Sélectionner une page

Jeudi 17 mars 2016, 130 médecins publient une tribune demandant l’ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes.

Lundi 6 juillet 2016, Laurence Rossignol, ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes affirme qu’il n’y a « aucune raison de compliquer la vie » des couples lesbiens, qu’il n’y a aucune raison de « discriminer les couples homosexuels, les couples lesbiens […] en leur refusant l’accès à une technologie qui est ouverte aux couples hétérosexuels. »

Le Haut Conseil à l’égalité, le Défenseur des droits ont tous deux déjà pointé du doigt la discrimination et la méconnaissance du principe d’égalité dont sont victimes les couples de lesbiennes en matière de procréation assistée.

Il semblerait donc que la PMA pour les couples de femmes soit en bonne voie. François Hollande avait reculé au lendemain du vote du mariage pour tous, par peur de remettre la Manif pour Tous dans la rue, par peur de chatouiller encore les cathos, les réacs, les homophobes… Il s’était donc retranché derrière l’attente de l’avis du Conseil National Consultatif d’Ethique. Entre les consultations et les stratégies politiques, la publication de l’avis a bien traîné mais il se dirait qu’il pourrait être publié à la rentrée scolaire. Je ne me fais aucune illusion, l’avis sera favorable.

Cher auditeur, regarde bien comment le gouvernement avance, c’est toujours la même stratégie. La pression d’un lobby, là, l’Inter-LGBT, reçu à l’Elysée à la veille de la Gay Pride ; un ministre qui dans les médias lance une flèche, là, Laurence Rossignol, qui annonce qu’il n’y aura plus de poursuites pénales à l’encontre des médecins français qui orientent leurs patientes vers un pays étranger ; un gouvernement et un Président de la République qui regardent comment le jeu se prépare, là, la réaction des lobbies LGBT, des médecins et de LMPT, puis enfin une décision appuyée par un acteur dit éthique, apolitique, là, l’avis à venir du CCNE.

Bref, la PMA pour les couples de femmes, c’est pour bientôt et c’est stratégique à quelques mois d’une campagne électorale qui promet d’être bien difficile pour les socialistes, la PMA peut-être un marqueur fort.

François Hollande a perdu l’électorat traditionnel de la gauche. Perdus les enseignants, perdus les ouvriers, perdus les musulmans … Il lui faut donc renouer avec l’électorat Terra Nova. La minorité issue de l’immigration sera difficile à reconquérir et le droit de vote des étrangers est un débat bien complexe à mener, alors notre gouvernement se retourne vers les lobbys LGBT…

Et puis, la PMA pour les couples de femmes, ce n’est pas si clivant puisque même Nathalie Kosciusko-Morizet est pour.

Forcément, la PMA je suis contre. Je ne vais te refaire le couplet du droit à un enfant de connaître son père et sa mère, tu le connais par cœur et tu es convaincu. Mais, vois-tu dans ce débat, je ne me leurre pas. Nombreux sont les Français à être opposés à la GPA pour les couples d’homosexuels et non pour tous les couples. Parce que, vois-tu, cher Auditeur, ce dont nos amis, nos voisins, nos collègues ne veulent pas c’est que deux hommes puissent élever un enfant. Réaction certainement due une sorte de résurgence de la loi naturelle. Mais un couple de femmes, la réaction est moins grande … surtout si une des femmes a porté l’enfant pendant neuf mois dans son ventre. Si l’enfant a sa mère, c’est quand même l’essentiel, non ?

Il faut, vois-tu, reprendre le problème à la racine. La PMA pour les couples de lesbiennes pose la question de la filiation. Forcément, si le couple est lesbien, il lui manque les gamètes mâles. Le donneur anonyme est une solution mais, au final, sur le papier l’enfant sera l’enfant de deux femmes. La PMA efface donc l’ascendance paternelle, comme dans une grande partie des PMA même pour les couples hétérosexuels et pour les couples de lesbiennes, elle va plus loin elle la remplace par une filiation artificielle.

Mais un autre élément est à prendre en compte, celui de la manipulation du vivant. C’est un acte technique qui se substitue à l’étreinte des corps. L’enfant n’est donc plus un don mais devient un dû. Alors pourquoi se priver d’une quête de l’enfant parfait, du rêve de la perfection. Quitte à le fabriquer, cet enfant, pourquoi m’interdirais-je de le vouloir sans défaut ? La manipulation du vivant est donc la porte d’entrée du transhumanisme. Et ce n’est pas par hasard si José Bové s’oppose à la Gestation Pour Autrui, comme à la PMA et pas uniquement pour les couples de femmes. Le syndicaliste altermondialiste est cohérent, il lutte contre les OGM mais ne réduit pas son combat à la nature.

« À partir du moment où je conteste les manipulations génétiques sur le végétal et sur l’animal, il serait curieux que, sur l’humain, je ne sois pas dans la même cohérence. Je suis contre toute manipulation sur le vivant, que ce soit pour des couples homosexuels ou des couples hétérosexuels. Je pense qu’à un moment le droit à la vie et le droit à l’enfance sont deux choses différentes. Je ne crois pas que le droit à l’enfant soit un droit. Je vais me faire plein d’ennemis. »

Certes l’insémination n’est pas une manipulation du vivant mais les autres pratiques de procréation médicalement assistée ? Avons-nous le droit de fermer les yeux sur les près de 200 000 embryons surnuméraires qui attendent dans les congélateurs français ?

Alors, vois-tu cher auditeur, je ne peux m’empêcher de penser que cette question de la PMA ne se résume pas à une question de filiation mais qu’elle nous entraîne à réfléchir à la manipulation du vivant, à la question du statut de l’embryon.

Il ne faudrait pas que nos combats se limitent à la partie émergée de l’iceberg.

D’ailleurs, c’est un peu comme la GPA. Lutter contre la marchandisation du corps est une bonne chose, mais la GPA pose la question de la filiation. L’occulter est pour nos hommes politiques une manière de ne pas avoir à remonter à l’origine du problème : le mariage pour tous.

Ne nous cachons pas derrière nos petits doigts, la PMA c’est fondamentalement un permis de manipuler amoral.

Un livre à lire Le temps de l’homme de Tugdual Derville

J’dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le jeudi 27 juillet 2016

Share This