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JP II DLe Pape combien de divisions ?» Lorsque Staline ironisait sur l’impuissance du Vatican, il n’imaginait certainement pas que le Pape Jean-Paul II jouerait, quarante ans plus tard, un rôle décisif dans l’effondrement du communisme.

 

Le syndrome polonais

De fait, il est incontestable que la cause de l’ébranlement du système soviétique réside bien moins dans l’élection de Mickhaïl Gorbatchev, comme nouveau secrétaire général du PCUS en mars 1985, que dans l’élection d’un pape slave et polonais en octobre 1978. Election qui eut un immense impact, non seulement en Pologne, mais dans l’ensemble des pays socialistes. D’où la tentative d’assassinat, vraisemblablement commanditée par le KGB, qui faillit coûter la vie au Saint-Père, Place Saint Pierre à Rome, le 13 mai 1981.

Mickhaïl Gorbatchev n’eut jamais d’autres préoccupations que de réformer le communisme et moderniser l’Union soviétique ou, pour reprendre l’expression du Pape : de changer le système sans changer de système. En tout état de cause, sa politique religieuse ne reflétait pas à l’époque ce «libéralisme» que, déjà, les Occidentaux voulaient à tout prix lui reconnaître, puisqu’en novembre 1986, Gorbatchev en appelait encore à «perfectionner la lutte résolue et impitoyable contre les manifestations religieuses», à «renforcer la propagande athéiste» et sanctionner «sévèrement» les responsables qui «participent à des cérémonies religieuses» propos rapportés par Pravda Vostoka du 25 novembre 1986.

Et Bernard Lecomte de rappeler que « le dernier réformateur à la tête du PCUS, l’homme de la déstalinisation, le jovial Nikita Krouchtchev, fut aussi un des plus farouches ennemis de la religion. C’est sous son règne, alors que l’Occident célébrait déjà le « dégel », que l’on a fermé la bagatelle de 13.000 églises »[[Bernard Lecomte, in La vérité l’emportera toujours sur le mensonge, Ed JC Lattès, p. 306.]].

D’emblée, rappelle Denis Lensel, Jean-Paul II devint, en 1979, «le porte-parole naturel des chrétiens des pays de l’Est réduits au silence, voire à la clandestinité. Quinze jours après son élection, il déclarait : «Il n’y a plus d’Eglise du silence : aujourd’hui elle parle par la voix du Pape»». De fait, «les interventions de Jean-Paul II vont démultiplier l’influence du catholicisme polonais dans les pays de l’Est, et ses voyages dans sa patrie précipiter l’évolution des choses comme un puissant catalyseur»[[Denis Lensel, Le passage de la Mer Rouge, p. 136.]].

«La révolution communiste a éclaté à Pétrograd en 1917. La révolution anti-communiste a commencé à Gdansk en 1980»[[La vérité l’emportera toujours sur le mensonge, p. 337.]], renchérit Bernard Lecomte qui souligne à quel point les accords de Gdansk, signés le 31 août 1980 à la suite des grèves de la Baltique, constituaient pour le syndicat Solidarnosc «une incroyable victoire » dont l’enjeu dépassait très largement le cadre polonais ; car «un parti communiste, bon gré, mal gré, peut tolérer bien des choses – agriculture privée, liberté du culte – mais pas la remise en cause du «rôle dirigeant» du parti au pouvoir. Or, l’indépendance syndicale consentie par les accords de Gdansk, c’est bel et bien une lézarde dans le sacro-saint monopole du POUP sur la société polonaise»[[Ibid, p. 148.]]. Brutalement remise en cause par l’instauration de «l’état de guerre» au profit du général Jaruzelski en décembre 1981, cette liberté syndicale sera rétablie en avil 1989 et finira par avoir raison du pouvoir en place.
De ce point de vue, précise Bernard Lecomte, Solidarnosc ne s’est pas contenté d’incarner, pour l’ensemble des populations du bloc socialiste, «un syndicat de dix millions de membres, un mouvement social exceptionnellement puissant, c’était la forme la plus sophistiquée qu’ait pu prendre une opposition de masse dans un système communiste, la preuve que la victoire était possible sans contre-révolution armée, sans effusion de sang»[[Ibid, p. 160.]], c’est-à-dire dans un esprit chrétien.

