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Le regard du pape Jean-Paul II sur l’héritage. La situation créée par la sécularisation quasi universelle des activités temporelles. Le cri d’envoi : « Ouvrez toutes grandes au Christ les portes des Etats, des sociétés, des systèmes économiques… »

 

Le TEXTE :

N’AYEZ PAS PEUR !

Alors j’entre tout de suite dans le vif du sujet pour ce premier entretien pour l’esprit de ce cycle

Vous l’avez peut-être compris pour ceux qui étaient au congrès, il nous est apparu que le pontificat, les 20 ans du pontificat de Jean Paul II nécessitaient une réflexion beaucoup plus approfondie et beaucoup plus complète,  c’est-à-dire vue beaucoup plus en perspective de l’ensemble du pontificat que ce que nous avions, nous-mêmes, l’habitude de faire.

Le pontificat de Jean Paul II, maintenant qu’on le voit – non pas dans sa totalité puisque, fort heureusement il n’est pas terminé – mais enfin quand même indiscutablement dans sa plus grande partie, est une étape de l’histoire de l’Eglise et aussi, en même temps, une étape de l’histoire du monde, parce que les deux sont extrêmement liées, je le dirais tout à l’heure d’une façon plus précise encore – il est donc extrêmement important et décisif, et il me semble, et çà a été la première réflexion, que nous ne portons pas assez d’attention, parce que nous vivons dans l’instant, parce que nous ne prenons pas le temps de la réflexion et de la vision en perspective et de la vision avec du recul, et que nous ne faisons pas suffisamment attention à l’importance, d’ores et déjà, à l’importance historique qu’il faut donner à ce pontificat.

Ce n’est pas seulement pour le plaisir de dire que c’est quelque chose d’historique, c’est extrêmement important et, que, mon cher ami, les temps que nous vivons sont absolument passionnants, sinon les meilleurs, non. C’est pour quelque chose de beaucoup plus important, de plus profond, c’est que si l’on ne pénètre pas dans le cœur de cet enseignement – et on ne peut pas y pénétrer si on ne le prend pas dans sa totalité, dans sa perspective complète, c’est-à-dire depuis le premier cri du “n’ayez pas peur”  de la première homélie de Jean Paul II, même sa première déclaration, jusqu’à ses dernières encycliques, – alors je ne dis pas tous ses discours, parce que ce serait impossible et puis, de toutes les façons, il se répète beaucoup, d’ailleurs c’est le rôle de tous ceux qui enseignent de se répéter, et puis on voit très bien que dans les discours qu’il prononce dans un certain nombre de pays, ces discours sont faits avec un secrétaire qui a recoupé, découpé, des trucs qu’il avait dit avant et recomposé pour l’endroit où il se trouve. Donc il y a énormément de choses qui se répètent d’un endroit à l’autre et il faut donc extraire de cela la substantifique moelle, comme aurait dit Rabelais, et donc en tirer ce qui peut être pour nous, aujourd’hui, le plus nourrissant, mais quand même le voir, c’est l’âme même de tout ce déroulement, de la construction de ce cycle, le voir dans sa perspective complète.

Or, la simple observation des faits nous dit que dans ces 20 années nous avons vécu :  d’abord de phénomènes dont nous avons dit ici, nous le répétons toujours mais même en le répétant ce n’est pas toujours compris, ce phénomène majeur de la fin de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, c’est-à-dire de la fin de la forteresse du communisme, c’est-à-dire de la fin pratique du communisme, même si l’esprit communiste demeure, même s’il y a un tour d’esprit marxiste qui demeure, même s’il y a des résurgences un peu partout de partis communistes ou d’ex-partis communistes, cela n’a plus rien de commun. Cela n’a plus rien de commun parce que ce qui faisait, non pas l’âme, mais l’ossature forte du parti communiste, qui a dominé l’histoire du XXe siècle, enfin la deuxième partie de l’histoire du XXe siècle depuis la Libération, depuis la seconde guerre mondiale, et même déjà avant, puisque Staline a conditionné la vie internationale dès avant la seconde guerre mondiale, eh bien, cet élément-là majeur, par rapport auquel tout était ordonné, que ce soit aux Etats Unis d’Amérique, que ce soit dans les pays du Tiers monde, que ce soit en Europe et que ce soit chez nous, cet élément là a disparu. Il a disparu, laissant la place à un chaos dont on ne sait pas du tout ce qu’il deviendra, mais en tout cas cette disparition fait que nous sommes encore, sur le plan même de la politique internationale, sur le plan de nos politiques intérieures, nous sommes dans une incertitude considérable. Et cette disparition n’est pas due seulement à l’action, bien sûr, de Jean-Paul II, mais indiscutablement – çà c’est un fait que l’on ne peut pas nier – elle est au même moment. Le pontificat de Jean Paul II a été le pontificat qui a liquidé le dernier grand Empire du dernier grand totalitarisme de l’histoire.

Donc ce sont des choses sur lesquelles on est… et puis ensuite on les oublie et on ne voit pas en quoi elles ont profondément transformé non seulement notre vie internationale, mais notre vie nationale, et non seulement la vie nationale mais aussi la vie de l’Eglise.

Alors cette volonté de réflexion, je crois qu’elle est un petit peu, si j’ose le dire, un petit peu unique puisque j’ai moi-même été très surpris de voir, en m’attelant à ce travail et en parlant à quelques amis, pourtant forts pontificaux, et très fidèles à Rome, qu’ils considéraient que c’était quelque chose d’absolument surprenant de faire ce travail là et que – d’ailleurs je me suis aussi aperçu à ce moment là que beaucoup n’avaient même pas lu et n’avaient même pas eu l’idée de lire les encycliques de Jean Paul II en entier, qu’ils se contentaient des comptes-rendus qu’on donnait dans certains journaux parce que, trop pris par leurs tâches pastorales, trop pris par ceci ou par cela, ils considéraient que cela ne les concernait pas directement et que la parole du Pape leur arrivait par le canal des évêques ou par le canal des revues spécialisées qui leur disaient ce qu’il faut sortir et ce qu’il faut penser de la dernière encyclique. Et puis, se contenter de quelques extraits ou de quelques morceaux, les bonnes feuilles comme on dit, que donnent soit les journaux catholiques, soit des journaux même de la grande presse.

Or, il y a là un manque considérable et on passe à côté de trésors dont on ne sait même pas qu’ils existent, et qui explique, puisque çà se produit – je ne dis pas même chez ceux qui sont délibérément anti-pontificaux ou anti Jean Paul II (mais eux lisent les encycliques, ils les lisent pour essayer de trouver à l’intérieur ce qui est peut-être particulièrement réactionnaire, intégriste, retour à l’ordre moral et tout ce qu’on voudra) – mais cette vision trop parcellaire empêche de voir l’ampleur du phénomène, ce que j’appellerais sur le plan historique l’ampleur du phénomène et, du coup, coupe les ailes à ce qui devrait être notre espérance. Et je pense que l’une des explications de la morosité, d’un certain caractère désespéré ou, sinon désespéré du moins résigné, et de l’Eglise de France et des Français eux-mêmes, tient à ce que ils ne se sont pas attachés véritablement à voir, à examiner ce phénomène, ce fait historique de ce pontificat. Ils ne l’ont vu que par petits morceaux et ne le voyant pas dans son ampleur ils n’en ont pas saisi la portée et moyennant quoi ils n’ont pas saisi en quoi il est porteur d’espérance.

Donc l’esprit de ce cycle c’est, non pas de faire une étude exhaustive, même critique, mais c’est de prendre dans l’enseignement de Jean Paul II, en commençant donc par la première encyclique Redemptor hominis et en terminant par Fides et ratio, tout ce qui, sur le plan social, politique et culturel, peut nous servir et doit nous servir de nourriture.

Tout de suit, je peux vous dire qu’il y a dans cet enseignement – c’est pour çà que nous n’aurons pas de mal, quelle que soit la diversité de voix qui le donneront, qui l’apporteront – il y a une unité qui tient évidemment à l’unité de l’esprit catholique, mais il y a une unité qui tient aussi à la façon spécifique à Jean Paul II d’aborder la question. Cette façon spécifique à Jean Paul II, elle se trouve dans le premier chapitre, le premier titre de la première encyclique, dont on parlera plus abondamment la fois prochaine, mais qui est déjà très révélatrice pour ce que nous voulons aujourd’hui, et qui s’appelle l’héritage.

