Le laïcisme est à distinguer de la laïcité qui, comprise dans un sens chrétien tel que le souhaitait Pie XII quand il évoquait “la légitime et saine laïcité de l’Etat“[[ Allocution à la colonie des Marches à Rome, le 23 mars 1958.]], peut être considérée comme “un des principes de la doctrine catholique“[[ Allocution à la colonie des Marches à Rome, le 23 mars 1958.]]. Mais en pratique, dans la confusion actuelle du langage, on désigne communément sous le terme de laïcité ce qui relève en fait du laïcisme. Aussi, nous évoquerons toujours sous le nom de laïcisme ce que nos contemporains appellent la laïcité.

Des théoriciens médiévaux aux Lumières

Le principe du laïcisme consiste à séparer de manière stricte et radicale l’ordre de la vie temporelle, que les hommes organisent librement en ne faisant appel qu’à la raison humaine, de l’ordre de la vie spirituelle que le laïcisme prétend totalement ignorer tant qu’il ne pénètre pas la sphère de la vie sociale. Ses maîtres mots sont: séparation (du religieux et du politique, de l’Eglise et de l’Etat) et neutralité (mot piégé qui cache bien des présupposés philosophiques). L’objectif d’une telle idéologie est selon la formule bien connue de Jules Ferry “d’organiser l’humanité sans Dieu“[[Préface aux discours parlementaires de Jaurès.]] c’est-à-dire de construire une société qui ne se structurerait plus autour d’une même foi ou d’une même croyance religieuse partagée en héritage. Le laïcisme est d’abord et avant tout “exclusion” du domaine religieux du champ de la vie sociale. En cela, il est une idéologie négative et c’est là sa grande faiblesse: il interdit mais ne propose rien. En témoignent les propos du député Jean-Michel Dubernard, président de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée Nationale, lors d’une table ronde organisée au Palais-Bourbon le 22 mai 2003: “la laïcité en ses débuts fut d’abord un exercice de soustraction: l’école moins l’enseignement religieux, moins les frères et autres ursulines, moins les crucifix dans les classes, moins les cathédrales, effacées du “Tour de France de deux enfants”, lu par tous nos grands-pères ou arrière-grands-pères“. Le laïcisme prétend régir la vie sociale en se passant de Dieu mais sa “pierre angulaire”, pour reprendre l’expression de Jacques Chirac[[Discours “relatif au respect du principe de laïcité dans la République” prononcé le 17 décembre 2003.]], n’a pas de contenu positif: elle est fondée sur une indifférence religieuse érigée en principe métaphysique.

Les premiers signes de cette idéologie apparaissent dés le début du XIVe, même si à l’époque on ne parle ni de laïcité ni de laïcisme[[Le mot fait son entrée dans le dictionnaire de Littré en 1871.]]. Deux auteurs en sont à l’origine: Marsile de Padoue (vers1280-1343) et Guillaume d’Ockham (1285-1347). Le premier est théologien et jurisconsulte italien, le second est un franciscain d’origine anglaise[[Il est né à Ockham, d’où son nom.]]. Tous deux ont pris une part active dans le conflit qui opposait à l’époque l’empereur Louis II de Bavière[[1286-1347. Il fut élu empereur en 1314.]] au pape Jean XXII[[1249-1334, élu pape au conclave de Lyon en 1316.]]. L’empereur lui reprochait d’intervenir dans les affaires temporelles de l’empire. Il fit appel pour sa défense à des “théologiens” qu’il invita à sa cour : Marsile de Padoue publie alors son Defensor Pacis en 1324 dans lequel il défend l’idée d’une totale indépendance du pouvoir temporel à l’égard de l’Eglise. L’Etat détient le monopole de l’autorité légitime et rien ne doit lui échapper: “Partout où la puissance du prince trouve matière à s’exercer sur le territoire soumis à sa juridiction, elle ne doit souffrir aucune entrave“[[Cité par J. Touchard, Histoire des idées politiques, PUF, 1985, t. 1, p. 202.]]. D’Ockham est plus modéré dans son Dialogus mais ses propos ne diffèrent pas sensiblement de ceux de son confrère. Tous deux furent excommuniés par le pape, le premier en 1326, le second en 1328. Notons par ailleurs que d’Ockham est le principal inspirateur du nominalisme qui a influencé toute la pensée philosophique moderne.

