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Après l’attentat de Saint-Etienne du Rouvray, trois faits majeurs retiennent particulièrement l’attention.

Le premier fait est que le jeune Adel Kermiche, l’un des auteurs de l’attaque terroriste de Saint-Etienne du Rouvray, était identifié comme une personne radicalisée et dangereuse. Il a été remis en liberté par la justice après un séjour en prison lié à sa tentative de départ en Syrie. Une liberté qui lui a permis de passer à l’acte.

Le deuxième fait est que cette catégorie d’individus est nombreuse sur le territoire français : selon Manuel Valls ils sont 10 500 fichés “S” « pour leur appartenance ou leur lien avec la mouvance islamique ». Cela signifie que, même ultra-minoritaire au sein de la communauté musulmane, le vivier actuel de soldats du djihad est déjà suffisant pour semer le chaos en France par le moyen de la terreur.

Ces deux faits remettent en cause la politique actuelle de traitement des musulmans radicalisés. Ils indiquent que la stratégie française de sécurité publique n’est pas à la hauteur du danger immédiat qui menace la France : l’engrenage de la guerre intérieure.

Le troisième fait est que nous sommes confrontés à un fanatisme religieux : les soldats du djihad se réfèrent à système théologique de conquête politique issu de l’islam, qui s’appuie sur un messianisme guerrier, une eschatologie et une doctrine du Salut.

Or, il existe un déni de la dimension religieuse du djihad. Nos autorités publiques et nos éditorialistes, mais aussi parfois des responsables religieux, font en quelque sorte l’impasse sur ce qui se joue en profondeur, historiquement, au sein de l’islam sunnite. Ce déni empêche de penser une doctrine d’action adaptée à la situation.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le drame de Saint-Etienne du Rouvray. Cet événement constitue un pas supplémentaire dans l’engrenage de la guerre intérieure, qui vise à séparer radicalement et définitivement les communautés pour favoriser l’affrontement. Cet attentat meurtrit la France en son cœur et dans sa personne ; et il touche de manière particulière les catholiques.

De la communauté catholique ont émané des appels à se garder de la haine, à favoriser la concorde entre les communautés religieuses et à prier, y compris pour nos ennemis. Cet appel du Christ dans l’Evangile nous engage. Cette attitude, authentiquement catholique, ne doit cependant pas fausser la vision que nous pouvons avoir des événements.

Quelques points de discernement sont nécessaires :

  • La théologie catholique du martyre n’engage pas les chrétiens à se laisser égorger sans se défendre. La belle vocation des moines de Tibhirine ne correspond pas à la vocation ordinaire des laïcs chrétiens, mais à une vocation particulière choisie en conscience par ces moines.
  • La spiritualité catholique de la vulnérabilité, à l’exemple du Christ en Croix, n’exclut le devoir protection du faible par le fort. L’usage de la force est nécessaire pour faire échec à la violence arbitraire.
  • L’Eglise enseigne que les personnes et les sociétés ont un droit, et même un devoir, de légitime défense, dans le cadre des lois et des institutions.

Il est donc nécessaire d’œuvrer pour la paix et de prier pour nos ennemis, mais aussi de les combattre, y compris par la force. Il convient d’ajuster notre attitude à l’Evangile et à nos devoirs de citoyens. Ces devoirs impliquent de tenir compte de la réalité complète des faits pour servir et protéger la France comme elle doit être servie et protégée.

Guillaume de Prémare

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