Les premières “amicales”

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L’histoire des revendications homosexuelles ne date pas d’hier. Arcadie fut une des premières “amicales” homosexuelles. Fondée par l’ancien séminariste André Baudry en 1954, cette association fonctionne en mode quasi clandestin pendant des décennies : recrutement par cooptation et cloisonnement rigoureux entre la vie associative et le monde extérieur.

Dans la foulée de mai 68, le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FAHR) va tenter un rapprochement entre l’extrême gauche mao et les homosexuels : Guy Hocquenghem, qui deviendra une figure de proue du mouvement gay, collabore avec Roland Castro et Jean-Paul Sartre. Dès 1973, les homos forment un véritable clan au sein de la rédaction de “Libération”, avec Jean-Luc Henning, bientôt rejoint par Guy Hocquenghem, Christian Hennion, ancien du FAHR, ou le transsexuel Hélène Hazera et le dessinateur Copi. “Gaipied” en 1979 et “Radio Gay” au début des années 80 sont le fer de lance du militantisme gay, évoluant entre un communautarisme délirant et une pornographie agressive.

Au FAHR a succédé le CUARH : Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle, qui va organiser un puissant lobbying, jusqu’à obtenir du premier gouvernement de François Mitterrand l’abrogation des lois pénalisant l’homosexualité en 1982.

L’épidémie de sida va sonner le glas du triomphe homosexuel. Elle va contraindre la “communauté” à se structurer : les associations de lutte contre le sida collectent des fonds et coordonnent la prévention. Les associations militantes exploitent la douleur des situations vécues pour revendiquer des droits. C’est le début de la croisade pour la légalisation de l’union homosexuelle.

Son infatigable promoteur est Jean-Paul Pouliquen, employé de la Mairie de Paris, deux fois divorcé et militant homosexuel. Fondateur d'”Homosexualité ET Socialisme” en 1983, cet ancien communiste rallié au courant jospiniste du P.S. va ensuite évoluer vers le “Mouvement des Citoyens” dont il est aujourd’hui délégué national. Inspirateur de la proposition de loi du député chevènementiste Jean-Yves Autexier sur le Contrat d’Union Civile en 1992, il accompagne depuis toutes les initiatives parlementaires à la tête de son “Collectif pour le CUCS”, devenu cet été “Collectif pour le PACS”.

Son principal soutien parmi les députés est Jean-Pierre Michel, du “Mouvement des Citoyens”, dont le magazine gay “Tétu” a révélé l’homosexualité cet été. Ancien secrétaire général du Syndicat de la Magistrature, il a milité dès 1991 au sein du P.S. pour le CUC avec Jean-Yves Autexier, Yvette Roudy, Huguette Bouchardeau et Jean-Michel Belorgey, de Radical, président de “Chrétiens et Sida”.

En 1998, soucieux d’honorer les promesses électorales du candidat Jospin, et sous la pression de Catherine Tasca, président de la Commission des Lois à l’Assemblée, le P.S. a chargé le député Patrick Bloche de suivre ce dossier. Pour faire bonne mesure, le Conseil Economique et Social du P.S. accueille depuis septembre François Vauglin, président d'”Homosexualité ET Socialisme”. Cette association entretient des liens étroits avec Adeline Hazan, secrétaire nationale aux questions de société du P.S., avec Bertrand Delanoë, Sénateur de Paris, et avec Patrick Bloche, qui ont tous deux défilé derrière la bannière de HS à l'”Euro Lesbian Gay pride” de 1997.

On sait aussi l’intérêt que porte Jack Lang à la cause homosexuelle : il a également suivi l'”Euro Gay Pride” de Paris en 1997 et avoue avoir été initié à la musique techno par Henri Maurel, le président de la radio “Fréquence Gay” et ancien directeur de cabinet d’Yvette Roudy. En 1984, celui-ci avait fait scission d'”Homosexualité ET Socialisme” pour créer avec des fabusiens les GPL (“Gays pour les Libertés”). Il était reçu Hôtel de Lassay (1), Françoise Fabius organisait avec lui des galas “gauche caviar”. Mais il lâchera son protecteur dès que le scandale du sang contaminé aura éclaboussé l’ancien Premier Ministre.