Le premier chapitre, la réflexion de Jean Paul II commence par ce mot : l’héritage. L’héritage c’est un tableau, c’est un tableau qui se veut le plus complet possible de la situation telle qu’elle se présente au moment où il arrive, si on peut dire pour employer ces termes profanes, aux affaires, au moment où il arrive au pontificat. Il y a quelque chose qui change des pontifes précédents. ‘abord vous le savez, çà se voit tout de suite, il est le premier je crois, dans l’histoire de la papauté, à employer le pronom “je” et non plus le pronom “nous”. Il ne parle plus comme parlaient auparavant les pontifes qui ne disaient jamais “je”, mais “nous”, dans la succession pontificale le pontife n’étant qu’un des éléments de la succession pontificale. Jean-Paul II dit “je”. Est-ce que c’est une façon, j’allais dire, de marquer sa singularité ? ou est-ce que çà a un sens un peu plus profond ? C’est peut-être facile à voir et à comprendre :Jean Paul II parce que ses écrits, l’ensemble de ses écrits et de ses réflexions sont mélangés de deux aspects qui signalent d’ailleurs à chaque fois, à l’intérieur de ses encycliques, ce que l’on pourrait appeler son opinion personnelle, son analyse personnelle, et c’est notamment le cas de l’héritage. Son analyse personnelle qui n’a rien de dogmatique, qui n’a rien de l’infaillibilité du Magistère où le pape parle dans la succession apostolique avec tous les charismes de l’autorité pontificale. C’est plutôt un examen sur lequel on peut être d’accord ou n’être pas d’accord, une analyse de la situation. Et lorsqu’il aborde la question spécifiquement pontificale, lorsqu’il veut marquer qu’il parle avec l’autorité du Saint Père il le dit carrément. Il emploie toujours le terme “je”, mais il le dit carrément, il dit : ici, maintenant, je m’adresse en tant que pape et en vertu des fonctions de mon pouvoir et de mon autorité, etc.. pour dire que.. ce n’est pas possible ceci, que etc.. Donc il y a une distinction qui est très constante à l’intérieur des encycliques sur ce passage de l’analyse personnelle, si on pourrait dire de Carol Woyjtila, ou des experts de Carol Woyjtila et puis la pensée spécifique du pape dans la lignée de l’Eglise.

Ce n’est pas complètement une nouveauté puisque les papes précédents ont fait des encycliques et des textes qui n’étaient pas marqués de l’autorité pontificale, mais il y a quelque chose quand même qui frappe, c’est la volonté de mettre, si on peut dire, les choses à plat, et de faire vraiment, de dresser comme une sorte de grand bilan de l’héritage pour voir où on en est dans le positif ou dans le négatif et, à chaque reprise, c’est assez net, le Saint Père commence par un certain nombre d’analyses positives, de constats positifs, qui tiennent à l’évolution, au développement des Eglises dans le monde, à l’effort qui a été entrepris par le concile Vatican II auquel il a une référence constante, et puis après – je ne dis pas le coup de chapeau parce que ce ne sont pas des coups de chapeau théoriques et oratoires – mais après avoir ainsi posé tout ce qui  apparaît comme véritablement des germes de connaissance ou de bon développement, il en vient à tout ce qui ne va pas, ce qui, à ce moment-là fait une série beaucoup plus impressionnante que ce qui allait bien, et qui prend en charge, j’allais dire, la totalité, avec ce regard qui n’est qu’au Saint Père, qui est vraiment me semble-t-il le caractère le plus important pour nous, même si on le regardait – je ne dis pas en chrétien –  mais de l’extérieur, c’est-à-dire comme si on le prenait en disant : bon, et bien voilà, c’est l’opinion de quelqu’un qui est bien placé et donc essayons de voir quelle est la valeur de cette opinion, essayons de voir ce qu’il nous dit, essayons de comprendre ce qu’il nous dit et, après avoir fait ce tableau et cette analyse la plus complète, d’en arriver à ce qui est le refrain constant dans toutes les encycliques de Jean Paul II : l’Eglise est toujours l’Eglise du temps présent et voici ce que, en tant que pasteur, j’ai à dire aux hommes du temps présent.

Le constat qui est fait, et qui permet, qui incite à cette vision globale du pontificat de Jean Paul II, c’est que, d’une certaine  façon, il reprend la formule de saint Pie X, et çà se voit de plus en plus dans l’intérieur de ses homélies et ses encycliques, c’est que tout est à reprendre depuis les fondations. Tout est à reprendre depuis les fondations et il faut, car nous arrivons à un moment où l’Eglise après s’être répandue quasiment jusqu’aux extrémités de la terre se retrouve, et notamment dans les nations qui ont été les nations chrétiennes du début, et c’est particulièrement important pour la France, se retrouve dans un état de sécularisation et de déchristianisation, pour employer les termes précis, comme peut-être elle n’en a pas connus dans son histoire, en ce qui concerne notamment les anciennes nations anciennement chrétiennes.

Il y a donc un double jeu, et c’est très important pour nous, parce que nous sommes, nous, des hexagonaux les Français, nous voyons tout notre problème, tout le problème de l’humanité au travers des problèmes de la France. Et nous considérons que la France est le centre du monde et que la France est le centre de l’Eglise. Et c’était vrai d’une certaine façon. Quand on regarde les encycliques jusqu’à celles de Pie XII, et même encore jusqu’à celles de Jean XXIII, on peut dire qu’elles sont conditionnées par la situation de la France. Lorsque Léon XIII sort l’encyclique Rerum Novarum, les questions nouvelles, on peut dire que cette encyclique est spécifiquement sur les questions françaises. C’est peut-être un petit peu l’Allemagne et l’Italie, mais celle qui est visée, c’est essentiellement la fille aînée de l’Eglise. Tout ce qui concerne le problème de la démocratie, tout ce qui concerne le problème des régimes politiques, de la façon de passer de la monarchie, l’ancien système, à ce qui éclot comme système nouveau, comme choses nouvelles, c’est le problème du ralliement et tout ce qu’on a connu, ce sont des problèmes qui sont des problèmes spécifiquement français. Et ces points spécifiquement français sont traités par le Saint Père comme si c’était des problèmes de l’Eglise universelle, parce que la France conditionne d’une façon extraordinaire la marche, en tout cas l’enseignement social de l’Eglise.

Ce n’est plus du tout le cas. ET ce changement de vision tient peut-être à ce qu’on est passé d’un pape italien, ou d’une série de papes italiens, à un pape polonais – pourtant ce pape polonais est très attaché à la France, il a fait en France autant de voyages qu’il a fait de voyages en Pologne – et il a une particulière affection pour la France, il a des liens  tout à fait particuliers, outre les liens de la Pologne et de la France anciens, il a des liens personnels très particuliers, très forts avec la France et il a pratiqué et il pratique parfaitement la langue française. Il connaît de façon très approfondie notre pensée, nos intellectuels etc.. tous nos courants de l’entre deux guerre et tout. Mais l’Eglise a passé un cap, l’évangile est arrivé jusqu’aux extrémités de la terre et la France ni l’Europe ne sont plus le centre des préoccupations de l’Eglise. Il y a l’Afrique, il y a l’Amérique centrale, il y a l’Amérique du Nord, il y a les Eglises d’Asie qui reviennent à la surface. Il y a le monde entier. Et la France elle-même ne peut pas se comprendre elle-même si elle ne s’examine que dans le cadre spécifiquement hexagonal. Nous ne sommes plus nationalistes au sens noble du terme, mais nous sommes chauvins plus que nous l’avions jamais été et nous avons du mal à analyser les choses sous l’angle de l’universel, nous qui sommes pourtant le peuple de l’universel.

