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La France n’est pas seulement la République

Chers auditeurs de Radio Espérance, je veux vous recommander aujourd’hui une lecture d’été : le dernier
livre de l’historien Jean-François Chemain, intitulé Non, la France, ce n’est pas seulement la République,
publié au mois de mars dernier par les éditions Artège.

Jean-François Chemain n’est pas un historien comme les autres. Il est certes agrégé d’histoire, mais il n’est
pas issu du sérail universitaire classique. Il est même un historien à la vocation tardive puisque c’est sur
les bancs de la faculté de droit à et Sciences Po Paris qu’il a usé ses pantalons d’étudiant. Une fois ses
diplômes en poche, il commence une carrière de consultant dans les plus grands cabinets anglo-saxons,
avant de fonder son propre cabinet-conseil. Il rejoint ensuite EDF comme cadre-dirigeant pendant 5 ans,
avant d’opérer un virage à 180 degrés à l’âge de 45 ans : il quitte alors la panoplie costume-cravate et ses
bureaux confortables pour suivre des études d’histoire, jusqu’à l’agrégation.

Que s’est-il passé ? A l’âge parfois critique de ce milieu de vie où l’on s’interroge souvent sur ce que l’on a
fait et sur ce que l’on voudrait éventuellement changer, Jean-François Chemain vit une crise du sens de
son travail. Les beaux bureaux, les missions prestigieuses, la fiche de salaire honorablement pourvue, tout
cela ne l’intéresse plus, il a une autre préoccupation en tête : il voit cette jeunesse des banlieues en train
de se séparer de la communauté nationale, notamment au plan culturel, et il repense à cette phrase de la
philosophe Simone Weil dans son fameux livre intitulé L’enracinement, publié en 1947 : « Il faut donner
aux jeunes quelque chose à aimer, et ce quelque chose c’est la France ».

Il choisit alors d’enseigner l’histoire dans un collège de ZEP situé dans la banlieue de Lyon. Et il
expérimente alors, sur le terrain, qu’il est possible en effet de donner la France à aimer à ces jeunes, qu’il
y a un récit épique de notre pays à conter, les merveilles de son histoire, de sa langue, de sa culture, son
prestige. Tout cela ne laisse pas indifférent les jeunes, au contraire. Depuis, Jean-François Chemain a eu
tant de fois l’occasion de raconter cette expérience concrète, répétant inlassablement ce message : nous
ne sortirons pas du problème des banlieues uniquement par des politiques sociales et urbaines, mais cela
passe d’abord par la transmission de l’amour de la France.

Aujourd’hui, le problème des banlieues demeure intact – il s’est même aggravé – mais les politiques
publiques continuent à ignorer cette évidence d’une culture à partager. Les autorités sentent que la
situation est en train de leur échapper et elles se raidissent autour d’un mantra répété comme une
incantation magique : la république, la république, la république… La République est une chose, mais la
France dans tout ça ? C’est à cette question que Jean-François Chemain répond dans livre.
Il reprend le fil historique de notre pays pour montrer la patiente élaboration de la France,
particulièrement par la dynastie capétienne. Il montre comment la République, sous bien des aspects, se
situe dans la continuité historique de notre pays, malgré la rupture révolutionnaire. Cependant, elle a
cherché à absorber la mission éducatrice et moralisatrice de l’Eglise, qu’elle a combattue par ailleurs en
tant qu’institution concurrente pour influencer les intelligences et les âmes. La République a ainsi pensé
pouvoir fournir une sorte de religion nouvelle – faite de vertus chrétiennes devenues folles – qui puisse
donner une cohésion à notre pays ; elle a pensé pouvoir incarner la France à elle seule.

Cette orientation est aujourd’hui en échec alors que la communauté nationale se défait. Jean-François
Chemain appelle ainsi la République à se désidéologiser, à s’ancrer davantage dans le réel et à valoriser la
France comme telle, avec toute son histoire, et pas seulement la République, qui n’est qu’une forme de
gouvernement avec ses institutions. C’est un appel salutaire : pour recoudre une culture commune, c’est
la France qu’il faut faire aimer, et non des institutions ou des valeurs abstraites.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 16 juin 2021

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