En complément de l’entretien avec Monseigneur Aillet Evêque de Bayonne (Voir la video MgrAillet les laics et l’évangélisation),

on notera quelques points relevés dans cette conversation avec un animateur d’Ichtus qui permettent de mieux distinguer la vocation spécifique des laïcs, la distinction des pouvoirs spirituel et temporel, comment les laïcs sont appelés à exercer leurs responsabilités pour tous les hommes en vue du bien commun.

 

Car, bien sûr, c’est réussir que nous voulons.

– Réussir, non pour nous d’abord, mais pour le Christ;

– Réussir, non pour nous, mais pour l’Église;

– Réussir, non pour nous, mais pour nos familles, nos métiers, nos entreprises, pour notre culture: chrétienne par son universalité, et française par son enracinement;

– Réussir, pour la revitalisation de nos petites patries comme de l’Europe chrétienne;

– Réussir, enfin, pour voir refleurir les libertés essentielles des hommes ordinaires. Vous savez ceux qui ne cassent pas les voitures, qui ne se droguent pas, qui ne violent pas non plus, qui essayent d’éduquer leurs enfants, de bien faire leur travail et dont l’exquise sensibilité, va jusqu’à dire bonjour à leur voisin ou à leur collègue de bureau. Ceux que j’appelle les “Monsieur-tout-le-monde”. Une expression qui me vaut, à chaque fois la question innocente de ma fille de six ans: “Mais Papa, c’est qui “Monsieur-tout-le-monde””? Ce à quoi, mon autre fille, sa sœur aînée, répond avec un peu d’énervement dans la voix: “mais c’est nous “Monsieur-tout-le-monde””.

Oui, nous voulons réussir pour “Monsieur tout le monde”. Car si ce n’était le cas, si nous venions ici seulement pour nous retrouver entre nous, pour nous réchauffer devant l’âtre de nos certitudes, pour entretenir des dialogues de reconquête qui se terminent pour le Journal de 20 heures, ou pire, si nous venions pour ressasser nos rancœurs, nos déceptions, nos haines recuites à force d’être salivées; alors, si par impossible, nous étions dans cet état d’esprit, il vaudrait mieux nous arrêter tout de suite. Il vaudrait mieux reprendre notre sac de soucis et ne pas perdre notre journée à nous duper nous-mêmes sur notre volonté d’agir pour le Christ-Roi.

Vous connaissez le mot de Charles Péguy: “demander la victoire et ne pas vouloir se battre, je trouve cela mal-élevé”. Vous n’êtes pas mal-élevés au moins?

Je suis sûr que non. C’est pourquoi, permettez-moi de vous demander, à tous et à chacun en particulier, au moment où ce congrès s’ouvre, au moment où votre attention est sollicitée, où votre bonne volonté est la plus aiguisée, permettez-moi de vous demander clairement, en espérant une réponse tout aussi claire, non pas rentrée, mais une réponse vraiment exprimée, une réponse dite à voix haute, pour que vous ne puissiez plus revenir dessus, ou alors avec suffisamment de honte au front, pour vous cacher à jamais; oui, permettez-moi de vous demander et de désirer entendre votre réponse: “êtes-vous vraiment là pour réussir?”.

Ce congrès se destine à répondre à une question: “Que faire?”. Que faire pour une renaissance chrétienne de la France? Les différents intervenants qui vont se succéder ici vous apporteront des éléments de réflexion, des pistes d’action, des idées. Mais la réponse, c’est à vous de la donner. À vous de la donner et de l’incarner là où vous vous trouvez. Parce que les laïcs, c’est vous, c’est nous.

Nous devons réfléchir ensemble ce matin sur la promotion du laïcat. Le terme aujourd’hui fait un peu désuet. Il rappelle une histoire ancienne, les 24 heures du Mans des sigles, la course effrénée de la JOC, la JAC, l’AC,… Temps où il fallait rendre adultes les pauvres laïcs asservis par des siècles de cléricalisme. Ce qui, au passage, n’était pas complètement faux. Époque aussi pendant laquelle devaient émerger une conscience nouvelle, une conscience historique comme on disait alors, la conscience de la nécessaire promotion du laïcat.

Et le laïcat a été promu. Officiellement. On ne lui a d’ailleurs pas demandé son avis. On lui a fait la cour. On l’a mis à la place d’honneur, pas sur un strapontin, mais sur un beau fauteuil. On a dit au laïc que, puisqu’il était devenu adulte, des missions importantes l’attendaient. On l’a mis au milieu du chœur et il s’est senti investi d’une mission importante. Ce n’était plus l’heure du Christ-Roi, mais celle du laïc-Roi.

Seulement, comme dans le conte, le roi était nu. Nu et dépossédé. Le cléricalisme ancien l’avait confiné dans des tâches subalternes, pour lesquelles le laïc était aux ordres. Le cléricalisme nouveau lui a joué un bien plus mauvais tour. Il l’a mis à sa place dans le sanctuaire pendant qu’il était bien décidé à s’occuper dorénavant des affaires temporelles. C’est une caricature, bien sûr. Mais comme toute caricature, elle force le trait pour mieux faire ressortir la vérité.

Car dans cette histoire, on voit surtout le laïcat rester prisonnier du cléricalisme, déviation d’une juste compréhension du pouvoir spirituel. Or la vraie promotion du laïcat – quand même – consiste bien à laisser les laïcs s’occuper du domaine qu’ils connaissent, les affaires temporelles, les affaires du temps, celles qui exigent que l’on mette la main dans la boue, que l’on plonge dans le cambouis, que l’on reçoive les éclaboussures. La vraie promotion du laïcat, c’est la promotion du pouvoir du laïcat, d’un pouvoir qui ne peut être qu’un pouvoir temporel.

Je viens d’employer le terme pouvoir. Est-ce que je vous ai surpris? Est-ce que je vous ai choqués? Non, bravo et tant mieux. Parce que d’habitude, c’est un mot qui gêne, qui embête, qui dérange. C’est la grande peur des bien-pensants le mot pouvoir. Il a des relents de dictature, de totalitarisme. Or, il faut le dégager de cette gangue, lui rendre sa noblesse, c’est-à-dire la vérité de sa définition.

– La mère de famille exerce un pouvoir temporel sur sa famille, ses enfants, et même sur son mari.

– Le journaliste exerce un pouvoir temporel sur l’opinion.

– Le responsable d’un club de foot ou d’une association familiale exerce un pouvoir temporel,

– Le maire dans son village.

– Le chef d’entreprise sur son entreprise.

– Le cadre sur son service.

-L’ouvrier sur sa machine.

Quand un homme perd le pouvoir qu’il a sur son domaine de compétence ou sur sa petite parcelle, il perd sa dignité d’homme. Quand la machine impose son rythme à l’ouvrier, quand les résultats financiers s’imposent aux cadres ou au chef d’entreprise, ils finissent à terme par perdre leur dignité d’homme. Ils sont les nouveaux prolétaires, non par le manque d’argent, mais au sens strict par le déracinement de leur communauté naturelle de base qu’est la famille. Demandez leurs avis aux cadres qui rentrent à 22 heures chaque soir ou qui sont absents la semaine entière.