En 1989, c’est une nouvelle scission des GPL qui donnera naissance au Projet Ornicar, association de lutte “contre les discriminations sexuelles”, que dirige Thierry Meyssan, par ailleurs président du Réseau Voltaire. Thierry Meyssan est, quant à lui, secrétaire national du Parti radical de gauche (PRG), et fut un proche collaborateur de Jean-François Hory. Mais le Réseau Voltaire recrute également dans les rangs des Verts : Jean-Louis Dumesnil, un de ses fondateurs, anime le courant “Gay et Lesbienne chez les Verts”.

On trouve également proche du lobby gay les représentants de la Gauche Socialiste Lienemann, Dray et Mélanchon, qui jouent un rôle de courroie de transmission avec des structures satellites comme le mouvement “Initiative Républicaine”. Présidé par Bernard Teper, responsable pour l’île de France de l'”Union Des Familles Laïques” et membre du Grand Orient de France, “Initiative Républicaine” est un organe de réflexion et d’action qui cherche à ancrer la gauche dans le combat laïque. Lors des dernières élections législatives, “Initiative Républicaine” avait présenté trois candidats dont un dans les Yvelines, où est élu le député UDF Christine Boutin, “bête noire catholique” de la gauche anti-cléricale. Le mouvement est aussi très bien représenté au sein de la police, puisqu’il compte dans ses dirigeants Jean-Louis Arajol, ex-président du FASP et secrétaire général du Syndicat général de la Police (SGP), le principal syndicat de policiers, et membre du Grand-Orient.

Le tour d’horizon du militantisme politique gay ne serait pas complet sans évoquer le Comité pour la “Reconnaissance Sociale de l’Homosexualité”, dont le président Sylvain Ladent a été reçu en commission parlementaire par Jean-Pierre Michel, ou l’association “SOS Homophobie” de Christine Le Doare, qui publie une enquête annuelle sur les discriminations anti-homos et le mal de vivre homosexuel. La publication de son rapport moral 1997 a été sponsorisée par Yves Saint-Laurent.

Enfin, à la frontière entre les revendications politiques et la stratégie de communication, on trouve l'”Association des Parents et Futurs Parents Gays et Lesbiennes”, dirigée par Eric Dubreuil, père divorcé et homosexuel, en délicatesse avec la justice pour des questions de garde d’enfant, ou encore “Contact”, une association de parents d’homosexuels, qui prône la tolérance aux parents que perturbe le “come out” (affirmation publique de son homosexualité) de leur fils ou de leur fille. Les représentants de “Contact” sont embrigadés dans toutes les manifestations médiatiques gays.

Le maillage tissé par le lobby gay au sein de la gauche plurielle est donc très dense. Au point que le P.C. a dû faire taire une vieille pudibonderie : à l’occasion de l'”Euro Gay Pride” de 1997, il a opéré un complet retour sur sa traditionnelle homophobie et prêche depuis l’adoption du PACS.

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Les associations de lutte contre le sida

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La deuxième ligne du lobby gay est constituée par les associations de lutte contre le sida, qui agissent comme un réservoir de militants et de financement.

Au coeur du dispositif : “Ensemble Contre le Sida” (ECS), association reconnue d’utilité publique en 1998, présidée par Pierre Bergé, PDG d’Yves Saint-Laurent. ECS gère le sidaction et répartit l’argent des dons privés. Une véritable manne : en 1994, le sidaction a rapporté environ 300 millions de francs. Mais la “sortie” télévisée de Christophe Martet, président d'”Act Up”, lors du sidaction 96 : “c’est quoi ce pays de merde !” a coûté cher : les dons sont descendus à 63,5 millions. Il n’en reste pas moins qu’ECS a distribué en 1997 près de 35 millions de francs à 156 associations de lutte contre le sida, essentiellement à recrutement homosexuel.

Sous couvert de prévention de la maladie, ce sont de coûteuses campagnes de propagande que se sont offert “Act Up” ou le “Centre Gay et Lesbien” de Paris. Ce dernier comptait en 1997 huit salariés, éditait un luxueux magazine le “3 Keller” qui enregistra 70.000 francs de perte en six numéros. Il fit 90.000 francs de déficit en une soirée de gala à l’Opéra Bastille et paiera 25.000 francs d’amende au fisc pour des arriérés de 1995. Résultat de l’exercice 1997 : 267 000 francs de perte.

