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Eric Zemmour nous parle de la France, de notre pays, de son histoire sur des chemins familiers mais présentés sous un autre éclairage. Le livre est agréable à lire, l’auteur est pétri de culture classique ce qui se fait assez rare chez un homme de sa génération. La thèse développée est celle de l’aspiration multiséculaire de la France à perpétuer l’empire romain ; de Clovis à Charlemagne, des Capétiens à Bonaparte, tous l’ont revendiquée pour la France. Son échec entraîne une inévitable «mélancolie française», titre choisi par l’auteur lui-même.

La France s’est toujours considérée comme la nouvelle Rome, de la monarchie à la république en passant par la révolution et l’empire. C’est l’histoire d’une continuité et non d’une rupture. Plusieurs fois proche du succès, elle fut défaite en raison des agissements continuels de l’Angleterre et de ses alliés : les pacifistes (toutes époques confondues), la faiblesse de notre démographie et le renoncement national.

«Le roi de France est empereur en son royaume» et le droit romain sera toujours la référence de nos légistes. Rome a laissé des traces en la France dans la conception de l’Etat, de la civilisation, des arts et des lettres. Mais nos rois savaient conquérir et conserver vigoureusement. Car ils laissaient le temps au temps et le peuple était derrière eux. Ce ne fut pas le cas des conquêtes révolutionnaires et impériales qui ne surent rien garder, si ce n’est un fort mauvais souvenir chez nos voisins.

A propos de nos voisins, Zemmour fait un rappel fort judicieux de ce que nous pouvons attendre d’eux. Ainsi l’Angleterre qui a toujours tout fait pour nous faire trébucher. L’Angleterre, l’ennemi héréditaire depuis des siècles et des siècles et ne croyez pas que cela soit fini. La liste est longue de ses principaux méfaits, des Plantagenêts à nos jours, en passant par les traités d’Utrecht et de Paris, aux conséquences mortifères pour la France. Dans son duel avec Bonaparte, elle a réussi à rayer la France de la carte des puissances. De prédateur, la France est devenue une proie. Le congrès de Vienne vit la consécration de la domination anglaise et l’entrée en scène de l’Allemagne, ou la Prusse mal remise de sa défaite à Iéna.

Napoléon, dans son idéal carolingien, sa Gaule romaine reconstituée s’est heurtée de plein fouet aux ambitions de l’Angleterre. L’empereur a également mené une guerre économique, commerciale et financière, dont on retrouve les échos aujourd’hui. En fin de compte, à qui a-t-on sacrifié ? Au dieu de la guerre ou au dieu du commerce ?

Les rêves de romanité incarnés par les révolutionnaires et Bonaparte sombrèrent dans l’idéal bourgeois du XIXe siècle. Mais avaient-ils seulement Rome dans la tête ? Sparte peut-être ?

Pour ce qui est de la continuité entre monarchie et république, on peut relever une «petite» distinction, à savoir que les «valeurs» de la république, née de la révolution, restent incompatibles avec la doctrine chrétienne. Ainsi dès le début, la révolution portait en elle cette haine de soi qui caractérise si bien notre régime actuel, le pourrissement du débat public et de certains esprits.

Sur le pacifisme, Zemmour explique très bien comment l’on peut passer «du pacifisme au défaitisme jusqu’à la trahison» (p. 148). Des dévots sous François Ier et Louis XIII, puis un détour par une petite histoire de la gauche qui s’est voulue tour à tour impérialiste, patriotique pour passer du messianisme universel à la colonisation, pour sombrer dans un pacifisme bêlant. Enfin, notre sympathique auteur fait un sort à la droite qui n’a pas lu Marx et qui est morte des crimes commis par la gauche.

Napoléon, l’homme qui avait 100.000 hommes de rentes par an, a pu mener ses conquêtes car la France était, «la Chine de l’Europe». 1812 marqua un arrêt brutal, la démographie française chuta tandis que ses voisins connaissaient une situation inverse. Aujourd’hui, notre démographie est essentiellement due à l’apport étranger, ce qui met en péril notre identité face à une civilisation opposée à la nôtre et qui entend s’installer dans nos murs. Ce remplacement de population est un tabou et l’idéologie du «politiquement correct» interdit aujourd’hui toute discussion sur ce sujet en France.

De ce fait, l’homme de la rue se retrouve seul face aux «experts» qui savent si bien torturer les chiffres, et face à la submersion migratoire avec son obligation citoyenne d’abandonner la culture française au profit d’un métissage de bazar.

C’est le retour à l’empire romain qui n’a pas su intégrer ses barbares, (au sens grec du terme), la citoyenneté n’a jamais pu les assimiler tous. La France n’est pas le seul pays à renoncer à imposer quoi que ce soit. La souveraineté est passée par-dessus bord et le modèle national est rejeté par des «élites» qui s’abritent derrière l’Europe, lâcheté oblige.

Quant à l’Europe, parlons-en… avant qu’il ne soit trop tard. «L’Europe, c’est la paix» Jusqu’à quand ? Aux Américains de le dire ! A défaut d’inspirer les pères de l’Europe, les USA les ont généreusement financés. Car la puissance britannique a été remplacée par son ancienne colonie qui, malgré tout, est restée anglaise. Talleyrand ne s’était pas trompé, les connaissant bien : «L’Amérique s’accroît chaque jour. Elle deviendra un pouvoir colossal, et un moment doit arriver où, placée vis-à-vis de l’Europe (…) elle désirera dire son mot dans nos affaires et y mettre la main. Le jour où l’Amérique posera son pied en Europe, la paix et la sécurité en seront bannies pour longtemps» (p. 49).

L’Europe des six, c’était la France idéalisée qui devait, selon De Gaulle, permettre au pays de se relever de Waterloo et redevenir la première puissance au monde. C’est à ce projet que les Français ont adhéré. Mais nous sommes passés à l’idéologie libérale d’inspiration anglo-saxonne de Bruxelles. La droite et la gauche ont renoncé à toutes leurs convictions au nom de la nouvelle «vache sacrée». Seuls les peuples ne suivent pas. La nomenklatura française trop à l’étroit dans l’hexagone entend faire l’Europe comme des administrateurs coloniaux. Au moment où l’Europe aurait besoin de s’unir, rien ne va plus. Le mythique couple franco-allemand est en rupture, l’Inde et la Chine, les deux grandes puissances ruinées au XVIIIe siècle par l’impérialisme anglais, redressent la tête et la Belgique, cette invention anglaise à laquelle même Talleyrand ne croyait pas, est au bord de l’explosion.

Alors, elle n’est pas belle notre avant-guerre ?

Ce livre donne à réfléchir et remet en cause le prêt à penser officiel. Il fait partie des meilleures ventes, preuve que malgré la dislocation culturelle de la société française, tout le monde n’est pas dupe et que les rebelles ne militent pas tous pour l’argent facile.

Eric Zemmour n’est pas qu’un amateur éclairé des causes perdues, il semble faire sien ce mot de Charles Péguy : «Celui qui sait la vérité et qui ne gueule pas la vérité se fait complice des escrocs et des faussaires».

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