Je vais vous faire une confidence: je suis un Français de Normandie. Je suis normand. La Normandie a été rattachée à la France par le Traité de Saint-Clair sur Epte. Le duc Rollon devait se reconnaître vassal du roi de France. Mais il n’a pas accepté l’humiliation d’aller baiser le pied du roi. Aussi a-t-il envoyé un de ses soldats le faire. Lequel soldat n’avait vraiment pas envie de s’humilier. Il s’est baissé au niveau du pied royal et le portant à sa bouche l’a soulevé de toute sa force… Autant vous dire que dans les rangs francs on a été un peu surpris et inquiet. On a cru la partie perdue et l’on s’imaginait déjà tué par ces barbares du Nord. Mais un Viking a donné l’explication: “nous n’avons pas de maître, car chacun de nous est “sir de sei”, “sire de soi” en français, car nous sommes égaux en pouvoir”.

Il faut que les laïcs redeviennent “sir de sei”, mais avec l’onctuosité chrétienne et une plus grande humilité. C’est-à-dire qu’ils exercent leur pouvoir, autrement dit leur responsabilité, qui consiste à répondre des actes qu’ils posent, des engagements qu’ils prennent, des oublis qu’ils font, des échecs qu’ils rencontrent, des réussites auxquelles ils parviennent.

La promotion des laïcs consiste donc à leur rendre le pouvoir temporel qui leur appartient, pour qu’ils puissent exercer leur responsabilité concrètement dans la société.

Je veux être franc avec vous. La première à chose à faire, c’est de ne pas mentir. Soljenitsyne l’a fait, il a érigé la vérité en règle d’action et il a fait basculer, à lui tout seul ou presque, plus qu’un empire: la base de départ de la révolution communiste mondiale. Un homme, et un homme seul, disant la vérité, ne cédant aucune place au mensonge, dans sa vie individuelle comme sociale, dans sa vocation d’écrivain comme dans sa condition imposée de prisonnier du Goulag, a réussi ce tour de force. La vérité d’abord et par-dessus tout.

Je ne vous cacherai donc pas la vérité: la réponse à la question de ce congrès est une réponse de tous les jours, de tous les instants. Et c’est quotidiennement une réponse difficile à donner. Mais notre temps l’exige. Nous n’avons pas besoin de chrétiens tièdes – “Dieu vomit les tièdes”, nous dit l’Apocalypse -, nous n’avons pas besoin de militants sur la base des 35 heures et des congés payés. Nous avons besoin pour réussir d’hommes et de femmes de terrain, de tous les instants, mobilisés vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Pourquoi? Le monde moderne dans lequel nous vivons est un monde du désenchantement, de la tristesse, de l’ennui, de la mort. Un monde petit bourgeois, du plaisir instantané, du plaisir kleenex, de la jouissance jetable. Il est ainsi, non par le fruit du hasard; il est ainsi, non par effet d’un progrès continu et d’une prise de conscience historique de la grandeur et de la dignité de l’homme.

Avez-vous remarqué? Tout le monde parle aujourd’hui de dignité de l’homme. Et cette dignité n’a jamais été autant bafouée:

– dans les goulags communistes ou les camps hitlériens;

– derrière les camps de bambous chinois ou vietnamiens;

– dans l’enfermement islamiste;

– mais aussi, dans la prison dorée de l’Occident qui tue les vieillards et assassine les enfants non nés;

– la dignité de l’homme est sans cesse bafouée, ridiculisée, détournée pour des raisons mercantiles et jamais, l’on n’a autant parlé d’elle. Mais comme le disait très justement le philosophe canadien Charles De Koninck: “on peut parler de dignité humaine et être en mauvaise compagnie”. Oui, en mauvaise compagnie, car nous sommes placés devant le résultat de tout un processus.

Un processus de déchristianisation
Ce processus, il nous faut le dépister dans les remous de l’histoire. Son origine profonde se trouve dans la révolte de l’homme et dans le péché originel. Il a subi, en fait, la plus terrible des défaites, lors de l’Incarnation du Christ et surtout lors de sa mort sur la Croix, défaite qui a laissé les forces du mal déconcertées, désorientées, car, pour reprendre le mot de cet immense écrivain qu’est Chesterton, “ce ne fut pas au moment de la Crucifixion que le monde fut ébranlé, et le soleil effacé du Ciel, mais au moment où partit de la croix le cri: le cri qui confessait que Dieu était abandonné de Dieu. (…) Dieu a semblé pour un instant, être un athée”. Dieu a prouvé son amour pour l’homme en prenant la condition de l’homme jusqu’à ce stade ultime.

 

Les deux étendards

Vous imaginez la déconfiture des forces du mal. Et depuis lors, le combat ne cesse pas entre ce que saint Ignace appelle les deux étendards, l’un regroupant les forces derrière le Christ et l’autre, derrière Satan. Seulement les premières ont l’espérance et les secondes la défaite au cœur. Elles savent que la victoire est définitivement perdue. Elles l’ont perdue par ce cri du Christ sur la Croix, cri où Dieu a semblé perdre foi en Dieu – “Mon Père, pourquoi m’avez-vous abandonné?” -, mais cri dans lequel il s’est finalement remis à Dieu qui reste tout puissant: “Père, je remets mon esprit entre vos mains”. Regroupées derrière l’étendard du mal, ces forces mènent un combat d’arrière-garde, sachant très bien que leur perte est assurée. C’est un combat dans le temps, qui s’inscrit dans la durée, qui vise à retarder les effets de la Rédemption, à perdre le maximum d’hommes.

Les exemples abondent. Il ne s’agit pas seulement de messes noires. Il ne s’agit pas seulement d’actes de violence que nous découvrons dans nos journaux: un jeune irlandais crucifié récemment ; le phénomène, répandu dans nos banlieues, des tournantes, ces viols collectifs; l’assassinat gratuit dans un collège des Etats-Unis de tous les élèves par quelques condisciples. Non, il ne s’agit pas seulement de cela qui est déjà horrible, mais aussi des législations de morts permettant l’avortement ou l’euthanasie, déstructurant la famille en permettant comme en Hollande l’adoption par des couples homosexuels.

Le combat des forces du mal passe aujourd’hui également par les institutions. Ce n’est pas seulement Dieu qui est chassé, absent de la cité, c’est Satan qui campe dans nos murs, sachant bien pourtant depuis la scène du Golgotha qu’il a perdu la partie. Mais ne perdons pas l’espérance.

Après que les Apôtres eurent évangélisé la terre alors connue, que les martyrs eurent servi de semence, que le nombre de chrétiens ait augmenté au point de devenir majoritaires, que l’État lui-même baissa son joug devant la Croix avec Constantin d’abord, puis avec Clovis, la civilisation chrétienne a pu éclore et s’épanouir avec le rayonnement de sa jeune vitalité. La chrétienté était née.

La chrétienté? Mot étrange, ancien, qui met mal à l’aise nombre de nos contemporains, à commencer par beaucoup de chrétiens. Le dictionnaire parle de la chrétienté comme de l’ensemble des peuples où prédomine le christianisme. L’embêtant avec les dictionnaires, c’est que la plupart du temps, ils ne définissent pas, ils décrivent. Il faut aller plus loin que cette approche commune.

