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Que faut-il dire à ceux qui se croient perdus au point de désespérer ?

Telle a été l’obsession constante de Jean Ousset, tant il était convaincu que ce n’est pas en “jetant des pierres”  faites avec la “doctrine” du haut de la cathédre de Moïse que l’on peut toucher les cœurs et faire aimer Dieu et sa Loi d’amour. Il cherchait la manière de transmettre un trésor “pour répandre la liberté des enfants de Dieu, pour transmettre la beauté de la Nouveauté chrétienne, quelquefois recouverte par la rouille d’un langage archaïque ou simplement incompréhensible”, pour reprendre les mots forts du Pape François dans son message de clôture du Synode. Même si cette Loi est le chemin du bonheur de l’homme puisque « Dieu a créé le monde en y inscrivant un ordre et un dynamisme que l’être humain n’a pas le droit d’ignorer[1] », il faut annoncer la Miséricorde à partir de l’Évangile. Depuis nous avons l’enseignement magistral de saint Jean-Paul II mais la finesse de Jean Ousset n’a rien perdue pour aujourd’hui dans cette atmosphère post-synodale où malheureusement beaucoup de catholiques se permettent de juger l’Église avec les catégories du monde. Le texte qui suit n’a été écrit par Jean Ousset que pour essayer d’aider ceux qui n’ont aucune confiance en leur propre justice, en leurs propres mérites, parce qu’ils sont et qu’ils se reconnaissent pécheurs.

SAUVER CEUX QUI SE CROIENT PERDUS

Nous avons une “suprême méconnaissance de la justice” de Dieu “par un évident mépris de sa miséricorde” parce que nous lui préférons “ces morales à allure comptable qui (…) écartent plus qu’on ne le croit de la seule morale, parce que seule morale ordonnée aux seules exigences du seul salut. Le salut en Jésus-Christ. Le salut par Jésus-Christ. Le salut par et dans l’amour de Jésus-Christ.

Il suffit pour en saisir le tour d’esprit d’évoquer cette parabole incomprise s’il en est de “l’intendant infidèle”. Parabole qui scandalise même, tant nous craignons d’y voir une inquiétante condescendance de l’Evangile pour les escrocs.

Incompréhension d’autant plus désastreuse qu’en cette parabole est caché le secret de cette miséricorde dont les pêcheurs que nous sommes ont tant besoin.

Puisqu’en effet, c’est au moment où le Seigneur nous assimile à un abominable escroc qu’Il nous livre la formule d’un incroyable espoir. En nous révélant comment échapper à Sa justice! Comment abuser de Sa bonté. (…)

Sachons qu’au regard de la justice de Dieu nous sommes tous des escrocs, gaspillant, dilapidant, détournant les biens, les dons dont ce Dieu nous a comblés, dont ce Dieu nous a pétris.” (…)

Car l’Evangile nous le dit sans la moindre équivoque, Dieu, comme le maître odieusement grugé de la parabole… Dieu, dans son infinie miséricorde, va jusqu’à se réjouïr de ce qu’on sache l’escroquer pareillement. Puisqu’il est bien écrit : « Et le maître loua l’intendant infidèle de ce qu’il avait agi ainsi. »

Paroles effarantes. Mais inéffable exemple d’une miséricorde l’emportant sur la justice.

Quelle merveille ! Et quel remède contre le désespoir cette parabole devrait être, pour les escrocs que nous sommes ! Car, bien comprise, cette parabole (…) devient, par excellence, la révélation la plus bouleversante sans doute de l’inconcevable excès de la miséricorde de Dieu à notre égard! Miséricorde dans laquelle Dieu Lui-même se trahit, en quelque sorte.

A notre seul profit ! Et comme au mépris d’une justice dont l’implacable rigueur ne cinglera que le Crucifié, ayant accepté, Lui, de payer pour nous.

Ne pas désespérer de la miséricorde

Impérieuse nécessité de persuader (les pécheurs) que quelle que soit leur impuissance (réelle ou supposée), ils ne doivent rien lâcher de ce qu’ils peuvent tenir, qu’ils doivent tout faire de ce qui leur est encore possible. Pour au moins essayer d’émouvoir l’Infinie Miséricorde, en Lui montrant qu’ils n’ont pas encore commis l’épouvantable blasphème qui consiste à désespérer d’Elle. Car rien n’est pire que de désespérer de la bonté de Dieu. (…)

Devoir donc d’espérer, contre toute espérance, en la Miséricorde !

