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J’ai repris ce que je t’avais dit, cher Auditeur, au lendemain du Bataclan. Aujourd’hui encore, je suis stupéfaite et les explications manquent. La mort de 84 personnes, des familles, des enfants, ne peut avoir de sens parce que le mal n’a pas de sens.

Nous ne pouvons avoir que des embryons d’explications pour comprendre ce qui pousse un homme à se sacrifier afin de tuer le plus grand nombre lors d’une fête populaire et familiale.

Nous pouvons invoquer la perte de transcendance de nos sociétés, la perte du sentiment d’appartenance, l’individualisme et le post-modernisme. Mais ces mots sonnent bien creux face au désespoir des familles, au désespoir du peuple français meurtri dans sa chair.

Les attentats se succèdent et comme à chaque fois, la sidération nous atteint, les questions nous hantent : pourquoi ?

Toutefois, Nice signe un basculement. La terreur terroriste reste la même mais aujourd’hui, il semble que la question du sens passe en arrière-plan. Il n’est plus question d’être Charlie ou la génération Bataclan, d’ailleurs aucun homme politique ne s’y est risqué. Le peuple est en colère. Il ne veut plus des grands discours, il veut des actes garantissant sa sécurité. Manuel Valls a refusé de voir, dans les sifflements et les hurlements dont il a été victime, le signe d’un ras-le-bol. Il y préfère la marque de l’extrême-droite. A trop se focaliser sur le symptôme, nos hommes politiques s’embourbent dans les querelles politiques et restent aveugles aux attentes populaires et cette fois-ci le peuple refuse de jouer le jeu.

Le mode d’action terroriste se renouvelle. Et le peuple a peur. Les victimes ne sont plus des caricaturistes, des policiers, des bobos, ce sont Monsieur et Madame tout le monde, ce peut-être toi, ce peut être moi, ce peut être tes enfants, les miens.

Les terroristes ne sont plus des agents dormants insérés dans un réseau dense, en lien direct, avec le Califat de l’Etat islamique. Il semble que n’importe quel musulman, ou individu se réclamant comme tel, devient, aux yeux des Français, un terroriste en puissance. Et c’est cette peur que certains ont exprimé lundi, en criant «  Rentre chez toi ! » à cette femme, d’origine maghrébine dont la petite fille était morte dans l’attentat.

La parole se libère et comme toujours, la peur, la frustration conduisent à errer dans les fausses questions et masquer les fondamentales. Le gouvernement rendra-t-il réellement des comptes sur l’échec de l’état d’urgence ? L’Islam s’interrogera-t-il enfin sur ce qui fait que la folie meurtrière se revendique de lui ? Le bilan de la politique de l’immigration et de l’intégration sera-t-il enfin établi ?

Les Français huent le Premier ministre mais il est temps que les réponses justes lui soient apportées.

La France est dans une situation de grande fragilité. Nous pressentons tous l’éclatement de notre société. Alors, cher Auditeur, nous pourrions nous aussi nous laisser gagner par la peur et le refus de l’Espérance, penser que notre avenir ne dépende que de nos hommes politiques dépassés par les évènements.

Mais dans ce magma de questions sans réponses et d’invectives parfois bien violentes qui inondent les médias et les réseaux sociaux, il y ces jeunes qui partent aux JMJ. Une chose est certaine, ils partent à la rencontre du Pape mais aussi de l’Eglise universelle avec l’Espérance chevillée au corps.

Quand, je lis leur enthousiasme, au sens étymologique du terme, envahi par l’Esprit de Dieu, je ne peux désespérer.

Il y a 16 ans, aux JMJ de Rome, Saint Jean Paul m’avait envoyée en mission comme tous les jeunes présents pour ce jubilé : discours, devenu feuille de route de mon engagement aujourd’hui.

« Chers amis, à l’aube du troisième millénaire, je vois en vous les “sentinelles du matin” (cf. Is 21,11-12). Au cours du siècle qui s’achève, des jeunes comme vous étaient appelés, dans d’immenses rassemblements pour apprendre la haine, et ils étaient envoyés pour se battre les uns contre les autres. Les différents messianismes séculiers, qui ont tenté de se substituer à l’espérance chrétienne, se sont révélés ensuite de véritables enfers. Aujourd’hui, vous êtes venus ici pour affirmer que, dans le nouveau siècle, vous n’accepterez pas d’être des instruments de violence et de destruction; que vous défendrez la paix, en payant de votre personne si nécessaire. Vous ne vous résignerez pas à un monde où d’autres hommes meurent de faim, restent analphabètes ou manquent de travail. Vous défendrez la vie à tous les instants de son développement ici-bas, vous vous efforcerez de toute votre énergie de rendre cette terre toujours plus habitable pour tous. Chers jeunes du siècle qui commence, en disant « oui » au Christ, vous dites “oui” à chacun de vos plus nobles idéaux. Je prie pour que le Christ règne dans vos cœurs et dans l’humanité du nouveau siècle et du nouveau millénaire. N’ayez pas peur de vous en remettre à lui. Il vous guidera, il vous donnera la force de le suivre chaque jour et en toute situation.

Alors, vois-tu, cher Auditeur, j’ai confiance car la nouvelle génération, elle aussi ne se résigne pas et n’a pas peur de s’en remettre à Lui ! N’ayons pas peur, Nous avons les arguments de l’Espérance.

Enfin, j’dis ça, j’dis rien !

 

Clotilde Brossollet

Chronique diffusée sur Radio Espérance le jeudi 21 juillet

 

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