La chrétienté, c’est “un tissu social où la religion pénètre jusque dans les derniers replis de la vie temporelle (mœurs, usages, jeux et travaux…), une civilisation où le temporel est sans cesse irrigué par l’éternel” [[Gustave Thibon, préface à Demain la chrétienté de Dom Gérard, p. 11.]].

Charles Péguy en a donné une définition plus ramassée, plus imagée aussi, une définition pour tout dire de soldat, presque de corps de garde: la chrétienté, c’est quand “le spirituel couche dans le lit de camp du temporel”. L’image est franche, mais elle est suggestive. Elle montre bien la profondeur de l’union qu’incarne la Chrétienté. Et ce n’est pas une union pour de rire! C’est une union féconde qui donne de beaux enfants, de solides enfants:

– regardez nos cathédrales comme nos églises de campagnes. Rodin, dans son livre Les Cathédrales de France, livre dès la première phrase le secret de la chrétienté: “Les cathédrales imposent le sentiment de la confiance, de l’assurance, de la paix – comment? Par l’harmonie”. Le fruit de la chrétienté porte le nom de paix ;

– regardez nos poètes, nos écrivains: Péguy, Bernanos, Claudel, Chesterton, Eliot… ;

– regardez nos soldats: Jeanne d’Arc, Bayard, Charrette, Sonis, Gérard de Cathelineau, cet ami de la Cité Catholique;

– regardez nos rois: Clovis, Charlemagne, saint Louis ;

– Regardez nos saints: Benoît, Dominique, François, Vincent de Paul, Thérèse ;

– pensez à tous les humbles, aux petits, aux artisans, aux hommes de la terre, qui ont façonné la France et l’Europe.

Il serait pourtant faux, utopique et anti-historique de croire que les hommes étaient meilleurs en chrétienté. Le régime chrétien n’efface pas le péché originel. Il reconnaît seulement son existence. Il ne le nie pas. Il ne raconte pas qu’il s’agit de fariboles de vieilles femmes. Et parce qu’il ne le nie pas, il le combat avec plus ou moins de force selon qu’il est plus ou moins chrétien.

 

Les deux pouvoirs : distinguer pour mieux unir

Il le combat sur le plan spirituel, mais aussi sur le plan temporel. Il le combat avec les armes de la prière, des sacrements, de l’ascèse, de l’aumône, avec les œuvres de charité, les congrégations religieuses, les monastères de moines et de moniales. Rôle du pouvoir spirituel.

Et il le combat en créant les conditions politiques pour que le mal prenne le moins possible racine dans la vie sociale. Rôle du pouvoir temporel.

Et c’est le paradoxe – car comme la Croix, le christianisme est paradoxal- plus le pouvoir temporel est chrétien, moins il se laisse dicter dans les affaires temporelles sa conduite par le pouvoir spirituel. Le monde moderne bute sur ce paradoxe du christianisme et, de ce fait, il butte sur le paradoxe de la réalité du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel en chrétienté.

Le pouvoir temporel chrétien est assujetti au pouvoir spirituel chrétien en ce qui concerne la vérité de la foi et des mœurs. Autrement dit, il ne dit pas la vérité, il la sert.

Nous n’avons pas les lumières suffisantes pour dire que Dieu est un en trois personnes, qu’il s’est choisi un peuple, qu’il s’est incarné au sein de cette nation, qu’il est né d’une femme, à la fois mère et vierge, qu’il a vécu et souffert pour prendre sur Lui nos péchés. Qu’Il est mort et ressuscité le troisième jour. Qu’il a institué la messe, les autres sacrements, que notre vie doit tendre vers Dieu et que ce faisant, elle tend au bonheur. Il nous manque les lumières que seul Dieu peut donner et qu’il donne par son Église.

Il y a prééminence du spirituel sur le temporel. Mais le pouvoir temporel se distingue du pouvoir spirituel et garde sa liberté d’agir – le respect de la doctrine étant sauve – dans son domaine d’action, le temporel.

Le pouvoir spirituel n’a pas à s’immiscer dans les affaires temporelles et doit laisser le pouvoir civil exercer son autorité. Mais si des actes de ce pouvoir civil nuisent à la fin de l’Église ou bafouent le droit naturel, le pouvoir spirituel a le devoir de contraindre le temporel ou de lui rappeler les exigences de la vérité. L’Église ne sort pas de sa mission quand elle dit aux États qu’une législation qui promeut l’avortement est une législation homicide. Elle ne sort pas de sa mission quand elle rappelle la vérité sur l’homme qui fait que le bonheur ne se trouve pas au bout d’une capote, mais dans l’amour stable, fidèle, de deux personnes de sexes opposés.

Elle sort de sa mission, en revanche, quand des hommes d’Église imposent au nom de leur pouvoir de clerc un enseignement contraire à la foi dans les écoles catholiques, quand ils patronnent au moins par leur silence l’utilisation de livres scolaires, faux historiquement ou pernicieux moralement;

Elle sort de sa mission, quand des hommes d’Église se servent indûment de leur pouvoir de clerc pour faire de leurs églises, non plus des lieux de culte mais des lieux de réunions syndicales ou de rassemblement de pauvres gens manipulés par les officines trotskystes.

Elle sort de son rôle, quand des hommes d’Église imposent aux laïcs de financer uniquement certaines associations caritatives.

Certes, dans la pratique, l’incarnation de la doctrine n’a pas toujours été simple. Il y eut des abus, de part et d’autre, des tentations hégémoniques, des décisions pratiques qui blessaient la doctrine, qui elle-même s’est construite dans le temps, au gré de l’évolution de la société. On trouve pourtant des exemples de réaffirmations claires de la distinction des deux pouvoirs et de l’autonomie du pouvoir temporel.

Prenons le cas de saint Louis. Il reçoit la vérité de l’Église. Mais il ne va pas demander au pape ou à l’évêque ce qu’il doit faire pour gouverner ses États. Joinville, son fidèle compagnon, rapporte plusieurs scènes dans ce sens. La position de saint Louis dans la lutte entre le pape innocentIV et l’empereur FrédéricII est très intéressante. Nous voyons saint Louis, fils soumis de l’Église, soutenir FrédéricII. Il estime que l’empereur ne doit être soumis au pape que dans les affaires spirituelles. Pour le reste, le pape doit laisser gouverner l’empereur et les rois dans la plus grande indépendance.

Mais saint Louis va plus loin. Et ce n’est pas seulement de la sainteté, c’est d’abord de la bonne politique chrétienne. Il cherche à réconcilier le pape et l’empereur. Malheureusement sans résultat. Il gravit encore une étape en proposant de protéger le pape si l’empereur venait à menacer InnocentIV. On ne touche pas au pouvoir spirituel. Aucun des aspects de la doctrine de l’Église sur les liens entre les deux pouvoirs n’est mis de côté dans la pratique de charité politique de saint Louis.

Il y aura d’autres cas où saint Louis défendra l’autonomie du pouvoir temporel. Lisez Joinville. Le roi critique vertement les évêques qui abusent de l’excommunication pour des questions temporelles ou qui au contraire veulent recourir au bras temporel pour régler des affaires spirituelles.

