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Jean Ousset 5

Permanences – Il a souvent été dit que l’action culturelle entreprise par Ichtus avait pour raison d’être la passion de Jean Ousset pour les Beaux-Arts.

Myriam Chalom – Il est parfaitement exact de dire que Jean Ousset a toujours eu l’amour du beau. Jeune homme, il se destinait effectivement aux Beaux-Arts et avait un bon coup de crayon.
Mais, pour lui, le beau ne s’arrêtait pas à son expression esthétique. Il avait été élevé à la campagne et son grand-père, pour qui il avait une admiration sans bornes, lui disait toujours quand il le reprenait : «ne fais pas ça, ce n’est pas beau». Ce qui l’avait convaincu du fait que la notion de beau incluait celle du bien et du bon.

Au début de son œuvre, il n’avait d’ailleurs pas négligé d’aborder le beau dans Verbe, la revue de l’époque, mais de façon théorique. Dans Les fondements de la cité, son ouvrage le plus philosophique, il n’évoque aucunement la beauté, mais je reste persuadée qu’il considérait le beau comme un des «fondements de la cité».
C’est sans doute cette conviction qui, au début des années 70, le poussera à écrire A la découverte du beau, ouvrage dans lequel il nous fait découvrir les liens étroits qui unissent le vrai, le bien et le beau.

Il fut indéniablement le premier, dans les milieux catholiques, à prendre la question culturelle au sérieux. Il s’était en effet intéressé à Gramsci et à ses réflexions sur la culture comme vecteur principal de la révolution marxiste et de la conquête du pouvoir politique dans nos sociétés occidentales. On allait d’ailleurs, en France, en avoir une démonstration percutante avec les événements de mai 68.

Permanences – Pourquoi, alors que son œuvre était en pleine progression, Jean Ousset s’est-il soudain préoccupé de ce qui allait devenir l’action culturelle ?

Myriam Chalom – Alors maintenant pour répondre à votre question, je dirai qu’effectivement depuis 1968, l’Office International…, qui était le nom de l’époque d’Ichtus, connaissait une progression remarquable. Le congrès de Lausanne de 1973 fut le congrès le plus important de son histoire. Ce succès était dû au rôle joué par l’Office en 68 et à sa connaissance du tour d’esprit et des modes opératoires du marxisme. Un tract fameux, distribué dans toutes les universités, avait permis de redonner confiance aux professeurs et aux politiques pour exercent leurs responsabilités.

Cela dit, Jean Ousset ne se contentait pas de ce succès car il constatait que la déchristianisation de notre pays ne cessait de s’accroître. Il avait conscience que l’on ne pouvait plus, dans une société où règne le plus grand relativisme, s’adresser à nos contemporains uniquement avec des moyens livresques et des arguments doctrinaux. Il aimait à répéter que le chant de l’Internationale avait fait beaucoup plus pour la révolution marxiste que l’étude du Manifeste du Parti Communiste ou du Capital de Karl Marx.

Après le grand chambardement de 68, plus rien n’allait de soi, tout était possible, rien n’était impossible. Les valeurs porteuses de la société étaient contestées. Seuls importaient désormais la recherche et le bien-être du “moi” et l’instantanéité des choses et des événements. La conséquence de cet état d’esprit était le mépris de l’homme pour lui-même, la haine de sa grandeur et par voie de conséquence, le mépris de la vie humaine.

Aussi, lui qui avait de l’intuition, du «pif» comme il disait, et plus encore le sens de l’action, s’efforcera-t-il de réfléchir aux méthodes à mettre en œuvre pour pallier les effets désastreux de cette révolution culturelle. Il était urgent que son œuvre renouvelle ses façons de travailler et complète sa méthodologie de l’action. L’Office, malgré son changement de nom en 1963 d’action doctrinale en action culturelle, n’avait pas pris le tournant que ce changement imposait.

Si les “révolutionnaires” ont su s’implanter dans les milieux intellectuels et artistiques pour y imposer leur idéologie (avec le surréalisme entre autres), pourquoi, les laïcs catholiques n’auraient-ils pas le même souci et ne seraient-ils pas capables de diffuser, dans ce même domaine, la conception catholique de l’être humain et de sa dignité ?

Le message évangélique, depuis 2000 ans, n’a-t-il pas investi l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la poésie, le théâtre, suscitant directement ou indirectement les plus grands chefs-d’œuvre artistiques que nous admirons toujours aujourd’hui et qui constituent, pour ainsi dire, le patrimoine universel de l’humanité ?

