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Islamic-wallpaper-islam-6370759-500-350Argument quantitatif : pourquoi pas ! Comparaison « en tout… pour tous… partout… toujours… »

Voilà bien un sujet interdit au nom du relativisme politiquement correct. Comparer c’est juger ! Et juger c’est discriminer et discriminer c’est coupable ! Alors ne jugeons pas. Acceptons avec Jean Ousset la « méthode de comparaison quantitative »[1].

« Pour l’essentiel l’esprit de cette méthode est assez proche de celui de la « méthode des recoupements ». Esprit de tant de bonnes gens qui, …préféreront toujours ce qui leur paraîtra moins prêter à discussion, … plus quantitativement probant.

Méthode des comparaisons quantitatives. Méthode simple… et qui consiste à bien délimiter le domaine des éléments à comparer.

Ne pas chercher à cacher, ni à minimiser ce qui peut ne pas aller dans notre sens…Prendre les devants et de rappeler au contraire ce qui risque de nous desservir. .. Comment serait-il possible que Dieu permette de mentir, de taire la vérité, pour l’honneur de Son Nom ? … Donc n’ayons pas peur. Même ce qui, dans cette méthode des comparaisons quantitatives, peut figurer à notre préjudice ne saurait éclipser la démonstration du résultat final.

Le tout est d’en bien établir les comptes. Dès lors, quelles que puissent être les taches de l’histoire chrétienne, quelle que puisse être l’humiliation que nous devons en avoir, que cette humilité ne nous fasse jamais sous-estimer l’écrasante supériorité de ce que l’Eglise a apporté, et ne cesse pas d’apporter au monde…Car cette gloire est non seulement certaine, mais elle peut être particulièrement suggérée par l’emploi de cette méthode des comparaisons quantitatives.

Soit en exemple (parmi d’autres possibles) : celui de la civilisation. Domaine immense, tout en étant suffisamment défini, ainsi que nous le recommandions tout à l’heure ; et dont il est possible de proposer la comparaison selon plusieurs schémas…En nous gardant bien de recourir à des jugements de valeur que le scepticisme contemporain récuse a priori, qu’on se contente d’inventorier honnêtement, froidement, strictement ce qui peut être mis en balance de part et d’autre. Et sans qu’il soit question, surtout, de ménager notre admiration à ce qui la mérite, quels qu’en soient les lieux, les climats, les pays. Autant dire : pas question d’ergoter ou de refuser notre émerveillement, par exemple, au Taj-Mahal d’Agra, cet éblouissant chef-d’oeuvre de l’Inde. Pas question d’un refus de célébrer l’Alhambra des princes maures de Grenade, ni la mosquée d’Omar, ni tels monuments de la « Cité interdite » de Pékin, ni le temple d’Angkor Vat. Car ce n’est pas en méprisant ce qui n’est pas de nous que la grandeur de ce qui est nôtre se trouvera plus digne d’être célébrée ! … Notre intérêt est donc aussi clair que le devoir : être les plus objectifs possible. C’est l’esprit même de la méthode.

D’où la seule évocation … d’un schéma de comparaison que nous avons pris l’habitude de désigner ainsi : « en tout… pour tous… partout… toujours… »

1/ Epanouissement en tout

Au chapitre des civilisations, cela signifie que sans méconnaître le mérite, la valeur de nombreux sommets, les civilisations furent et demeurent rares où, depuis les choses de l’esprit jusqu’à celles des réalisations matérielles les plus sophistiquées ou les plus humbles, la gamme des réalisations intermédiaires possibles soit aussi bien remplie.

En conséquence la formule consiste, comme en un tableau de colonnes parallèles, à énumérer tout ce qui peut être considéré comme réalisations intéressantes de l’homme vivant en société.

Liste impossible à rédiger entièrement, … Mais qui…pour peu qu’on ait recours à la table analytique d’une encyclopédie normale, peut être suffisamment évocatrice… Et probante déjà ! … Pour peu que la liste de celle-ci soit assez complète, on a tôt fait de constater que c’est bien « dans le sillage de l’Eglise que tout a fleuri »[1] en effet. Non que le désert s’étende partout ailleurs. Mais dans ces ailleurs, à côté de zones luxuriantes sans doute, quelles friches, quels « no man’s land » !

Exemple de ces civilisations anciennes, si souvent prestigieuses, mais …entachées, « institutionnellement », par des sacrifices humains, par l’esclavage, par la condition odieuse des femmes, etc.

Comme la différence est écrasante dès que, par « méthode de comparaison », on tourne les yeux vers les civilisations chrétiennes ; dès que par « méthode de comparaison » on se fait un devoir de répondre aux questions suivantes :

Au plan de choses de l’âme et de l’esprit quels furent les sages, les héros et les saints des civilisations envisagées ? Quels furent leur rayonnement, leur influence, ce qui en demeure ? Quels furent leurs penseurs, leurs poètes ? Quels furent leurs écrivains, leurs artistes ? Quels furent leurs savants, leurs inventeurs ? Quels furent leurs pionniers, leurs découvreurs de monde ?

