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A la lumière de la foi, nous voulons agir pour le bien commun. Mais comment ?

Peillon 2Monsieur Peillon, d’une certaine manière nous donne des indices en insistant sur la nécessité de continuer le travail d’une Révolution Française inachevée. Le Pape François lui est très clair : nous devons aller à « contre courant », nous devons être révolutionnaires et nous comprenons bien qu’il ne s’agit pas de la même révolution. Il ne s’agit pas d’une révolution contraire qui serait celle des blancs contre les noirs, il s’agit bien du contraire de la « Révolution », une action « à contre-courant ». Soit nous travaillons au règne du Christ qui est « le chemin, la vérité et la vie », soit nous le combattons en ayant l’esprit du monde, en étant des « mondains ». Il n’y a pas de chemin du milieu, pas de chemin médian entre celui du monde et le Christ seul sauveur de l’homme. Notre engagement doit être radical si nous ne voulons pas dans les faits être les collaborateurs, même passifs, des ennemis de la nature humaine.

De même que la maladie nous fait réaliser ce bien qu’est la santé, la compréhension de ce qu’est la « Révolution », même inachevée, nous aide à discerner ce qu’il faut faire.

Pour définir les méthodes d’une action « à contre-courant », analysons celles de cette « Révolution » permanente, ni de droite ni de gauche, telles qu’elles ont été mises en œuvre pour la révolution « culturelle »[1], la révolution « sexuelle »[2], la révolution de « l’identité de genre »[3].

Ces trois « révolutions » en effet mettent en lumière la systématisation d’une « méthode » appliquée avec rigueur[4]. Elles ont procédé sans dogmatisme mais avec la discipline d’une praxis dont on peut retenir la démarche commune :

1/ Instrumentaliser des situations compassionnelles pour « allumer la mèche » au nom de l’égalité et de la lutte contre les discriminations culturelles, sociales, de sexe et de genre…( la culture pour tous, la liberté sexuelle pour tous, le mariage pour tous…)

2/ Utiliser comme moteur une « classe » ou une minorité n’ayant rien à perdre au sens marxiste où même ayant à gagner un poste, un avantage, une rente qui l’oblige (l’animateur culturel (le mao de service), le conseiller conjugal (MLF de service), le conseiller d’orientation sur l’identité de genre (LGBT de service), etc…

3/Opposer la personne, sujet de l’action, à la société où elle est acteur en dialectisant les minorités contre le bien commun. Au nom de l’égalité, au nom de la liberté, au nom de la non-discrimination, il faut casser la fraternité et alimenter la lutte des classes. On oppose une communauté de ressemblance (les artistes, les femmes, les salariés, les immigrés, les enfants, les gays etc…) à une communauté de destin partageant un bien commun (famille, commune, entreprise, nation).

4/ Imposer la terreur pour faire taire l’opposition, les arguments de raison et le bon sens, par l’opprobre et l’anathème. Il s’agit de ne pas argumenter mais de « ringardiser » l’opposant suspect de refuser le progrès et le sens de l’histoire. Il s’agit de disqualifier la résistance suspecte de vouloir opprimer, la femme, l’homosexuel, l’enfant etc…L’opposant, le résistant est stigmatisé comme un conservateur attaché à des privilèges et qui a choisi le camp du mal.

5/ Déformer la personne sujet de l’action (l’artiste, la femme, le professeur, le salarié, l’enfant…), en trouvant le moyen de le détourner de sa « vocation » personnelle en cohérence avec son être, vers un rôle prétendument « choisi » alors qu’il est imposé et « construit ». Il s’agit au nom de la liberté et de l’égalité de détourner la personne de sa mission, de ses responsabilités.

6/ Institutionnaliser de véritables « hiérarchies parallèles » financées (donc motivées pour défendre leur subsistance propre dans la durée) pour subvertir dans la durée le corps social que l’on veut noyauter et détourner de sa raison d’être en lui imposant un fonctionnement contre nature. De cette manière le comportement « dans l’ordre » de la personne est rendu plus difficile voir impossible.

Face à cette méthode, le premier mouvement est de s’opposer à cette praxis pied à pied, point à point.

La « Révolution » s’appuie sur les minorités homosexuelles, on va mobiliser les familles « hétérosexuelles » etc…

L’idéologie exalte la liberté des femmes, on va opposer les droits de l’enfant etc….

En fait cette « réaction » fait le jeu de l’adversaire et renforce sa position. Il n’y a pas d’exemple où une telle mobilisation dialectique ait réussi à imposer la justice à l’idéologie.

Il faut bien comprendre en effet que pour le réformiste, la réforme est tout mais que pour le révolutionnaire, ce qui est important c’est le travail révolutionnaire. On a très justement fait observer que Marx ne s’est pas penché sur la misère ouvrière pour apporter une solution mais que cherchant une force politique pour faire la révolution, il a trouvé le prolétariat ouvrier comme étant « la force » politique exploitable à ce moment là de l’histoire. La logique révolutionnaire, inspirée de Marcuse, a eu la même démarche en instrumentalisant la cause des femmes puis celle des gays pour  servir la révolution « sexuelle ». Et nous en sommes là ! Il faut en effet saluer la lucidité des personnes qui ont une orientation homosexuelle et qui dénoncent cette instrumentalisation révolutionnaire contre le bien commun de la famille et de la nation.