 

L’ostpolitik

L’évolution des choses aurait sans doute été très différente en Europe de l’Est si Jean-Paul II n’avait fait que poursuivre la politique de ses deux prédécesseurs à l’égard des pays socialistes ; politique inaugurée en 1962 par Jean XXIII qui, pour obtenir du patriarcat de Moscou l’envoi d’observateurs au Concile, avait alors «pris l’engagement à l’occasion de son dialogue avec l’Eglise orthodoxe russe, qu’il n’y aurait pas dans le Concile d’attaque directe contre le régime communiste», ainsi que le rapportait à l’époque l’hebdomadaire communiste France Nouvelle du 16 janvier 1963.

Cette Ostpolitik, poursuivie par Paul VI dans les années 60 et 70 sous la responsabilité du cardinal Casaroli et du cardinal Jean Villot, camerlingue, semble ne pas avoir donné que d’heureux résultats.

«L’exemple hongrois est le plus évocateur, écrit à ce propos Bernard Lecomte, d’autant que c’est à Budapest qu’a réellement commencé l’Ostpolitik, au printemps 1963. Mr Casaroli signe un premier accord baptisé «entente», avec le gouvernement hongrois, le 15 sptembre 1964, alors que six évêques et plusieurs centaines de prêtres sont «empêchés» et que le primat, Mgr Mindszenty, est toujours réfugié à l’ambassade américaine. Six évêques sont nommés avec l’aval des autoités, mais à condition qu’ils prononcent un serment de fidélité à la République socialiste (…). Fragile accord, dont l’Etat profite, au passage, pour réduire la contestation à la base : en mai 1965, trente prêtres indésirables sont condamnés par le pouvoir communiste»[[Ibid, pp. 64 à 67.]].
Un peu plus tard, en 1971, l’année même du voyage de Mgr Casaroli à Moscou, «le pape accepte d’abandonner un principe essentiel : il annule son décret de 1957 interdisant aux prêtres d’exercer des activités politiques, laissant juge l’épiscopat local ; et il lève en même temps l’excommunication à l’encontre des «prêtres pour la paix», collaborateurs du régime. C’est une catastrophe, également, pour les fidèles de Tchécoslovaquie, où le pouvoir a installé partout des évêques appartenant au mouvement des «prêtres pour la paix», piloté par un membre du gouvernement».

En Pologne, c’est par méfiance à l’égard de cette politique que Mgr Wyszynski et Mgr Wojtyla (le futur Jean-Paul II) «font savoir au Saint-Siège qu’il n’est pas question pour eux d’accepter l’idée même d’un représentant permanent du Saint-Siège en Pologne»6 et Mgr Wyszynski, au synode d’octobre 1978, «réitérera ses avertissements sur le prétendu dialogue avec le pouvoir communiste, et le rôle réel des Offices des cultes, ces «ministères» chargés, dans chaque pays de l’Est, d’organiser le déclin des religions. Mgr Wyszynski est clair : il ne faut pas traiter avec eux, et surtout pas par-dessus la tête des épiscopats locaux, point final ! Mgr Tomasek, le Tchèque, l’approuve en demandant une « pause » dans l’Ostpolitik vaticane».

 

L’épreuve de force

La «pause», ou plus exactement le revirement, ne se produira qu’après l’élection du Pape Jean-Paul II, «convaincu que l’Ostpolitik menée par ses deux prédécesseurs était une erreur»[[Ibid, p. 72.]]. Le changement de ton est immédiat : répondant à la question d’un journaliste dans l’avion qui l’emmène au Mexique pour son premier voyage pontifical le 25 janvier 1979, Jean-Paul II dira du socialisme : « S’il s’agit d’une version athée, non compatible avec le concept chrétien de l’homme et de ses droits, ni avec la morale chrétienne, je pense alors que ce socialisme est inacceptable ».

