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Après les assassinats tragiques du 13 novembre, la tonalité est différente de celle qui s’est imposée après le 7 janvier 2015. L’esprit public était alors marqué par le choix de Charlie Hebdo comme cible principale. Présenté comme l’icône suprême de nos « valeurs », le journal satirique avait en quelque sorte, à son corps défendant, aspiré toute la force symbolique de l’événement.

Cette fois, les islamistes ont frappé indistinctement des anonymes parmi le peuple. Ce n’est plus la « liberté d’expression » qui est attaquée, c’est la France elle-même ; et la symbolique collective qui s’exprime est le drapeau bleu-blanc-rouge. C’est une bonne chose : notre pays a besoin d’un sursaut patriotique et civique.

Dimanche, Manuel Valls a appelé à « l’union sacrée », en référence implicite à la première guerre mondiale. Lundi, François Hollande a appelé à « l’esprit de sacrifice », affirmant que le peuple français est « un peuple libre, invincible quand il est uni et rassemblé ». Le ton est juste, si toutefois il ne se réduit pas à une posture.

Cependant, cette « union sacrée » demeure fragile. La France ne constitue pas un « commun » qui va de soi pour tout le monde, notamment cette partie de la jeunesse musulmane que Malek Boutih qualifie de « Génération radicale » et qui inquiète beaucoup aujourd’hui.

Cela ne signifie pas que toute cette « génération radicale » soit prête à basculer dans la violence contre la France. Cependant, il y a ici un terreau inquiétant – c’est un euphémisme – que le « Pas d’amalgame » ne saurait suffire à conjurer. Ce serait se rassurer à peu de frais si ce « pas d’amalgame » conduisait à éviter de parler de l’islam tel qu’il est vécu concrètement dans les communautés musulmanes en France.

Il y a quelques jours, la philosophe algérienne Razika Adnani disait – lors d’un séminaire aux Bernardins à Paris – que « dans les pays musulmans, on ne peut penser la société sans penser l’islam car la religion est partout ». De la même manière en France, on ne peut penser la réalité socio-culturelle des quartiers musulmans sans penser l’islam qui y structure l’Oumma. On ne peut faire l’économie de penser les conséquences politiques de cette réalité socioculturelle.

En effet, la pratique salafiste porte l’impossibilité d’une intégration car elle implique la structuration des mœurs de l’Oumma par une loi religieuse – une Charia – imperméable à tout sentiment national et incompatible avec les mœurs françaises. Elle signifie l’existence de sociétés parallèles sur notre territoire.

Aujourd’hui, la pression des “barbus” est forte pour imposer ce modèle dans les quartiers musulmans. Nombre de musulmans n’en veulent pas, mais c’est l’Omerta : la peur règne dans certaines cités, sans parler de la terreur imposée par les trafiquants. Voici un défi à relever si nous voulons une « union sacrée » qui ne laisse pas de côté nos compatriotes musulmans.

Cela nécessite que l’on en parle franchement avec les musulmans et que nous les aidions à sortir de la peur qui les enferme parfois et les paralyse. Cette paralysie pourrait les conduire, demain peut-être, à cette alternative terrible recherchée par les islamistes : être agrégés à l’Oumma contre la France ou quitter l’Oumma pour être, avec la France, des fils et filles de France.

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 20 novembre 2015

 

 

 

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