Une seconde étape est franchie avec la Réforme protestante au XVIe siècle. Par son refus systématique de toute autorité venant de l’Eglise, par sa doctrine du libre examen qui évacue toute notion de magistère, par son refus de constituer un clergé en vertu du principe du sacerdoce universel, le protestantisme a définitivement anéanti le principe d’un pouvoir spirituel et rompu l’équilibre qui était celui du Moyen-Âge, à savoir la coexistence plus ou moins pacifique d’un pouvoir spirituel et d’un pouvoir temporel, autonomes chacun dans leur ordre mais unis par un lien de subordination du second à l’égard du premier. Désormais, le protestantisme, dans les pays où il s’implante, devient une religion nationale soumise au prince qui ne trouve plus en face de lui un pouvoir extérieur au sien. Il en va de même pour l’anglicanisme, affaire strictement nationale. De plus, Luther, ayant une conception très pessimiste de la nature humaine, a prôné une séparation radicale entre le surnaturel et l’ordre temporel, ce dernier corrompu par le péché ne pouvant être fécondé et régénéré en profondeur par la grâce. Et sans clergé ni magistère, le protestantisme est vite devenu une affaire individuelle concernant exclusivement les rapports de la conscience personnelle avec Dieu. Elle a ouvert la voie à une privatisation de la religion et en même temps a favorisé l’absolutisme d’Etat. Ceci explique pourquoi les protestants en France ont si bien accepté, trois siècles plus tard, la politique de laïcisation entreprise par la IIIe République et qu’ils y ont même apporté un concours actif[[La contribution des protestants dans l’avènement des lois laïques a été reconsidérée à la hausse en 2003 par le Pr P. Cabanel in Le Dieu de la République, aux sources protestantes de la laïcité 1860-1900. Il examine notamment les figures de F. Buisson, de F. Pécaut et de J. Steeg, issus du protestantisme libéral qui ont eu une influence déterminante dans l’adoption des lois sur l’école laïque via leurs fonctions au ministère de l’Instruction.]]. Le fait que la religion soit évincée de l’ordre social ne les gênait pas outre mesure; ils avaient en grande partie renoncé à régir la sphère sociale et étaient acquis aux idéaux de la Révolution française.

Rationalisme et libéralisme, les deux mamelles de la Révolution

Ce sont ces idéaux qui constituent la troisième étape déterminante de cette progression du laïcisme à travers l’histoire. La Révolution est l’œuvre des “Lumières” et celles-ci s’inspirent de deux idéologies voisines qui constituent véritablement les fondements philosophiques du laïcisme: il s’agit du libéralisme et du rationalisme. Le libéralisme philosophique consiste à briser le double lien qui unit la liberté à la vérité. Dans l’Evangile selon Saint Jean, le Christ affirme: “La vérité vous rendra libres“[[Saint Jean, VIII, 32.]], soulignant le fait que l’authentique liberté est un fruit de la recherche de la vérité, et que celle-ci ne peut s’exercer sans liberté. Or le libéralisme exalte la liberté en évacuant toute référence à la vérité. A la question du vrai ou du faux, il substitue le règne de l’opinion. Tout est sujet à critique et rien ne peut être affirmé a priori comme vrai. Jean-Paul II le décrit remarquablement dans Evangelium Vitae: “La liberté se renie elle-même, elle se détruit et se prépare à l’élimination de l’autre quand elle ne reconnaît plus et ne respecte plus son lien constitutif avec la vérité. Chaque fois que la liberté, voulant s’émanciper de toute tradition et de toute autorité, se ferme même aux évidences premières d’une vérité objective et commune, fondement de la vie personnelle et sociale, la personne finit par prendre pour unique et indiscutable critère de ses propres choix, non plus la vérité sur le bien et le mal mais seulement son opinion subjective et changeante ou même ses intérêts égoïstes ou ses caprices… Ainsi disparaît toute référence à des valeurs communes et à une vérité absolue pour tous: la vie sociale s’aventure dans les sables mouvants d’un relativisme absolu“[[Evangelium Vitae, 1995, n°19 et 20.]]. Ceci est particulièrement vérifié en matière religieuse et comporte des conséquences en politique: l’Etat et les individus n’ont plus à rechercher quelle est la vraie religion car cette question relève de l’opinion de chacun. Dés lors, tous les principes éthiques qui en découlent sont eux aussi remis en cause. La société n’est plus fondée sur l’adhésion à une même vérité; pire, elle n’a même plus l’ambition de rechercher cette vérité car elle la considère sans intérêt.