Dix ans plus tard le discours est toujours identique et, dans une letre du 1er septembre 1989 écrite pour le cinquantenaire du déclenchement de la seconde guerre mondiale, le Pape stigmatisera «le paganisme nazi comme le dogme marxiste qui ont en commun d’être des idéologies totalitaires avec une tendance à devenir des religions de substitution…». On ne saurait être plus clair.
Entre temps, Jean-Paul II sut «dynamiser» ou «retourner» certains prélats comme le vieux cardinal Tomasek qui, dans les années 70, «ne croit plus à la volonté de résistance du Saint-Siège»[[Ibid, p. 225.]]. Et loin de s’en tenir à quelque condamnation «verbale» du communisme, il refusa de procéder à toute nouvelle nomination d’évêques compromis avec le régime. De cette véritable épreuve de force, qui tournera peu à peu à son avantage en raison de sa détermination, le Pape et l’Eglise sortiront finalement vainqueurs…

A terme, pouvait-il en être autrement ? Au ministre des cultes polonais, Kasimir Kakol, qui lui disait en 1975 : «vous n’obtiendrez rien de nous tant que vous ne ferez pas une déclaration sur l’irréversibilité du régime actuel», Mgr Luigi Poggi, nonce itinérant du Pape, avait rétorqué, cinglant : « «rréversibilité ! Monsieur le Ministre, nous avons une expérience de 2000 ans. Citez-moi un régime politique qui ait duré tout ce temps ?».

Un chrétien d’Europe de l’Est (catholique et même orthodoxe ou protestant) peut-il ne pas être convaincu que la Providence n’est pas pour beaucoup dans l’élection en 1978 du premier Pape non italien depuis 455 ans, mais surtout du premier Pape slave et polonais de l’Histoire ? Et par là-même, dans la chute des régimes communistes et la réunification de l’Europe («un miracle», dira le Président tchécoslovaque Vaclav Havel) que bien peu d’observateurs se seraient risqués à prophétiser, même quelques années avant qu’elles ne se produisent ?

Jean-Paul II, pour sa part, n’en a jamais douté. «C’est peut-être pour cela que Dieu l’a choisi, que l’Esprit l’a guidé (…). Dieu ne veut-il pas, l’Esprit-Saint ne dispose-t-il pas que ce Pape polonnais, ce pape slave, manifeste justement maintenant l’unité spirituelle de l’Europe chrétienne, débitrice des deux grandes traditions de l’Est et de l’Ouest ?»[[A Gnierzno, en Pologne, le 3 juin 1979.]].

Mais comment ne pas voir qu’indépendamment du rôle joué par Jean-Paul II, les chrétiens eux-mêmes ont été, comme le démontre d’ailleurs Denis Lensel, «les principales victimes du système communiste athée» et qu’«ils en sont devenus les adversaires les plus redoutables, puis les vainqueurs» ?[[Le passage de la mer Rouge, p. 11.]]. Que rien n’eût été possible sans l’engagement, le sacrifice ou le martyre de quelques-uns ? C’est, une fois encore, l’occasion de méditer le mot d’ordre de Jeanne d’Arc à Poitiers : «Les hommes d’armes batailleront, et Dieu donnera la victoire» !

 

Les catholiques en première ligne

Si les chrétiens à cette époque ont bien été « les principales victimes et les adversaires les plus redoutables du pouvoir », les catholiques, pourtant globalement minoritaires à l’Est, se sont particulièrement illustrés par leur résistance et leur combativité. Bernard Lecomte fait ce constat apparemment simpliste, mais significatif : lors des élections libres organisées en Europe centrale en 1990, écrit-il,
– « les communistes ont été laminés en Pologne, Hongrie, Slovaquie, Croatie, terres catholiques ;
– ils ont gardé un fort impact en Roumanie, Bulgarie, Serbie, terres orthodoxes;
– ils domineront, plus tard, le premier scrutin en Albanie, terre musulmane ».

Ces résultats, poursuit-il, «ne sont pas dus au hasard. En Europe centrale, la contestation anti-marxiste et anti-totalitaire a toujours été plus forte en Pologne, en Hongrie, en Slovaquie, pays presque unanimement catholiques. De même, en URSS, les deux régions qui n’ont jamais supporté la férule de Moscou, depuis la guerre, furent la Lituanie et l’Ukraine occidentale, les deux bastions du catholicisme soviétique».

