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Je suis la véritéEst-ce que cela signifie que la royauté de notre Seigneur ne dépasse pas l’ordre de la vie intérieure des âmes ? Quelle est cette royauté sans garde pour la défendre ? Cette royauté est pourtant sur ce monde : le règne de la Vérité sur les Etats comme sur les individus.

Jean Ousset dans son livre « Pour qu’Il règne » répond de façon lumineuse. Voici un extrait tiré de l’ouvrage Pour qu’Il règne, aux pages 19 à 30 (« Royauté, non “de ce monde” mais sur ce monde») :

Jean 18, 36 -37 « Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »

« Mon royaume n’est pas de ce monde » (…) la formule « de ce monde » ne signifie nullement que Jésus refuse de reconnaître à Sa Souveraineté un caractère de royauté sociale; le « de ce monde », « de hoc mundo », exprime ici l’origine et jamais latiniste ne l’a nié. Ma royauté n’est pas de ce monde ; c’est-à-dire : ma royauté n’est pas une royauté selon ce monde, mon royaume n’est pas un royaume comme ceux de la terre, qui sont bornés, sujets à mille traverses… Ma royauté et beaucoup plus que cela. Mon royaume ne connaît pas de frontières. Il est infini, éternel ; il ne dépend ni d’un plébiscite, ni du suffrage universel. Le bon ou le mauvais vouloir des hommes ne peut rien contre lui. Ma royauté n’est pas une royauté qui passe. Mon trône n’est pas un trône qui a besoin de soldats pour se maintenir et qu’une révolution peut renverser. Ni dépassement, ni idées nouvelles ne peuvent troubler ce royaume de l’ordre éternel.

Je ne suis pas un roi de ce monde, car les rois de ce monde peuvent tromper et être trompés ; on peut leur échapper ; on peut fuir leur justice… Rien de tout cela n’est possible à mon égard. Je ne suis pas un roi de ce monde, parce que les rois de ce monde, les chefs politiques de ce monde peuvent être cruels, méchants, insensé, tyranniques, hautains, autant que lointains, inabordables. Tout au contraire, Ma souveraineté met le règne de l’Amour, le règne de Mon Sacré Cœur ; Mon gouvernement est celui de la Sagesse Éternelle ; Mon royaume est celui d’une Miséricorde toujours prête à s’épancher en torrents de grâce.

Tel est le sens de la formule évangélique. Jésus traite ici la question d’origine et non celle de terrain et de compétence. Rien qui signifie que Son royaume ne soit pas en ce monde ou sur ce monde…

Reprenons la synopse des évangiles, au chapitre de l’interrogatoire de Pilate… A une première question de Pilate : « Es-tu le roi des Juifs », il nous apprend que Jésus a d’abord répondu : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? ».

Et Pilate de s’écrier, en Romain orgueilleux qui affecte d’ignorer les disputes intestines de ce peuple qu’il méprise : « Est-ce que je suis Juif moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? ». Par cette question, Pilate montre qu’il ne pense qu’à un éventuel complot, à une simple agitation du type politique le plus sordide. C’est donc pour le rassurer que Jésus répond alors : « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Et pour en donner un argument particulièrement net : « Si mon royaume était de ce monde, mes fidèles auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs »… Autrement dit, vous le voyez bien maintenant, après ce que je viens de vous dire et par le fait même qu’il n’y a pas eu émeute, complot, bagarres politiques… Mon royaume n’est point de ceux qu’on voit ici-bas.

Pilate n’en est que plus surpris. Dans sa pauvre cervelle de romain positiviste et pragmatique, il n’arrive pas à comprendre que, dans ces conditions, on puisse persister à vouloir se dire roi. Et il repose la question : « Ergo rex es tu ?… » « Ergo », c’est-à-dire : Et donc, quand même, malgré cela…, tu es roi ?… tu te dis roi ?

Alors Jésus, devant cette âme qui s’intéresse et qui cherche, va répondre en allant droit à l’essentiel avec une fierté souveraine : « Tu le dis, je suis roi », Jésus refuse de se servir d’un autre terme. « Je suis né pour cela et, pour cela, je suis venu dans le monde, pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix »…

Mais que signifie donc « rendre témoignage à la vérité », sinon la rétablir ? Ne dit-on pas, dans un procès, du témoin véridique, qu’il a, par sa déposition, rétabli la vérité ? Jésus est donc né pour cela. Et sa Royauté consiste en cela : le rétablissement de la Vérité. Rétablissement dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel. Sa royauté est, par essence, la royauté de la Vérité… Royauté universelle d’une doctrine, d’un enseignement. Royauté universelle de la doctrine catholique. Royauté universelle de l’enseignement de l’Eglise. Doctrine et enseignement qui ont leurs incidences sociales et politiques. Tout cela est compris dans l’explication de Jésus à Pilate…

L’ordre, le seul ordre qui soit, l’ordre véritable, l’ordre bienfaisant, l’ordre divin, c’est le règne de Jésus-Christ sur les Etats comme sur les individus. (…) C’est bien pour cela qu’Il est né, pour établir ce règne de la Vérité. Et quiconque procède de la Vérité, comme il l’a ajouté lui-même, écoute Sa Voix. Autant dire : quiconque aime la vérité, quiconque la recherche réellement, dans un élan généreux, dans un abandon de tout lui-même, dans une soumission totale du « sujet » à l’ « objet », quiconque « veut la vérité avec violence », comme disait Psichari, écoute la voix de Jésus-Christ ou ne tarde pas à l’entendre. »

A suivre : Tout n’est-il-pas relatif ? Qu’est-ce que la « vérité » ?

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