Parmi les autres bénéficiaires de sidaction : “Aides”, dont le nouveau président est Christian Stout, magistrat spécialiste du droit des malades vivant en France; “Arcat Sida”, ou “Positif”, une association dénoncée pour sa collaboration avec le magazine “Gay France” de Michel Caignet, un militant néo-nazi condamné (en 1998) pour pédophilie dans l’affaire du réseau Torro Bravo.

Mais ESC est aussi un instrument de lobbying. Aux côtés de Pierre Bergé, la co-présidente n’est autre que Line Renaud, grande amie du Président de la République et porte-parole de “Artistes contre le sida”. Parmi les sponsors : “Libération”, l'”Humanité”, “Marianne”, l'”Evénement du Jeudi”, mais aussi “Le Monde” et le groupe Hersant, toutes les chaînes de télévision et les principaux syndicats de la presse.

La manoeuvre est maintenant rodée : chaque fois que la question de l’organisation de la vie commune homosexuelle est abordée, les associations de lutte contre le sida envoient leur représentant témoigner du sort de Jean-Philippe, malade en phase terminale que ses parents ont renié, ou de Marc, chassé dans la rue suite au décès de son ami, qui était aussi le titulaire du bail. Objectif : jouer sur l’affectif et s’assurer le “monopole du coeur”. En face, tous les arguments contre le PACS sont balayés par cette vague d’émotion qui submerge les plateaux TV et emporte les lecteurs de la presse.

Les relations de Pierre Bergé dans le monde de la presse ne s’arrêtent pas à Ensemble Contre le Sida, et on touche ici au troisième rideau du lobby gay.

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Les médias et le PACS

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Depuis le mois de mai, ce ne sont pas moins de trois couvertures que le quotidien “Libération” a offert aux promoteurs du PACS.

Son grand oeuvre : les sondages d’opinion, censés démontrer que la France entière est favorable au projet. Après l’émotion, l’unanimisme forcé. On découvre avec stupeur que ce sont 50%, 60 %, bientôt 80 % des Français qui seraient pour le PACS.

Autre titre militant, l'”Evénement du Jeudi”. Georges Marc Benamou, son directeur, n’a rien à refuser à Pierre Bergé, qu’il fréquente depuis leur aventure commune à “SOS Racisme” et surtout à “Globe”, feu le magazine de la gauche caviar.

Après avoir tenu la rubrique culturelle du “Quotidien de Paris”, le jeune et ambitieux Benamou se voit confier le mensuel “Globe”, un projet nourri par Bernard Henry Lévy, Jack Lang et Pierre Bergé. Le même Benamou deviendra un fervent “tontonmaniaque”, toujours aux côtés de Pierre Bergé, au sein de l’association “Ne Nous Quitte Pas” qui milite pour un nouveau mandat présidentiel de François Mitterrand. Habitué des déjeuners parisiens “Chez Lulu” avec le Président et l’inévitable Pierre Bergé, il en tirera deux ouvrages sur l’ancien chef de l’Etat. Après la disparition de “Globe” en 1994, Georges-Marc Benamou est appelé en février 1997 à la direction de l'”Evé-nement du Jeudi”.

Le 10 septembre dernier, son hebdomadaire titre en couverture : “La guerre du PACS a commencé : les magouilles du lobby intégriste”. Suit un important dossier sur “la vraie-fausse liste des 14.000 maires anti-pacs”. Au terme d’une rocambolesque contre-enquête, où les journalistes se sont parfois mués en procureurs lorsqu’il s’agissait de faire changer de camp leur interlocuteur, l'”Evénement du Jeudi” annonce que… 5 % des maires signataires de la pétition “Pour le mariage républicain” ne devraient plus y figurer !

Ce qui inquiète par dessus tout le lobby gay, c’est une opposition massive. Après l’affectif et l’unanimisme, sa dernière arme est la diabolisation.

Jamais il ne va combattre les arguments de ceux, psychologues, sociologues, juristes, représentants des associations familiales ou autorités religieuses, qui se prononcent avec fermeté contre le PACS.

Ce qu’il faut, c’est ridiculiser et marginaliser l’adversaire. Cible ultime : l’opposition, qui se prend les pieds dans le tapis de peur de paraître intégriste. Le P.S. “l’a voulu ainsi pour faire apparaître la droite comme ringarde et réac”, se lamente Claude Gloasquen, vice-président de DL.

