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Jean-Ousset-300x248L’Action, p. 265  à 269. Se procurer l’ouvrage.

Cinquième partie : Conclusions et directives

 

Chapitre IV : Notes pour une action plus organique (2e degré)

 

Au moment où des français se lèvent pour défendre la dignité de toutes les personnes et de toute la personne, en particulier des plus fragiles, que faire pour une action durable ?  Ce livre est un maître livre pour bien penser l’action en fonction du but poursuivi.  Tout homme ou femme d’action le lira avec profit pour inspirer son engagement. Jean Ousset est le premier en effet à avoir méthodiquement formaliser une doctrine de l’action culturelle, politique et sociale à la lumière de l’enseignement de l’Eglise pour concrètement répondre au mal par le bien. Action de personne à personne et actions multiformes en réseau, ses intuitions sont mises en œuvre magnifiquement dans l’utilisation d’internet. A l’encontre des pratiques révolutionnaires et de la dialectique partisane, si l’amitié est le but de la politique, Jean Ousset nous montre comment pour agir en responsable, l’amitié en est aussi le chemin.

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Disons, pour être clair : notes pour une action moins exclusivement fondée sur la seule impulsion personnelle de quelques-uns. Ou, si l’on préfère, notes s’appliquant davantage à une action intergroupe, à une action aux structures plus institutionnalisés.

  • Aide à des organismes existant déjà (ou que l’on peut susciter).
  • Aide tendant au meilleur rendement de ces organismes.
  • Revitalisation de corps intermédiaires par l’influx d’éléments plus dynamiques en interventions éducatrices. Interventions qui peuvent prendre maintes formes (carrefours, commissions, groupes de réflexion…).

Que chacun s’attache à faire le compte, en chaque pays, des hommes de caractère ou de talent, des groupes, mouvements, syndicats, clubs, bureaux, périodiques ou cercles qui, même si quelque brouille ou rivalité les oppose, n’en sont pas moins d’accord avec l’essentiel. Et dont un élémentaire travail de synchronisation pourrait décupler la fécondité, sans démarche indiscrète ou contraignante.

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41. Atteindre les élites

Il sera toujours nécessaire de rappeler ce devoir essentiel d’aider les corps intermédiaires, naturels ou légitimes, mettant le plus grand soin à respecter l’intimité, la psychologie de chacun.

La société est composée de corps sociaux (juridiques, militaires, culturels, économiques, etc.). La vie de ces corps est assurée par le rayonnement de leurs élites. Ce sont ces élites qu’il faut atteindre.

Pour rayonnantes que soient la formation personnelle, l’action individuelle, ce sont là formules rudimentaires. Il est très important de chercher à procurer un champ plus vaste et surtout plus fertile à ces rayonnements personnels.

Selon qu’elle tombe sur les pierres du chemin, sous les ronces ou dans la bonne terre, la même graine peut ne rien produire ou porter cent pour un.

A ceux qui militent dans un organisme politique, syndical, etc. (pour peu que ces organismes soient acceptables) il importe de fournir ce surcroît décisif nécessaire à la rectitude idéologique et à l’efficacité dans l’action.

Ne rien négliger pour persuader les éventuels « leaders » de ces organismes qu’une bonne formation théorique et pratique décuplera nécessairement la valeur de leurs militants.

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42. Diffusion par capillarité

L’action devra toujours se diversifier au gré des multiples réseaux sociaux. Pas de planification intempestive sous prétexte d’unité. L’unité est dans l’esprit qui doit être commun à tous. Elle n’est pas dans les recettes concrètes de l’action. Elle se manifestera progressivement. A l’imposer trop vite, on risque de tout briser.

Prendre soin de laisser aux membres de ces groupes ou associations la juste initiative de leur spécialité.

Eviter, par-dessus tout, de paraître vouloir les « coiffer » ou, à plus forte raison, de paraître vouloir les « annexer ».

Sans oublier qu’une précieuse réciprocité ne peut manquer de se produire.

  • Au militant trop absorbé par l’action quotidienne, il est certain qu’un apport plus général des notions plus élevées sont indispensables.
  • Les plus sûrs théoriciens, à leur tour, devenant odieux et parfaitement inefficaces s’ils n’ont aucun contact avec la base ; autant dire, avec les réalités concrètes de l’action journalière.