Pour arriver à retrouver cette vision, qui est dans la lignée même de l’âme française, nous sommes obligés de passer par ce qui est notre canal spirituel le plus élevé, qui est le canal pontifical. Je ne veux pas dire que les papes précédents n’avaient pas une vision universelle, mais ils parlaient un langage qui était très proche des préoccupations françaises, parce que les préoccupations françaises étaient au centre des préoccupations de l’Eglise. Maintenant ce n’est plus le cas et cette vision nouvelle, qui est une nouvelle étape dans l’histoire de l’Eglise, le nouveau développement, et bien c’est une vision que nous devons intégrer, sinon nous ne comprendrons rien à l’histoire de l’Eglise, nous ne comprendrons rien à l’histoire du monde, nous ne comprendrons rien à notre propre histoire. Et la façon de l’intégrer, et bien c’est la seule que nous ayons pour arriver à l’universel, qui n’est pas le mondialisme – qui est le contraire du mondialisme- c’est la vision de Jean Paul II.

C’est pour çà qu’il nous a paru important, et j’ai fini mon introduction, que l’esprit de ce cycle soit d’essayer  de voir les choses de la société, de la culture et de la politique, sous l’angle sous lesquels les voient le Saint Père et, pour cela, ne pas prendre l’enseignement de façon fragmentée, mais le prendre, encore une fois, dans son déroulement complet car cet enseignement a une unité dans son déroulement complet. Voilà.

Voilà pour ce que j’appellerais le tour d’esprit, l’angle de vue de ce cycle. J’en ai fini là-dessus, ce n’est pas la peine de le souligner, j’allais dire : l’originalité de cette démarche, parce que, encore une fois, nous ne l’avons pas tellement vue se développer ailleurs, et je signale qu’elle est importante, cette originalité, à un double titre : au titre de laïcs seulement, simplement de laïcs, on ne pourrait pas, on ne devrait pas, aujourd’hui penser les choses politiques, sociales et culturelles sans avoir le souci de cette vision, et , au plan de l’Eglise, parce que nous ne voyons pas non plus, dans l’Eglise de France, qui est aussi une Eglise restée gallicane, restée chauvine, restée préoccupée de ses seules questions françaises, nous ne voyons pas ce même esprit, ce même goût et cette même aspiration à l’universalité.

Or, nous ne sommes pas ici des fanas du mondialisme, c’est le moins qu’on puisse dire, mais nous ne pouvons pas ne pas voir quand même que le contraire du mondialisme, qui est la part de vérité qui est contenue dans cette erreur du mondialisme, c’est le besoin de l’universalité, et que ce besoin de l’universalité ce n’est pas les sociétés ou les rêves mondialistes qui le remplissent, c’est l’Eglise. Et l’Eglise, elle le porte aujourd’hui comme jamais elle ne l’a porté, parce qu’elle n’était jamais arrivée à ce stade de développement qui a porté l’Evangile jusqu’aux extrémités de la terre.

Et cela m’amène tout de suite à la première réflexion plus approfondie, si on peut dire : Voir ce déroulement, le déroulement de cet enseignement et le déroulement de nos faits sous l’angle, non seulement de l’histoire, mais sous l’angle de l’histoire de l’Eglise.

Vous savez qu’ici nous avons un souci constant, je crois que je l’ai rappelé des centaines de fois peut-être, disant que les faits ne pouvaient pas être compris s’ils n’étaient pas examinés avec un recul historique, avec le recul que donne l’histoire. Nous sommes dans notre société qui, en plus, est une société de l’instinct, un brevet d’information de l’instinct, nous avons perdu le sens du recul historique. Et n’ayant pas le sens du recul historique, nous ne comprenons pas l’événement dans sa source et nous ne le comprenons pas dans ce qu’il peut porter dans la suite, et, dans ces conditions, nous sommes paralysés par l’événement, ce qui fait que nous sommes comme les autres, je veux dire : il fait mauvais, il fait mauvis, il pleut, et donc puisqu’il pleut aujourd’hui il pleuvra tout le temps ! il a tout le temps plu depuis l’origine des temps et il pleuvra tout le temps jusqu’à la fin des temps ! et puis la pluie cesse et il fait beau et il fera beau jusqu’à la fin des temps ! Et non. Il pleut, et puis il fait beau, et puis il repleut et puis il refait beau. Et comme disait la comtesse de Ségur : après la pluie le beau temps. Et ces vérités les plus élémentaires qui sont des vérités de l’histoire, sont des vérités qui sont perdues. Après l’hiver vient le printemps. Nous quand on parle, si nous sommes en  plein dans l’hiver du christianisme et dans l’hiver de la France, c’est que nous allons vers un printemps. Vous me direz ce n’est pas possible : puisque nous sommes en hiver, nous sommes en hiver, nous sommes à la mort, et on écrit des bouquins pour dire que la France est morte et qu’il faut en tirer des conclusions. Oui, elle est morte, elle est morte comme sont mortes toutes les plantes pendant  l’hiver et puis au printemps tout d’un coup il y a des bourgeons qui arrivent : ah ! il y a des bourgeons ? et bien oui. C’est la même chose en histoire. C’est exactement la même chose. Le rythme de l’histoire, le flot va à chaque période de l’histoire, les hommes se sont dits : nous sommes finis, c’est foutu, c’est horrible, bon, et puis la foi est morte, les missionnaires de saint Vincent de Paul le lui écrivaient : la foi est morte en France et disparue pour toujours ! Bon, et puis elle est revenue. Elle est revenue avec l’effort des uns et des autres.

Ce manque d’analyse historique fait en même temps, je dirais, la bassesse, la médiocrité, la nullité pour parler plus simplement, de discours communs et de ce qu’on pourrait appeler l’esprit public. Je vous conseille si vous avez le temps, çà fait quand même 636 pages, mais enfin si vous avez le temps, je vous conseille de lire le livre de François Huguenin à l’école de l’Action française, un siècle de vie intellectuelle et de combat intellectuel, et vous verrez comment un certain nombre d’hommes, et notamment les maîtres de l’Action française, Maurras en premier et Bainville avec lui, ont….. de la référence historique systématique, du recul historique systématique sur l’événement, donné à l’esprit public français ce que Proust appelait une puissante cure d’altitude intellectuelle. Ils ont relevé le niveau de la réflexion, ils ont contraint le débat public à  remonter parce que, à chaque fois qu’un événement se passait, ils le rattachaient à l’ensemble de l’histoire de la France et ils apparaissaient comme des visionnaires. Lorsque Bainville dit après le traité de Versailles que la deuxième guerre mondiale est en germe dans ce traité pour des raisons très simples qui sont l’écrasement de l’Autriche-Hongrie et la puissance de l’Allemagne qui va se développer au centre de l’Europe et le couloir de Dantzig qui n’est pas réglé. Alors on dit : visionnaire fantastique ! visionnaire fantastique parce qu’il avait tiré les leçons très simples de l’examen de l’histoire. Et ce souci permanent de l’examen de l’histoire, ce n’est pas quelque chose qui attire forcément un optimisme considérable, mais c’est quelque chose dont ils ont tiré une espérance constante, une espérance qui coupe le souffle, puisqu’elle continue même lorsque à la fin Maurras est condamné à la réclusion à perpétuité pour trahison, abandonné, tout le monde s’en va etc… il continue à espérer parce que la formule : le désespoir en politique est une sottise absolue, ce  n’est pas un slogan qu’on sort comme çà pour remonter le moral des troupes, mais c’est parce que c’est une vérité cachée, une vérification de l’histoire ; C’est vraiment la leçon même de l’histoire.

Donc c’est extrêmement important de voir les choses dans la perspective historique. Mais dans quelle perspective historique ? Il y a la perspective, j’allais dire, de ce que Maurras appelait la physique sociale, ou la perspective de l’histoire de France, ce qui permet de poser un certain nombre de points et de dégager un certain nombre de constantes. Mais il y a quelque chose de plus important et de plus beau et de plus simple en même temps et de plus accessible aux plus humbles, et c’est pour çà que c’est à la fois plus élevé et plus facile, c’est de les voir sous la perspective, sous l’angle de l’histoire de l’Eglise, et d’analyser les événements et d’analyser notamment ce pontificat, puisque c’est ce dont nous allons parler, et les événements qui ont accompagné ce pontificat, sous l’angle de la seule vue historique qui soit une vue à la fois universelle et en même temps que précise et concrète, j’allais dire sous la seule vue historique qui soit sensée, qui est la vie de l’histoire de l’Eglise.