Dans “Libération” du 25 août, Catherine Tasca donne le ton : “La mobilisation “à droite toute” contre le PACS ne doit pas nous étonner. Mais elle ne laisse pas de m’inquiéter en ce qu’elle révèle la force des idées et des organisations de la réaction la plus archaïque, la plus virulente, la plus mensongère. C’est la même qui conduit sur nos côtes les enfants à la mort, sous prétexte d’éducation marine et virile, qui poursuit dans les salles d’accouchement les femmes qui choisissent l’IVG, choix difficile et jamais heureux. Quelle que soit la virulence des forces réactionnaires, nous devons moins nous user à tenter de les convaincre – nous n’y parviendrons pas – qu’à conforter nos propres convictions et y rallier tous ceux qui veulent une France moderne et juste”.

Après les 14.000 maires “réactionnaires archaïques”, il fallait désamorcer une autre bombe : les pétitions populaires. Les “Associations Familiales Catholiques” ont recueilli l’été dernier près de 80.000 signatures. Mais le diable les avait précédées sous la forme d’une pétition massive envoyée par l’association “Avenir de la Culture” (ADC). On annonce 100.000 cartes reçues par Matignon. Alertés par des erreurs d’adressage (des militants homosexuels figuraient sur le listing d’ADC), les lobbyistes gays cherchent partout d’où vient le coup, et découvrent avec soulagement qu'”Avenir de la Culture” serait proche d’une secte catholique d’origine brésilienne : la TFP. Sauvés ! Il ne reste qu’à orchestrer la diabolisation. “Libération” ouvre le feu, bientôt rejoint par Marianne qui n’hésite pas à titrer : “Enquête sur la secte des coupeurs de sexe” (comprenez : les intégristes).

Jean-François Kahn tient son scoop : les opposants au PACS sont les derniers tenants de l’ordre moral. C’est que “Marianne” a un compte à régler avec l’ordre moral. Parmi ses actionnaires on trouve Guy Sitbon, journaliste, actionnaire du “Monde”, grand reporter pour le “Nouvel Observateur”, dont la femme, Lydia Darras Sitbon, ex-directeur du club de l'”Evénement du Jeudi”, est responsable de la promotion de “Marianne”.

La famille Sitbon est surtout connue par son fils, Michel Sitbon, un des principaux éditeurs pornographiques français. A la tête d’une cascade de sociétés, Michel Sitbon est PDG de la société NSP, dont son père est administrateur, qui publie de nombreuses revues pornographiques (“Femmes libérées”, “Démonia”, “Wanda”, “Lettres gay”…), gère 107 services de minitel rose (Aman, Cuira…) et des serveurs vocaux (Amandine, Ligne secrète). Il est d’ailleurs délégué du Syndicat National de la Télématique.

Michel Sitbon dirige la SARL Graffito, dont l’associé est Jean-Pierre Galland, président du Comité d’Information et de Recherche Canabiques, Agora international, les éditions du Lézard et les éditions Dagorno, qui publient – entre autre – “Notre droit aux drogues” et “Cannabis : la médecine interdite”. Il possède “Lady Song Solo”, une librairie spécialisée sur “le sexe, la drogue et la démocratie” dans le 11è arrondissement de Paris, ce qui lui vaut une réputation de “porno-trafiquant et trafiquant de drogue”.

Avec l’argent du sexe, Michel Sitbon a financé pendant presque trois ans une véritable danseuse : le mensuel politique “Maintenant”. Le rédacteur en chef en était Thierry Meyssan, avec la collaboration de Jean-Pierre Galland, Léon Schwartzenberg ou Monseigneur Gaillot. Dans son dernier numéro en avril 1996, “Maintenant” invitait ses lecteurs à se reporter à divers périodiques parmi lesquels la revue trotskiste “Imprecor”, “Stup Faits, journal des usagers de drogue”, “Reflex”, le bimestriel du SCALP, “Golias” ou l'”Evénement du Jeudi”.