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43. Etre concret

Eviter l’esprit verbeux et livresque qui surabonde en vues abstraites, incapables de s’attacher au réel concret…

Il ne suffit plus de « dire la vérité ». Le climat matérialiste, le fléchissement intellectuel, l’esprit de compromission ou d’abdication sont tels que la simple affirmation du vrai n’atteint plus guère les intelligences, ne touche plus les cœurs. Plus encore que d’exposer des vérités, nous devons les porter à des effets pratiques.

On peut professer rigoureusement le vrai, en tout académisme sans livrer le moindre combat pour la vérité.

En conséquence, il importe de s’attacher au soutien, à l’aide, à la meilleure formation, au réconfort de ceux qui mènent déjà « le bon combat ».

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44. Rapports inter-groupes 

Travailler à l’assainissement doctrinal dans la vie sociale elle-même, laquelle est surtout faite de rapports inter-groupes, inter-institutions. Que la réforme des esprits s’opère ainsi au contact des vrais problèmes, à l’abri des vraies responsabilités. La nature des choses et l’expérience constituent la matière indispensable à toute formation sociale intégrale.

Ce qui ne peut pas ne pas favoriser chez ceux dont dépend plus directement l’animation des corps intermédiaires le rétablissement du couple décisif : compétence doctrinale + expérience de la vie politique et sociale concrète.

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45. Concertation 

Chaque fois que les compétences indispensables seront réunies – et que les circonstances le permettront – intérêt des « brain-trusts » se réunissant en brèves rencontres, pour déterminer les opérations, contacts, visites souhaitables dans les milieux cadres ou dirigeants des divers groupes sociaux, politiques, culturels, économiques, etc.

Au cours de ces opérations (contacts, visites, etc.), prendre soin de montrer que ce que l’on propose n’est pas l’inféodation du groupe ou mouvement envisagé à une centrale idéologique quelconque, mais un appui théorique et pratique d’une nature telle qu’il ne peut affecter l’indépendance dudit groupe ou mouvement.

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46. Ne pas débaucher 

Ecarter jusqu’à la simple apparence de ce qui pourrait être dénoncé comme un « débauchage » plus ou moins insidieux.

Maintes personnes ayant déjà des engagements ou participant à une action organisée craignent souvent d’être sollicitées pour autre chose que ce à quoi elles se donnent déjà, sinon d’être recrutées ou de tomber sous le contrôle de quelque organisation extérieure. Ces incompréhensions ne seront évitées qu’en montrant bien qu’on ne cherche pas « à recruter », mais à rendre plus universelle la mobilisation des énergies contre les progrès du totalitarisme moderne. Il ne s’agit pas de rallier un mouvement, mais de montrer comment les engagements les plus divers peuvent être valorisés par une action doctrinale mieux pensée.

Les réflexions porteront sur

  • la formation de cadres ;
  • l’importance décisive de quelques éléments entraînés et résolus ;
  • la nécessité d’un sens critique de l’action menée ;
  • le sens des grandes finalités ;
  • la complémentarité des efforts dans la diversité des entreprises.

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47. Au service d’autres organismes

L’influence est toujours possible dans un milieu, voire une organisation (à peu près saine) quelles que soient les contraintes qui y règnent. Mais une action directement et méthodiquement éducatrice peut se heurter à des obstacles sérieux : retours de flammes à craindre dans tel secteur déjà conquis par telles entraves subversives.

Se limiter à quelques bons propos sans portée n’est pas une solution. Risquer quelque franche contre-attaque, susciter quelques tensions dangereuses ne l’est pas davantage.

Le mieux est de proposer à l’interlocuteur une rencontre avec telle personne… (plus qualifiée) sinon de prendre contact avec tel organisme (plus spécialisé…).

De proche en proche, le climat idéologique du milieu ou du groupe en question peut se modifier sans qu’il y ait crise interne. Une institution peut être ainsi revitalisée, en dehors de tout noyautage perturbateur, par simple travail d’éducation « à la périphérie ».

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En tout, le rôle essentiel est celui de serviteur.

Une longue expérience nous a appris que les occasions (légitimes !) d’exercer une pression et, à plus forte raison de commander, sont rares et presque toujours dangereuses.

Il importe de gagner la confiance, de savoir rendre service, d’être utile pour le règlement de tel problème important ou délicat, de ne pas exercer un pouvoir sans proportions avec le capital de confiance effectivement acquis. En gardant de solides marges de sécurité.

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