Alors on reste aussi stupéfaits, parce que quand on se dit çà, finalement on s’aperçoit que dans les magazines, dans les journaux, même dans les journaux chrétiens, même dans les livres d’analyse politique écrits par des chrétiens, on n’a jamais ce recul et cette habitude qui devraient être, non pas une seconde nature, mais une première nature chez le chrétien, de voir tout ce qui se passe, et d’essayer de comprendre ce qui se passe sous l’angle de l’histoire, non pas seulement de son pays, mais de l’histoire de l’Eglise. Ce qui fait que la France est d’une certaine façon la même chose, puisque c’est vrai que la France est une nation, une fille aînée de l’Eglise et qu’elle est une nation née de l’Eglise et que, dans ces conditions, ce qui se passe dans l’Eglise se passe aussi pour la France et dans la France.

Dans cette perspective historique, qui a été le grand effort des révolutionnaires, puisque c’est eux qui ont apporté, en dehors du sens chrétien de l’histoire, d’abord, la première idée, qu’il y avait un sens de l’histoire qui est le sens du progrès, les Lumières qui se développent… lequel sens du progrès des Lumières est aujourd’hui complètement abandonné. Le fait que le progrès soit continu etc… c’est fini, c’est terminé, ce sont des formules qui sont reléguées ailleurs. On a eu aussi les trois âges de l’humanité d’Auguste Comte qui essayait, lui aussi, de recomposer une idée de l’évolution générale de l’humanité. Et puis on a eu le grand sens marxiste de l’histoire et regardez comme, là aussi, la force psychologique de Marx a été de commencer son Manifeste du parti communiste par l’histoire de l’humanité – des origines à nos jours – et l’histoire de la lutte des classes. C’est-à-dire l’histoire de l’humanité des origines à nos jours. Je vais vous parler comme un prophète, et on va prendre les choses au commencement et on va les dérouler jusqu’à aujourd’hui et je vais vous donner le sens de l’histoire. Et c’est ce qui a fait la puissance psychologique du communisme, et ce qui a fait qu’il est apparu comme une sorte de nouvelle religion capable d’expliquer les choses. Il n’y a pas d’autres moyens de gagner les hommes, il n’y a pas d’autres moyens d’avoir une expérience, il n’y a pas d’autres moyens de faire quelque chose, d’avoir envie de faire quelque chose, que de se placer dans ce courant historique. Si on ne sait pas se replacer dans un courant historique, fut-il un courant historique faux, et aussi faux que l’était le courant marxiste, on ne fait rien concrètement. On ne fait rien concrètement parce qu’on n’a pas le sens de la durée, on n’a pas le sens de la continuité, on n’a pas le sens d’être un instant dans une œuvre qui vous dépasse et, à partir de ce moment-là, on est perdu et on est désespéré parce que, dans le moment, on est toujours désespéré par ce qu’on ne peut pas maîtriser, précisément, l’instant, on ne peut pas maîtriser l’événement et on est toujours le jouet de l’événement. Ce n’est que dans la durée qu’on s’aperçoit, au fur et à mesure d’un temps, que même une série d’échecs apparents a été en définitive victoire

C’est ce qui ressort encore ici, et j’arrête là-dessus, j’arrête ma parenthèse, mais comme je suis plein de ce livre je suis obligé d’en parler – sur le livre de François Hugelin – il termine en disant : l’échec de cette œuvre, l’échec complet, puisqu’ils ont voulu remettre un roi et ils n’ont pas remis le roi. Ils ont voulu éviter à la France la guerre de 14 et éviter à la France la guerre de 39-45 et ils n’ont évité ni 14 ni 39-45 et le chef est mort condamné pour trahison, intelligence avec l’ennemi allemand, alors que c’était l’homme le plus anti-allemand que la France ait connu. C’est donc l’échec total et définitif. Mais cette série d’échecs que Maurras avait d’ailleurs déjà prévue dans le Chemin de paradis, est en fait, quand on le regarde, une victoire. Une victoire pourquoi ? parce que pendant un siècle ils ont – comme je le disais tout à l’heure – élevé l’esprit public et imposé le débat et qu’en définitive ils ont fait, sans s’en apercevoir, une sorte de royauté intellectuelle en tout cas même si ce n’était pas une royauté politique, qui fait que maintenant, avec le recul et pris dans son ensemble, çà vous coupe le souffle de  voir combien aussi peu d’hommes et dans une situation aussi contraire ont su, en définitive, guider l’esprit français et sauver au moins, comme disait François Ier au soir de Pavie, au moins l’honneur, ce qui est le plus important. avec sauver l’honneur tout est possible. Encore une fois c’est cette perspective qui permet de le voir, et si on ne le regarde pas en perspective, évidemment on ne voit que des échecs.

De même ici, dans cette même maison, Ousset disait à la fin de sa vie : ma vie est un échec, ce que je voulais faire, je ne l’ai pas fait. Je voulais quand même renverser  la révolution, arrêter au moins la révolution, et les choses se sont dégradées de morceau en morceau. Les choses se sont dégradées de morceau en morceau, oui, si on les prend morceau par morceau, mais si on prend l’ensemble de l’œuvre qui a été bâtie il y a 50 ans et qui est partie de 3 hommes qui sont allés la consacrer au Sacré-Cœur de Montmartre et qui ont dit : nous allons rétablir le pouvoir temporel du laïcat chrétien, et qu’on voit aujourd’hui, et qu’on a vu éclater dans le concile Vatican II, sans même qu’on s’en soit aperçu, ce n’était pas l’esprit de leur œuvre, et quand on voit éclater dans Christi fideles Laïci, quand on voit éclater dans la dernière encyclique de Jean Paul II Fides et ratio, à peu près tout ce qui a été enseigné ici depuis 50 ans, avec parfois des termes qui sont rigoureusement les mêmes, quand on voit cela on dit : quand même ce n’est pas Jean Ousset qui a fait Carol Woyjtila, mais il s’est placé, il a été le premier à se placer à un moment où plus personne n’y pensait, où on pensait que c’était fini, que c’était terminé, que la démocratie chrétienne, le MRP et le progressisme chrétien étaient l’avenir etc.. et que là c’était quelques résidus du passé et qui essayaient de faire un petit quelque chose, quelques vieux mecs d’Action française complètement etc… et ils se sont aperçus que  la force de renaissance à l’intérieur de l’Eglise est sortie de là. Ce ne sont que dans les vues en perspective que l’on peut dire que c’est vrai. D’ailleurs tout homme qui réfléchit sur sa vie peut dire je n’ai fait qu’une série d’échecs. Et c’est la série d’échecs qui fait la victoire.

Alors reprenons. Non plus dans la perspective de quelques œuvres, mais dans la perspective de l’histoire de l’Eglise, alors çà c’est lumineux et d’une simplicité absolue. D’abord il n’y a plus aucune autre pensée, aucune autre philosophie, aucun autre mouvement qui prétend rendre compte de l’histoire de l’humanité.  C’est terminé. Fini, terminé, liquidé, il n’y a plus un penseur, un fada, un fou, tout ce qu’on voudra, un génie (d’ailleurs c’est la même chose souvent) qui se lève et qui dit : voilà je vais vous expliquer de A jusqu’à Z comment çà s’est passé.

