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Jean Ousset 5Jean Ousset dans les principes fondamentaux de son livre l’Action , plaide pour la diversité des initiatives dans l’action et contre la tentation des organisations compactes vouées par nature à l’échec dans la durée puisqu’elles ne peuvent s’accorder au but poursuivi : celui d’une vie organique et non totalitaire des corps sociaux, fondée sur l’exercice ordonné et le plus autonome possible des responsabilités de chaque personne.

« La doctrine chrétienne de l’action politique et sociale est l’expression du droit naturel et chrétien considéré d’une façon pratique, avec le souci constant des réalisations possibles…

Obligation, donc, non seulement de connaître le BUT (le PLAN), mais de savoir encore distinguer que la nature de ce BUT, l’ordonnance de ce PLAN commandent de…s’y prendre de telle et telle sorte.

Avec une suffisante précision.

Car il est une façon de dire ce qu’il faut faire qui n’a rien de pratique, parce que trop générale. Parce qu’elle ne dit pas le « comment faire », le « comment s’y prendre », le moyen particulier d’y parvenir…

[L’expérience nous enseigne la] seule méthode d’action pratique, au spirituel comme au temporel.

Méthode qui, dès que le choix est délicat, consiste à comparer :

1°   les avantages de ce qu’on projette…

2°   les inconvénients de ce même projet…

3°   les avantages qui peuvent en résulter si on l’écarte…

4°   les inconvénients de ce rejet…

Formule qui se résume :

1°   le pour du pour…

2°   le contre du pour…

3°   le pour du contre…

4°   le contre du contre…

Cela peut faire sourire, mais n’en reste pas moins excellent pour développer l’automatisme d’un certain tour d’esprit, d’un sens rapide et clair des possibilités concrètes.

« Peser le pour ; peser le contre ». Combien s’y appliquent vraiment ?…

Procédés susceptibles de développer un sens plus vif de la complexité des choses, et par là, offrant l’avantage de désenchanter notre goût du mouvement unique, de l’opération qui prétend tout sauver à elle seule. Organisations hors desquelles toute action est déclarée vaine et malfaisante.

Cette conception unitaire du combat politique et social a été et demeure cause de nos échecs.

…Nécessité, donc, de développer ce sens d’une action plurielleSans cet esprit, point d’action efficace.…

Mais tout aussi vaine est la recherche d’une unité par choix exclusif d’un organisme ou moyen particulier.

Comme si, dans le combat qui s’offre à nous, un seul groupe, un seul mode d’action pouvait suffire.

« Gardons-nous bien du sélectivisme bourgeois », disait Lénine.

Maxime, qui pour un coup, vaut d’être retenue !

Folie de qui prétend jouer qu’une carte, une recette, un homme. Cet homme est-il battu ? Tout semble perdu. Cet homme est-il vainqueur ? Tout paraît assuré, et l’on ne s’inquiète plus de rien. Alors qu’un devoir d’active vigilance continuerait à s’imposer…

En conséquence, persuadons-nous qu’il ne peut être de salut que dans l’ordonnance d’une action pleine, forte, rigoureusement pensée…La vérité est qu’il n’y a pas de « seul moyen ». Tout doit servir. « Autant que… pas plus que… »

Nous avons à rendre sa vraie santé au corps social […par une] action multiforme où tout doit s’ordonner

À besoins divers, il faut des formules diverses.

Et c’est au degré de l’esprit, au plan de la doctrine que doit s’établir la seule unité possible vraiment souhaitable. Unité des esprits sur l’essentiel, sur la doctrine. Quant aux actions, aux fonctions, il importe qu’elles soient nombreuses et variées.

Plus que jamais, face au Léviathan du totalitarisme moderne, il importe de dresser un jeu de forces souples, manœuvrières, peu vulnérables, faciles à reconstituer, riches en ressources variées, capables de poursuivre simultanément plusieurs objectifs. Un style d’action adapté aux conditions de lutte contre le totalitarisme moderne. Totalitarisme qui dispose de presque tous les moyens d’information et qui peut faire croire ce qu’il veut : salir, discréditer les initiatives les plus respectables, bafouer les meilleurs, faire incarcérer, torturer, condamner, massacrer des innocents, sans que les gardiens d’une conscience dite « universelle » osent ou daignent élever la voix.

L’action, ça se pèse. Et ça se patiente.

Contre un ennemi parvenu à ce point de victoire, il est vain d’escompter remporter quelque avantage en progressant en formation compacte.

Il faut une autre méthode. Celle d’une action souple… susceptible de compenser un manque évident de force matérielle, numérique, par un surcroît (éminemment qualitatif) de valeur, de zèle individuels. Action toute d’intelligence et de mobilité.»

 

À suivre…

 

Publié dans Le Salon Beige le 9 mars 2014

 

 

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