propagande politique ». Notre classe politique devient de plus en plus violente. Dans ces conditions, « la politique autrement » devient une nouvelle promesse creuse.

Dans la dernière étude Cevipof de février 2015, les partis politiques se situent à 14 % de taux de confiance ; et les médias à 30 %. C’est significatif de la défiance du peuple envers ceux qui tiennent le manche et le crachoir. La confiance n’existe pas non plus dans les pouvoirs économiques : les banques sont à 34 % de confiance et les grandes entreprises privées à 48 %. Quant aux syndicats – supposés défendre les petites gens contre les puissants -, ils sont en queue de peloton avec 29 %. Seuls les partis font pire.

La même étude Cevipof nous apprend que l’état d’esprit public qui domine aujourd’hui se résume en trois mots : méfiance, morosité et lassitude ; quand les notions de confiance, sérénité et bien-être sont en chute constante. C’est dans ce contexte bien difficile qu’il faut reconstruire la chose publique.

Voici ce qu’écrivait Jorge Bergoglio comme archevêque de Buenos Aires[1] : « Nous devons reconstruire de façon organisée et créative le rôle d’acteurs auquel nous n’aurions jamais dû renoncer. Nous ne pouvons plus pratiquer la politique de l’autruche en laissant les dirigeants faire et défaire. Parce que nous savons ce qui se passe quand le pouvoir politique et économique se détache des gens ; et parce que la reconstruction n’est pas la tâche de quelques-uns mais de tous. »

Je forme le vœu que les hommes et femmes de bien qui ont été élus dimanche – il y en a – se détournent des luttes partisanes pour s’atteler, à leur place d’élus et avec les citoyens, à cette tâche commune de reconstruction, en récusant de toutes leurs forces les cartels d’intérêts qui s’opposent avec violence et mènent le pays à sa fracturation.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 18 décembre 2015

[1] « Je crois en l’homme – Conversations avec Jorge Bergoglio », Ed. Flammarion, 2013 (publié en Argentine en 2010)

 

 

 

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