Mais il reste l’Eglise, et l’Eglise, elle, elle a le sens de l’histoire, elle a même le seul sens de l’histoire. C’est-à-dire qu’elle est la seule à pouvoir dire : au commencement. Les livres sacrés commencent “au commencement”. Il faut le faire, tout de même. Marx a essayé, il s’est cassé les dents. Mais, au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Et çà commence même après la révolte des anges etc.. donc on a tout, tout, depuis le commencement des commencements jusqu’à la fin et avec au milieu l’Incarnation. Il y a donc un commencement, il y a un milieu, il y a une fin. Et comme dans les belles histoires, on connaît le commencement, on connaît le milieu et on connaît la fin. Et la fin est belle. Le happy end se termine très très bien, la Jérusalem céleste qui sort, c’est l’Apocalypse etc.. il y a des moments douloureux avant, mais, de toutes façons, la fin on en est assurés. On connaît la chanson et on en connaît le déroulement. On devrai être, non pas d’une suffisance il ne faut pas, mais d’une sérénité absolue. Et alors qu’il y a un sens, les choses peuvent s’expliquer, et donc on peut tirer comme dit aussi…l’auteur de ce bouquin, tirer tout son fruit quand il monte à … c’est le problème du retour d’Ulysse, tirer tout ton fruit de la calamité. Tirer tout son fruit de tous nos malheurs. C’est toute la loi du christianisme . C’est tout l’esprit du christianisme. Tirer tout son… de la souffrance et tirer des tribulations tout ce qui fera que ces tribulations ne sont qu’un passage obligé vers ce qui viendra et qui et quoi ? qui est l’accroissement du nombre des élus. çà on en est sûr et les évangiles : jusqu’aux extrémités de la terre, et le règne social, total, définitif, de notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est donc dans cette perspective là que les choses doivent être dites. Et seulement dans cette perspective. Et si on ne les comprend pas, si on n’essaie pas de les voir dans cette perspective on ne les comprend pas et elles n’ont aucun sens. Mais si on les voit dans cette perspective, alors tout s’éclaire. Tout s’éclaire et à partir de ce moment-là il est possible.. d’abord l’histoire a un sens et les choses ont un sens. çà c’est capital, nous avons été gangrenés par, j’allais dire, le délire de l’absurde, nous avons été gangrenés par ce truc qui est venu au commencement du romantisme et qui s’est infiltré partout sur lequel, finalement, les choses n’avaient pas de sens. Et çà s’est même transporté dans le monde chrétien à savoir que, oui, les choses ont un sens, les choses de la foi, les choses du surnaturel ont un sens, mais les choses du naturel n’ont pas de sens, les choses de l’ordre temporel n’ont pas de sens, qu’est-ce que vous voulez, de toutes façons c’est le mauvais moment à passer, c’est le passage sur cette terre sur laquelle en définitive n’essayez pas d’améliorer les choses, n’essayez pas de faire un ordre temporel qui soit beau, c’est un rêve politique que vous ne pouvez pas, que vous n’avez même pas le droit de faire, vous n’avez pas le droit d’essayer de rêver à une société qui soit belle, vous n’avez pas le droit de rêver à un ordre qui soit bon, vous n’avez pas le droit de rêver à une nation qui soit belle, çà vous attacherait trop à la terre, c’est rabaisser le catholicisme qui est un spirituel pur à l’intérieur d’un temporel qui est mêlé de politique, d’ambitions etc… On nous a infesté de cet esprit-là, moyennant quoi on a trouvé, soit des gens qui étaient complètement coupés du surnaturel et qui ont dit : bon, dans les petites affaires de l’ombre on va se démerder, et là les hommes de l’ombre, les enfants des ténèbres sont beaucoup plus habiles que les enfants de lumière, ou alors ceux qui ont dit : nous, nous sommes les enfants de lumière mais nous ne rentrons pas dans l’ombre de la caverne, on laisse les esclaves se débrouiller  ensemble et on vit sur les rivages, là où… on ne veut pas de toutes les façons. Alors on s’accommode,: un coup l’ombre, un coup la lumière, un coup je te vois, un coup je te vois pas, un coup je compose avec le monde et un coup je m’élève au ciel, je fais mes petites affaires avec même des compromissions qui sont plus que des compromissions, et puis quand même j’ai ma retraite annuelle de 5 jours, je m’élève et puis je redescends. Et on s’est organisé comme ça en disant : de toutes les façons on ne peut pas plus.

Et ça ce n’est pas catholique, non ce n’est pas catholique, ce n’est pas chrétien. C’est un espèce de truc qui est pire, même, j’allais dire, que l’agnosticisme ou l’athéisme.

Et ce qui est fantastique dans Jean Paul II – je ne dis pas que les autres papes ne n’ont pas été non plus – mais enfin fantastique à sa façon à lui, c’est d’arriver – c’est pourquoi le terme d’héritage – alors j’arrive et je prends tout, et tout est au Christ, tout, tout, tout. Ouvrez les empires de la civilisation, de la culture, de l’économie, de la politique, ouvrez tout. Tout çà est au Christ. Et tout çà est à l’homme parce que l’homme est à l’image de Dieu et parce que le Christ est le Rédempteur de l’homme. Et tout çà est à l’Eglise parce que l’Eglise est l’épouse du Christ et la Mère et l’accompagnatrice de chaque homme, et la route de l’homme, et la route de l’Eglise. Alors qu’on arrête de nous faire des trucs de ceci, de cela, des moyens… Tout. ET (j’allais dire une bêtise) c’est en cela que ce pape est profondément catholique, dans lequel il incarne cette totalité – qui n’est pas du totalitarisme – du catholicisme. Et je ne peux pas dire cet optimisme, parce que le terme n’est pas bon, mais ce caractère résolument positif, résolument conquérant, résolument joyeux du catholicisme. Et il n’y a pas de raisons qu’il y ait un domaine, que ce soit le domaine de l’art, que ce soit le domaine du plaisir, que ce soit le domaine de l’amour, que ce soit le domaine de la gaité, que ce soit le domaine de la souffrance, il n’y a pas de raisons qu’il y ait un domaine qui échappe à l’empire du Christ, sinon le Christ n’est plus le Christ, et donc il n’y a pas une activité qui puisse lui échapper. c’est cette reprise en compte qui est en fait la formule de saint Pie X : tout restaurer , omnia restaurare in Christo, tout, toutes les choses doivent être restaurées à l’intérieur du Christ, et c’est ce qui apparaît au moment de la plus extrême sécularisation, c’est-à-dire au moment de la plus extrême séparation, division de la foi et de la raison, de la foi et de la politique,  de la foi et de l’histoire etc.. Au moment de cette plus extrême séparation, c’est l’homme qui est envoyé par Dieu, parce que çà c’est évident, pour refaire cette unité. Ce passage là dans l’histoire, alors si on le regarde .. ce n’est pas une question de prophétie, mais c’est une question de choses qui se mesurent, qui se voient à l’intérieur même de l’histoire de l’Eglise. Chaque fois que l’Eglise a progressé – parce que l’Eglise progresse – l’Eglise, ils étaient 12, il y en a un qui a trahi, mais 12 on a remplacé le traitre, et puis ils sont partis etc.. et de ces 12 ils sont devenus ce qu’est l’Eglise aujourd’hui. Donc là, indiscutablement, c’est un progrès. C’est un progrès quantitatif, comme dit Michel, nous ne sommes pas des esclaves de la loi du monde, le quantitatif ne compte pas beaucoup, mais enfin quand même, le quantitatif ne compte que quand il est extraordinairement massif. C’est colossal. Donc l’Eglise s’est développée comme le grain de sénevé, la plus petite des graines qui est devenue le plus grand arbre. Elle s’est développée et elle continue de se développer et tout ce qui arrive n’a d’explication que pour son plus grand développement. Même si on n’est pas croyant, on est obligé de le voir. On est obligé de le voir parce que c’est précisément un développement constant. On a beau être complètement abruti, et coupé de toute référence surnaturelle, l’œuvre, le mouvement , le parti, l’école de pensée où tout ce qu’on voudra qui est parti de 12 apôtres juifs et qui est devenue près d’un milliard d’hommes, ils ont grandi. Ils ont indiscutablement grandi. Et qui ont continué pendant 20 siècles et qui se sont développés, et la loi de leur vie c’est une loi de développement, ce n’est pas une loi de restriction, ce n’est pas la loi du ghetto, ce n’est pas la loi du repli sur soi, c’est la loi du développement. C’est la loi du développement et ce développement coïncide et correspond à ce qui a été dit par le fondateur : Allez évangéliser toutes les nations etc.. baptisez les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Donc il y a un développement constant, et ce développement constant s’est fait par une série d’à-coups. Par une série d’à-coups qui se sont appelés, soit les persécutions extérieures, soit les hérésies intérieures, soit les deux en même temps. Donc c’est un cheminement qui est un cheminement de souffrances et de tribulations et qui aboutit chaque fois à une plus grande expansion. Expansion dans l’ordre quantitatif et dans l’ordre de l’espace, dans l’ordre du nombre des personnes, dans l’ordre de l’espace, et développement dans l’ordre du dogme lui-même, c’est-à-dire de l’explicitation de la pensée. Tous les dogmes ne sont pas fixés au début. Le dogme de l’Assomption est proclamé en 1950, il n’a pas été proclamé en l’an 50 après Jésus-Christ. Il a été proclamé en 1950. Le dogme de l’Immaculée Conception a été proclamé au XIXe siècle. Donc il y a un développement . Le dépôt initial est le même, mais il y a un développement dans l’explicitation de ce dépôt et dans ce qu’il signifie. Donc développement dans le nombre de personnes qui sont évangélisées, développement dans la qualité de l’enseignement, dans la rigueur de cet enseignement, et développement dans tous les aspects de la pensée, dans tous les aspects les plus hauts de l’homme. Ce n’est pas l’Islam. Ce n’est pas une religion qui abrutit. Ce n’est pas une religion comme l’Islam qui est soumission : Allah est grand, Mahomet est son prophète, t’as qu’à te la boucler et puis çà marche comme çà. C’est une religion qui rend intelligent et qui pousse l’intelligence et qui donc la récupère, s’intéresse à tout. Saint Augustin, comme le dit d’ailleurs le saint Père, s’est passionné pour Platon et pour l’héritage grec. Saint Thomas a récupéré, repris et fondé sur Aristote. Les grands maîtres  Homère, Sophocle, Euripide ont été considérés comme le portique de cette Eglise. Donc il  y a récupération de l’ancien, non pas une récupération, mais ils sont allés retrouver le Bien de Dieu puisque c’est l’Eglise de Dieu, le bien que Dieu avait semé ailleurs que dans ce qui apparaissait son Eglise visible, ou avant son Eglise visible, et qui était aussi ce bien de Dieu. Et dans la dernière encyclique, le Saint Père parle aussi de tout ce qui est Bien de Dieu dans les philosophies extrême-orientales, dans Confucius, enfin dans toute une part de la civilisation de l’homme, civilisation humaine, qui n’avait pas encore été atteinte par l’Evangile et qui, en même temps, sont préparées aussi dans une certaine mesure, même si elles sont dans une mesure déformées, qui sont aussi préparées par la Sagesse naturelle qui vit également chez ces hommes. Ce qui prouve d’ailleurs l’unité profonde de l’esprit humain.