Le rationalisme procède lui-même du libéralisme: il postule que la raison humaine peut organiser la société en ne faisant appel qu’à ses ressources propres et sans se soumettre à un ordre qui n’émanerait pas d’elle. C’est dans les doctrines du contrat social que cette théorie est le plus développée: pour Hobbes[[1588-1679, dans Le Léviathan (1651).]] comme pour Rousseau[[1712-1778, dans Le contrat social (1762).]], la société n’est pas un fait de nature: elle est le fruit d’une construction humaine volontariste qui se réalise à travers un contrat, passé entre tous les individus, qui institue la société civile. Celle-ci est donc le fruit de la raison humaine; il est logique que la loi devienne en théorie “l’expression de la volonté générale“, comme le rappelle l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et en pratique l’expression de la majorité. Procédant du rationalisme des “Lumières”, le laïcisme refuse donc par principe toute référence à un ordre autre que celui institué par la loi civile et institue ainsi un totalitarisme de la loi[[Jean-Paul II explique que “la démocratie, en dépit de ses principes, s’achemine vers un totalitarisme caractérisé“, Evangelium Vitae, n°20.]] qui confond les notions de légalité et de légitimité (ce qui est légal devient légitime). La souveraineté de la loi renvoie à la souveraineté de la raison affranchie de la tutelle des dogmes[[On reconnaît l’influence du libre examen protestant.]]. C’est l’existence d’un ordre naturel, extérieur à la volonté humaine, qui est remise en cause. Le philosophe Marcel Gauche[[Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde, Gallimard, 1985.]] a bien analysé ce phénomène en opposant les sociétés régies par un principe d’autonomie, où l’homme se donne à lui-même sa propre règle par un contrat social, aux sociétés régies par un principe d’hétéronomie où les règles fondatrices de la vie sociale ne proviennent pas de la volonté humaine mais sont reçues d’ailleurs, très souvent de Dieu. Aussi il est normal que les promoteurs du laïcisme soient irrités par un discours faisant appel au droit naturel ou à une transcendance.

De l’anticléricalisme au relativisme

Le laïcisme a pris différents visagesau cours de l’histoire: masque d’une persécution anti-religieuse sous la Révolution, anticléricalisme sous la IIIe République, vecteur du relativisme moral et de l’indifférentisme aujourd’hui.

Qu’il ait été le masque d’une œuvre d’irréligion est un fait avéré et qui ne se cantonne pas à la Révolution française. S’exprimant à la tribune de la Chambre des députés, le 8 novembre 1906, en pleine bataille des inventaires, René Viviani, ministre du travail, déclare: “Tous ensemble, nous nous sommes attachés à une œuvre d’anticléricalisme, à une œuvre d’irréligion… Nous avons éteint dans le ciel des étoiles qu’on ne rallumera plus“. Pourtant, sous la IIIe République, ce cas est assez minoritaire. La plupart du temps, les républicains s’affichent anticléricaux mais pas anti-religieux. Jules Ferry déclarait en 1880 qu'”il n’y a pas en France… d’irréligion d’Etat“[[Discussion du projet de loi sur l’enseignement secondaire des jeunes filles, séance du 21 novembre 1880.]]. Ils ne sont pas, à les entendre, hostiles à la religion en tant que telle mais simplement au cléricalisme entendu comme l’intrusion de la religion dans la sphère publique. Ils s’accommoderaient fort bien d’une religion qui cantonnerait ses ambitions à la sphère privée, un peu comme les religions orientales. Mais tel n’est pas le cas du catholicisme qui a toujours voulu embrasser l’homme dans toutes ses dimensions. Le pape rappelle dans un discours au Parlement européen que “le christianisme a vocation de profession publique et de présence active dans tous les domaines de la vie“[[1er octobre 1988.]]. Donc leur anticléricalisme, qu’ils le veuillent ou non, devient, malgré ces subtilités de langage, un antichristianisme car il entre mécaniquement en contradiction avec les objectifs de la religion catholique.