D’où la nécessité permanente d’un autre style d’action pour ne pas entretenir la dialectique dans la société et la déformation des personnes et des communautés.

Comment agir sans être « l’allié objectif » de la révolution sous toutes ses formes ?

Que veut-dire aller à contre-courant ?

Il faut bien comprendre en effet que depuis trop longtemps, les forces politiques de résistance et d’opposition, n’ayant pas compris la vraie nature de la révolution, ont alimenté dans les faits sa dialectique, en faisant toujours le jeu de l’avant-garde révolutionnaire et organisée. Et les catholiques n’échappent pas à cette erreur alors que les lumières de la doctrine sociale de l’Eglise devraient les en prévenir. Combien même s’inscrivent dans cette logique et y trouvent argument pour faire vivre leur « boutique », leur « parti » toujours plus blanc que blanc, plus rose que rose, plus bleu que bleu etc…Or on ne guérit pas un cancer par un autre cancer mais en donnant aux cellules saines la possibilité de vivre.

Toujours et toujours, il faut  revenir à ces deux piliers préalables à toute action efficace et multiforme dans le champ social, culturel et politique : « former » et non « déformer », « relier » et non « opposer ».

C’est cela, aller à contre courant. C’est en cela qu’il faut être révolutionnaire en refusant la pratique commune du « monde » qui nous est imposée partout comme étant la seule manière de faire de la politique. Former et relier, telle est la seule méthode qui ne transforme pas « nos bonnes intentions » et notre « bonne volonté » en force d’appoint de la lutte contre la nature humaine. Mystère de l’appel à « tendre la joue droite » qui ne peut se comprendre comme une résignation mais l’appel à lutter autrement, à contre-courant.

« Former et non déformer », cela veut dire permettre à chaque personne de trouver sa « forme », conforme à sa nature, sa raison d’être et sa vocation au bonheur d’homme ou de femme créé à l’image de Dieu. Cette formation qui n’est pas un « gavage » de savoirs, a pour but de mettre en perspective les talents reçus, les dons reçus pour servir et donner gratuitement. Cette mise en perspective ordonne les moyens dont nous disposons aux buts à poursuivre et donc les conditions pour exercer ses responsabilités personnelles. C’est dans ce but qu’Ichtus invite ses amis à se former avec l’aide de parcours rapides mais centrés sur l’essentiel :

–          pour comprendre la cohérence de l’anthropologie et de la doctrine sociale de l’Eglise, guide unique pour l’action au service du bien commun.

–          pour aimer notre culture, notre histoire, la littérature et la civilisation qui sont notre héritage et la richesse à découvrir de ces talents hérités et à partager.

« Relier et non opposer », cela veut dire que la personne ne peut répondre à sa vocation personnelle au bonheur qu’en vivant en société avec les autres. Chacun a des talents et ces talents sont nécessaires aux autres qui n’ont pas les mêmes. Les différences entre les hommes, les inégalités de fait, obligent en quelque sorte à dépendre des autres qui dépendent aussi de nous. Refuser de faire servir un talent personnel, c’est priver les autres d’un bien qui leur est nécessaire et c’est donc un mal. Ce mal est à la base de la dysharmonie sociale que nous subissons conséquences directes de la dialectique intrinsèque de la société BOBO (Bourgeoise et Bohème), qui prétend réserver à l’individu des droits absolus sans responsabilités envers les autres, sur ses avoirs (je fais ce que je veux de ce que j’ai) et de son être (je suis ce que je veux). Relier c’est donc faire découvrir la réalité de ses talents à mettre au service des autres mais c’est aussi apprendre à reconnaître les « talents » des autres. Relier, c’est substituer à l’égoïsme et à l’envie qui sont les moteurs de la dialectique sociale, la force de l’amitié capable de vouloir le bien de l’autre et la joie du don. « Vous avez reçu gratuitement, alors donnez gratuitement ».

Relier, c’est ne pas séparer ce que Dieu a uni : le pouvoir et la responsabilité, la justice et la paix, l’amour et le don de soi, le corps et l’âme, la liberté et l’autorité, la liberté et la vérité…

Relier, c’est découvrir et aimer les lois d’une « physique sociale » qui ne refuse pas la transcendance. D’une certaine manière, « relier » conduit à refuser la prétention laïciste de réduire la vie sociale à une vie sans Dieu, la personne capable d’aimer Dieu, à un individu autosuffisant dont le seul moteur serait l’intérêt matériel pour le plaisir et l’utile, incapable de don gratuit.

Conséquences et résultats tangibles.