Quant à l’éclatement de la Yougoslavie, il est le fait «des deux républiques catholiques, la Slovénie et la Croatie, pressées de quitter une fédération encore dominée par les ex-communistes».
Enfin, «c’est dans les pays de tradition catholique – sans que la dimension religieuse soit forcément présente – que le PC soviétique a connu ses plus gros soucis : insurrection de Budapest (1956), printemps de Praque, à forte influence slovaque (1968), émeutes ouvrières en Pologne (1970 et 1980)»[[La vérité l’emportera toujours sur le mensonge, pp. 101-102.]].

Cette situation n’est évidemment pas sans rapport avec les condamnations portées par l’Eglise à l’encontre du communisme, que Pie XI qualifiait d’«intrinsèquement pervers» dans l’encyclique Divini Redemptoris en 1937, tandis qu’un décret du Saint-Office en 1949 menacera même d’excommunier les catholiques affiliés au parti communiste.

Mais elle résulte, plus fondamentalement, de la doctrine et de la tradition catholique, contraires à toutes formes de subordination du pouvoir spirituel (l’Eglise) au pouvoir temporel (l’Etat).
Non point que le clergé catholique ait toujours su éviter le piège de la collaboration, lorsqu’avec le sentiment d’être «lâché» par le Vatican, le rapport de forces ne lui permettait plus de défier le pouvoir en place (Tchécoslovaquie, Hongrie, Roumanie…). Mais les catholiques se sont efforcés de garantir au mieux leur indépendance, les églises orthodoxes et protestantes ne semblant pas y attacher la même importance.

La résistance de nombreux catholiques au communisme, écrit Bernard Lensel, tient également à «la tradition – d’ordre théologique ou au moins philosophique – qui pousse les catholiques, en tant que tels, à se battre sur le terrain politique»[[Ibid, p. 105.]], au grand dam du pouvoir qui ne pouvait tolérer qu’une Eglise repliée dans le sanctuaire et, par là même, privée de toute influence sociale.

 

La doctrine sociale de l’Eglise

A cet égard la supériorité du catholicisme ne réside-t-elle pas précisément dans l’existence d’une doctrine sociale de l’Eglise ?
Il ne fait aucun doute, par exemple, qu’une encyclique comme Laborem exercens sur le travail humain et la liberté syndicale (1981) eut de profondes répercussions en Pologne, renforçant la détermination de Solidarnosc et donnant à ses revendications un fondement précis et cohérent.

A tel point que Lech Walesa put écrire quelques années plus tard dans son autobiographie Un chemin d’espoir : « Il va de soi que l’enseignement social de l’Eglise constitue la base sans laquelle rien de cela ne serait possible ni même envisageable. Sans cette base solide, la situation explosive qui prévalait en Pologne aurait dégénéré en contestations incontrôlables ».

Propos confirmés par l’ancien premier secrétaire du POUP, Stanislas Kania, anciennement responsable des «affaires religieuses» au sein du bureau politique : «C’est parce que l’Eglise s’employait à répondre aux préoccupations sociales des ouvriers et des paysans, et non plus seulement à leurs besoins religieux, que les grévistes de la Baltique ont fait du Pape un emblème», en accrochant un grand portrait de Jean-Paul II aux grilles des chantiers Lénine de Gdansk en 1980.

Dans ces conditions, précise Bernard Lecomte, l’influence de Jean-Paul II «ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences sociales et politiques, tant elle formait des milliers de laïcs, appelés à être de nouvelles courroies de transmission»[[Ibid, p. 124.]].
Et Denis Lensel ne manque pas d’observer qu’à Czestochova, des années durant, les conférences spirituelles, mais aussi «les exposés sur la doctrine sociale de l’Eglise effectués au cours de ce pèlerinage, ont eu un impact considérable sur les fidèles, et, par ricochet, une influence réelle sur l’ensemble du pays»[[Le passage de la Mer Rouge, p. 96.]].

