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Pour l’enfant : Un Père – Une Mère – C’est élémentaire ! On ne peut plus simplement suggérer l’union profonde de ces deux êtres, que le travail soude au jour le jour et que l’enfant, fruit de leur deux chairs, fusionne en un amour commun pour une troisième personne qu’ils ont tous deux engendrée.

Ce qui nous séduit d’entrée de jeu dans cette toile, car c’est la démarche naturelle de l’oeil humain que de prendre d’abord en compte les informations qu’il puise dans les couleurs perçues, c’est le chatoiement des couleurs fraîches et gaies, élégamment dégradées du vert au bleu. Tonalité générale de couleurs froides qui portent aisément l’éclat léger de la lumière des matinées de printemps, certainement en Normandie, comme le suggère le toit de chaume de la demeure qui figure en arrière-plan de ce tableau.

Un arbre apparemment en fleurs cache en partie la chaumière familiale. Des arbustes eux aussi en fleurs séparent la demeure de la terre que l’on travaille. Des draps blancs sur une corde flottent au vent léger et reflètent l’éclat de la lumière du soleil qui se pose sur eux. Tout le bonheur de vivre à la campagne, au cœur de la nature nourricière, s’engouffre dans ce décor séduisant, dont le charme touche aujourd’hui plus que jamais nos âmes de citadins fatigués des villes, de leur stress et de leur pollution.

Par la petite porte en bois entrouverte sur la droite, la fermière est entrée avec son enfant et interrompt le travail de son mari qui bêchait la terre du potager et vient d’abandonner sa bêche pour s’intéresser à sa famille qui vient à sa rencontre. Le premier plan est vide, laissant l’œil courir librement vers les personnages dont la rencontre constitue le thème du tableau.

La chevelure rousse retenue en chignon de la jeune femme fait écho au doré du couvre-chef de son mari, tandis que le bleu de sa robe répond à celui du pantalon et de la chemise de son compagnon. On ne peut plus simplement suggérer l’union profonde de ces deux êtres, que le travail soude au jour le jour et que l’enfant, fruit de leur deux chairs, fusionne en un amour commun pour une troisième personne qu’ils ont tous deux engendrée.

Tendrement penchée sur sa petite fille, la jeune mère soutient son enfant aux pas hésitants, alors que celle-ci, les deux bras tendus vers son père, s’enhardit jusqu’à échapper aux mains de sa mère pour marcher, seule, vers l’auteur de ses jours. Le père s’est agenouillé pour recevoir l’enfant qui va le rejoindre. L’amour et les encouragements paternels semblent prêter leur force à la petite fille qui va s’élancer. Ces instants de tendresse éblouissante, comme suspendus hors du temps, en insérant quelques éclats d’éternité dans la vie des hommes et lui confèrent toute sa valeur et nous rassurent, aux jours du doute, sur notre espérance souvent ébranlée que l’existence vaut effectivement la peine d’être vécue.

Les liens de complémentarité naturelle

On retrouve ici, inscrits dans les gestes mutuels de ce couple, le don de la femme et l’accueil de l’homme, sentiments normalement éprouvés au jour de l’annonce de cet heureux événement qu’est la promesse de la venue d’un enfant. On y découvre aussi, et peut-être surtout, les liens de complémentarité naturelle qui unissent l’homme et la femme, dans leur besoin réciproque de l’autre, dans leur sensualité réciproque qui a besoin de l’altérité de leur sexualité pour exprimer leur amour et engendrer la vie.

Car, ce qui a été, pour des milliards d’êtres humains au cours des millénaires qui nous ont précédés, la plus évidente des évidences, semble avoir besoin d’être rappelée aujourd’hui, au risque de faire ricaner Monsieur de La Palisse : il faudra toujours un homme et une femme pour faire un enfant ! C’est la loi de l’univers contre la pérennité de laquelle les prétentions humaines à vouloir faire autrement se fracasseront toujours.

Cette union du couple par l’enfant et pour l’enfant est la plus belle loi du monde, celle de la conception de la vie que seule l’altérité de l’amour d’un homme et d’une femme peut engendrer.

Mais il y a aussi, dans ces gestes des parents, la volonté d’entourer, de protéger, de veiller à la sécurité des premiers efforts, non dépourvus de danger, de cet être faible et vulnérable qui tente pour la première fois de faire les choses par lui-même. Souci de la protection du plus démuni qui nous va droit au coeur car, au fond du meilleur de nous-mêmes, tous les adultes que nous sommes devenus ou deviendrons se considèrent résolument comme les protecteurs naturels du plus faible qu’eux, à commencer bien sûr par tous les enfants du monde.

La clef de lecture de l’humain

Séduits, absorbés par ce décor de campagne paisible où les personnages semblent évoluer avec sérénité, nous devenons spontanément complices du bonheur de vivre que suggère cette œuvre, dont le sujet fait resurgir en nous les souvenirs des tendres joies familiales qui nous émeuvent dans l’instant. Nous sommes très loin des grands thèmes d’inspiration, et pourtant nous plongeons au cœur de la nature humaine.

Van Gogh est considéré comme un post-impressionniste par tous ceux qui apprécient de mettre des étiquettes sur les êtres et les choses parce que cela les rassurent ; classification arbitraire qui n’apporte aucune indication sur le contenu réel de ses différentes tableaux. Il est, de fait, par l’oeuvre que nous contemplons ici, comme par la totalité de son travail, dans la lignée des thèmes récurrents de la peinture occidentale chrétienne : une loi naturelle, une nature humaine, des émotions universelles… Une fois de plus «la lettre tue et l’esprit fait vivre».

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