Dépassons l’anecdote. Ce que réaffirme ici saint Louis, c’est l’autonomie du pouvoir temporel. Il y a les lois de l’Église et il y a celles de la cité. Les jugements d’Église concernant des problèmes religieux ne peuvent devenir des jugements d’État. En fait, Église et État sont tous deux des sociétés parfaites, autrement dit des sociétés qui ont tout en elles pour atteindre leur fin. La réussite de la chrétienté, consiste à unir en les distinguant ces deux sociétés.

L’Antiquité avait fondu le temporel dans le religieux; la modernité a fondu le religieux dans le temporel. Seule la chrétienté a posé l’union distincte du spirituel et du temporel. Comme a pu l’écrire Jacques Maritain, “l’Église n’avait distingué que pour parvenir à une union plus féconde”.

 

La Réforme : séparation du temporel et du spirituel

Le grand craquement va venir de la Réforme. De la querelle entre le Prince et l’évêque, entre le roi, l’Empereur et le Pape, on va passer à un stade beaucoup plus pernicieux, la remise en cause de la doctrine.

Sous prétexte de sauver l’Église – c’est le but affiché de la Réforme – on va finalement placer le pouvoir spirituel sous la domination du temporel. Quand la doctrine est mise en cause, c’est le port qui devient impossible à trouver, le phare n’est pas là, le brouillard remplit le jour, la nuit s’impose aux sens et à l’esprit.

Qu’est-ce qui dicte au prince chrétien la conduite qu’il doit avoir comme homme et comme gouvernant? Qu’est-ce qui dicte au clerc la conduite qu’il doit avoir, la vérité qu’il doit répandre, l’action qu’il doit mener? Sa conscience? Oui, bien sûr, mais éclairée par quoi? La Bible? Mais interprétée comment et selon quel critère? La nouveauté radicale du protestantisme, en tant qu’hérésie, n’est pas qu’il est une hérésie. Il y en a eu beaucoup avant et de fort sérieuses. Ce n’est même pas qu’il soit une hérésie religieuse et sociale: le catharisme l’a été aussi. La nouveauté, ou l’une des nouveautés de la Réforme, c’est qu’elle n’appelle plus à l’autorité de l’Église pour résoudre le conflit. Au sens strict des mots, elle a perdu foi dans l’autorité de l’Église. Elle n’espère plus convertir à sa doctrine le pape ou le concile ou les évêques. Elle est décidée à s’en passer. Elle s’érige en mesure prochaine de la vérité. Non: elle érige le croyant, chaque croyant, en mesure prochaine de la vérité.

Luther cependant va beaucoup plus loin. Ses thèses s’inspirent notamment de Marsile de Padoue, qui voyait dans l’Église un pouvoir essentiellement moral et non un corps juridictionnel. De ce fait, la force de coercition appartient en propre à l’autorité séculière. Luther reprend l’idée dans son traité De l’autorité temporelle et des limites de l’obéissance qu’on lui doit. Le chrétien est sujet de deux règnes, le spirituel et le temporel. Mais selon lui, le pouvoir de l’Église ne peut s’exercer que par la persuasion, principalement par la prédication de la Parole de Dieu.

Son obsession est de purifier l’Église de tout rapport avec le temporel. L’Église doit abandonner toute idée d’une législation propre – le droit canon – et des institutions comme les tribunaux ecclésiastiques. Ce faisant, Luther rompt avec la distinction entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Il crée une véritable séparation qui constitue comme l’acte de naissance de l’État moderne.

Comme le note l’essayiste américain William Cavanaugh, ce faisant, “Luther contribua à forger le mythe de l’État pacificateur, grâce auquel, progressivement, l’Église allait être évincée de la sphère publique” [[Eucharistie et mondialisation, Ad Solem, p. 37.]]. Et de fait, petit à petit, l’Église se réserve les âmes et abandonne toute juridiction sur les sociétés. Elle se retranche dans le spirituel pur, dans un spirituel qui, au fil des siècles, sera de plus en plus désincarné.

L’État, pour sa part, devient l’élément stabilisateur, le moteur de la paix, l’horizon indépassable de la vie humaine. En 1555, la paix d’Augsbourg mit fin au conflit entre les princes luthériens et l’Empire autrichien et institua le célèbre “Cujus regio, ejus religio”“telle est la religion du Prince, telle est celle de son pays”. Le temporel déterminait la vérité religieuse sur un territoire donné. L’Église, elle, était priée de se contenter de la sphère privée. L’État moderne devenait l’État sauveur.

Fait révélateur: c’est, à cette époque, semble-t-il, qu’apparaît l’idée de religion comme un ensemble de croyances personnelles et privées. Une conception inconnue du moyen âge. Saint Thomas d’Aquin définit, en effet, la religion comme une vertu, une disposition qui nous ordonne habituellement vers Dieu comme vers notre fin.

 

Les Lumières, la révolution en marche

Le processus de sécularisation est donc en marche. La religion est une affaire privée, une question de croyance. L’État prend toute la place et, de réalité, devient un mythe.

Cependant la religion catholique subsiste. Certes, elle s’est retranchée dans le sanctuaire. Elle tente de préserver le spirituel et d’influencer les esprits. Les collèges de Jésuites forment la jeunesse, inculquent non seulement la foi, mais une discipline et un art de vivre.

Pourtant, là aussi, le mal fait son œuvre. L’historien Jean de Viguerie a remarqué un curieux paradoxe en étudiant cette institution et son œuvre d’éducation. Des hommes comme Voltaire, Diderot, Malesherbes, Fontelles, d’autres encore, furent des élèves des Jésuites. J’extrais ce passage d’une excellente revue que vous connaissez bien puisqu’il s’agit de Permanences[[Numéro 62, août-septembre 1969.]]: “Depuis le milieu du XVIème siècle, jusqu’en 1762, la Compagnie de Jésus gardienne de l’orthodoxie, armée du pape, a enseigné environ la moitié des jeunes Français qui faisaient des études. Pendant ce temps, le déisme, le naturalisme se sont répandus en France, ont converti de nombreux esprits et ont finalement façonné la mentalité de presque tous les Français cultivés à partir de 1750. D’un côté, des éducateurs réputés très chrétiens, de l’autre, des élites et des notables formés par ces mêmes éducateurs et pourtant déistes quand ils ne sont pas athées”. Pourquoi un tel paradoxe qui voit les cadres intellectuels de la Révolution sortir d’une institution catholique? Tout simplement parce que l’enseignement des Jésuites a évacué saint Thomas au profit de Descartes qui écarte, lui, toute subordination à l’enseignement de l’Église. Les Jésuites ont, au fond, écarté l’enseignement traditionnel au profit de la modernité.

On ne s’étonne plus alors du constat de Paul Hazard, en tête de son livre La crise de la conscience européenne, à propos des hommes du XVIIème et du XVIIIème siècle: “La majorité des Français pensait comme Bossuet; tout d’un coup, les Français pensent comme Voltaire: c’est une Révolution”. Cette fois-ci, la religion n’est plus simplement mise de côté, elle doit être combattue. “Écrasons l’Infâme”, s’écrie Voltaire. Oui, écrasons l’Infâme, mais comment?

