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N°574-575 : Faut-il sortir de la cité ?

Lorsque survient la tempête, la tentation est parfois forte de quitter le navire en jetant à la mer sa propre petite chaloupe.

Alors, les catholiques peuvent-ils dire « sauve qui peut ! » ? Pour sauver quoi ? Des choses légitimes certainement : une possibilité de vivre sa foi loin de l’étouffoir spirituel de la société sécularisée ; la possibilité d’éduquer ses enfants loin des idéologies invraisemblables qui faussent les repères essentiels de l’homme, de la société et de la famille ; la possibilité de sauver un certain mode de vie qui, pour perdurer, aurait besoin d’un repli communautaire ; sauver in extremis, ici et là, quelques trésors culturels ; ou encore sauver nos âmes de la tourmente en pensant à autre chose et en cultivant son jardin…

Et pourtant, pour sauver quoi que ce soit, il faut la cité, hier, aujourd’hui comme demain.

Joël Hautebert réaffirme avec force que « la médiation du politique est indispensable ». Certes, nous vivons des temps difficiles, mais « il faut faire très attention à la manière de présenter l’effondrement civilisationnel contemporain, prévient-il. Dire que nous vivons dans un système politique mortifère, c’est exact ; dire que nous avons affaire à des structures de péché, c’est exact ; dire que nous sommes dans une logique de culture de mort, c’est incontestable. Il faut en être convaincu. Cependant, Ce n’est pas le politique en tant que tel qu’il faut jeter aux orties, puisqu’il fait pleinement partie de notre nature. En d’autres termes, ce n’est pas la réalité sociale que nous condamnons, mais le détournement général de sa fin. »

Et Joël Hautebert de prévenir contre la tentation de la sortie de la cité : « Je suis très surpris d’entendre des personnes qui, au nom de la condamnation du libéralisme dominant, revendiquent une logique communautariste fidéiste, foncièrement libérale en fin de compte. » Qui pourrait prétendre se sauver sans sauver la cité ? Joël Hautebert poursuit : « Il faut garder tête que l’esprit public et les institutions jouent sur la pratique des vertus et, en sens inverse, sur la pratique des vices. Par conséquent, plus l’ordre est juste, plus il sera facile de pratiquer la vertu, et inversement. C’est vrai pour nous et pour ceux qui nous entourent. En ayant à l’esprit la finalité eschatologique, et surtout si nous l’avons à l’esprit, nous devons agir dans le domaine politique ! »

Agir dans le domaine politique, certes, mais comment ne pas appréhender aussi la question religieuse, tant il est vrai que la crise contemporaine présente les contours d’une crise spirituelle sans précédent ?

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