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Cette semaine fleurit sur Twitter le mot-dièse #PourMoiLaPolitique. Les Twittos multiplient les propositions : « Pour moi la politique doit servir les intérêts de la nation » ; « Pour moi la politique c’est la transparence » ; « Pour moi la politique c’est l’exemplarité » ; « Pour moi la politique c’est l’intérêt du pays avant ceux des partis » ; etc.

Le succès numérique de cette opération et le contenu des réactions traduisent une réalité largement confirmée par les études d’opinion : « 71%  des Français n’ont plus confiance en leur démocratie », indiquait récemment le Huffington Post, dans son « baromètre de la crise au pouvoir ».

Ce qui est fréquemment remis en cause, c’est la propension de nos politiciens à faire passer leur carrière, leurs avantages, leurs intérêts – et ceux de leurs partis – avant leurs devoirs et leurs responsabilités. Il y a ici un large consensus populaire.

L’un des aspects du problème, ce sont les carrières politiques : des hommes et des femmes qui n’ont pas de “vrai métier” investissent le champ politique et s’y accrochent comme la bernique à son rocher. Qu’ils soient premiers, seconds ou troisièmes couteaux, leurs moyens de subsistance et leur raison d’être dépendent de leur capacité à durer. Alors, la politique devient un métier. Et pour “faire carrière”, il faut le plus souvent compter sur un parti.

Pour changer les choses, on peut rêver par exemple d’une constitution alternative d’initiative citoyenne. Pour ma part, j’y poserais le principe suivant : « Un homme, un mandat, renouvelable une fois ». Ou toute autre disposition qui vise à faire de la fonction politique un service rendu pour 10 ans maximum par des gens qui ont un vrai métier, qu’ils ont exercé avant et qu’ils reprendront après.

Voici qui mettrait fin aux interminables carrières politiques et limiterait le pouvoir exorbitant des partis, dont la capacité d’attraction repose beaucoup sur leur capacité à assurer une carrière à leurs obligés. Nous sommes ici face à une systémie délétère qui ressemble de plus en plus à une fabrique de médiocres.

Bien évidemment, il ne faut pas compter sur notre classe politique pour scier la branche sur laquelle elle est assise. Jusqu’ici, les différentes réformes contre le cumul des mandats ont pris soin de ne pas gâter l’assurance-vie de nos politiciens : la possibilité de faire carrière.

Parvenir, par les pressions des citoyens, à une telle réforme ne suffirait probablement pas à tout régler, car nous sommes confrontés à une grave crise de civilisation. Mais ce serait un pas vers une nécessaire refondation de la substance politique, laquelle s’enfonce aujourd’hui dans le gouffre de l’incompétence, de l’ambition et d’une médiocrité probablement sans précédent dans l’histoire de France.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 4 septembre 2015

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