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JP II BSouvenons nous de la manière pitoyable dont Jean-Paul II fut accueilli en France en 1980. Il a su passer par la porte qui lui était fermée … exemple à suivre dans l’action.

Relisons ce qu’écrivais Jean Ousset à cette occasion sur la manière du bon pasteur :

« Celui qui n’entre pas par la porte de la bergerie, mais qui y pénètre par escalade est un voleur et un brigand. Mais celui qui entre par la porte est le vrai pasteur des brebis. C’est à lui qu’ouvre le portier. Et les brebis écoutent sa voix. Il les appelle par leur nom. Et il les emmène (…). Il marche devant elles. Et les brebis le suivent parce qu’elles reconnaissent sa voix (…). J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de ce bercail. Il faut aussi que je les conduise. Et elles entendront ma voix »[1] (…). Et « Que vous en semble, si un homme a cent brebis, et que l’une s’égare, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres sur les montagnes pour partir à la recherche de celle qui s’est perdue ? »[2]

Versets de Jean et de Matthieu qui n’ont cessé de hanter mon esprit et mon cœur tout au long des heures passées à regarder et à entendre Jean-Paul II, au cours de son voyage en France. Bon pasteur qui a tenu à bien passer par la porte. Non à l’escalader… comme pour éviter les portiers en titre. Car lorsqu’une bergerie est à la dimension de la France il est normal qu’il s’y trouve plusieurs portes ; et plus d’un portier. Comme il est normal aussi que les portiers puissent être d’humeurs différentes, plus ou moins délicats, au goût plus ou moins sûr ! Comme il est encore normal que les portes elles-mêmes soient dans des états différents d’entretien (serrures huilées, charnières grinçantes…).

Ce qui explique que les chorales de France aient mal accepté le grincement des gonds de la bergerie de Saint-Denis et du Bourget. Car si ce fut là ce qu’on entend présenter comme une liturgie digne du « peuple de Dieu », il est clair que le mépris où on le tient a depuis longtemps dépassé le point de non-retour. Mais pour qui donc prend on le peuple, à la porterie du Bourget ?

Quand on pense à ce que l’Eglise du Moyen-Age eut la magnificence d’offrir au petit peuple d’alors ; quand on pense à ces incomparables chefs d’œuvre de la poésie et de la musique : « l’Adoro te », le « Pange Lingua », le « Lauda Sion », on n’était peut-être pas démocrate à cette époque, mais on ne s’y « foutait » pas du peuple comme au Bourget. Une vraie « fête à neu-neu » (la rigolade en moins !). Miaulements de chats en mars. Une paraphrase d’un supposé « gloria », aussi misérable au regard de la raison qu’à la lumière de la foi. Un sous-show de sous-Olympia ! Et l’on a été surpris qu’il ait plu !

(…) Et pourtant le bon pasteur a supporté çà. Sans broncher. Sous les rafales de vent et de pluie. Qu’aurait-il dû faire ? Supplier le Seigneur pour qu’Il punisse sur le champ l’impertinence d’une pareille comédie ? Certainement pas ! Trop de brebis auraient eu du mal à comprendre. Or, le bon pasteur n’a qu’un désir : faire en sorte que les brebis l’entendent, l’écoutent, reconnaissent sa voix. Pour qu’il les puisse emmener avec lui. Pour qu’il puisse se mettre à leur tête… Quel que soit le bruitage des « sonos ». Et c’est un fait que les brebis ont reconnu la voix du bon pasteur.

C’est un fait qu’elles ont compris leur devoir de rester fidèles et confiantes. « Sur la montagne » ! Non pour s’y pavaner au nom de cette supériorité d’altitude. Mais pour ne pas compliquer la tâche du bon pasteur… qui, même si les brebis de la montagne regrettent qu’il ne reste pas avec elles sur les sommets, savent bien qu’il est d’autres bercails avec d’autres brebis, qu’il lui faudra bien ramener quelque jour. Brebis d’autres bercails qui sont déjà venues nombreuses pour le voir et entendre sa voix. Et combien en ont été émues ! Pleines d’admiration.

Il attire ceux qui sont loin ; et réconforte ceux qui déjà le suivaient. « Croyant ou pas, proclamait « Ici-Paris », jeunes ou vieux, tous les Français ont eu le coup de foudre ». Et de Jean Bourdarias, dans « Le Figaro »… : « Le souci d’atteindre « ceux qui sont loin » ne peut faire oublier les foules qui vivent aux portes de l’Eglise et qui n’attendent souvent qu’un signe pour entrer… Ainsi les catholiques français ont redécouverts pendant quatre jours la joie d’être chrétiens et de pouvoir l’exprimer sans complexes. C’est une situation nouvelle, un « fait » dont il faudra tenir compte désormais ». Telles sont les « marques » du bon pasteur.

Vrai berger, dans l’attitude familière de tous les vrais bergers de la terre. Appuyé sur le bâton de sa Croix ! Surveillant, scrutant son troupeau. Les yeux plissés. Méditant ou priant. Prêt à saisir le moindre indice. Sans brusquerie, comme tout berger qui ne tient pas à « paniquer » son troupeau. Sans jamais broncher, quelles que soient la provocation, l’impertinence ou le sans-gêne. Ne fuyant aucun piège, mais y mettant le pied comme pour l’emporter dans un élan victorieux encore. Tout fut d’ailleurs assez grossier pour qu’il lui soit impossible de ne pas voir, de ne pas deviner, de ne pas comprendre.

(…) Il y a un peu plus de trente ans notre œuvre à ses débuts s’est mise passionnément à l’école de ce pape docteur que fut Pie XII. Jamais dans toute l’histoire de l’Eglise un pape n’avait offert à son peuple un capital doctrinal aussi prestigieux. Capital providentiellement proposé à nos débuts. D’où, sans doute, le fait que nous ayons pu progresser, sans faux pas excessifs, sous les feux de cette lumière. L’enseignement en demeure toujours en service parmi nous. Reste qu’une formation trop exclusivement doctrinale n’est pas sans inconvénients. Et le fait que les purs manieurs de concepts sont loin, trop souvent, d’être de bons hommes d’action. Mais voici qu’(…) un pasteur surgit qui apparaît déjà comme le docteur de la sainte prudence dans l’action. »

Le bon pasteur, in Permanences n° 171, juillet 1980, p. 2 et 3

[1] Jean X ; 1 à 4 ; 16.

[2] Matthieu XVIII ; 12.

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