De plus, l’Eglise, en tant que telle, a été au cours des siècles un très grand mécène, commandant aux plus grands artistes des oeuvres de beauté pour les mettre gratuitement à la portée de tous, dans ses églises. Le beau ayant toujours été une de ses voies privilégiées pour annoncer l’Evangile.

Pourquoi ne pourrait-on pas se servir de la culture comme un des chemins de l’action pour en dégager les valeurs humaines et spirituelles en vue de refaire une société chrétienne ?
Pourquoi ne s’en servirait-on pas pour atteindre les cœurs et les intelligences de nos contemporains dont le désamour pour la France et le christianisme est profond ?

Permanences – Comment la volonté de répondre à ces questions s’est-elle organisée en “action culturelle” ?

Myriam Chalom – Jean Ousset s’envole pour l’Argentine en 1973-74, afin de réfléchir sereinement aux moyens d’une action culturelle en profondeur. De retour en France et, grâce à certaines relations, il entre en contact avec des milieux populaires. Ici et là, il multiplie les expériences auprès de ces personnes.

Pour être plus concret, il les réunit autour d’un parcours de diapositives rassemblant des œuvres de sculpture, peinture et architecture ou autour de disques de jazz, de musique classique, de chansons françaises, etc…. Il les emmène visiter le Louvre ou telle ou telle cathédrale. Il les fait entrer en contact directement avec les œuvres.

Il s’aperçoit alors que les gens ne savent ni regarder ni écouter, qu’ils font passer leurs connaissances ou leurs sentiments avant de s’astreindre à regarder, à écouter attentivement. C’est de ces différentes expériences que «l’apprendre à voir» et «l’apprendre à écouter» vont naître. Ce long cheminement entraînera la transformation de l’Office en Ictus en 1981.

Il ne faut cependant pas nier les incompréhensions de bien des amis pour ces nouvelles formules d’action. Le point commun à toutes ces résistances étaient que la plupart de ces amis croyaient à l’efficacité d’une action qui s’adressait seulement aux intelligences.

L’action culturelle demandait aux animateurs de l’Office de se remettre en cause et de s’adapter à ce nouveau travail. Souvent, très attachés à la méthode doctrinale, on prenait la démarche culturelle pour une fantaisie du fondateur.
D’autres, convaincus de l’importance de cette action, ne voyaient pas le rapport d’une telle démarche avec le combat politique et social qui les occupait.

Enfin, il y avait ceux pour qui la culture est un savoir et le domaine des gens qui savent.

Permanences – En vous écoutant, l’on ne peut s’empêcher de penser aux multiples appels de Jean-Paul II demandant aux catholiques de défendre leur culture et de la faire connaître autour d’eux.

Myriam Chalom – Il est certain que la similitude du diagnostic de Jean Ousset pour la France avec celui de Jean-Paul II pour l’humanité tout entière a quelque chose de fascinant. Ils sont en effet tous deux à la fois conscients de la profonde déchristianisation de l’Europe, et certains de l’absolue nécessité de transmettre, ou de faire découvrir la culture chrétienne comme vecteur de cet amour et de cette espérance dont le monde entier a aujourd’hui tellement soif.

Jean Ousset proposait une nouvelle forme d’action de reconquête des cœurs et des intelligences qui correspondait à la grande idée du pape sur la Nouvelle Evangélisation.

Ictus en profitera pour développer cette action culturelle. Du point de vue matériel une diapothèque de 6000 œuvres de peinture, de sculpture, d’architecture, des mallettes de 300 diapos, des CD de musique, des vidéos sur le théâtre et sur la poésie française furent réalisés et constitués comme bagage culturel de l’animateur. Les groupes de travail d’Ictus commencèrent à les utiliser. Des expositions avec l’aide d’un certain nombre d’artistes furent organisées à l’occasion de nos congrès.

Permanences – Comment définiriez-vous l’essentiel de la méthodologie de l’action culturelle ?

Myriam Chalom – C’est une démarche pratique : laisser parler l’œuvre d’elle-même est l’exercice premier à observer pour respecter l’œuvre telle qu’elle est.

Le spectateur doit se soumettre à la réalité de ce qu’il voit et non à son imagination. Il faut s’astreindre à voir ce qui est et non ce que l’on voudrait y voir. On tournera autour pour une sculpture, on détaillera un tableau… pour aller voir plus loin que le seul effet global sans oublier qu’une composition a une unité et que le détail n’est qu’un détail. Il en résulte que vous dégagerez ainsi facilement l’essentiel de l’accidentel.