 

1789 : de la culture à la politique

Cette Révolution dans les esprits, cette Révolution ténébreuse des Lumières, prépare et conduit à la Révolution dans les institutions. Jusqu’ici le pouvoir temporel a réduit le champ d’action du pouvoir spirituel. Il l’a obligé à se contenter des âmes, des œuvres de charité. Il l’a parqué dans une réserve d’Indiens. Certes, tout ne s’effectue pas de manière aussi visible. Le temps fait son œuvre, les hommes sont parfois ignorants des conséquences de leurs actes. Mais, il s’agit d’une ligne de fond.

Désormais, les erreurs portées par la Réforme, le Gallicanisme et le Jansénisme dont il aurait aussi fallu parler, par les Lumières, aspirent à s’incarner dans une structure politique. Le but: changer la manière de vivre des hommes, donc les atteindre dans leur mode de pensée, leurs références, leur Credo.

Le but est spirituel; le moyen sera politique. Les institutions ont cet immense mérite de multiplier par dix l’influence que l’on veut faire passer. Dans l’esprit de la grande majorité, ce qui est légal est moral.

La bataille de l’avortement est très révélatrice à ce sujet. Avant qu’il soit légalisé, l’avortement est perçu par l’immense majorité des Français comme un mal. Les enquêtes de l’époque le montrent bien. Une minorité révolutionnaire occupe alors le devant de la scène et parvient à obtenir par le biais des institutions la légalisation de l’avortement. En quelques années, l’avortement passe du statut d’atteinte à la vie au rang de droit, alors même que le texte de la loi qui l’autorise le présente au moment de son adoption comme une exception permise pendant un certain laps de temps. Le légal est toujours perçu comme le moral, sauf pour une minorité.

Les Révolutionnaires de 1789 perçoivent cette force. Ils veulent que leur influence sorte des salons. Que les Lumières brillent au-dehors. Ils ont une autre conception de l’homme que la conception chrétienne. Héritée de Descartes, cette conception est mécaniste. La femme n’est rien, ne possède aucune dignité, elle n’est qu’une enfant ou qu’une esclave. Il faut lire à ce sujet le travail lumineux – c’est le cas de le dire – du professeur Xavier Martin.

Mais les Révolutionnaires sentent la résistance du peuple qui reste, dans l’ensemble, de mœurs chrétiennes. Prendre les institutions, c’est s’emparer d’un levier qui permettra de faire basculer tout un pays.

La monarchie? Si elle consent à se moderniser, elle peut parfaitement faire l’affaire. Si elle se défait du droit divin, si elle reconnaît que le pouvoir vient du peuple souverain! Elle le fera d’ailleurs avec Napoléon et son Code qui institutionnalise la pensée des Lumières sur l’homme.

Comme Louis XVI renonce à renoncer, on se passera de la monarchie pour établir la République qui, versant dans l’anarchie, verra ses idées sauvées par un homme à poigne, par un génie de l’organisation, par un soldat formé par l’Ancien Régime et qui se servira intelligemment des institutions imitant celles d’Ancien Régime pour les mettre au service des idées nouvelles.

La Révolution française, qui sera portée à son paroxysme par la Révolution communiste, parvient à un renversement complet de l’équilibre des deux pouvoirs dans la conception chrétienne.

Dans l’Antiquité, le pouvoir temporel est absorbé par le pouvoir spirituel.

Pour la chrétienté, il y a une prééminence du pouvoir spirituel dans la mesure où celui-ci est le garant de la vérité de la foi et des mœurs. Le pouvoir spirituel est distinct du pouvoir temporel. Il n’y a ni confusion entre l’un et l’autre, ni séparation absolue entre l’un et l’autre. L’homme d’État se doit d’être chrétien et il existe ce que le Catéchisme de l’Eglise catholique appelle “le devoir social de religion”. La royauté du Christ s’étend sur les personnes comme sur les institutions.

La modernité renverse dans une première étape cette harmonie. Le pouvoir séculier écarte le pouvoir spirituel qui n’est plus perçu comme une société parfaite, mais simplement comme un pouvoir moral. Le pouvoir spirituel voit son champ restreint au salut des âmes. La sécularisation commence.

La Révolution renverse encore davantage la situation. Le pouvoir spirituel perd toute légitimité, il est absorbé par le pouvoir temporel. Le communisme ne représente pas une situation nouvelle. Il n’est que le développement, comme l’ont revendiqué Marx et Lénine, des semences de la Révolution française. Le pouvoir temporel a tellement absorbé le pouvoir spirituel qu’il devient à son tour une religion. Une tâche rendue d’autant plus facile qu’en se repliant sur le spirituel les hommes d’Église ont été amenés à considérer l’homme comme un être désincarné, Désincarné comme si les hommes vivaient déjà dans la condition d’êtres rachetés. Ils n’ont plus besoin d’institutions qui les aident à vivre. Ils n’ont plus besoin d’intermédiaires ni pour leur vie surnaturelle – les sacrements, le sacerdoce – ni dans leur vie naturelle: la famille, les corps intermédiaires, l’État lui-même. Si bien qu’aujourd’hui, nous sommes dans la situation où l’enfant n’a plus besoin de ses parents pour grandir; la famille ne peut plus s’appuyer sur l’école pour l’aider dans l’éducation des enfants. Elle ne peut plus s’appuyer sur des corps de métiers qui lui apportent les moyens matériels de vivre comme ils permettent à l’homme de développer ses potentialités. Il ne reste plus que l’individu et rien d’autres. Et il reste l’État sauveur.

La sécularisation: l’homme sans horizon
Tout le monde le reconnaît, nous sommes dans un état de sécularisation. Pour certains, ce processus a commencé véritablement à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Il s’est accéléré depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, sous le coup des technologies modernes et de la quasiuniversalité de la démocratie.

Ce processus inquiète parfois: on parle de désenchantement du monde. Plus la sécularisation avance, plus, au plan général, l’humanité semble s’éloigner de la paix et plus, au plan personnel, les hommes semblent malheureux et sans espoir.

D’où la résurgence ou l’émergence de phénomènes comme l’islamisme qui répond, dans une confusion du spirituel et du temporel, aux attentes de l’homme.

D’où les fondamentalismes protestants, très vivaces dans les pays anglo-saxons, aux Etats-Unis notamment, qui posent, eux aussi, un regard global, spirituel et temporel confondus, sur le monde.

D’où le succès de phénomènes multiformes comme le Nouvel Age, les religions ou les philosophies orientales qui, niant tout aspect temporel, se réfugient dans un certain spirituel qui nous fait penser au mot de Pascal: “Qui veut faire l’ange fait la bête”.

C’est pourquoi certains observateurs n’ont pas hésité à tempérer l’analyse de sécularisation généralisée en la réservant à la vielle Europe. Et c’est un fait que le Vieux Continent est le cas type du processus de sécularisation. Seulement, si on s’accorde sur le constat, on est trop loin de s’accorder sur les causes profondes de la sécularisation. Celle-ci ne vient pas de la propagation des techniques modernes, non qu’elles n’aient pas joué un rôle accélérateur. La sécularisation ne vient pas de l’universalisation de la démocratie, même si elle a rempli un rôle moteur. Elle ne découle pas seulement du communisme ou de la Révolution de 1789, même si ces révolutions ont agrandi la brèche par laquelle elle s’est enfournée. Elle n’est pas seulement fille des Lumières sans que l’on puisse nier pourtant le rôle important joué par ce pseudo renouvellement de l’esprit. Non, la sécularisation est fille de la modernité tout entière, refus de la transcendance au profit de la pure immanence; refus de la tradition, de l’héritage au profit de la subjectivité dont Marcel De Corte a très bien vu les conséquences multiformes:

“La solitude du moi coupé de ses attaches à la réalité; l’intelligence submergée par l’imagination; le repli de la conscience sur elle-même dans la création d’une pseudo-réalité de suppléance; la projection de cette représentation mentale dans l’univers; l’ivresse de la volonté de puissance transformant la fiction en une “réalité” qu’elle dirige et domine à son gré; la conviction de remplacer Dieu et le Créateur des mondes; la certitude de ne plus être ce qu’on est, de devenir toutes choses, d’être un surhomme, de “changer en même temps que l’univers”” [[Marcel De Corte, L’Intelligence en péril de mort, p. 266.]].

