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Dans l’histoire du salut moderne, il y avait un avant et un après Mai 68. Nul Messie en chair et en os n’est venu, mais un messianisme a triomphé : c’était l’avènement d’une ère nouvelle de progrès, où chaque génération vivrait mieux que la précédente, au plan matériel et humain. C’était une véritable « sortie d’Egypte », une libération de l’esclavage, une émancipation des carcans et entraves de l’ordre bourgeois ; cet ordre prospère, ennuyeux, sans saveur ni poésie.

Cette marche vers la nouvelle terre promise devait conduire les jeunes générations vers un pays de miel : sous les pavés la plage, sous les pavés l’insouciance, sous les pavés l’oisiveté, sous les pavés les plaisirs : « Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer », chantait l’excellent Moustaki. Puis, très vite, trop vite, sous les pavés la rente. C’est moins romantique mais plus accessible. Et plus palpable.

Cela fait un temps certain que le nouveau monde des baby-boomers est déjà ancien. Pas tout à fait mort, il n’est plus vraiment vivant. L’Histoire est affaire de symbole : le massacre de Charlie Hebdo a sonné le glas des derniers espoirs de ce monde ancien : sous les pavés l’enfer, sous les pavés la fin du monde. Le monde des baby-boomers n’a plus d’espérance : il est agar, sidéré. Ce monde ne sait plus lire le monde ; et laisse derrière lui une jeunesse sceptique – c’est un euphémisme – sur l’idée qu’un projet collectif exaltant lui soit accessible.

En 68 s’étalaient les slogans créatifs et récréatifs qui affirmaient qu’un nouveau monde était advenu. Dans les années 1990 – celles de l’altermondialisme -, il était écrit qu’un autre monde est possible. Une manière de faire vivre une nouvelle espérance, puisque le nouveau monde n’est finalement pas advenu. En 2016, nouvelle étape : ce n’est plus « Un autre monde est possible », mais « Une autre fin du monde est possible », slogan écrit sur un mur de la fac de Nanterre lors des manifs contre la loi Travail.

Les temps apocalyptiques

Culturellement, nous sommes entrés dans des temps apocalyptiques. L’idée qu’une autre fin du monde soit possible porte une espérance eschatologique, celle de trouver ou donner in fine un sens à l’effondrement. Le temps sécularisé n’est plus à l’espérance d’un messianisme profane, mais à l’espérance d’une eschatologie profane.

Qu’en est-il de l’eschatologie religieuse ? Soyons lucides : l’alternative eschatologique visible au vide métaphysique occidental est aujourd’hui islamique. La lumière de l’eschatologie chrétienne, mise sous le boisseau du discours moral et humanitaire, a un temps de retard. Mais elle est déjà présente, en germe, dans les aspirations et l’espérance de la nouvelle génération chrétienne.

Cette génération eschatologique portera bientôt cette lumière de l’espérance chrétienne. Elle sera prête, bientôt, à redire et vivre le grand récit de l’histoire du Salut ; et à porter ainsi la grande réforme spirituelle du 21ème siècle.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 2 décembre 2016

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