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Le Réseau Voltaire

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Mais la principale cause de Michel Sitbon est le Réseau Voltaire, dont il est trésorier depuis sa fondation, aux côtés de Thierry Meyssan. Né le 18 mai 1957 à Talence (Gironde), ce dernier a fréquenté le collège jésuite de Tivoli à Bordeaux, ville où il a fait ses études de droit. Un temps pacifiste à l’école de Lanza del Vasto, il est surtout marqué par son engagement dans le Renouveau Charismatique. En mai 1975, il participera à un rassemblement du mouvement à Rome. Sa photo au premier rang, mains levées et visage extatique, fera la couverture de l’hebdomadaire catholique “La Vie”. Thierry Meyssan se marie, devient père de deux enfants, puis bascule dans l’homosexualité en quittant femme et enfants pour un professeur de danse. Il devient animateur du projet Ornicar, un groupement d’une quinzaine d’associations homosexuelles qui militent pour l’abolition des discriminations sexuelles.

Le 2 mars 1994, Meyssan crée le “Réseau Voltaire pour la liberté d’Expression”, après une réunion inaugurale le 31 janvier dans une salle du Parlement Européen réservée par “Radical”. Cette association loi de 1901 engage un combat “contre la censure” en tentant d’obtenir l’abrogation de l’article L 227-24 du nouveau code pénal (dit amendement Jolibois du nom de son rédacteur), qui permet de poursuivre les publications incitant à la perversion des moeurs.

On trouve parmi les premiers pétitionnaires du Réseau Voltaire bon nombre des actuels promoteurs du PACS : Jean-Luc Dumesnil, porte-parole de “Gay et Lesbienne chez les Verts”, Jack Lang et Jean-Michel Belorgey du “Mouvement des Citoyens” et Jean-Pierre Chevènement. Et au rang des fondateurs ou actuels administrateurs figurent Jean-François Hory (“Radical”), Jean-Louis Arajol (“Initiative Républicaine”), Elisabeth Barjet (militante féministe de la CADAC) ou Bernard Bousset (Président du Syndicat National des Entreprises Gays).

Depuis, le Réseau Voltaire s’est surtout fait connaître pour son militantisme anti-clérical lors de la venue du Pape Jean-Paul II en France en 1996 pour le 15ème centenaire du baptême de Clovis. A cette occasion Pierre Bergé était descendu dans l’arène, avec la publication de “L’Affaire Clovis”, un pamphlet où il dénonçait cette commémoration religieuse “le jour de l’anniversaire de la République”.

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Pierre Bergé

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Mais qu’est-ce qui fait courir Bergé ? Fils d’un couple de fonctionnaires charentais, anarchisant et pacifiste dans sa jeunesse, journaliste à la “Patrie Mondiale” (2 numéros parus), il fonde avec Yves Mathieu Saint-Laurent la maison de couture qu’il dirige depuis 1961. Giscardien sous Giscard, mitterrandolâtre sous Mitterrand, rallié à Chirac en 1995, il a tissé sa toile dans toute la sphère politique. Il est surtout une des 200 plus grandes fortunes de France, propriétaire d’un palais au Maroc et d’une collection impressionniste. Mécène de la cause homosexuelle, il met 2 millions de francs par an dans le luxueux magazine gay “Têtu”, qui affiche en 1997 un million de perte et deux millions de dettes. Figure incontournable de la gauche mondaine, ancien directeur de l’Opéra Bastille, bienfaiteur d'”Act Up” et du “Centre Gay et Lesbien” de Paris, président d'”Ensemble Contre le Sida”, le PDG d’Yves Saint-Laurent ne refuse pas les alliances contre nature quand il s’agit de défendre la cause.

Dans le numéro de septembre de “Têtu”, un article ordonne : “Réagissez”. Il enjoint les lecteurs d’écrire au Premier Ministre en pétitionnant pour le PACS. Inquiété par l’action d'”Avenir de la Culture”, que le mensuel dénonce sur trois colonnes, “Têtu” s’associe à la pétition du collectif “Furie !” (Front pour les Unions Républicaines Intensives et Egalitaires). Très agressif à l’égard du gouvernement, le texte dénonce pêle-mêle “des militants catholiques intégristes, des maires, dont certains se réclament du Parti socialiste, (…), la Garde des Sceaux, Madame la Ministre de la Justice (qui) a elle-même encouragé ce climat de tension en concédant à ces groupes de pression qu’une signature du PACS en mairie constituerait une menace pour l’ordre symbolique…”.