On pourrait d’ailleurs continuer longtemps cette liste, en se demandant si finalement la modernité n’a pas transformé l’homme lui-même ou, pour le moins, dénaturé. Il suffit de penser aux questions qui se posent aujourd’hui dans le domaine de la bioéthique, des problèmes soulevés par les expérimentations sur les embryons, la tentation du clonage.

Quoi qu’il en soit, la modernité est une réalité philosophique qui s’est incarnée dans l’histoire. Elle a produit la sécularisation qui est le vrai défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. L’étape actuelle de ce processus est aujourd’hui ce que le philosophe italien Augusto Del Noce a appelé “la société opulente”, reprenant les termes de Galbraith, mais en lui donnant une signification différente.

La société opulente a réussi, selon Del Noce, à résoudre le problème du communisme et du réveil religieux, en rejetant le communisme au nom de la démocratie et la pensée religieuse au nom de la modernité. De ce double rejet est née la société que nous avons sous nos yeux depuis 1989. Ayant résolu le problème du communisme, elle s’est dégagée définitivement des valeurs traditionnelles qu’elle utilisait encore jusqu’ici comme paravents commodes.

La société opulente est la société du bien-être absolu, de l’horizontalité qui étend son hégémonie au plan mondial et qui représente le dernier état en date de la sécularisation.

La Nouvelle Evangélisation
Face à cette réalité, brossée ici trop rapidement, que faire? C’est là qu’arrive l’appel de Jean-Paul II à la Nouvelle Évangélisation. La force de l’analyse de Del Noce, c’est d’avoir vu l’état de notre société au terme d’une réflexion qui a émergé dans les années soixante. La force de Jean-PaulII, c’est d’avoir perçu très vite la dimension radicalement nouvelle de l’opposition à Dieu.

Comme philosophe Del Noce expliquait, à ses lecteurs, que se contenter de dénoncer ou de combattre la sécularisation revenait à entrer dans le jeu de la modernité. C’est elle qui fixait les règles, qui prenait l’initiative, déterminait le terrain d’affrontement et qui se nourrissait même de cet affrontement.

Jean-Paul II a saisi, lui, que le catholicisme ne pouvait rester dans un état de défense, que l’urgence était celle-là même des premiers siècles, l’annonce de la radicale nouveauté du message du Christ.

Jean-Paul II emploie le terme de Nouvelle évangélisation la première fois, le 9 juin 1979, en Pologne, devant les ouvriers de Nowa Huta, l’un des hauts lieux de résistance au communisme: “En ces temps nouveaux, en cette nouvelle condition de vie, l’Évangile est de nouveau annoncé. Une Nouvelle évangélisation est commencée, comme s’il s’agissait d’une nouvelle annonce, bien qu’en réalité ce soit toujours la même. La croix se tient debout sur le monde qui change”.

Le catholicisme reprend l’initiative. Et c’est une bonne nouvelle car l’Evangile reste inchangé: “la Croix se tient debout sur le monde qui change”. Un peu rapidement, un peu sommairement, les observateurs de l’extérieur, les sociologues ont vu dans le thème de la Nouvelle évangélisation le désir du pape de rassembler les troupes sous son autorité et d’offrir un thème mobilisateur porté sur l’extérieur pour cacher les difficultés internes.

Non, la Nouvelle évangélisation prêchée par Jean-PaulII n’est pas la dernière trouvaille pour masquer l’état de délabrement de la maison. Non, il ne s’agit pas de répondre à des considérations sordides de calculs politiciens ou d’appétit de pouvoir. Non, il ne s’agit pas d’imposer un modèle, une culture, des institutions sur un monde moderne qui s’honore d’être libéré de tous les freins à la liberté.

La Nouvelle évangélisation à laquelle appelle le pape Jean-Paul II consiste à annoncer à temps et à contretemps le Christ, et le Christ crucifié, mort et ressuscité pour le rachat de nos péchés. Il s’agit de rendre le monde, et singulièrement les pays de vieilles chrétientés, au Christ, pour qu’ils soient délivrés du péché par les moyens des sacrements. La Nouvelle Évangélisation ne consiste pas seulement à répondre à la sécularisation, elle vise à offrir le Christ à un monde désenchanté.

Offrir le Christ c’est-à-dire offrir une personne qui a un visage et un nom, une personne vivante, hier, aujourd’hui et demain. Elle vise à offrir cette personne, non seulement aux personnes, mais aux familles, aux métiers, aux patries, aux institutions, à la culture. L’Incarnation du Christ est l’événement central de l’histoire de l’humanité, à côté duquel la sécularisation n’est qu’un épiphénomène, lié à un temps.

Dans le cadre de la Nouvelle Évangélisation, Jean-Paul II a appelé les laïcs à jouer un rôle essentiel, central. À jouer un rôle, en évitant deux écueils, qu’il a clairement expliqué dans l’introduction de Christifideles laici, véritable charte et vade-mecum du laïcat chrétien: “La tentation de se consacrer avec un si vif intérêt aux services et aux tâches d’Église, qu’ils arrivent parfois à se désengager pratiquement de leurs responsabilités spécifiques au plan professionnel, social, économique, culturel et politique; (…) Et en sens inverse, la tentation de légitimer l’injustifiable séparation entre la foi et la vie, entre l’accueil de l’Évangile et l’action concrète dans les domaines temporels et terrestres les plus divers” (n°2).

Ce danger à double face, qui consiste à se réfugier dans le spirituel ou séparer radicalement le temporel du spirituel, est une tentation interne au laïcat chrétien. Jean-Paul II dans le même texte pointe un autre danger, qui est celui des pays de vieille chrétienté et sur lequel nous avons donné quelques aperçus historiques.

Ce danger, c’est celui de la sécularisation, pour lequel Jean-Paul II a des mots très durs. Je vous renvoie au numéro 4 de Christifideles laici. Notons juste ceci: le “sécularisme actuel est en vérité un phénomène très grave: il ne touche pas seulement les individus, mais en quelque façon des communautés entières. (…) Le phénomène de la sécularisation frappe les peuples qui sont chrétiens de vielle date, et ce phénomène réclame sans plus de retard, une nouvelle évangélisation”. Cette Nouvelle Évangélisation n’a donc pas qu’un caractère individuel. Elle a une résonance sociale, politique. Elle réclame tout simplement que les laïcs, enfin, exercent leur pouvoir temporel afin d’éviter les deux écueils pointés par le pape.

