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Nativité

La naissance de Jésus : un événement historique, qui a tout changé.

Pas de déterminisme historique

L’histoire bien étudiée montre non seulement le pouvoir de l’homme sur l’histoire, mais elle permet de réfuter, preuves en mains, les thèses, si en faveur aujourd’hui, d’une évolution, d’un cours fatidique des choses. Thèses selon lesquelles, par exemple, les progrès de la Révolution, depuis deux siècles, sont présentés comme l’effet d’un mécanisme aveugle et mystérieux, une sorte d’élan cosmique, qu’il est insensé de combattre et encore plus fou d’espérer vaincre.

Il suffit pourtant d’examiner le cours de ces événements réputés fatidiques pour découvrir qu’ils procèdent, presque toujours, non de l’action d’une force interstellaire, mais de l’effort, bel et bien humain, de « quelques-uns », plus tenaces ou plus astucieux. Ce qui fait qu’au regard de l’histoire rien n’apparaît moins « naturel » que ce cours, prétendu « naturel » de l’histoire. Au point que, loin de justifier la thèse d’un fatidique courant évolutif, ce sont les violences faites par quelques hommes, qui s’offrent au regard de celui qui daigne scruter l’histoire un peu sérieusement.

Soit l’exemple des violences répétées, préparées, lancées, par tant de sectes ou forces subversives, contre « l’ordre établi », parfois millénaire, de certaines sociétés. N’est-ce point au nom de l’évolution que devrait être expliqué, selon certains, ces courants de révolution qui secouent la planète depuis deux siècles ? Tandis que ce sont les annales mêmes de cette Révolution, qui plus que toute autre considération, offrent le plus bel exemple de l’extraordinaire puissance que peuvent avoir sur le cours de l’histoire l’initiative, la détermination, la ténacité, la constance, le sens de l’action d’une minorité d’hommes résolus…

Le pouvoir des hommes sur l’histoire

« L’histoire bien étudiée », avons-nous répété. Ce qui implique, reconnaissons-le, un certain savoir faire, sinon quelques précautions à savoir prendre, dont la première consiste à … se garder de schématiser, de symboliser, d’essentialiser les époques. Se garder d’en déterminer abusivement les dimensions et les caractères. Sous prétexte de faire clair. Mais en faisant faux ! Car le réel concret a toujours été et sera toujours complexe. Mélange inextricable de vérités et d’erreurs, de bien et de mal. Encombrement d’éléments admirables qui restent sans effet et d’éléments odieux qui prolifèrent. A moins que ce ne soit le contraire. Mais ni les uns, ni les autres n’avortant ou ne se développant par hasard !

C’est défigurer l’histoire que de réduire la stupéfiante complexité de ses époques au schéma caricatural d’une formule.
C’est « doctrinaliser » l’histoire que de procéder ainsi. C’est désincarner l’incarné, en le tuant par là même. C’est détruire l’histoire dans ce qu’elle peut offrir de plus utile : le sens, le pieux respect d’une (action sage à travers les innombrables complexités de la vie sociale et politique.

Leçon qui devient impossible dès qu’on prétend ramener chaque époque au simplisme d’un caractère unique. Car, par cette simplification globalisante, c’est la vie même de chaque période qu’on interdit de voir et de comprendre. C’est cette part, la plus importante, du rôle déterminant de l’homme dont on rend impossible l’intelligence.

Criminelle méthode, ridicule à souhait, d’un simplisme pour débile mental, que celles de ces théories évolutionnistes flagornées aujourd’hui ! Mensonge d’extrapolations constantes, odieusement mutilatrices. Et qui finalement déconsidèrent tout le monde.

Soit en exemple le Moyen-Age : étiqueté période de foi, et donc à ce titre, exalté ridiculement par un Léon Bloy et sali, non moins ridiculement par nos laïcards. Car, si le Moyen-Age fut bien, en fait, une période particulièrement secouée d’hérésies autrement charpentées que celles des XVe et XVIe siècles. Moyen Age encore ! Période de ces « barons » de saint Louis, si mystiquement célébrés par Péguy ; mais qui n’en écrivirent pas moins à leur saint roi leur fameuse « protestation » de 1245. Protestation dont la virulence contre les clercs couperait le souffle à nos pires anti-cléricaux :

« Nous tous, grands du Royaume, qui réfléchissons avec attention que le royaume a été acquis, non par le droit écrit ou par l’arrogance des clercs, mais par la sueur des guerriers (…) nous statuons (…) par le présent décret que (les clercs) soient ramenés à l’Etat de l’Eglise primitive, qu’ils vivent dans la contemplation, tandis que nous mènerons, comme il convient, une vie active (en attendant que nos clercs) fassent renaître les miracles dont le siècle est depuis longtemps privé ».

On voit le ton !… et combien il est faux de caractériser chaque siècle d’un trait.

Mais, dira-t-on, si l’histoire de chaque siècle est aussi complexe, comment s’y retrouver, et quel intérêt peut-il y avoir à s’aller perdre en pareilles broussailles ? Le premier intérêt est d’apprendre qu’il y a broussailles, et non simple fil évolutif. Car, second intérêt, il est extrêmement précieux de constater qu’au milieu de ces broussailles, au milieu de ces innombrables forces contradictoires, ce sont des hommes qui ont agi, et que de ces hommes, ce sont les plus habiles, les plus astucieux, les plus tenaces, les plus généreux, les moins paresseux, les moins satisfaits d’eux-mêmes, sinon les plus crapules, les plus odieusement forts qui l’ont emporté… Ce qui, on le voit, laisse un nombre assez de grand de leçons contrastées à retenir. Mais ce qui rend insoutenable aussi toute théorie de fatalisme historique. Ce qui, plus encore, rend incontestable, pour complexe qu’elle soit, la maîtrise de l’action humaine dans le déroulement de l’histoire…

Tel est le véritable « sens de l’histoire » ; celui qui, au milieu des « imbroglios », les plus affolants, prouve qu’il n’est jamais inutile d’agir, de se dépenser, le mieux, le plus constamment possible, le plus sagement, car… quelles qu’en soient les circonstances, ce sont les hommes, encore une fois, qui font l’histoire, et non le contraire.

Voire ! Il n’est pas jusqu’aux mythes évolutionnistes qui n’en soient la preuve, tant il apparaît que ceux qui les colportent ont trouvé dans ces fables la plus sûre façon de démobiliser ceux qu’ils veulent vaincre, pour peu que ces derniers soient assez bêtes pour les croire. »

Sommes-nous de ceux-là quand nous nous résignons au prétendu effet cliquet des lois sociétales qui interdirait toute abrogation… ?

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