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plus belle la vieComment toucher les cœurs des « abonnés » de « Plus belle la vie » ? Pour cela, il est utile de relire Jean Ousset. Nul n’est besoin d’argumenter sur la nécessité d’une formation rigoureuse ?

Mais Jean ousset plaide aussi pour une progression par jeux de réflexions à partir des motivations fondamentales de l’être humain et par « points d’ancrages » doctrinaux correspondant aux préoccupations immédiates de l’interlocuteur éventuel ou aux soucis de l’opinion publique[i].

« Plus que jamais (autant dire après l’expérience de toute une vie) nous tendons à croire que la formule compacte d’enseignement doctrinal est très précieuse, indispensable, tant elle excelle à fixer dans le vrai ceux qu’elle ne rebute pas dès l’abord, mais qu’il est presque toujours possible de lancer à ces derniers une équivalence de la célèbre formule pascalienne : « tu ne (la) chercherais pas si tu ne (l’) avait déjà trouvé(e) ».

Ceux qu’elle enchante étant le plus souvent préparés à l’acceptation enthousiaste de la dite méthode par un ensemble de connaissances et de disciplines éducatives, etc… Ce qui permet de dire que ces gens ont été beaucoup plus « confirmés » que « convertis » par ce mode d’enseignement.

Une certaine façon de professer la vérité peut tellement en dégoûter les autres !

Ces « autres » !… qui ont tort, peut-être, de ne pas obtempérer, sur l’heure, aux injonctions démonstratives d’un enseignement doctrinal réputé sérieux ! Ces « autres » !… qui, bien sûr, sont des incertains, des « insuffisamment-rigoureux-versant-dogmatique ». Des « pommés » ? Souvent ! Des endoloris ? Plus encore ! Mais comme Thibon nous l’a dit certain jour :

« Quand nous déciderons-nous à comprendre combien les plus sûres explications philosophiques sont humainement dérisoires devant le mal. Surtout quand la douleur de ce mal est en train de nous broyer nous-mêmes ! »

Coeurs trop prisonniers, trop retenus par des « fidélités » qu’une raison strictement discursive peut certes récuser. Mais raison qui, en l’occurrence, n’a pas moins tort de camoufler sa trop évidente impuissance et, peut-être sa paresse, par un habituel : « … pas intéressant ! A laisser tomber ! ».

Comme le devoir est impérieux, cependant, de comprendre ce qu’il y a de miséricordieuse fermeté dans cette recommandation d’un religieux, peu suspect de toute démagogie progressiste : « Il nous faut apprendre à aborder ceux qui sont dans l’erreur en sachant nous faire pardonner d’être nous-mêmes dans le vrai. Et sans trahir pourtant cette vérité d’un pouce ! »

Car s’il est clair qu’il y a bien une doctrine dans l’Evangile, il est non moins clair que cette doctrine n’y est pas formulée selon un enchaînement systématique de vérités présentées de telle sorte qu’elles puissent convaincre par la rigueur d’une progression cohérente.

Aussi bien, la querelle est-elle vaine selon laquelle l’une ou l’autre méthode serait comme préférable dans l’absolu. Puisque si l’une peut se réclamer d’une Eglise qui, depuis l’ère des catacombes jusqu’à la « synthèse thomiste », a donné l’exemple de la plus admirable ascension vers une toujours plus rigoureuse ordonnance de sa formulation doctrinale… ; l’autre mode d’enseignement a pour lui, nous venons de le voir, l’exemple même de l’Evangile.

Evidente dualité de méthode. Le choix n’étant dicté que par les différences d’humeur ou de nature des interlocuteurs.

Les uns pouvant être déterminés par un plus grand besoin d’éclaircissements intellectuels : les autres ayant surtout besoin d’un doux apaisement du coeur, satisfaction de leur désir d’aimer et d’être aimés. Et qui oserait nier que Marie-Madeleine ne soit pas jusqu’à la fin des temps la compatissante patronne de cette immense troupe ?

