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Reporters sans frontières, c’est le culot sans frontières. Je lis sur le site Internet de France 24 que RSF « demande aux responsables religieux d’accepter le droit au blasphème ». Certes, l’association n’utilise pas le terme « droit au blasphème » dans une sentencieuse « proclamation sur la liberté d’expression » qu’elle demande « aux responsables de lieux de culte de toutes religions de signer ». Cependant, l’interprétation que France 24 fait de ce texte de RSF me semble pertinente.

Le contenu de cette proclamation est en effet bien davantage qu’une pétition de principe sur la liberté d’expression à laquelle chacun pourrait souscrire sans grande difficulté : la loi, écrit RSF, « ne reconnaît ni ne condamne le sacrilège ou le blasphème. Chacun est libre d’exprimer et de diffuser des critiques, même irrévérencieuses, envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux. »

Cette présentation de la loi sur la liberté d’expression est fausse. En réalité, la loi donne la possibilité à celui qui s’estime injurié de recourir aux tribunaux. Et l’irrévérence se mue parfois en injure. C’est ensuite à la justice de dire si l’injure est caractérisée ou non. Voilà le fonctionnement normal des limites assignées à la liberté d’expression dans notre pays.

Mais ce que demande RSF aux responsables de lieux de culte, c’est en quelque sorte de renoncer à se prévaloir de cette possibilité de se plaindre : « Certains peuvent se sentir offensés ou blessés par la critique de leurs croyances, notamment sous la forme satirique. Mais la liberté d’information et d’expression, celle des journalistes comme des citoyens, ne saurait être contrainte ou limitée par les convictions ou les sensibilités des uns ou des autres. »

Ben voyons ! J’espère tout de même qu’une personne est encore libre, pour RSF, de s’estimer injuriée sans se voir accusée d’attenter aux libertés. Le responsable religieux qui signerait aujourd’hui une telle déclaration se trouverait bien ennuyé s’il lui venait à l’idée demain de protester contre une injure. Il se rendrait compte alors qu’il a consenti un peu rapidement à une amputation de sa liberté.

C’est au nom de la liberté que RSF entend atteindre la liberté, non pas la liberté formelle fondée en droit – car RSF ne demande pas de changer la loi -, mais la liberté intérieure, la liberté personnelle. Car la méthode de RSF est une pression, caractérisée par le fait que l’association annonce vouloir publier les noms de ceux qui ne signeraient pas. Ce n’est plus une demande, c’est une sommation.

La prose comminatoire de RSF nous apprend que « ce sont les conditions du respect du pacte républicain et des droits de tous dans une société démocratique pluraliste et tolérante ». Vous aurez compris que celui qui se déroberait à la signature ne serait ni républicain, ni démocrate, ni pluraliste, ni tolérant. « Et attention, j’ai les noms ! », disait Coluche dans un sketch. Voici les méthodes de basse police politique que RSF applique au nom de la liberté et de la tolérance.

Voici comment, dans notre pays, un climat hystérique autour de la liberté d’expression et du fait religieux est en train de faire reculer les libertés. Car il n’y a pas que la loi pour limiter les libertés. Bien plus redoutable est la pression politique exercée par ceux qui tiennent le crachoir et les ondes. Voici des méthodes dont ne se prive pas une caste qui voudrait imposer comme seule sacralité intouchable le dénigrement du sacré. Et gare à celui qui “blasphème” ce qui est “sacré” pour cette caste. Voulez-vous des exemples ? Inutile, vous les connaissez…

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 6 février 2014

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