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Il y a quelques jours, le journaliste Bruno Roger-Petit publiait sur Twitter le message suivant : « Tiens… préposé aux réseaux sociaux de la campagne Fillon : le très catho Samuel Lafont. Qui pourrait éclairer sur la caricature Macron ? » Samuel Lafont est donc, d’une certaine manière, trop « catho » pour être innocent dans l’affaire de la caricature jugée antisémite du candidat Macron, publiée par Les Républicains sur Twitter.

Plusieurs internautes ont fait remarquer que quiconque eût pointé du doigt l’appartenance à une autre religion, ainsi désignée sous un diminutif péjoratif, eût encouru les foudres du politiquement correct. Cette remarque est juste.

Quoiqu’il en soit, nous assistons à une sorte de chasse au catholique dans le débat public, notamment à la faveur des tensions autour de la candidature de François Fillon. L’ancien ministre de la Défense Charles Millon en a fait les frais : présent dans l’organigramme « société civile » du candidat, il a été immédiatement diabolisé, Jean-Christophe Lagarde allant jusqu’à subordonner son soutien à Fillon au retrait de Millon.

Autre fait saillant : Sens Commun et La manif pour tous sont désormais rhabillés en « radicaux ». Ils seraient des marqueurs forts de la radicalisation de l’opinion en général ; et de l’opinion catholique en particulier. Assimilés au « camp du mal », ces mouvements sont l’objet d’outrances verbales qui visent à les disqualifier a priori, à délégitimer leur parole dans le débat public.

Il y a ici la tentation d’un néo-maccarthysme. Il s’agit aujourd’hui de traquer de supposés « bruns », en attaquant des gens qui ne font que prendre leur place dans l’espace civique, avec leurs convictions. Mais ce ne sont pas leurs convictions qui sont passées au crible, ce sont leurs personnes. Que l’on me présente une expression outrancière de Ludovine de la Rochère, Madeleine de Jessey ou Christophe Billan démontrant leur « radicalisation ». Je suis curieux de voir.

Il faut cependant garder une certaine mesure : nous parlons ici d’une partie du milieu politico-journalistique, mais il n’y a pas de montée d’une « christianophobie » dans les profondeurs de la société française. Il y a simplement un catholicisme qui se réaffirme au plan sociopolitique, particulièrement depuis 2013. Cela ne se fait pas sans résistances, après un demi-siècle d’hégémonie culturelle de la gauche morale.

Il n’y a aucune raison de se laisser intimider. Le chien aboie, la caravane passe, dit-on. Il n’y a aucune raison non plus de perdre sa tranquillité. Ce qui compte, ce sont les convictions que l’on porte et la manière de les porter dans la société. Il faut apporter grand soin à la manière et non céder à l’hystérie ambiante.

Plutôt qu’une escalade mimétique, je pense plus constructif de fournir un effort renouvelé pour reconstituer progressivement les conditions d’un authentique débat dans la société. Comme citoyens, ce serait une belle œuvre que de contribuer à reconstruire une authentique Agora, ce lieu civique par excellence où la Cité délibère sur le bien commun.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 17 mars 2017

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