Plus vous vous entraînerez à cet exercice, plus le point intéressant d’une œuvre vous apparaîtra immédiatement. Le commentaire fera ressortir le sens de l’œuvre matérialisé par une infinité d’aspects (palette, composition, métier, virtuosité etc…) qui découlent de son observation et de son analyse. Les connaissances artistiques, historiques, doctrinales, etc.. doivent être choisies en fonction de l’œuvre observée pour mieux la révéler aux yeux de votre interlocuteur. Exemple : savoir qu’Henricke Stoeffel était la servante bien-aimée de Rembrandt ajoute une tendresse particulière à l’émotion dégagée de sa Bethsabée et nous indique une délicatesse masculine très remise en cause aujourd’hui.

Cette démarche pratique implique une approche des personnes. Elle demande l’emploi d’un ton bienveillant en considérant d’abord que nos interlocuteurs ne sont pas nos ennemis, des imbéciles qui ne comprennent rien ou des ignares indécrottables. Employer un ton tranquille et compréhensif, enthousiaste mais sans être exclusif parce que toute réalité est complexe et que l’on a tendance à schématiser. Eviter le ton compassé et ampoulé, lui préférer la simplicité et la clarté.

La façon de commenter est aussi importante. L’interactivité est la meilleure façon de rendre cette démarche vivante et favorise la liberté d’expression de chacun. Le commentaire se négocie par petites touches successives. Ne pas asséner son savoir dans un discours assommoir.

Ce sont nos expériences qui nourrissent cette démarche et la rendent efficace par tel commentaire qui est bien passé avec tel groupe ou tel autre avec un autre. Il est donc indispensable que les animateurs se rencontrent pour partager ces arguments.

Permanences – D’une certaine manière vous avez la prétention d’apprendre aux gens à penser et à juger. N’est-ce pas une manière de s’attaquer à leur liberté d’opinion ?

Myriam Chalom – Votre question est importante. Notre époque est la première à être choquée par une éducation du jugement, nos ancêtres pensaient qu’au contraire elle soutenait la liberté de penser.

Alors oui, la démarche culturelle a pour ambition d’éduquer au jugement mais non pas d’imposer un jugement. Elle utilise comme voie la démarche naturelle de l’intelligence humaine : observation, analyse, déduction. Et si vous le voulez bien, vous reconnaîtrez là, la méthode scientifique. Elle met ainsi en œuvre la grande loi de notre connaissance : «la saisie de l’intelligible dans le sensible». Cette démarche fait confiance à notre mode de connaissance et lui accorde la place qu’il mérite dans une éducation intellectuelle propre à l’homme.

Remarquez que nous ne disons pas «apprendre» à voir ou à écouter les œuvres d’art mais nous parlons d’apprendre à voir ou apprendre à écouter par les œuvres. Ce «par» que l’on a tendance souvent à oublier indique la nature de l’essentiel de cette démarche qui rend à l’objectivité des choses ses droits dans notre effort à connaître.

Nos contemporains ont été élevés dans un relativisme qui leur fait tout accepter par peur de l’emprise que l’autorité de l’Etat, ou de l’Eglise, ou tout simplement de l’autorité tout court qu’elle soit parentale ou professionnelle, pourrait avoir sur leur intelligence. Ils ont peur en somme d’être endoctrinés. Ils n’ont pas forcément tort. Notre histoire récente le prouve. C’est pourquoi, ils ont besoin de retrouver confiance dans le fait que l’homme a les capacités de connaître la réalité en tenant compte de toute sa complexité.

Précisément, la démarche objective de l’action culturelle veut pallier le prêt-à-penser culturel qui découle du relativisme lequel remet en cause la capacité de l’homme à connaître le vrai, le bien, le beau. Et, pour cela, nous recommandons de passer d’abord par “l’apprendre à voir” parce que l’œil et le cerveau sont complémentaires et s’informent mutuellement pour connaître et reconnaître la réalité comme telle.

Nos parcours de base couvrent l’ensemble de notre patrimoine européen de Lascaux à nos jours et de la chanson populaire au chant grégorien. Œuvres connues ou inconnues, incontestables chefs-d’œuvre ou croûtes avérées en font partie. Que l’on ne nous accuse pas de particularisme, de parti-pris, de mettre en avant telle ou telle époque au détriment d’une autre… nous nous intéressons à toutes les époques, tous les pays européens sont représentés avec quelques incursions dans les arts mondiaux, qu’il serait bon d’ailleurs de développer.