Donc le développement ne se fait pas seulement quantitativement dans le nombre des personnes, il se fait aussi dans le progrès de l’esprit, dans le développement de la pensée, dans l’amélioration de cette pensée, dans un véritable progrès intellectuel. Mais chaque fois ceci se fait dans le combat, encore une fois, contre les persécutions du mal, de ceux qui ne veulent pas, de Satan qui ne veut pas, et de ceux qui se sont faits les bras de Satan et, à l’intérieur de l’Eglise, par les hérésies.

Dans cette histoire, à chaque fois on voit apparaître des moments où l’hérésie d’un côté, ou la persécution, semble avoir réduit l’Eglise à rien. C’est le moment où le nuage est le plus noir, où l’éclipse est totale et où, come dit l’autre, quand il y a une éclipse tout le monde est à l’ombre, et personne ne sait plus où on en est, et on a l’impression que c’est fini. Et c’est à ce moment-là précis que surgit, à l’intérieur de l’Eglise, que Dieu fait surgir, à l’intérieur de l’Eglise, LE prophète, LE saint ou LE pape, ou LE docteur, qui balaie le mal et, de ce qui apparaissait la situation la plus désespérée, fait sortir, précisément, la solution que mettait en cause cette critique. Lorsque Arius essaie d’imposer la vision du Christ simple homme et non pas homme et Dieu à la fois, contestant la double nature dans la seule personne, on a l’impression un moment qu’il va triompher, que toute la chrétienté est arienne, jusqu’au moment où avec saint Hilaire et saint Athanase les choses s’éclaircissent et la question n’est plus jamais remise en cause, sauf bien sûr, il y a encore aujourd’hui des types qui, sans le savoir même, sont disciples d’Arius, mais ils n’ont pas cette  puissance, c’est  fini, le  problème est réglé.

Là, les deux siècles précédents ont vécu ce grand effort de sécularisation, cette grande attaque, la dernière attaque en date contre l’Eglise qui est celle de l’hérésie sociale et de la sécularisation, et on ne peut pas ne pas penser que la contre attaque qui a commencée tout de suite, puisqu’elle est celle des papes du XIXe, elle est celle du Syllabus, elle est celle de Léon XIII, elle est celle de Pie X, elle est celle de Pie XI, etc.. tous les papes. Mais on ne peut pas ne pas penser que la façon dont Jean Paul II reprend les choses là où elles sont, je ne dis pas que cela se fait demain, parce que le temps, justement, Dieu en est le maître et que, comme on dit, mille ans sont comme un jour à ses yeux, donc après tout çà peut durer mille ans. Mais, de toutes les façons, c’est un pontificat qui apparaît comme un pontificat véritablement de contre attaque totale sur ce qui était, ce qui semblait le mal le plus triomphant à ce moment-là. Et la loi de l’Eglise, qui est aussi la loi de l’histoire naturelle, l’histoire des hommes, qui n’est pas distincte – enfin qui est distincte mais qui n’est pas contraire – à l’histoire surnaturelle, c’est la loi de la nature proprement dit. Meurs et renais. Et quand le Christ prend l’exemple et dit : si le grain ne meurt… il ne fait pas une parole surnaturelle, il ne va pas sortir des trucs qui ne se sont jamais vus, il prend un exemple. Il dit aux gens : enfin, ne soyez pas imbéciles, si le grain ne meurt, vous le savez bien vous qui êtes des paysans, bon, si le grain ne meurt il ne donne pas de fruit. Donc ne vous étonnez pas s’il faut que je meure pour que ça donne. Moi aussi je me suis soumis, en venant chez vous, à la loi de la nature, et jusqu’au bout, et donc à la loi de la mort et de la souffrance pour que l’œuvre porte du fruit. Donc cette référence de Dieu à la nature prouve que le rythme de la nature c’est vraiment le rythme auquel on peut faire confiance, c’est celui que l’on voit.