Quels furent leurs architectes, leurs monuments ? Quel fut le renouvellement de leurs styles ?

Quelles furent leurs mœurs ? Quelles furent leurs institutions ? Quelles furent leurs lois ?

Quel y fut l’honneur ?

Quels furent l’héroïsme, la sagesse, la prudence, la noble humanité de leurs politiques ?

Quels y furent le sens et la place de la femme ?

Quel y fut l’amour ? Quelles y furent la politesse, la courtoisie, la tenue ?

Quels y furent le sens de l’homme et le respect du « droit des gens » ? Jusque dans la guerre ! Quels y furent la sagesse et les efforts pour humaniser, non en paroles mais en fait, les heurts entre belligérants ? Quel y fut l’esprit chevaleresque ?

Quelles y furent les institutions éducatrices de l’ensemble du peuple ? Les plus humbles furent-ils instruits, éduqués, soutenus, soignés ? Quelles y furent les oeuvres de miséricorde, tant spirituelles que corporelles ? Quelles y furent les écoles ? Quel y fut le niveau des études ? Quels y furent les hospices, les refuges, les hôpitaux, les oeuvres d’assistance ?

Quel y fut le développement des classes moyennes, signe particulièrement net de l’heureux développement d’une société ?

Quels y furent le goût et le degré du savoir dans les disciplines les plus harmonieusement variées ? Quel y fut le sens du beau ? Et ce jusque dans les provinces les plus reculées ? Si tout fut admirable au château qu’en fut-il alentour ? …

Quels y furent la valeur, la classe, l’élégance, le raffinement des danses et des chansons ?

Quels y furent les costumes, les modes, les façons de se vêtir ? Voire ! quelle y fut la façon de se nourrir, de manger et de boire, de se tenir à table ?

Quels furent l’artisanat, l’industrie, le commerce, l’honnêteté des marchandises, la probité de la concurrence et du non-plagiat économique ?

Quelle fut l’ordonnance des villes ? Quel fut l’état des campagnes, celui des routes et la sûreté des communications ? Quelle y fut la marine ? Quelle y fut l’agriculture ? Et coetera… ! Et coetera !

2/ Epanouissement pour tous !

Car si la civilisation est le chef d’œuvre collectif des hommes vivant en société, il est juste que les bienfaits de cette civilisation profitent à l’ensemble des hommes composant la société envisagée. Donc les civilisations ne sont pas aussi harmonieuses qu’on les dit qui, malgré peut-être d’admirables réalisations, n’en sont pas moins connues pour avoir laissé, ou pour laisser encore croupir dans la crasse, dans l’abandon, dans l’ignorance, dans l’esclavage avoué ou tacite, dans un complet dénuement spirituel, culture, matériel, une très grand partie de la population ; une élite combien restreinte parfois, profitant seule de ce que nous trouvons admirable dans ces prétendues civilisations.

3/ Epanouissement partout

Car la civilisation n’est pas harmonieuse, car la civilisation ne répond pas à sa fin qui laisse en friche des régions entières. Autrement dit, il importe que l’ensemble du territoire soit le témoin, sinon le bénéficiaire de l’oeuvre civilisatrice de la communauté. Et non pas seulement quelques provinces privilégiées, capitales ou régions urbaines plus importantes. Ce qui fait que telle petite église de village, tels patelins adorables (comme il en existe tant chez nous) tel style campagnard peuvent être une preuve très sûre de l’excellence d’une civilisation. Car cette prolifération du beau jusque dans les moindres recoins d’un pays ne peut pas ne pas être le signe d’une profonde communauté des esprits et des coeurs, chef-d’oeuvre par excellence de l’ordre humain.

 4/ Epanouissement toujours

Sinon : épanouissement durable. Epanouissement assez développé ou maintenu dans le temps.

Car il n’est pas rare d’entendre dire que tant d’années ou de siècles avant une découverte, avant des réalisations prestigieuses, tels hommes, tels peuples en tels pays les avaient faites ou entreprises. Ce qui, bien sûr, vaut d’être rappelé et célébré ! Et ce qui, pourtant, peut ne pas prouver grand chose. Parce que ces réalisations, précisément, ces découvertes furent comme fortuites, sans lendemain. Et que, par là, elles ne sont pas une très bonne preuve de civilisation. Puisque la société (autant dire : ce par quoi les hommes se survivent)… ; puisque la société qui les a vus naître est restée incapable d’en maintenir, d’en perpétuer le bienfait.

Cas, bien connu, de ces pays où une population ignare et misérable vit au milieu de ruines somptueuses, que des milliers d’étrangers viennent visiter, mais que les autochtones sont incapables de comprendre, d’admirer. Oeuvre civilisatrice, par contre, de ces papes qui ne craignirent pas de sauver, de rassembler dans leurs bibliothèques ou leurs musées les chefs-d’oeuvres d’un paganisme dont, pourtant, ils récusaient l’esprit.

« En tout, pour tous, partout, toujours ». Exemple d’une formule de comparaison quantitative, particulièrement intéressante. Mais qui n’est pas la seule.

[1] Permanences n° 178, mars 1981, p. 34 à 38

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