Pour comptabiliser les signatures, les lettres sont à envoyer à “Furie !” 14, rue Saulnier, dans le 9ème arrondissement. C’est en réalité avec le mouvement “Pro Choix”, dont le siège est à cette adresse, que Pierre Bergé s’est associé. Il figure d’ailleurs parmi les deux seuls premiers signataires.

L’adresse de “Furie !” sert de boite aux lettres à Caroline Fourest et Fiammetta Venner, la dirigeante de “Pro Choix” et égérie du combat pour l’avortement. Auteur d’une thèse de sociologie “L’opposition à l’avortement, du lobby au commando”, qui lui a valu d’être aussitôt intronisée spécialiste de la question par “Libération”, elle a co-signé avec Caroline Fourest le “Guide des sponsors du Front National et de ses amis” en 1998.

Témoignant lors d’un procès entre le député UDF des Yvelines Christine Boutin et le syndicat anarchiste CNT-AIT, Fiammetta Venner a soutenu Maya Surdruth, militante de la LCR et déléguée générale de la CADAC (“Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception”), l’indispensable alliée féministe du milieu gay, dont la représentation au sein du Réseau Voltaire est assurée par Elisabeth Barjet. Le 17 octobre dernier, Fiammetta Venner a récidivé en organisant la jonction de la manifestation des homosexuels pour le PACS avec le rassemblement qu’elle organisait contre un colloque d’associations “Pro-Vie” à Paris. Pierre Bergé a tenu à honorer de sa présence cette manifestation qui n’a pourtant réuni que quelques centaines de personnes.

La boucle est bouclée, du militantisme pour les droits des homosexuels à l’extrême gauche trotskyste et anarchiste, tout tourne autour de Pierre Bergé et l’argent d’Yves Saint-Laurent. Le Directeur Général de la maison de couture, Christophe Girard, ne se cache d’ailleurs pas d’avoir financé les pages de publicité pour le PACS publiées dans “Libération” cet automne.

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Ex aequo

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L’autre magazine qui rivalise avec “Têtu” pour capter le marché de la communauté gay se nomme “Ex aequo”, du groupe “Illico”.

Leader de la presse gay, son éditeur, “Staff de Communication”, publie “Double Face”, “Illico le Pass”, distribués dans les établissements gays et “Illico Magazine”, vendu en kiosque.

Au sommaire : des informations communautaristes et un répertoire éclectique qui va des associations religieuses “David et Jonathan” (chrétiens) ou “Beit Haverim” (israélite), aux sex bars et autres sex shops. Tout cela financé par la publicité pour le minitel rose ou des catalogues de VPC pornos.

En 1992, le service minitel Boy du groupe “Illico” avait été déconnecté par France Telecom, sur un avis du CCKTT (Comité Consultatif du Kiosque Télématique et Téléphonique), l’autorité régulatrice de la télématique. Il s’en était suivie une campagne du Réseau Voltaire “contre la censure”, Michel Stibon, son trésorier, étant délégué du Syndicat National de la Télématique.

Pour le reste de ses activités, le groupe “Illico” publie classiquement des revues érotiques, ou(même franchement pornographiques (“Idol”, “Men”, “Fresh”, “Trixx”…). Il faut bien vivre, et Jacky Fougeray, directeur d'”Illico”, n’est pas PDG d’Yves Saint-Laurent…

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… et les autres

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Et encore, le business gay ne peut-il se résumer au parfumeur et au couturier. Ainsi, c’est une société anonyme la “Sofiged”, qui a succédé à l’association “Lesbian and gay pride” pour l’organisation de la manifestation du même nom.

La “Sofiged” a mis à sa tête Charles Myara pour combler les millions de francs de pertes accumulées par la “Gay Pride” de 1996. Logique économique oblige, les chars des boites de nuit remplacèrent ceux des associations. Hélas, sur les 17 millions de francs de chiffre d’affaires de l'”Euro Gay Pride” de 1997, les comptes restent au rouge avec des centaines de milliers de francs de déficit.

Pourtant, selon Bernard Bousset, président du SNEG (Syndicat National des Entreprises Gays) le business gay a pesé plus de 2 milliards de francs en 1997, à travers environ 950 établissements gays qui ont vu défiler 116.000 clients par jour, majoritairement à Paris.