Aujourd’hui, c’est en effet le laïcat chrétien qui est détenteur du pouvoir temporel. On peut le regretter. On peut estimer qu’il était plus simple, plus facile finalement, qu’un roi, qu’un empereur, incarne à lui tout seul ce pouvoir temporel. On peut regretter saint Louis et l’époque de saint Louis. Mais cela ne mène pas à grand chose, sauf si nous faisons l’effort d’en tirer des leçons, d’y puiser des exemples, des lignes de conduite.

Dans des sociétés démocratiques, où le pouvoir est théoriquement exercé par le peuple, il est urgent et important que les laïcs chrétiens ne se laissent pas déposséder de ce pouvoir au profit de structures anonymes, internationales, mercantiles, humanitaires, religieuses ou autres.

Il est important, non pas seulement d’entrer en résistance, non pas seulement d’être rebelle à des modes de vie, mais il est important d’exercer ce pouvoir temporel du laïcat chrétien. Comment? Cette journée vise à y répondre. Je voudrais seulement donner quelques pistes de réflexion.
Les devoirs d’état

Il faut les exercer à la manière de saint Louis. Qu’est-ce à dire? Faut-il devenir saint pour pouvoir exercer une véritable influence sur la société? Non et c’est justement ce qu’il faut bien comprendre. Saint Louis n’est devenu saint qu’en exerçant ses devoirs d’état en conformité avec la doctrine catholique. Et ses devoirs d’état comprenaient l’exercice du pouvoir temporel. Il l’a exercé le plus possible en conformité avec la doctrine de l’Église sur les relations entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel, renvoyant les clercs à leurs occupations quand ils outrepassaient leurs domaines de compétence.

Ce qui au passage nous montre aussi que l’on ne peut faire l’impasse sur une véritable et solide formation doctrinale, qui partant d’un enseignement de base doit toujours se perfectionner, sans jamais entrer dans la recherche de la seule érudition, sauf si notre devoir d’état nous l’impose.

Ce pouvoir temporel appartient aujourd’hui – les termes sont encore plus forts qu’au temps de saint Louis – à la vocation du laïcat chrétien. Ce n’est pas moi qui le proclame du haut d’une autorité que je ne possède pas. C’est le Catéchisme de l’Église catholique qui l’explique: “il n’appartient pas aux pasteurs de l’Église d’intervenir directement dans la construction politique et dans l’organisation de la vie sociale. Cette tâche fait partie de la vocation des fidèles laïcs, agissant de leur propre initiative avec leurs concitoyens. L’action sociale peut impliquer une pluralité de voies concrètes. Elle sera toujours en vue du bien commun et conforme au message évangélique et à l’enseignement de l’Église. Il revient aux fidèles laïcs “d’animer les réalités temporelles avec un zèle chrétien et de s’y conduire en artisans de paix et de justice”” (n° 2442).

Nous avons tendance ici à parler de mission politique des laïcs. Mais le Catéchisme va beaucoup plus loin. Il parle lui de vocation, un terme qui n’est pas neutre dans le langage chrétien. Car la vocation n’est rien d’autre qu’un appel de Dieu. Il y a une vocation politique des laïcs qui passe par l’exercice des devoirs d’état, par l’exercice des responsabilités au sein des institutions dans lesquelles nous sommes placés: famille, métier, collectivités locales, etc. Il n’y a pas d’autres fondements réels aux réseaux par état que le Centre vous propose.
Les institutions

Ce n’est pas seulement une stratégie, ce n’est pas seulement de l’ordre de la tactique, c’est de l’ordre d’une réelle harmonisation entre la doctrine et la pratique, entre notre vocation de laïcs et notre pratique de laïcs. Jean Ousset, sans lequel nous ne serions pas là aujourd’hui, et qui est sans aucun doute l’homme du rétablissement du pouvoir temporel du laïcat chrétien, a dégagé en trois points la conséquence pratique de cette vocation des laïcs:

– travailler à la formation d’un certain nombre d’hommes qui,

– agissant sur les institutions comme avec un levier, travailleront à l’instauration d’un ordre social chrétien pour que

– soit rendue plus facile, plus féconde, l’action spécifiquement apostolique.

Ou, traduit dans nos termes actuels, que soit rendue plus facile, plus féconde, la Nouvelle Évangélisation.

D’où l’importance des institutions dont on néglige trop souvent l’influence qu’elles exercent. “De la forme donnée à la société, explique Pie XII, conforme ou non aux lois divines, dépend et découle le bien ou le mal des âmes, c’est-à-dire le fait que les hommes, appelés tous à être vivifiés par la grâce du Christ, respirent, dans les contingences terrestres du cours de la vie, l’air sain et vivifiant de la vérité et des vertus morales ou, au contraire, le microbe morbide et souvent mortel de l’erreur et de la dépravation”.

Alors qu’il était encore syndicaliste, à la tête de Solidarnosc, Lech Walesa ne disait pas autre chose, en jugeant l’influence des institutions communistes dans son pays:

“On ne peut travailler contre l’homme. Regardez où les orientations des 35 dernières années nous ont conduits: on a fabriqué des petits malins, des tricheurs, des combinards. Prenez ce chef d’équipe ou cet autre: s’il est honnête, il vit mal. C’est ce désordre qu’il faut éliminer”.Je n’insiste pas. Vous le verrez autour de vous.

D’où l’importance d’une bonne méthode pour pénétrer les institutions, à condition que cette méthode ne soit pas contraire à la doctrine, que la pratique ne contredise pas l’enseignement.

Les méthodes d’action préconisées par Jean Ousset depuis 1946 sont celles proposées par Jean-Paul II aujourd’hui. Je ne voudrais pas entrer dans une revue de détail, mais me contenter de quelques exemples:

– le préalable de la formation spirituelle qui conduit à une réforme morale et spirituelle, qui n’a pas à être exercée par une œuvre laïque. La Rue des Renaudes n’a cessé d’encourager ses amis à effectuer des retraites annuelles, principalement par le biais des Exercices spirituels de saint Ignace. Jean-Paul II: “il n’est pas douteux que la formation spirituelle ne doive occuper une place privilégiée dans la vie de chacun” [[Christifideles Laici, n° 60.]].

– le nécessaire travail de formation doctrinale, préconisée par la Rue des Renaudes par le biais des groupes de travail amicaux, par le travail en cercle ou en cellule. Jean-PaulII: “la formation doctrinale des fidèles se révèle de nos jours de plus en plus urgente” 5.

Mais quelle formation doctrinale, pour nous laïcs? Réponse du pape: “il est tout à fait indispensable, en particulier, que les fidèles laïcs, surtout ceux qui sont engagés de diverses façons sur le terrain social ou politique, aient une connaissance plus précise de la doctrine sociale de l’Église” 5.

– l’action capillaire que Ousset définissait comme une action qui se diversifie au gré des multiples réseaux sociaux. Jean-Paul II: “l’apostolat que chacun doit exercer personnellement et qui découle toujours d’une vie vraiment chrétienne est le principe et la condition de tout apostolat des laïcs, même collectif, et rien ne peut le remplacer. (…) Grâce à cette forme d’apostolat, le rayonnement de l’Évangile peut s’exercer d’une façon très capillaire, en atteignant tous les lieux et les milieux avec qui est en contact la vie quotidienne et concrète des laïcs” [[Christifideles laici, n° 28.]].