Car est-il vertu plus méconnue que la vertu théologale d’espérance ? Vertu mineure aux yeux d’un très grand nombre, coincée qu’elle est entre la foi et la charité, qu’on explique, qu’on médite, et sur lesquelles on insiste beaucoup plus.

Alors que c’est en péchant contre l’espérance que se perdent plus sûrement les plus pauvres, les plus pitoyables d’entre els pécheurs.

Péché contre l’espérance qui, en un sens, est plus offensant pour Dieu que les péchés contre la foi et la charité. Car, répétons-le, comme tels ces derniers L’insultent moins dans ce qui devrait précisément nous Le rendre plus aimable : l’infinie bonté pour nous de Sa Miséricorde.

Donc ne jamais consentir à pécher contre l’espérance. Ne jamais s’abandonner à cette « cohérence dans la culpabilité » qui tend à faire croire qu’à partir du moment où l’on est un pécheur sévèrement condamnable, le « un-peu-plus » ou le « un-peu-moins » n’importe guère. (…) Nous efforcer, au contraire de faire avec un zèle accru ce qui, par ailleurs et de toutes façons, reste la Loi. (…)

Et comme l’on comprend alors le « misereor super turbam » … le « j’ai pitié de cette foule », tombé des lèvres de Jésus-Christ, Notre-Seigneur.

C’est sur l’amour que nous serons jugés

Si, comme l’a dit saint Jean de la Croix :  « c’est sur l’amour que, finalement, nous serons jugés », cela ne permet certes pas de récuser la Loi, mais cela peut et doit aider à faire comprendre qu’il importe, par dessus tout, de se dépenser généreusement, de rester fidèle, de tenir en tout ce qu’on peut tenir, de ne jamais perdre l’adoration due à l’infinie miséricorde, puisque de tous les caractères divins, c’est celui qui est, en quelque sorte, « fait pour nous » !

Même si l’on se sait en contradiction grave avec la Loi (et, par là-même, exclu des sacrements) ne pas cesser d’être fidèle en tout ce que l’on peut. Sans se plaindre. Sans cesser de se reconnaître pécheur. Sans chercher surtout à semer le doute sur la sainteté de la Loi ! En cherchant à suggérer, comme beaucoup tendent à le faire aujourd’hui, qu’elle serait trop sévère. Sans insinuer, que l’on vaut ceux qui la respectent… Ne jugeons pas si nous ne voulons pas être jugés. (…)

Et comme l’on comprend le « misereor super turbam », le « j’ai pitié de cette foule », tombé des lèvres de Jésus-Christ, Notre-Seigneur …

Conclusion

Si, comme l’écrivait, le Père de Cochem, le Dieu très libéral a promis une récompense au verre d’eau donné en son nom, comment laisserait-il sans récompense l’offrande du calice plein du sang de son Fils ?

Or, précisément, nous avons toujours pensé que cet exemple du “verre d’eau” était un trait de l’Evangile que les “pécheurs” auraient intérêt à méditer un peu plus.

Son donneur, est-il écrit, ne perdra pas sa récompense ! Preuve que le don de ce seul verre d’eau saura toucher assez le cœur de Dieu pour lui faire oublier les éventuels péchés du donneur ; car il n’est pas stipulé que la récompense ne sera accordée que si le donneur est par surcroit impeccable. Ce qui supprimerait pour une part (sinon pour le tout) l’importance et l’intérêt (pourtant si rigoureusement annoncés) du don de ce verre d’eau.

Et donc, O misérables pécheurs, Mes Frères, tâchons de prendre au mot, une fois de plus, le Seigneur tout Miséricordieux. Car ce ne sont même, plus comme dans la parabole de « l’intendant infidèle », de simples amis à nous faire dans le Ciel que le Seigneur nous propose…

C’est Lui-même qui s’engage dans le plus inconcevable des marchés ! Pour un verre d’eau !

Etant bien entendu que si nous parvenons à substituer à cette flotte une sérieuse dose de muscat, la récompense (c’est absolument sûr !) n’en sera que plus chaleureuse. La récompense n’en sera que plus “Miséricordieuse infiniment !

Et l’on comprend le « misereor super turbam », le « j’ai pitié de cette foule » tombé des lèvres de Jésus-Chist, Notre-Seigneur !

Jean Ousset

[1] Pape François, Laudato Si’, 221.

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