L’Eglise vit aussi de ce qui meurt et renait. Alors tout le travail simple du chrétien c’est de savoir ce que “les signes des temps” comme disent souvent nos évêques, les signes des temps lui disent tout ce qu’il a à faire, dans quel moment il se trouve, et quel est donc -dernier point- sa vocation, la vocation personnelle, la vocation de la génération et la vocation de sa nation. On trouve très simplement. On trouve très simplement, mais pour en être, j’allais dire, certain, et pour voir concrètement – et c’est tout le travail que nous ferons jusqu’à l’orée de l’an 2000 -c’est symbolique, on a voulu faire çà à notre petite échelle dans l’esprit du Saint Père. Nous préparer à l’an 2000. ce n’est pas idiot de  se préparer à l’an 2000. Beaucoup disent : ça ne veut rien dire, après tout on n’est même pas sûr des dates, enfin bon.. donc qu’est-ce que çà signifie, après tout ce sera au ler janvier de 2000, ce sera comme au 31 décembre de 1999. Oui, sauf qu’on aura changé, non seulement de siècle, mais  de millénaire. çà compte quand même. Quand on fit un anniversaire çà compte : tiens, j’ai pris une année de plus. Ou alors rien ne vaut rien, ne sert à rien, ce n’est pas la peine… ce n’est pas la peine de naître alors, donc ce n’est pas la peine de compter les dates, ce n’est pas la peine de se célébrer des fêtes. Donc il y a cet attachement que même certains parmi les plus purs des purs, les intégristes, ont  critiqué chez Jean Paul II : ah, c’est vraiment un pape du temporel, un pape de l’horizontal, et que je te parle que du social et du politique, du culturel, et maintenant l’Avent de l’an 2000, enfin c’est grotesque, tout juste si ce n’est pas l’abomination de la désolation ! Ils n’y comprennent rien, ils ne sont plus catholiques, c’est que la moindre des choses, le moindre des événements est important aux yeux de Dieu, sinon il ne serait pas descendu dans le temps. C’est le 2000ème anniversaire – même si on se goure et qu’on n’est pas tout à fait certain des dates, on s’en fout – il arrive dans les familles que l’on dise : ah et bien tiens, il est né le 15 octobre, et le 15 octobre il n’y avait personne, alors on va lui souhaiter le 20. Alors on va dire : ah le 20, non ! moi c’était le 15, allez vous faire foutre… alors il ne prend pas son gâteau, il ne prend pas ses cadeaux et il dira : on n’a pas pensé à moi… Là c’est fixé, c’est fixé par la tradition de l’Eglise et donc c’est le 2000ème anniversaire de la naissance du Christ. Enfin ce n’est pas rien quand même. Et puis alors vous me direz : ce n’est pas pareil que 1999. 2000 ça fait plus chouette, c’est plus plein, c’est plus entier. Et on rentre dans un troisième millénaire. Cela va être très pratique, on va pouvoir dire des tas de choses : ah, çà c’était le millénaire avant ! C’était du siècle passé, alors çà suffit. Moi j’aurais bien aimé qu’une certaine affaire dont j’ai eu à m’occuper arrivât à l’an 2001 : j’aurais dit : attendez, on ne va pas s’emmerder (excusez-moi) avec des histoires du millénaire précédent ! tandis que là on était encore dans le.. çà fait des coupures quand même. Et puis surtout, mais c’est vrai çà, vous allez me dire ce n’est que de la psychologie, mais les hommes ne fonctionnent qu’avec la psychologie ! même le Christ a fonctionné avec la psychologie, tout l’Evangile est plein de psychologie. Quand il parle à la Samaritaine il fait de la psychologie, il lui fait même du baratin : “donne-moi à boire” – “quel mari, tu en as eu 5″… donc il y a des tas de trucs, tout le concret de la vie -ce que je vous disais au début, tout le concret de l’existence, tout le concret du temporel, tout le concret d’avoir une belle maison, d’avoir une belle famille,  d’avoir un beau métier, d’avoir une belle nation, eh bien tout çà c’est bel et beau et bon ! et çà est sacré, voilà ! et ce n’est pas … dépêchez-vous, ne vous intéressez pas sur cette terre.. qui n’est qu’un monde qui passe comme l’herbe des champs… Oui, d’accord, l’herbe des champs passe, c’est vrai, et puis elle repousse et la rose est fanée au soir, mais le lendemain matin il y en a une autre. Heureusement. Et alors on va dire : les roses on s’en fout puisqu’elles fanent le soir. Non. Et la beauté des êtres sont mortes parce qu’elle va disparaître. Mais justement, dans cette fragilité même elle est encore plus belle, et dans cette essence même, elle apparaît comme la marque, comme le visage de Dieu.

Donc cette attention extrême aux moindres choses, c’est la marque même de l’esprit catholique. Vous connaissez cette formule extraordinaire de Maurras, aucun curé n’a prononcé cette formule terrible de cette sensibilité catholique la plus étendue et la plus vibrante du monde moderne parce qu’elle procède de l’idée d’un ordre imposé. Cette sensibilité catholique la plus vibrante et la plus étendue du monde moderne parce qu’elle procède d’un ordre imposé à tout. Tout. Tout, la moindre des choses a sa place et c’est parce que la moindre des choses a sa place dans l’ordre divin, c’est parce que chaque chose a son importance dans l’ordre divin que le monde peut être beau et que la terre peut être belle et qu’elle peut être le commencement de la cité de Dieu, et que ce que nous faisons sur cette terre, et que ce que nous faisons dans le temporel est très important, et qu’au moment où tout le temporel a été arraché à l’Eglise, il est normal que le Pape s’occupe principalement de rappeler aux chrétiens que le temporel est principalement important.

Donc voilà la vocation. Ce n’est pas compliqué la vocation de notre génération, de même que la vocation de notre nation. La vocation de notre génération et  plus particulièrement de la génération plus jeune encore, parce que, forcément, c’est celle qui a le plus de temps devant elle, c’est de ramener tout ce temporel à l’ordre divin. Si on pouvait en douter quand il y a 50 ou 55 ans un seul type qui s’appelait Jean Ousset disait çà dans un bulletin vert qui tirait à 15 exemplaires, et ils étaient contents quand ils ne recevaient pas 14 invendus, eh bien, aujourd’hui, on ne peut plus en douter dans la mesure où c’est dit, proclamé, j’allais dire : de façon écrasante par la seule autorité qui soit universelle aujourd’hui et qui justement le prend – comme je l’ai dit au début- en faisant une analyse -l’héritage- qui n’est pas seulement une analyse pontificale, qui n’est pas seulement une instruction du pontife, mais qui est une analyse de l’expert privé, si l’on peut dire, de l’expert Jean Paul II qui profite de sa situation unique au monde capable de voir la terre entière et les problèmes de la terre entière pour faire une analyse qu’il est tout seul à pouvoir faire, et qui est une analyse presque profane et qui permet de montrer combien toutes ces choses-là sont importantes.

Alors, recomposer, c’est tout. C’est donc une œuvre de recomposition, c’est ce que nous allons faire dans le détail de ce cycle qui, au fond se déroule ainsi : recomposer la famille. D’abord reprendre le sens de l’homme  c’est pour çà qu’il y a Redemptor hominis. Reprendre le sens de l’homme et de l’homme plein, de l’homme concret. Il le dit lui-même, on le verra, Redemptor hominis, c’est l’anti-Rousseau absolu. C’est vraiment l’anti-Rousseau absolu et donc c’est l’anti-révolution absolue, totale. Elle a commencé par pervertir l’homme, par prendre cet Homme (avec un grand H) comme l’Eglise parlait de l’Homme (avec un grand H), elle l’a détaché de l’Eglise en disant : je vous laisse les petits hommes concrets qui ne m’intéressent pas, mais je fais les Droits de l’Homme etc… et on ne comprend pas, non plus, la pensée de Jean Paul II sur les Droits de l’Homme. On dit : ah, mais il embarqué dans la directive révolutionnaire. Mais non, c’est les droits de l’Homme et, il le dit lui-même, l’Homme mais l’Homme concret dans ses liens de famille etc.. et donc çà se développe après.

Au début : l’Homme. Et l’Homme qui présente un intérêt parce que le Christ a voulu le sauver, parce que Dieu l’a créé et que le Christ a voulu le sauver et que la créature sauvée est plus belle encore que celle qui avait été faite avant la chute. “Toi qui as créé la nature humaine d’une façon magnifique et l’a redressée d’une façon plus magnifique encore”. Donc çà c’est la véritable espérance chrétienne. Au début c’est l’Homme, et l’Homme rattaché au Christ. Encore une fois, d’une certaine façon, précisons les choses, ce n’est pas l’homme rattaché à Dieu – enfin je ne veux pas dire un blasphème – ou Dieu qui pourrait être une abstraction, il pourrait être… dont on ne sait pas qui il est. Mais c’est Dieu qui est venu, Dieu incarné, donc c’est Jésus-Christ. A une personne, la personne de chacun rattachée à une personne qui est la personne de Jésus-Christ. Donc on est bien dans l’histoire,  c’est bien quelqu’un qui est venu dans l’histoire. Tant que Dieu n’est pas venu dans l’histoire on peut dire : bon, Dieu a créé, on l’a vu dans le buisson, ou du moins on se voile la face en disant on ne peut pas etc… il y avait péril, bon. Là, non, c’est un Dieu aimable, qui a marché, bu, mangé avec nous, vécu avec nous, qu’on a vu, qu’on a connu, que ses amis ont pu toucher, embrasser.. c’est donc celui-là qui est LE Ecce homo, LE modèle et le véritable Homme.

