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Henri de LubacProphétie admirable du cardinal Henri de Lubac en 1941 dans son ouvrage “La vocation de la France” :

« Une pensée m’est souvent venue à l’esprit au cours de ces derniers mois…Ce n’est qu’un rêve, mais il n’est pas absolument défendu d’en faire pourvu qu’ils ne masquent pas les conditions de la réalité…Je songeais donc à la force prodigieuse que serait pour le relèvement de notre pays et pour la pacification future du monde une génération de jeunes Français qui prendraient le christianisme au sérieux.

Je voyais ces jeunes Français réfléchissant sur les causes profondes de notre misère actuelle, décidés à y porter les vrais remèdes, désireux pour cela de se former d’abord eux-mêmes en même temps que d’acquérir chacun dans sa branche une compétence approfondie.Les veilleurs

Libres et fiers dans le don d’eux-mêmes, ils n’étaient pas embrigadés, même pas organisés en un parti ; la plupart s’occupaient peu de politique, mais tous étaient d’un loyalisme sans reproche, tout entiers à leur tâche propre et à leur devoir social, toujours soucieux de rapports humains avec les hommes, très avertis des dangers spirituels qui nous menacent aujourd’hui.

Je ne les voyais pas tous croyants et pratiquants au sens courant de l’expression, mais, me rappelant le mot de Saint Augustin sur ceux qui paraissent être dans l’Eglise et qui en réalité sont dehors et sur ceux qui paraissent être dehors et qui en réalité sont dedans il me semblait que tous ces jeunes hommes étaient réellement chrétiens, et que c’était ce qui les rendait plus français, et que l’Eglise, qui a le droit d’anticiper, les reconnaissait tous pour siens. Et, portant mes regards dix ans, vingt ans, trente ans en avant, j’apercevais chacune de leurs activités, quoique sans plan concerté, rejoindre les activités des autres dans un réseau de plus en plus serré, chacune de leurs initiatives comme chacun de leurs exemples se réunir à ceux des autres pour en susciter d’autres encore. Ainsi surgissait un vaste et irrésistible mouvement d’où le pays sortait réconcilié, grandi, rendu à ses destinées, non pour des entreprises de conquête brutale ou de désordre, mais pour ajouter de nouveaux épisodes, plus beaux et plus féconds que tous les précédents, aux « GESTA DEI PER FRANCOS »…

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