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Lors du débat présidentiel, Jean-Luc Mélenchon a émis la proposition suivante pour le continent européen : « La première chose à faire est une conférence de sécurité de l’Atlantique à l’Oural ». Il a été immédiatement approuvé par François Fillon.

Cette convergence entre les deux candidats montre qu’il existe une volonté de refonder la géopolitique française et européenne dans un cadre nouveau, adapté au contexte post-soviétique. Il est en effet invraisemblable que les grandes lignes de l’axe euro-atlantique n’aient pas été revues, alors même que le Pacte de Varsovie a disparu depuis maintenant 26 ans.

L’OTAN est aujourd’hui une structure obsolète. Les européens ont bien tort de craindre que les USA n’assurent plus leur sécurité, tout simplement parce que la sécurité de l’Europe n’a plus besoin des Etats-Unis. Le prix géopolitique de l’axe auro-atlantique – c’est-à-dire la vassalisation de l’Europe – est donc bien coûteux pour une chose dont nous n’avons plus besoin.

L’Europe a besoin d’indépendance si elle veut exercer une puissance et une influence. Je parle ici de l’Europe-continent, au-delà de l’Union européenne. Libérés de la sujétion atlantique, les européens auraient les cartes en mains pour mener le grand projet évoqué par Mélenchon et approuvé par Fillon.

Un vaste accord de sécurité et de coopération en Europe est accessible. La Russie est redevenue une grande puissance et il ne lui est plus nécessaire de faire monter plus longtemps la pression, particulièrement s’il n’y a pas plus d’OTAN. La Russie a désormais intérêt à la détente et à la coopération. Il ne sert donc à rien de sauter comme un cabri en criant « Poutine, Poutine ! », il faut désormais tirer avantage de ce changement.

Le changement principal, c’est que le monde redevient finalement multipolaire. La domination géopolitique sans partage des Etats-Unis est en fin de course. Dans ce monde multipolaire, une place s’ouvre pour des puissances d’équilibre. Je pense bien sûr à la France dont la vocation est aujourd’hui d’assurer le leadership de l’Europe de l’Ouest dans le cadre d’une nouvelle donne géopolitique.

Depuis le Brexit, la France est en effet le seul pays de l’Union à disposer à la fois d’un siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l’Onu – et donc d’un droit de véto – et d’une force de frappe nucléaire. Ces atouts sont déterminants. En prenant l’initiative, avec le concours des autres pays européens, la France a les moyens de négocier avec la Russie – dans le cadre d’une grande conférence européenne – un accord de long terme.

Un tel accord devrait inclure par exemple la question de l’Ukraine, de la Crimée, mais aussi celle de la sécurité de la Pologne et des pays Baltes, lesquels ont manifestement besoin de signes rassurants venus de Moscou pour renoncer au parapluie de l’OTAN. Cet accord pourrait aussi inclure la lutte contre le terrorisme islamique et ouvrir des coopérations économiques européennes Est-Ouest face à la puissance économique des Etats-Unis et de la Chine.

Il est dommage que ces questions prennent une place si maigre dans le débat présidentiel. Elles sont pourtant essentielles, pour l’Europe bien sûr, qui est aujourd’hui en crise de sens politique ; et pour la France qui doit retrouver sa personnalité géopolitique.

N’oublions jamais en effet que le visage de la France de demain sera aussi celui de sa géopolitique.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 24 mars 2017

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