En Tchécoslovaquie, la célébration du onzième centenaire de la mort de saint Méthode, l’apôtres des slaves, fut le point de départ, en 1985, d’une impressionnante mobilisation religieuse (150.000 personnes rassemblées à Velehrad en juillet 1985 malgré l’interdiction de la venue du Pape ; 400.000 pèlerins dont deux tiers de jeunes en 1987 à Sastin, Levoca et Gaboltov), mais aussi d’une véritable prise de conscience politique dans les milieux catholiques. Déjà nombreux parmi les signataires de la fameuse «Charte 77», puis très actifs au sein du Forum civique, les chrétiens joueront un rôle déterminant dans la «Révolution de velours» (novembre 1989).

 

La vérité vous rendra libres

L’enseignement social de l’Eglise suscitait à cette époque l’adhésion d’un nombre croissant de personnes, catholiques ou non. Plus généralement, la passion que Jean-Paul II mit à proclamer la vérité sans concessions d’aucune sorte ne pouvait qu’entraîner le régime à sa perte – «la vérité vous rendra libres»[[Jean, 8, 32.]] – en ce qu’elle redonnait à tous le sens et le goût de cette vérité dont le parti prétendait détenir le monopole, mais qu’il trahissait sans cesse.

«Ce n’est pas mon attachement à une certaine opinion qui m’a valu d’être persécutée par le pouvoir, mais mon attachement à l’idée de vérité en général», constate Doïna Cornéa. «Et si l’abbé Popieluszko s’était contenté de défendre les droits de l’Eglise catholique, il n’aurait jamais été assassiné»[[La vérité l’emportera toujours sur le mensonge, p. 96.]].

L’effondrement du communisme est indubitablement la victoire de la vérité sur le mensonge, qu’incarnent des hommes aussi exceptionnels que Lech Walesa en Pologne et Vaclav Havel en Tchécoslovaquie.
Sait-on qu’en son temps Le Play[[Frédéric Le Play, économiste et sociologue, il fut le principal représentant du catholicisme social français de la seconde moitié du XIXe siècle.]] n’imaginait déjà qu’un seul remède politique efficace : «se mettre en mesure de susciter un grand mouvement vers le vrai»? Il ajoutait : «Il est temps d’agir, de créer une classe supérieure, celle qui ne songe qu’au bien public, qui ne demande rien pour elle, rien pour ses parents, qui laisse de côté la gloire académique, les vanités d’auteurs…».

L’affaire d’une ou deux générations
Mais qu’on ne s’y trompe pas : l’Europe chrétienne que le Vatican appelle de ses vœux ne renaîtra pas sans un véritable renouvellement du climat politique, social et culturel en Europe occidentale comme en Europe orientale. C’est le travail des laïcs que nous sommes… et dans le meilleur des cas, l’affaire d’une ou deux générations.

Certes, le communisme n’a pas encore totalement disparu de la surface de la terre. Nous n’ignorons pas non plus que le libéralisme et le matérialisme des pays occidentaux peuvent constituer pour la culture et l’âme de ces peuples un poison plus redoutable encore que l’idéologie marxiste.

Pour autant, il faudrait être insensé pour céder au pessimisme et pour ne pas se réjouir au plus haut point de l’effondrement du totalitarisme en Europe de l’Est et de la disparition de l’Union soviétique, qui fut au XXe siècle le centre nerveux de la subversion marxiste-léniniste dans le monde entier.
Car en définitive, les méthodes utilisées par les peuples d’Europe orientale pour se libérer du joug communiste et le rôle moteur joué par Jean-Paul II et les chrétiens dans la chute de l’empire soviétique ont de quoi nous édifier.

Nous ne ferons pas aux victimes innombrables du communisme l’injure de comparer notre propre situation à l’oppression qu’elles ont endurée, mais très souvent les exhortations de Jean-Paul II à propos des pays de l’Est s’adressaient aussi, d’une manière ou d’une autre, à nos «sociétés démocratiques».

Un exemple, entre cent, cet avertissement du pape à Czestochowa le 5 juin 1979 : «la morale et la loi sont les conditions fondamentales de l’ordre social. Les Etats et les nations se construisent sur elles et sans elles, ils périssent…».

Si nous savons nous acquitter de nos responsabilités sociales et politiques, ne doutons pas qu’à nous aussi la Providence saura venir en aide.

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