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Notre-Dame des Landes a l’image d’un repaire de babas cool, à la tendance plus black Blocks que peace and love. Dans notre imaginaire médiatique, les zadistes s’appellent tous Camille, ont les cheveux longs et sales et manient la résistance violente avec une certaine spontanéité…

Mais Notre-Dame des Landes, n’est pas qu’un repaire de jeunes plus paumés qu’anarchistes, plus violents qu’alternatifs, ce sont aussi des agriculteurs présents dans ce bocage depuis plusieurs générations et quelques jeunes écologistes en quête d’une autre société qui ont choisi de s’installer dans les exploitations, abandonnées depuis les premières expulsions, pour les faire revivre.

Depuis, dimanche soir, tout ce petit monde si composite est en sursis, comme jamais. Les citoyens se sont prononcés, Notre Dame des Landes sera un aéroport, un point c’est tout. Les 55,17% de votes favorables servent nos gouvernants dans leurs désirs de béton, dans leurs fantasmes du progrès…

Je ne rentrerai pas dans le jeu qui consiste à dire que quand le peuple vote mal, il faut le contourner. Mais l’analyse du vote mérite qu’on s’arrête un instant. Déjà le périmètre : seul un département a voté. Les sondages l’avaient montré favorable au nouvel aéroport, contrairement à l’ensemble des deux régions concernées. Ne pas élargir le vote a donc été un choix politique stratégique. Bref, ont voté ceux qui voteraient bien ! Les communes où l’aéroport doit être implanté ont elles majoritairement voté non. La consultation va dans le bon sens pour nos gouvernants qui ont tout fait pour.

Mais, cher Auditeur, revenons un instant à ce projet d’aéroport. J’ai du mal à y voir plus qu’une marotte d’élus. Comme toujours, ils divisent le monde en deux, d’un côté les modernes, ceux qui sont ouverts sur la mondialisation, le progrès et autres, les réacs, qui voient petit, refusent l’ouverture au monde, se replient sur eux-mêmes. Qu’importe que nos élus appliquent la grille traditionnelle de discrédit de l’extrême-droite aux zadistes d’extrême-gauche !

Moi, je voudrais qu’on revienne à la réalité du transport aérien. Dans les années 60, quand le projet d’un nouvel aéroport pour Nantes naît, l’objectif est d’en faire le Rotterdam aéroportuaire d’Europe, capable d’accueillir le Concorde. Depuis, le discours n’a pas changé Notre Dame des Landes sera un aéroport de rang international. Mais qui pour y croire ? Pas moi en tout cas, pas la prof de géographie que je suis ! Je connais trop bien la hiérarchie du transport aérien. Le système en hub and spoke* se contente de quelques aéroports au trafic international appuyés sur un réseau d’aéroports de rang régional. Personne ne me fera croire que depuis Notre Dame des Landes, les Nantais pourront rejoindre les grandes métropoles de l’archipel mondial. Cessons de raconter n’importe quoi, ce nouvel aéroport, qui n’aura pas la capacité d’accueillir l’A380, ne pourra jamais concurrencer Charles de Gaulle et jouer dans la cour des grands aux côtés d’Atlanta, Pékin, Dubaï ou encore Heathrow … bien que ce soit ce qu’on t’a vendu, cher Auditeur !

L’intérêt d’un nouvel aéroport n’est pas une évidence. Nantes Atlantique draine aujourd’hui 3,5 millions de passagers aériens. Tu me le concèderas, cher Auditeur, nous sommes encore bien loin des 9 millions qui avaient été prévus en 1967 pour l’année 2000. Bref les arguments des années 1960 ont fondu comme neige au soleil mais subsiste les rêves, les marottes de nos dirigeants qui bien du mal à se résigner face au principe de réalité.

Et puis, l’actuel aéroport de Nantes Atlantique est loin d’être saturé. Ses 320 hectares voient atterrir aujourd’hui moins de 20 avions par heure, alors que sa capacité en autorise 35. C’est vrai qu’il provoque des nuisances sonores et gène ainsi 42 000 nantais, mais les pilotes ne cessent de dire qu’un contournement de la ville est possible.

Alors, vois-tu, cet aéroport, il ne me convainc pas. D’autant qu’il y en a assez de dépenser l’argent public pour détruire. Certes, Vinci apportera plus de 50% des fonds nécessaires mais nos impôts y participeront à hauteur de plus de 250 millions. Je ne peux y voir qu’un gaspillage d’argent public au service d’une destruction irréversible de terres agricoles nourricières et d’espaces naturels à la biodiversité extrêmement riche. Notre Dame des Landes est une zone humide, une véritable éponge qui irrigue deux bassins versants, où l’homme et la nature ont su créer une certaine harmonie. Le bocage n’y a jamais été détruit, il est une véritable réserve naturelle et paysagère.

Certes, la loi sur l’eau et toutes les réglementations interdisent toute destruction sans compensation. Mais nous savons tous la fragilité du transfert des espèces protégées et la faible efficience de la reconstitution anthropique d’un milieu naturel.

Et au lendemain de cet épisode d’inondations que nous avons connu, il serait peut-être temps de remettre en cause l’imperméabilisation de nos sols. Le béton toujours le béton … Laisse béton dirait le chanteur Renaud, mais moi, vois-tu cher auditeur, je ne veux plus laisser le béton couler pour des rêves de politiciens qui se veulent modernes, prêts à exproprier des agriculteurs pour 27 centimes le mètre carré, soit ce qu’il valait, il y a quarante ans.

Alors, cher Auditeur, si tu n’es pas encore convaincu, va regarder ce que Vinci doit détruire pour que, depuis Nantes, un jour, nous puissions peut-être aller à Tokyo sans escale, va regarder la vidéo « Voici ce que les bulldozers vont détruire à Notre-Dame des Landes ». Tu la trouveras sur internet sans problème !

Enfin, j’dis ça, j’dis rien !

Clotilde Brossollet

Chronique diffusé sur Radio Espérance le 30 juin 2016

* Le modèle hub and spoke désigne une architecture mettant en œuvre un point de connexion central qui peut atteindre chacune des terminaisons situées à la périphérie.

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