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Cette belle expression est de Ludovine de la Rochère. Si LMPT reste invariablement fidèle à sa ligne originelle, ce n’est pas par intransigeance, c’est parce que sa vocation profonde est enracinée sur le terrain anthropologique. Ôtez l’anthropologie et il ne restera que poussière de ce que nous vivons aujourd’hui.

Notre vocation profonde est de nature métapolitique, au-delà du temps court politique, au-delà de la transaction politique. L’espace métapolitique n’est pas hors du temps et de la réalité politique, mais ordonne le temps et le réel d’une manière différente. Il y a la loi, les élections, les partis ; et il y a la profondeur des phénomènes politiques, économiques et sociaux qui transforment progressivement la culture et les mœurs.

Mai 68 a radicalement transformé la société sans être précédé, ni suivi, d’une victoire électorale de ce que l’on appelait alors le “gauchisme”. Le gauchisme n’a jamais gouverné comme parti. Ce qui est arrivé en 68 était en germe, en gestation, en maturation progressive dans ce qu’on appelait alors la “société bourgeoise”. Cette société satisfaite d’elle-même n’avait plus guère de métaphysique ni de transcendance, cet “ordre moral”  desséché était devenu incapable de se justifier lui-même, c’est-à-dire d’expliquer l’homme et la société. Le confort matériel était vu comme une explication suffisante. Le gauchisme est arrivé avec toute sa force subversive et son immense talent culturel pour donner une nouvelle explication du monde.

Aujourd’hui, pour Gaël Brustier[1], « la force de la Manif pour tous est de donner une explication du monde ». Et le sociologue de regretter que le camp du progrès et de l’émancipation n’en ait plus. Le fondement de notre « explication du monde », c’est l’anthropologie : « Qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce qu’une société humaine ? » Et même, d’une certain manière, « Qu’est-ce que l’amour ? »

Que nous lâchions notre anthropologie et nous saborderons ce qui fait la force de l’ensemble du mouvement social dans l’espace métapolitique, culturel, sur le temps qui est le sien. Cela est difficile à percevoir quand nous recherchons des résultats immédiats. La tentation est d’occuper tous les espaces du rapport de force et de la transaction politiques pour « obtenir quelque chose ». Et cela pousse parfois à dire : « Lâchons quelque chose ou nous n’aurons rien ! »

La réponse à cela est sous la plume du pape François dans Evangelii Gaudium : « Un des péchés qui parfois se rencontre dans l’activité socio-politique consiste à privilégier les espaces de pouvoir plutôt que le temps des processus. » Le pape nous prévient que « donner la priorité à l’espace conduit à devenir fou pour tout résoudre dans le moment présent ». Donner la priorité au temps, poursuit-il, « c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces ».

Et c’est là qu’il montre un chemin authentique : « Le temps ordonne les espaces, les éclaire et les transforme en maillons d’une chaîne en constante croissance. » Et ce bon François de nous inviter à « privilégier les actions qui génèrent des dynamismes nouveaux dans la société et impliquent d’autres personnes et groupes, jusqu’à ce qu’ils fructifient en événements historiques importants. Sans inquiétude, mais avec des convictions claires et de la ténacité ».

L’espace métapolitique n’est donc pas un espace de pouvoir à posséder, c’est un espace de temps, et le temps est un processus. Voilà pourquoi, chers camarades, la persévérance dans la fidélité à nos fondements les plus intimes devient la manifestation visible – politique et métapolitique – de l’espérance intérieure.

Guillaume de Prémare
Chronique Radio Espérance du 21 novembre 2014

[1] Gaël Brustier – Le mai 68 conservateur : que restera-t-il de la Manif pour tous ? – Le Cerf, nov. 2014

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