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On n’est pas éternellement à la mode : Libération frôle le dépôt de bilan tandis que Télérama lance fin septembre une nouvelle formule pour enrayer l’effondrement de ses ventes.

Ces deux piliers de la culture officielle, ces deux minarets des milieux branchés et auto-proclamés cultivés, ces hauts lieux de la gauche toute puissante, dont sont partis tant de fatwas, ces deux maîtres à penser de la bonne conscience moderne chancellent. Leur lectorat vieillit inexorablement.

Libération a englouti en moins de deux ans les 20 millions d’euros apportés par son nouvel actionnaire-mécène, Édouard de Rothschild. Le quotidien atteignait les 200 000 exemplaires dans les années 1980, il n’en vend plus que 130 000 aujourd’hui. A peine 30% de plus que La Croix ! Mais La Croix tient avec 50 journalistes tandis que Libération, qui accélère sa chute cette année, en paie 200 … Sans parler des moyens du courageux Présent privé des subventions d’État dont Libération profite à taux plein. À la fois traître et ringard par rapport à ce qu’il fut, le titre créé par Sartre est ­progressivement ­abandonné par ses fidèles.

Financièrement, Télérama (650 000 exemplaires) n’est pas aussi menacé. Pour autant, ses ventes, en hausse régulière depuis trente ans, ont cessé de progresser en 2001. Depuis, Télérama a perdu plus de 100 000 exemplaires en kiosques, partiellement compensés par des abonnements quasi offerts. Il y a le feu dans la maison.

On ne pleurera pas. A force de lutter contre le dogmatisme culturel, d’élargir la notion de culture à tout et n’importe quoi, à force de basculer dans l’élitisme hermétique des nantis, à force de tourner le dos à l’histoire, en oubliant de transmettre à l’école les bases de la culture occidentale, en détruisant jusqu’aux moyens d’acquérir ces bases par la lecture, ces fleurons de la gauche triomphante se sont consciencieusement tiré une balle dans le pied. Les jeunes élevés selon leurs principes n’ont plus ni l’envie ni la capacité de les lire. Libération et Télérama découvrent l’éternelle punition des Barbares, contraints d’aller piller et détruire ailleurs, quand tout est dévasté.

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