L’approche de la canonisation de Jean-Paul II n’est-elle pas l’occasion de se pencher à nouveau sur ce livre dicté par le pape dans les derniers mois de son existence ?

En effet, Mémoire et Identité nous livre une réflexion très personnelle qui illustre bien, des années après sa mort et au regard de notre propre situation, le caractère prophétique de Jean-Paul II. De quoi meurt l’Occident si ce n’est d’avoir perdu sa mémoire et donc de n’être plus en mesure de définir son identité ?

Les grands thèmes de ce livre sont la limite imposée au mal, la liberté et la responsabilité, la patrie, l’Europe et les possibilités et risques de la démocratie, dans la lignée du Catéchisme de l’Eglise Catholique qui stipule: “L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité” (art. 2 239). Chacun de ces sujet sont donc abordés sous l’angle de la liberté et du bien des peuples comme du salut personnel des hommes. Ces problématiques s’inscrivent dans la réflexion sur la place du laïc dans la cité et Jean-Paul II rappelle avec insistance leur importance et réitère l’impératif missionnaire pour affirmer enfin qu’«il n’a pas été donné sous le ciel d’autre nom que celui du Christ par lequel les hommes puissent être sauvés» (p 141).

Jean Paul II précise que dans le Décalogue, le patriotisme «se situe dans le cadre du quatrième Commandement, qui nous engage à honorer notre père et notre mère. (…) La patrie est le bien commun de tous les citoyens et, comme telle, elle est aussi un grand devoir.» Cependant, demande-t-il, «Le XXe siècle ne témoigne-t-il pas d’une incitation diffuse à avancer dans la direction de structures supranationales, ou même du cosmopolitisme? Et cette incitation n’est-elle pas aussi la preuve que, pour survivre, les petites nations doivent se laisser absorber par des structures politiques plus grandes ? Ce sont des interrogations légitimes. Il semble toutefois que, comme la famille, la nation et la patrie demeurent des réalités irremplaçables. La doctrine sociale catholique parle en ce cas de sociétés “naturelles”, pour indiquer le lien particulier, de la famille ou de la nation, avec la nature de l’homme, qui a une dimension sociale.»

Un thème plus que jamais d’actualité, donc un ouvrage à lire et à faire connaître !

 Extrait : “Il m’a été donné de faire l’expérience personnelle des idéologies du mal . C’est une chose qui ne peut s’effacer de ma mémoire. Ce fut tout d’abord le nazisme. Ce que l’on pouvait voir en ces années-là était quelque chose de terrible. A ce moment, pourtant, beaucoup d’aspects du nazisme demeuraient encore cachés. La véritable dimension du mal qui se déchaînait en Europe ne fut pas perçue de tous, ni même de ceux d’entre nous qui étaient au centre de ce tourbillon. Nous vivions plongés dans une grande éruption de mal et ce n’est que peu à peu que nous avons commencé à nous rendre compte de sa réelle importance […]. ”

 

Retrouvez le numéro 514-515 de Permanences “Mémoire et Identité”: https://www.ichtus.fr/memoire-identite

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