C’est ainsi que « par l’analyse du concret peut être mise à nu chaque vérité générale ». Et ce d’autant plus efficacement que l’esprit est, en effet « plus sensible à la douce lumière d’une raison demi-mêlée aux réalités naturelles qu’elle fait resplendir en les traversant ! »

Excellent doublé, par conséquent.

Formules qui, bien sûr, se proposent de donner une formation doctrinale identique en substance à celle que nous avons toujours professée ; les différences étant seulement d’ordre pédagogique, psychologique ; essentiellement dues au choix des thèmes du développement.

Il s’agira donc de partir des « motivations » quasi constantes et universelles du genre humain…Autant dire ces grandes motivations que sont, par exemple, le bonheur, l’amour, le plaisir, la puissance, la richesse, la gloire, le beau, le mérite, la douleur et la mort, la certitude ou l’incertitude de notre destinée… ; notre insertion plus ou moins consciente ou volontaire dans l’ordre des divers groupes humains : la famille, la profession, la région, les divers centres culturels, religieux, nationaux et internationaux.

Motivations à partir desquelles peuvent s’établir comme autant de tables d’orientation, de tours d’horizon, de centres panoramiques de l’humain.

Chapitres où ce n’est point tant ce que nous aurons à dire qui sera nouveau mais plutôt la façon de le dire, de le faire accepter.

Car s’il est difficile d’amener les gens à la plénitude du vrai, du bien et du beau, il peut être quand même donné à tous, peu ou prou, d’en faciliter l’approche à une variété beaucoup plus grande que celle que nous avons atteinte jusqu’ici.

Thèmes du bonheur, de l’amour, du mérite, du beau, de la douleur… etc…, thèmes évoqués déjà, qui pour peu qu’on ne les traite pas en « questions de cours » récitées par coeur, permettent d’engager « le dialogue » non seulement sur un plan, plus élevé quand même que celui du bifteck immédiat, mais avec une catégorie beaucoup plus large d’interlocuteurs. Car, à ce degré, il est plus facile de transcender les trop fameux clivages de l’homme de droite et de l’homme de gauche, de « l’athée » et du « catho ».

Ce qui amène à la seconde catégorie des « motivations » annoncées. Pulsions immédiates de l’actualité.

Car, il en faut convenir, c’est à ce degré qu’on peut avoir à descendre, tant l’abrutissement des « media » peut faire perdre jusqu’au sens des motivations humaines les plus fondamentales. Et pas seulement chez les pauvres ! L’ignorance n’étant pas moins grave par le seul fait qu’elle est dorée. Catégorie de gens qui ne fonctionnent, qui ne vivent qu’au gré des pulsions de la mode, des conventions mondaines, de la « T.V. », du journal quotidien, du dernier film, de la chanson en vogue, des divers « baratins » syndicaux, de la « bouffe », du « fric », du ski ou de la planche à voile.

C’est dire qu’à ce degré on ne peut s’attendre à des résultats spectaculaires. Et pourtant nous osons soutenir que rien ne sera fait tant que nous n’aurons pas pris de résolution, tant que nous ne nous mettrons pas en peine des moyens d’atteindre, même ces milieux-là.

Non sans doute pour en faire des merveilles. Mais pour les rendre moins « amorphement » nocifs. Car il est faux de croire que la contagion de ces flasques ne soit pas désastreuse. Ils constituent le poids pesant de cette masse dont la subversion a besoin pour compenser l’indigence réelle de cette catégorie d’excellents agents.

Inutile donc de nous bercer d’illusions, de nous droguer par la satisfaction de nous retrouver entre nous… Si nous continuons à ne croire intéressant et suffisamment efficace qu’un travail qui ne touche en fait que des convertis, nous n’en resterons toujours qu’au stade d’activités méritoires et édifiantes sans doute. Sans plus ! »

[1] Cf. Le Bonheur et l’Amour, Permanences n° 169, p. 20.

[i] Permanences n° 173, octobre 1980, p. 37 à 39.

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