Mais si le SNEG affirme représenter vingt secteurs d’activités, il ne compte qu’un seul plombier, quelques coiffeurs et fleuristes, et une majorité de “sex-bars”, “sex-shops”, saunas et autres boites de nuit très “hot”. On touche ici à une caractéristique du mouvement homosexuel : la revendication sociale est inséparable de la sexualité, et celle-ci est véritablement débridée. C’est pourquoi les bars gays ont inventé la “Backroom”, cette obscure arrière salle où l’on consomme physiquement ce que l’on a levé en terrasse.

La “drague homo” est triste comme ces alcôves où les préservatifs distribués gratuitement sont les seuls témoins des étreintes fugitives, ces saunas où des téléviseurs diffusent en boucle des vidéos pornographiques, ces sex-shops cachés au sous-sol des boutiques de prêt à porter. A deux pas des Halles à Paris, le magasin “Big Shop” étale ses jeans. Pour les initiés, c’est au sous-sol qu’on fait ses courses : la maison fait -10 % sur les vidéos pornos, les godemichets et les revues.

Toujours honteux, le sex business gay pratique surtout la vente par correspondance. La principale chaîne, IEM, compte trois magasins et un catalogue de vente par correspondance : vidéos, revues, “les accessoires de vos fantasmes” (chaînes, pinces et articles sado-masochistes), la vente est réservée aux majeurs, la discrétion garantie. La croissance de 1995 à 1996 était de près de 25%.

Cela s’explique pour David Lelais, auteur de “Gayculture” (Anne Carrière 1998). “Pas d’homosexualité sans sexualité” commente ce journaliste. Il entraîne le lecteur dans une promenade pas vraiment sentimentale qui va des toilettes de jardins publics : “flirter ou faire l’amour en plein air, commettre l’interdit avec la crainte d’être surpris contribue à une forme d’excitation”, aux réseaux de rencontre sur minitel et internet, grâce aux “Gays Lesbiennes Branchés”, jusqu’aux pratiques extrêmes : sado-masochisme, “fist-fucking” (“c’est-à-dire la pénétration de l’anus avec la main”), “trip uro ou trip anal, qui évoquent la première vision du sexe d’un homme. N’est-il pas courant de voir des hommes uriner dans les coins de rue ? Cette vision peut être tout à fait érotisée”. Une revue des fantasmes homosexuels qui laisse songeur. Car l’auteur démontre que le vagabondage sexuel est indissociable de l’identité homosexuelle.

Et il conclut lui-même : “L’évocation des réseaux de rencontres, des lieux de drague et des backrooms conduit à s’interroger sur la fidélité dans le couple homosexuel. La rumeur qui fait des homos des dragueurs invétérés paraît fondée. On constate par exemple que seulement 31 % des gays interrogés se disent à la recherche d’une relation stable, 67 % des homos vivant en couple avouent leur infidélité. La vie de couple ne concerne qu’un tiers de la population gay…”.

Tout l’enjeu du PACS est là : la France fera-t-elle une loi qui coûtera aux contribuables, selon Bercy, entre 6 et 7 milliards de francs pour 150.000 couples gays improbables ?

A l’instar de ces couples infidèles, le milieu gay ressemble de plus en plus à un royaume divisé en lui-même, peuplé de princes querelleurs entourés d’une cour belliqueuse. La perspective prochaine de conquérir le “droit à la dignité” suffit mal à réunir les turbulents barons de la France gay lesbienne pour une même croisade. A peine voté en première lecture, le Pacs est déjà suspecté par “Act Up”, “Aids”, le “Centre Gay Lesbien” et l'”Association des Parents Gays et Lesbiens”. Ils viennent de créer l'”Observatoire du Pacs” avec une association d’immigrés homosexuels, les trotskystes d'”AC !” (“Agir contre le Chômage !”) et “Pro-Choix” de l’inépuisable Fiametta Venner pour réclamer le Pacs en mairie, l’adoption, la procréation médicalement assistée et le RMI pour les “pacsés”… Presqu’en même temps, Jean-Paul Pouliquen célèbre le Pacs avec un grand colloque à l’Assemblée, où il fait entendre les premières notes de la “marche pacsiale”, en présence d’un mufti, d’un prêtre et d’un représentant du Grand-Orient.

En vérité, le PACS sonne le glas de l’unité gay et lesbienne. Contrairement à ce que feint de croire le gouvernement, il ne sera pas un aboutissement, mais le début d’un combat fratricide dont les enjeux seront le mariage et les enfants.