A partir de là tout se découle. Après, une fois qu’on a replacé l’homme dans son chemin et replacé l’Eglise dans son chemin. Quelle est la route de l’Eglise ? c’est le chemin de l’Eglise, c’est l’homme, parce que l’homme c’est le Christ. Eh bien, après, il y a : recomposer les choses dans lesquelles l’homme concret, et non pas l’homme de Rousseau, mais l’homme concret,  comme dit le saint Père, s’ est incarné. C’est-à-dire, la première c’est la famille. D’où cet effort considérable, et celle qui viendra après Familiaris Consortio, d’om cet effort considérable de celui qu’on a appelé “le pape des familles”, le pontificat de la famille etc… qui est venu dans une perspective qui dépasse infiniment – il faut dire les choses comme elles sont – ce que nous appelons nous-mêmes, je ne veux pas dire du mal des mouvements familiaux, ce n’est pas la petite famille.. c’est la famille dans une dimension qui est à la fois une dimension religieuse : l’Eglise domestique, c’est terrible çà, çà n’avait jamais été dit avant. Une fonction d’Eglise domestique est une fonction qui, non seulement, de cellule de base de la société, mais je dirais de cellule-mère et qui est liée d’une façon extraordinaire aux trois autres réalités : l’économie d’abord avec Laborem exercens, et avec la nation qui est la famille des familles et avec laquelle l’économie et la famille sont aussi extraordinairement liées, et le lien entre la nation, l’économie et la nation et la famille, et qui fait aussi le lien avec l’Etat, c’est la culture. D’où une importance considérable donnée plus encore que dans le passé – avant les papes ont parlé du nécessaire combat des idées, d’une nécessaire lutte doctrinale- mais là c’est beaucoup plus ample : c’est de prendre les immenses domaines, l’immense empire de la culture pour rendre cette culture au Christ, parce qu’il est le seul à pouvoir la vivifier, mais aussi parce que la culture c’est ce qui fait l’âme de la nation, et la nation c’est ce qui fait dans l’homme l’humain, et les familles n’existent pas sans la nation et la nation n’existe pas non plus sans les familles. Il y a un rapport constant entre les deux. Mais ceux qui prétendent faire un combat familial sans faire un combat national et sans faire en même temps un combat politique et culturel, mais ce n’est pas possible, c’est à l’opposé, cette façon de saucissonner les questions  c’est à l’opposé de cette vision vraiment d’aigle qu’a le Saint Père, de voir toutes ces choses dans l’unité, dans leur diversité mais aussi dans leur unité.

Et la politique à la fin qui se divise en trois : la culture, le problème de la culture, le problème de la nation et le problème de l’Etat, et ce qui n’est pas la moindre des choses dans cette construction de la civilisation de l’Amour parce que tout est fait pour çà et c’est pour çà qu’il faut aller chercher dans le détail, c’est que le Saint Père est le premier depuis longtemps, depuis près d’un siècle, à remettre en cause les formes usuelles et qui ont l’air absolument dominantes dans le monde, du gouvernement des nations, et les formes des Etats avec les impératifs qu’il met pour que la démocratie soit un régime, comme il dit, acceptable et qui sont la série des libertés et des droits de la personne qui doivent être non seulement proclamés mais garantis par une autorité qui ne soit pas soumise aux changements du suffrage universel, pour que ces libertés et ces droits ne soient pas soumis aux changements du suffrage universel, ce qui ouvre une réflexion considérable sur ce que doit être, si on veut s’en sortir vraiment et si on veut vraiment répondre à cette vocation, sur ce que doit être notre effort, non seulement de faire des belles familles, des bonnes familles, d’essayer de bien travailler et de développer un peu la culture de notre nation, mais de savoir que toutes ces choses-là ne peuvent être vraiment harmonisées s’il n’y a pas l’art architectonique par excellence, comme dit saint Thomas,  qui est l’art politique, qui est celui qui permet de mettre chaque chose à sa place, qui est la première des charités dans l’ordre temporel parce qu’elle est celle qui fixe l’ordre et que l’ordre est la première des charités, et que c’est lui qui permet cet art politique que tous les efforts des uns et des autres, du moindre sujet “le monarque prudent et sage du moindre sujet sait tirer quelque usage”, et que chacun peut vraiment travailler consciencieusement et joyeusement dans son ordre parce qu’il sait qu’il y a un ordre et qu’il y a un garant de l’ordre. Tout ça c’est la grande question, c’est finalement la grande question de la civilisation de l’Amour qui sera instituée.

Le champ est immense maintenant. On a fait toutes les expériences, on a fait tous les choix, on est allé partout, on est allé dans toutes les impasses et on est allé dans tous les ruisseaux de sang, et maintenant, reprenant toutes les choses, le Saint Père invite, et comme en même temps c’est le pape de la jeunesse, donc invite particulièrement la jeunesse, non pas à faire la révolution, mais à dire finalement ce qui correspond à son premier élément : au vu de l’héritage tel que je le vois, tout est à bâtir. Tout est à bâtir. Bâtissez-le selon le Christ et selon votre intelligence. C’est le dernier message de Fides et ratio,” et selon votre intelligence”. Ne faites pas de fidéisme et ne faites de biblicisme, c’est-à-dire ne prétendez pas tirer des inspirations …tatra mon cœur… ou alors j’ai lu telle parole, j’ai ouvert ce soir mon Ecriture et je suis tombé sur une parole… parce que vraiment elle m’a dit… oui, d’accord, vous auriez pu tomber sur une autre aussi. Alors vous me direz : oui mais je suis tombé sur celle-là. D’accord, mais demain vous tomberez peut-être sur une autre. Et peut-être que vous n’avez pas lu celle que vous ne voulez pas lire non plus. Et puis, de toutes les façons, ce n’est pas ça être catholique. Etre catholique, le catholicisme se caractérise – et c’est la grande leçon de Fides et ratio- par la médiation entre surnaturel et l’homme, par la médiation des médiateurs naturels : la famille, la patrie, la nation, le travail, l’Eglise. Il n’y a pas de fils directs avec le ciel, il n’y a que des médiateurs naturels, et c’est l’intelligence. “N’êtes-vous pas intelligents ?” dit le Christ à un moment aux apôtres, et c’est l’intelligence, avec la force de l’histoire, avec toute l’histoire de l’intelligence humaine, avec l’histoire de tous les philosophes. Cette dernière encyclique, c’est la réhabilitation de la raison et de l’intelligence humaines qui a été démolie par les philosophes de l’absurde, mais qui été aussi démolie par des prétendus catholiques et par des prétendus chrétiens qui, au nom de la foi et au nom d’un fidéisme, ont rabaissé çà en disant : ne vous intéressez pas à çà, soyez des ignorants.. soyez des imbéciles et comme çà plus vous serez cons et plus vous serez catholiques. Eh bien c’est exactement l’inverse. Même avec le luxe de références philosophiques que fait le Saint Père, le luxe d’analyses auxquelles on ne comprend rien d’ailleurs de temps en temps, sur les philosophies modernes etc.. montre le respect que l’autorité suprême en matière surnaturelle porte à l’effort de l’homme dans son  domaine de la raison, même quand cet effort tourne court, même quand cet effort n’est pas très bon, même quand cet effort est une philosophie qui marche à côté de ses pompes, c’est quand même un effort de l’esprit humain. Et comme c’est quand même un effort de l’esprit humain, c’est quand même quelque chose de respectable. Il y a une piété de l’homme du surnaturel envers l’effort naturel qui est la véritable réhabilitation de l’intelligence.

Donc, notre travail à nous, ce n’est pas de suivre bêtement en disant : le Saint Père l’a dit… c’est d’obéir au Saint Père en faisant fonctionner notre intelligence, en faisant fonctionner notre raison dans les limites de sa liberté, et les limites de l’ordre temporel sont les limites de sa liberté. Dans les limites de la politique – les limites de la politique sont les domaines de la raison et là, avec les leçons de l’histoire, les leçons de l’événement et les avertissements du Saint Père et ce que nous savons de l’histoire de l’Eglise, de voir rationnellement, intelligemment, ce que politiquement nous devons faire et même si c’est totalement à contre courant, et même si c’est quelque chose de radicalement nouveau,  de se dire : c’est çà que nous avons à faire, et donc, pour aller le chercher, nous allons cette année, jusqu’à l’aube de l’an 2000, creuser en profondeur le sillon du Saint Père pour qu’au commencement de l’an 2000 nous soyons tous ensemble surs de ce que nous allons bâtir dans le troisième millénaire.

Amen !

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