Notre démarche invite à développer l’esprit de pénétration et à le nourrir des valeurs culturelles dont leurs œuvres sont porteuses.

Permanences – Quels en sont précisément les objectifs ?

Myriam Chalom – Il y a, à la racine de cette démarche, la volonté de redonner aux Français, les plus pauvres, les plus humbles, les plus éloignés du christianisme, le goût et l’amour de la France, de l’Eglise et de Jésus-Christ.

Elle a pour objectif de favoriser une apologétique par l’illustration que les œuvres de beauté de notre civilisation européenne et chrétienne en fournissent.

L’art occidental et chrétien est un art humain et compréhensible. Un art intelligent. Un art de l’incarnation et cela ne vous étonnera pas. Nous avons la chance d’avoir un patrimoine facile d’accès, profitons-en.

Qui dit apologétique, dit illustration et défense de notre civilisation par les beautés de notre patrimoine.
Notre démarche en effet, n’est pas une démarche molle. Si je n’avais pas peur que l’on me comprenne mal, je dirai que c’est aussi un combat. Les attaques continuelles que subit notre civilisation, le culturellement correct exigent des réponses adaptées pour rendre une fierté disparue chez beaucoup de Français. Le choix des œuvres et le contenu des parcours se doit d’être suffisamment exhaustif pour emporter l’adhésion.
La modernité a perturbé notre regard. Elle a substitué à l’observation et l’analyse, l’émotion. Combien de fois n’entend-on pas devant une œuvre le fameux «j’aime» ou «je n’aime pas». C’est pourquoi, nous insistons tout le long des parcours sur l’importance du métier car il nous délivre des repères objectifs et visibles qui évitent de laisser la place à une interprétation dégagée de tout souci de correspondance avec ce que l’on observe.
Défense de notre patrimoine donc par des arguments observables et objectifs et non par des arguments exclusivement intellectuels ou un amoncellement de connaissances inutiles.

On nous reproche parfois de maintenir cette ligne, mais, il me semble qu’Ichtus ne peut pas laisser cette démarche pratique devenir l’illustration d’un discours ou d’une thèse aussi intéressante et originale soit-elle. Elle a ses axes d’observation et d’écoute qui font son originalité. Ces reproches viennent le plus souvent d’un manque de confiance dans cette démarche.

Notre patrimoine porte en lui des valeurs essentielles d’humanité et de spiritualité qui se dégagent, au fur et à mesure que l’on progresse dans cette démarche ; chacun peut ainsi les faire siennes en y portant un regard et une écoute attentive.

Permanences – Cette méthodologie est-elle d’abord destinée aux catholiques ? Si non, quel public est plus particulièrement visé ?

Myriam Chalom – Tous les publics sont visés, les jeunes en premier car ils sont les plus démunis.

Les laïcs catholiques pourraient être les animateurs incontestés de cette méthode culturelle. Reste que beaucoup trop d’entre eux laissent le champ libre de la culture à tous ceux qui bafouent ou dénaturent notre patrimoine.

Qui, si ce ne sont les chrétiens, apprendra à nos compatriotes à juger l’arbre à ses fruits, comme nous le recommande le Christ. Ne sont-ils pas «le sel de la terre» ?

Voyez-vous, je crois que, même si leur indignation est justifiée, les catholiques feraient mieux de se mettre au travail plutôt que de s’indigner à longueur de journée contre la christianophobie ambiante, qui est néanmoins sans aucune commune mesure avec les persécutions qu’ont subies les premiers chrétiens ou que subissent à présent nos frères du Moyen-Orient !

Permanences – En trente ans, les mentalités ont beaucoup changé. Un réajustement vous semble-t-il nécessaire ?

Myriam Chalom – Non, je ne pense pas que les mentalités aient changé. Les jeunes ont de moins en moins de connaissances, c’est exact ; mais ce qui constitue notre tour d’esprit social est toujours marqué par le relativisme et le subjectivisme d’il y a trente ans.

Le diagnostic de départ qui avait motivé notre démarche d’action culturelle n’a pas changé ; il s’est au contraire plutôt aggravé. L’amour de la France, de l’Eglise et de Jésus-Christ s’affaiblissant de plus en plus dans notre pays, la démarche reste valable, oh combien !

En revanche, les efforts de tous sont à mobiliser pour travailler davantage encore à transmettre et redonner cette fierté et cet amour de notre héritage culturel à nos contemporains, qu’ils soient Français de souche ou nouveaux Français issus de l’immigration.