Les personnes « formées » et « reliées » vont exercer leur responsabilité en plénitude. De cette manière les « hiérarchies parallèles » mise en place pour déformer et dialectiser la vie sociale, culturelle et politique perdent leur raison d’être. La santé des communautés naturelles peut reprendre le pas sur les tumeurs étrangères de la maladie. Les personnes retrouvent intérêt à bien faire et osent braver l’interdit et la terreur pour agir dans l’ordre en vue du bien commun. Le cercle vertueux de la prise de responsabilité et du don de soi dans la vie sociale rend plus facile la victoire sur les égoïsmes. L’action politique elle-même et l’exercice du pouvoir sont vécus comme un service, une forme supérieure de la charité.

Former et relier pour agir, sont donc les urgences, les actions les plus importantes, les priorités mais aussi les critères pour juger de la pertinence d’une action.

Pour décider de s’engager dans une action, il faut en effet évaluer sa contribution à ces deux priorités.

Est-ce que cette action « forme » les personnes pour leur permettre d’exercer leur responsabilité propre ? Est-ce que cette action relie les personnes entre elles, est-ce que cette action associe les talents multiples en vue du bien commun ? Est-ce que cette action développe l’amitié et non la haine ?

Former et relier, voilà les fondements d’une action culturelle préalable à toute « prise de pouvoir » du politique, à toute réforme des institutions. Méconnaître cette réalité c’est accepter de donner force à des pouvoirs et des institutions qui déforment et opposent. C’est faire le jeu des « mondains ». C’est être coupable et au mieux perdre son temps.

Une action à contre-courant qui fasse l’inverse de la révolution permanente, c’est pour tous : « former et relier » pour agir.

Bruno Dournazac


[1] La révolution « culturelle »
Moyen : création des maisons de la culture
Stratégie : utilisation de la menace de passéisme conservateur et instrumentalisation des artistes contre la civilisation.
Méthode :
–  institutionnaliser une structure proche des citoyens avec un budget et des fonctionnaires payés pour faire émerger des droits égaux à la subjectivité de la création et mettre « l’imagination au pouvoir ». Mobiliser les artistes et les médias. La Convention collective des intermittents du spectacle domestique artistes et collaborateurs des médias et leur donne du temps pour « militer » pour une nouvelle culture.
– déformer en continu la connaissance et la création du beau,
–  opposer l’idée au réel, la création au patrimoine, la modernité à la civilisation héritée. Tout ce qui n’est pas créé aujourd’hui est « ringard ». Il s’agit de changer les « valeurs » pour faire un homme nouveau non pas créé mais construit.
Résultat : mise en place d’un véhicule permanent de la révolution culturelle pour diffuser l’esprit de « mai 68 ». La culture est déformée pour changer l’homme. Sous apparence de liberté et de droit à la création, l’artiste est déresponsabilisé de la recherche objective du beau et devient le premier agent du relativisme dans la société.

[2] La révolution « sexuelle »
Moyen : création du Planning Familial
Stratégie : utilisation de la menace de « machisme », de conservatisme pro-vie, d’obscurantisme médical et instrumentalisation des minorités MLF contre l’amour.
Méthode :
–  institutionnaliser une structure proche des citoyens avec un budget et des fonctionnaires payés pour faire émerger « les droits égaux de choisir » pour les femmes, en diffusant la contraception et promouvant l’avortement.
– déformer l’être même de la femme
–  opposer la femme à l’homme, la femme libérée à la mère, la sexualité à l’amour, la sexualité à la fécondité, etc
Résultat : mise en place d’un véhicule permanent de la « culture de mort » pour imposer aux femmes un comportement contre nature. Toujours sous apparence de liberté et de plus grands droits, l’homme et la femme sont déresponsabilisés dans la vie conjugale vis-à-vis du vrai et du bien comme de la société.

[3] La révolution du « gender »
Moyen : création de postes pour promouvoir l’identité de genre
Stratégie : utilisation de la menace d’homophobie et instrumentalisation des minorités LGBT contre le développement de la personne humaine et des enfants pour changer les mentalités des parents et casser l’anthropologie réaliste.
Méthode :
– institutionnaliser une structure proche des enfants avec un budget et des permanents payés par l’Education Nationale pour faire émerger le « gender » et promouvoir « des droits égaux » en luttant contre les stéréotypes et l’inégalité de genre.
–  déformer l’être même de la personne,
–  opposer le sexe et l’orientation sexuelle, opposer l’enfant à la réalité de son corps, opposer l’enfant à ses parents, opposer la culture à la nature.
Résultat : mise en place d’un véhicule permanent de l’identité de genre. Toujours sous apparence de liberté, et de défense des droits et de l’égalité, les parents, les  éducateurs, l’enfant lui-même sont déresponsabilisés des obligations liées à l’être et de leur rôle dans la société.

[4] Lire l’ouvrage de Pierre Simon (retiré de la vente mais qui circule en version électronique)  « De la vie avant toute chose » 1979

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