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Les associations et mouvements qui se disent catholiques pullulent aujourd’hui. Qu’est-ce qui vous distingue essentiellement de ceux qui, comme vous, entendent christianiser la société française ?

Maurice Bertrand : D’abord, d’avoir été les premiers. Notre oeuvre n’est pas née avec les dernières JMJ. Elle a aujourd’hui 60 ans d’existence et d’expériences concrètes. Du reste, de nombreux dirigeants des associations catholiques avec lesquelles nous travaillons ont bénéficié soit directement, soit par l’intermédiaire de leurs parents ou de leurs proches, de la formation tant doctrinale que méthodologique donnée par Ichtus. Et nous ne pouvons que nous en réjouir.

Ensuite, et c’est le plus important, l’essentiel de notre travail n’est pas d’abord d’assurer une formation théorique, intellectuelle ou doctrinale, au demeurant fort utile, mais pratique. Ichtus est avant tout une oeuvre de formation à l’action politique, civique, sociale et culturelle, qui propose un certain style d’action en rapport avec les buts à atteindre.

Cette volonté de former des hommes à l’action, plutôt qu’à la discussion est la grande caractéristique du travail d’Ichtus, qui se complète immédiatement, et dans le même domaine, par la volonté d’occuper le terrain culturel.

Dans ces conditions, qui est pour vous Jésus-Christ ?

M. B. : La raison et la force de notre engagement de laïcs dans la cité. Ichtus travaille avec tous les hommes de bonne volonté pour que le Christ règne sur notre nation, la France, ainsi qu’en témoigne le titre même de notre ouvrage pour ainsi dire fondateur : Pour qu’Il règne.

Un laïc chrétien n’est pas un homme de discours, de conférence ni de théorie intellectuelle, c’est un homme d’amour, et donc d’action, à l’image de son Maître. Amour pour son Dieu et amour pour les hommes qui lui sont contemporains, c’est-à-dire ses prochains les plus proches.

Autant dire que nous ne saurions nous contenter de faire le diagnostic, même parfait, de la situation dans laquelle se trouve notre pays, et de ce qui l’a engendrée. Pour nous, comprendre ce qui se passe, ne sert qu’à mieux discerner les modalités d’une action efficace pour porter remède, très concrètement, aux maux que nous déplorons. Sinon, ainsi que le dit si bien saint Paul, nous ne serions que «des cymbales retentissantes»

Cet engagement dans les rouages de la société, cette volonté de passer de la théorie à la pratique est fondamentale pour nous. L’histoire de notre pays montre que les laïcs catholiques ont trop souvent eu la tentation, et la conservent encore aujourd’hui malheureusement pour nombre d’entre eux, d’être les hommes du bien dire plutôt que du bien faire. Il faut y voir l’une des raisons de la progression maintenant déferlante de ceux qui entendent construire une société sans Dieu.

Pour vous, somme toute, le Christ est un homme d’action ?

M. B. : Absolument. Selon ses propres paroles, Il n’est pas venu en ce monde pour le condamner, mais pour le racheter. Ce qu’Il ne se contenta pas de dire, mais ce qu’Il fit. Nous ferions bien de méditer cette évidence beaucoup plus souvent ; cela nous donnerait du coeur à l’ouvrage et la claire conscience de la nécessité de notre engagement dans la société.

Le Christ n’a jamais demandé à ses disciples d’être des intellectuels, Il leur a, en revanche, donné comme mission d’être «le sel de la terre», «le levain dans la pâte», et «la lumière du monde». Ce qui, à l’adresse d’hommes qui «n’appartenaient pas à ce monde», leur rappelait immédiatement que leur mission était néanmoins en ce monde et pour le salut de celui-ci.

Pratiquement, pour reprendre vos propos, quelle lumière proposer pour guider cette action ?

M. B. : Celle de la doctrine sociale de l’Eglise, bien sûr, que l’Eglise, par la voix de ses papes, ne cesse de proposer aux chrétiens comme aux hommes de bonne volonté.

Mais celle-ci, pour porter tous ses fruits, a besoin de l’engagement, du dévouement, de l’ingéniosité, de l’habileté d’hommes, et de femmes, qui prennent leurs responsabilités de citoyens et assument des charges concrètes dans le fonctionnement social et politique.

Je viens de mentionner les femmes, et j’y reviens. Elles ont joué un rôle essentiel dans l’évangélisation des premiers siècles. C’est au christianisme que la femme doit son émancipation et la reconnaissance de sa dignité. Elles sont éducatrices par nature et par vocation. Elles ont plus que jamais un rôle essentiel à jouer, à nouveau au service de l’évangélisation de notre société, en sachant transmettre à leurs enfants bien sûr, mais aussi à ceux des autres, à leurs voisins, à leur entourage immédiat et le plus lointain possible, le patrimoine et l’héritage national et chrétien. N’est-ce pas l’intuition des leaders marxistes, passés maîtres en efficacité, mais pour pervertir, dont la consigne était «gagnez les mères de familles, par elles vous aurez les pères et les fils» ?

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