Permanences – Qu’entendez-vous exactement par «travailler davantage» ?

Myriam Chalom – Il serait important, par exemple, de réajuster les stages de formation d’animateurs culturels afin de leur donner les outils nécessaires pour oser aller dans des milieux qui n’ont plus rien à voir avec l’Eglise. De même, d’autres parcours pourraient être constitués. Avant de mourir, Jean Ousset en prévoyait un sur les comparaisons-contrastes entre les œuvres, les artistes, les thèmes, etc… Ce parcours est prêt mais aurait besoin d’être expérimenté davantage.

Les parcours utilisés par l’action culturelle sont toujours nés d’un besoin ressenti pour rendre visible une argumentation et la méthode des comparaisons est à cet égard très significative (voir encart ci-dessus).

Il y aurait cependant à élargir notre intérêt aux autres domaines de la culture tels le cinéma ou l’histoire. Avec «l’apprendre à voir» par l’architecture, on fait des incursions historiques, mais ce n’est pas l’objet direct de cet itinéraire.
Beauté et histoire sont le cœur de la culture et les meilleurs moyens de donner une éducation civique vivante aux plus jeunes. En sommes-nous bien persuadés ?

Permanences – Ce travail peut-il être un remède à la faillite de l’éducation nationale au niveau de la transmission du patrimoine ?


Myriam Chalom – Vous demandez un peu trop à cette méthode. Je vous retournerai la question comme suit : peut-on porter encore remède à l’éducation nationale ?

Mais, pour répondre à votre question, je citerai Pierre Rosenberg, ex-conservateur du Musée du Louvre qui, en 1988, confiait à Spectacle du monde : «A l’école, on apprend à lire mais on n’apprend pas à voir».

Volontairement ou non, les ministres successifs de l’Education Nationale et de la Culture n’ont pas le souci de la transmission de notre héritage culturel. Les professeurs sont les seuls à s’en soucier, mais ils n’en n’ont souvent ni le temps ni les moyens. Tout ce qui peut enrichir les intelligences et les sensibilités, le cœur en un mot, est abandonné.

C’est pourquoi s’engouffrer dans le cadre scolaire pour essayer de tenir la place et d’intéresser les enfants à leur patrimoine est un objectif d’action prioritaire.

Les parents peuvent tenter de proposer cette démarche dans leurs écoles, collèges ou lycées. On peut le faire aussi chez soi pour ses enfants et leurs amis. Parents et enseignants doivent comprendre que ces moyens de transmission sont d’abord là pour approfondir le regard et l’écoute en donnant l’amour de notre civilisation et, pourquoi pas, celui de notre Dieu.

L’amoncellement des connaissances n’étant pas le but, ils seraient surpris des résultats, d’autant plus que les parcours généralement suivis sont chronologiques, ce qui permet aux jeunes d’acquérir le sens du temps ce qui leur fait gravement défaut aujourd’hui.

Permanences – Après trente ans d’utilisation de cette méthodologie, quel bilan pouvez-vous faire ?

Myriam Chalom – Le bilan général est positif, mais il n’est pas suffisant. Le nombre de parcours qui ont été diffusés sont là pour l’attester. Nous sommes allés faire ce travail dans de nombreux milieux : familial, amical, scolaire, associatif, paroissial, d’entreprise même. Actuellement, une expérience dans le cadre d’une municipalité de la banlieue parisienne est en cours avec beaucoup de succès. Les objectifs seraient de démultiplier les interventions et surtout dans les milieux des nouvelles immigrations. Ce travail est aussi fait pour eux.

Peut-être un dernier point. Il serait très intéressant de bâtir un parcours spécial multimédias qui reprendrait les beautés de chaque grande civilisation et de les comparer par thème, ce qui permettrait de voir où il y a le plus, là où il y a le moins.
Projet de longue haleine déjà envisagé par Jean Ousset. Voilà un chantier que les jeunes générations pourraient mettre en œuvre.

Permanences – Que diriez-vous pour conclure ?

Myriam Chalom – Je voudrais simplement terminer sur la spécificité d’Ichtus : Jean Ousset ne souhaitait pas que nous devenions des experts culturels mais des hommes et femmes d’action capables d’offrir à notre pays un nombre de cadres suffisant pour redonner à leurs compatriotes l’amour de la France, de l’Eglise et de Jésus-Christ.

Face à une crise de société qui n’est pas que financière, les Français attendent un nouveau souffle. Qu’attendons-nous pour agir ?

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