Par ailleurs le laïcisme a toujours affirmé être neutre par rapport à la religion: l’Etat sous la IIIe République ne s’affirme donc pas athée ou anti-religieux (ce qui reviendrait à prendre une option religieuse donc à sortir de la neutralité comme l’ont fait plus tard les soviétiques) mais il s’affirme simplement areligieux (ce qui revient à refuser toute option religieuse). Mais refuser toute option religieuse est un parti pris idéologique qui relève d’une option philosophique. C’est en ce sens que Jules Ferry pouvait affirmer aux sénateurs catholiques: “Si nous avons promis la neutralité religieuse, nous n’avons pas promis la neutralité philosophique, pas plus que la neutralité politique“[[Débats parlementaires du Sénat, séance du 31 mai 1883.]]. Cette prétendue neutralité religieuse est donc fondée sur une conviction philosophique, selon laquelle la religion n’a pas sa place dans la vie publique et dans les institutions. Parler de neutralité est donc un leurre.

Mais pourquoi la neutralité? A cette question, les promoteurs du laïcisme répondent, hier comme aujourd’hui, que celle-ci a trois enjeux: l’un philosophique qui consiste à assurer la liberté de conscience et de culte à tous les citoyens, l’autre politique qui consiste à rassembler et faire vivre ensemble des citoyens qui ne partagent pas les mêmes convictions religieuses, et le troisième juridique qui consiste à traiter également les religions.

Le premier enjeu est un sophisme voire un mensonge: il revient à affirmer qu’une société laïque est seule capable d’assurer la liberté de culte car elle n’a pris aucune “option” religieuse, laquelle entraînerait forcément une discrimination ou une intolérance vis-à-vis des citoyens qui n’ont pas pris la même “option” religieuse. Cette argumentation est mensongère au regard de l’histoire (déportations des prêtres sous la Révolution, expulsion des congrégations sous la IIIe République) mais elle l’est aussi dans son principe: comment une société qui professe le laïcisme comme une religion d’Etat serait mieux à même de garantir la liberté religieuse qu’un Etat chrétien? L’actualité de la loi du 15 mars 2004 sur le voile[[“Loi encadrant en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics” qui dispose que “dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit“.]], même si celui-ci n’est pas seulement un signe religieux, nous montre les limites d’un Etat professant le laïcisme, en matière de respect de la liberté religieuse. Et le pape a tenu à le rappeler, en recevant les vœux du corps diplomatique le 12 janvier dernier, dans une formule qui visait implicitement la France à propos de cette loi (qui n’était à l’époque qu’un projet) et aussi à propos du refus de la France d’inscrire les racines chrétiennes de l’Europe dans la future constitution européenne[[“Nous sommes témoins, (…) dans certains pays d’Europe, d’une attitude qui pourrait mettre en péril le respect effectif de la liberté de religion. Si tout le monde s’accorde à respecter le sentiment religieux des individus, on ne peut pas en dire autant du “fait religieux”, c’est-à-dire de la dimension sociale des religions, oubliant en cela les engagements pris dans le cadre de ce qui s’appelait alors la “Conférence sur la Coopération et la Sécurité en Europe”. On invoque souvent le principe de la laïcité, en soi légitime, s’il est compris comme la distinction entre la communauté politique et les religions. Mais distinction ne veut pas dire ignorance! La laïcité n’est pas le laïcisme!“.]]. Les Etats chrétiens ont certes commis des abus en matière d’acceptation ou de refus des cultes dissidents, mais le principe même d’un Etat chrétien reste encore la meilleure garantie pour la liberté des autres cultes. Quant à la liberté de penser, souvent invoquée pour justifier la neutralité, il faut rappeler qu’elle n’existe réellement qu’associée au désir de rechercher la vérité, qu’ont précisément évacué les promoteurs du laïcisme.