Les paroles du Pape sont claires, précises et nettes. Elles recoupent tout à fait la pratique de charité politique mise en œuvre par la Rue des Renaudes depuis ses origines.

Récemment, je suis allé à un dîner réunissant des journalistes, des chefs d’entreprise, des hauts fonctionnaires, des cadres, des membres des professions libérales. Sachant que je prenais la parole aujourd’hui, une personne est venu me voir – peut-être est-elle dans la salle? – et m’a demandé: “mais finalement ça débouche sur quoi la Rue des Renaudes? Quelle influence réelle exerce-t-elle? Qui, ici, par exemple, en est issu”. J’ai regardé alors autour de moi et je lui ai répondu en désignant dans l’assemblée une dizaine de personnes. Je voyais ses yeux s’ouvrir, son visage témoignait qu’il restait interloqué par cette “révélation”.

Vous-mêmes vous êtes ici, savez-vous à qui vous le devez, à quelle action de départ vous le devez? À un homme plutôt turbulent, égaré à mon sens dans l’activité politique et la formation doctrinale, à un homme qui voulait être peintre, à un moment où cela ne faisait pas sérieux. Pour payer ses études, il a dû travailler en usine. Et en prenant le tramway, chaque matin, pour se rendre au travail, que voyait-il? Une cellule communiste qui profitait du trajet jusqu’à l’usine pour se réunir, se former, passer les consignes, préparer l’action. Dans le même temps – c’était avant guerre – il avait vu les grandes ligues de droite, ces grands mouvements qui mobilisaient alors plus de monde qu’aucun parti aujourd’hui et qui étaient capables de faire descendre dans la rue des milliers de personnes; il avait vu ces ligues interdites du jour au lendemain. Comme un ballon, leur action de masse se dégonflait, devenait caduque, n’existait plus. Devant une telle réalité, il y avait trois réactions possibles:

– se lancer dans l’action terroriste: ce fut la Cagoule;

– se contenter de la lecture des bons journaux: ce fut la réaction de la plupart.

– Préparer un autre type d’action. Une action non pas secrète, mais qui s’appuie sur les réseaux naturels dans lesquels les personnes vivent, qui s’appuie sur l’amitié qui les réunit. Mais pas une amitié de salon, pas une amitié pour se faire plaisir, une amitié au service du vrai. Et cette action a commencé modestement, dans une cellule qui réunissait des amis à Montalza, dans le Quercy. Elle a subi immédiatement un coup d’arrêt avec la guerre.

Et ce fut – de ce point de vue-là – un bien. Car Jean Ousset devait rencontrer un prêtre qui lui donnerait l’armature spirituelle dont parle Jean-Paul II comme préalable nécessaire. Et après guerre, dans le dénuement, la désolation, le doute, l’action reprit, à partir d’une cellule à nouveau, cette fois en région parisienne. Action modeste, dont on disait dans les salons déjà: à quoi cela sert-il, est-ce que c’est efficace? est-ce que cela peut déboucher? Mais cette action a grandi, au point d’étendre son influence dans plusieurs pays, de susciter d’autres initiatives, de former des cadres pour nos pays, qui sans étiquettes, pouvaient jouer un rôle dans la société, pouvaient exercer le pouvoir temporel qui est le leur.

Action, qui après la Cité Catholique, l’Office international, Ictus, après les congrès de Lausanne, de Paris, s’est appelée le Centre puis Ichtus (avec un h). Action civique et culturelle selon le droit naturel et chrétien où tout n’est pas parfait, mais où la doctrine est catholique et les méthodes d’action sont catholiques. Action qui vous réunit aujourd’hui ici. Aussi l’une des premières choses que vous pouvez faire, c’est prendre le livre de Raphaëlle de Neuville, Jean Ousset et la Cité Catholique, et le lire pour susciter au moins en vous le désir d’agir. Le lire, non pas seul, mais réunis en groupe, en cellule, en cercle, qu’importe le nom, pour puiser dans l’expérience de ceux qui n’ont pas abdiqué leur devoir d’exercer ce fameux pouvoir temporel.

Et si l’exemple même de la Rue des Renaudes ne vous suffit pas, permettez-moi de vous en indiquer un autre. Celui d’une douzaine d’hommes, qui ont étudié pendant trois ans, qui ont travaillé dans leurs réseaux naturels, les uns étaient pécheurs, d’autres collecteur d’impôts, ou exerçant d’autres métiers. Ils ont travaillé dans la première cellule chrétienne; ils ont agi dans les premiers réseaux chrétiens qui étaient encore une fois leurs réseaux naturels. Et cette douzaine d’amis a permis au christianisme de se répandre.

J’ai été trop long. Avant de vous quitter cependant, permettez-moi un avertissement et une question.

On vous dira que refaire une société chrétienne, refaire une chrétienté, est une chose impossible. On vous dira, derrière Jacques Maritain, qu’il faut une nouvelle chrétienté où les chrétiens se limitent à donner un supplément d’âme à la société, qu’ils agissent en chrétien et non plus en tant que chrétiens, qu’ils se contentent d’être une force morale. On vous dira que les retours en arrière sont impossibles. Ne rentrez pas dans ce jeu. Nous ne sommes pas tournés vers l’arrière, sauf pour en tirer des leçons et poser nos pieds sur le sol de la réalité. Nous ne pensons pas que la chrétienté est une chose limitée dans un temps et que l’on range sous un verre pour l’admirer et empêcher la poussière de se déposer dessus.

Notre espérance est notre certitude. Et cette certitude, c’est que la foi doit pénétrer, sanctifier, ennoblir toutes les activités humaines, à commencer par la plus importante, la politique. Notre certitude, c’est que Dieu n’est pas avare de ses dons à condition que nous ne soyions pas avares de notre peine. C’est la grande et belle leçon de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, patronne de ce congrès. Sa foi a été missionnaire alors qu’elle est restée enfermée dans son carmel. Sous des modalités nouvelles, en tenant compte des réalités de notre temps, nous devons œuvrer aux épousailles terrestres du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, à l’incarnation concrète de notre foi dans les institutions.

Tout simplement parce que nous sommes des hommes et que nous n’avons pas envie d’être coupés en deux, un homme qui relèverait du spirituel le dimanche ou lors de la prière du soir, et un homme du temporel le reste du temps. Parce qu’également d’autres pouvoirs spirituels sont à l’œuvre aujourd’hui.

Tout simplement parce qu’aucun pouvoir temporel n’existe sans un pouvoir spirituel. Regardez les idéologies, regardez l’islam, regardez la franc-maçonnerie, regardez le mondialisme. Oui, il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu comme nous l’enseigne le Christ. Mais en n’oubliant pas que tout appartient à Dieu et que donc César lui-même appartient à Dieu. Rendre à César ce qui appartient à César consiste à reconnaître l’autonomie du pouvoir temporel et non pas à nier les liens qu’il doit entretenir avec le pouvoir spirituel.

Ma question est simple et elle attend une réponse, et une vraie réponse comme au début de cette conférence: êtes-vous prêts à rétablir le pouvoir temporel du laïcat chrétien? Etes-vous prêts à l’exercer, sans plus attendre, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut des nations?

Share This