Le deuxième argument consiste à affirmer que la neutralité permet, sur le plan politique, de mieux faire coexister les personnes dans une société qui reste divisée religieusement. Il se rattache à l’idée, largement répandue, que l’affirmation d’une identité religieuse diviserait la nation et favoriserait le communautarisme voire le choc des civilisations, alors que la “laïcité” (comprendre le laïcisme) permettrait de rassembler les citoyens, quelles que soient leurs convictions religieuses. Elle aurait une vertu intégrative. Le problème consiste en ce que le laïcisme n’a plus de contenu réellement positif. Il a tenté jusqu’au début du XXe siècle de se fonder sur la science dont on découvrait à l’époque les progrès fulgurants. On proposait alors aux citoyens de vénérer les vérités scientifiques et de s’unir autour d’elles en lieu et place des vérités religieuses sur lesquelles on restait divisé et qui étaient dés lors ramenées au rang d’opinions. Mais outre le fait que la science n’a jamais suscité l’enthousiasme des foules et qu’elle ne peut, à elle seule, constituer le moteur de l’intégration sociale, les ravages qu’elle a pu produire au XXe siècle ont ruiné à jamais ce fondement scientiste du laïcisme. Il en résulte un vide qu’ont essayé de combler nos contemporains en associant à la “laïcité”, l’idée du “vivre ensemble” comme seul fondement du pacte social. Mais cette notion, qui reprend en partie les conceptions de Renan quand il évoquait “le plébiscite de tous les jours”[[Qu’est-ce qu’une nation, discours en Sorbonne, 11 mars 1882.]], n’a aucun contenu objectif: relevant purement de la subjectivité de chacun, elle n’est ancrée dans aucune réalité sociale, philosophique ou historique et relève en pratique de l’utopie.

Quant au troisième argument qui, sur le plan juridique, met toutes les religions sur un pied d’égalité, il relève de l’idéologie égalitariste qui revient à ignorer le poids prépondérant d’une religion dans l’histoire d’un pays et à refuser tout jugement de valeur sur la contribution que les religions apportent au bien commun de celui-ci.

Le laïcisme a évolué au fil des temps.Il était essentiellement anticlérical sous la IIIe République parce que la religion occupait un rôle important dans l’espace public (par exemple à travers la gestion des écoles ou des hôpitaux) et que l’Etat voulait l’en expurger. Il reste aujourd’hui, en théorie, campé sur ses positions anticléricales car elles découlent du laïcisme, mais l’anticléricalisme trouve moins de matière pour s’alimenter dans la mesure où le catholicisme est marginalisé dans l’espace public[[A noter cependant qu’il ressurgit de temps en temps, par exemple à travers le réseau Voltaire, lors de la venue du pape à Reims en 1996, ou lors des prises de position de Jean-Paul II dans le domaine de la vie ou de la morale conjugale. C’est encore une contradiction du laïcisme: il est censé garantir la liberté d’expression à tous alors qu’en pratique il conteste ce droit à l’Eglise catholique.]]. Le laïcisme est surtout devenu relativisme moral et indifférentisme. Il s’agit d’abord d’ignorer la religion et de la marginaliser au sein de la société ce qui fait dire à Marcel Gauchet, pourtant apôtre de la laïcité: “les catholiques sont la seule minorité religieuse culturellement persécutée dans la France d’aujourd’hui“[[Cité par Famille Chrétienne, n° 1371 du 24 au 30 avril 2004.]]. Michel Onfray[[Romancier et essayiste qui se proclame nietzschéen et antichrétien.]] voudrait par exemple qu’on n’évoque plus au journal télévisé les voyages du pape, la canonisation d’un nouveau saint même si ces évènements rassemblent beaucoup de monde. Quant au relativisme moral, il se caractérise par le refus des principes transcendants inscrits dans la nature des choses et devant s’imposer au législateur.

Bien plus qu’un principe juridique, le laïcisme est donc le syndrome d’une société ayant abandonné ses repères et cherchant obstinément à se construire en totale indépendance par rapport à toute considération religieuse. Fait inédit dans l’histoire de l’humanité, où toutes les sociétés, même sous l’antiquité, ont toujours été religieusement fondées, le laïcisme est le reflet de ce que Bernanos appelait “une crise de civilisation”. Comme toute idéologie, il constitue une parenthèse dans l’histoire…

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