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S’il existe une vérité, en effet, la politique doit en tenir compte et fonder son organisation sur le respect de cette vérité universelle.

En revanche, à quoi bon tenter d’améliorer les conditions de la vie politique et sociale si tout se vaut, si l’on ne peut pas sérieusement affirmer et démontrer qu’il existe une vérité et un bien, et que par voie de conséquence il existe aussi une erreur et un mal ?…

De fait, il y a autour de nous des choses qui changent, laissant penser qu’il n’existe pas de vérité permanente…et des choses qui demeurent, laissant entendre qu’il existe bien une permanence universelle.

La vérité tient-elle donc davantage à ce qui demeure ou à ce qui change ? Si elle tient aux deux,l’intelligence humaine est-elle capable de comprendre la relation qui existe entre le permanent et le changeant ?

Là réside la question dite des universaux:l’on y recherche quelle vérité doit être accordée à la connaissance intellectuelle de l’homme, connaissance par les idées, lesquelles sont universelles (d’où le vieux mot d'”universaux”) ; alors que le réel qui tombe sous nos sens est particulier, singulier, non universel . Question donc des rapports entre connaissance sensible et connaissance intellectuelle.

Comment concilier les deux degrés de la connaissance humaine, qui sont apparemment contradictoires : la connaissance immédiate des sens, qui enregistre une infinité d’éléments singuliers, concrets, individuels, mais instables et en perpétuel changement, et la connaissance intellectuelle et raisonnante qui cherche à saisir des relations, des oppositions, des caractères variables ou permanents, pour dépasser la diversité des phénomènes et découvrir la nature intime des choses et leur fonctionnement ?

Trois réponses ont été apportées à cette question: le nominalisme, l’idéalisme… et le réalisme chrétien.

Les erreurs nominaliste et idéaliste
Le nominalisme et l’idéalisme, qui n’apparaissent pas dans la réalité d’une façon aussi nette et tranchée que celle que nous allons employer ici pour les étudier, n’apportent que des réponses erronées que l’on peut tenter de définir schématiquement.
Le nominalisme

La première erreur, c’est le nominalisme dont Héraclite s’était fait le chantre, qui donne un primat à la connaissance sensible. Dans cette perspective, les idées de beauté, d’ordre , de bien, de mal, n’ont aucune portée universelle et peuvent être laissées à l’appréciation de chacun.Ces idées ne sont que des signes arbitraires, des conventions, des étiquettes qui permettent de classer les objets d’après leurs traits communs, d’où l’appellation de nominalisme: les idées ne sont que des mots.

Que devient l’intelligence dans ce système? En fait, elle n’est qu’un moyen commode de désigner les choses et les êtres, de les classer et de les décrire; l’intelligence n’a qu’une valeur pratique. Elle est très nettement dévalorisée.

La vérité n’est ainsi que la vérité du moment présent; en fait elle n’existe pas : elle se fait, elle s’élabore, elle évolue sans cesse . Elle est surtout une recherche, un mouvement dynamique qui n’a pas de substance . Et dans ce système, prétendre fixer dans des idées réputées vraies des affirmations, c’est se refuser la possibilité d’une perpétuelle remise en question . Donc pas de référence, pas de loi, pas de norme, mais seulement la vie dans son flux brutal et changeant.La raison est ainsi disqualifiée et s’efface devant les sens, les passions, les sentiments, la sensibilité; le monde devient absurde et incompréhensible.
Quelles en sont les conséquences?

– Au plan religieux,le nominalisme conduit à refuser d’admettre que la loi est l’assentiment donné par l’intelligence, sous l’impulsion de la grâce, à la vérité révélée (dogmes). Il refuse toute proposition qui laisserait croire à la possibilité d’une vérité, marquée du sceau de l’universel. Il préfère la recherche, l’indétermination. On voit bien qu’effectivement, c’est une tendance qui s’est beaucoup développée dans les cinquante dernières années de l’histoire de l’Eglise, en particulier en France.

A qui cela aboutit-il? Au scepticisme tel qu’il s’exprime dans cette formule de Cioran: “ce qu’on appelle vérité est une erreur, insuffisamment vécue, mais non encore vidée, mais qui ne saurait tarder de vieillir, une erreur neuve et qui attend de compromettre sa nouveauté”.

– Conséquences morales et sociales:une préférence marquée pour les “morales de situation”, détachées de tout principe. Dans cette perspective, l’idée d’ordre inquiète, surtout celle d’un ordre universel. Par contre on apprécie tout ce qui est mouvement,évolution, tout ce qui est remise en cause, débats.

– Conséquences au plan politique: il ne saurait être question de fonder un ordre social et politique sur un quelconque ordre naturel des choses. Le nominalisme ne fixe aucune barrière, aucune règle à l’ingéniosité, au caprice, sinon à la folie des hommes en mal de conception sociale ou politique.C’est un trait de l’esprit révolutionnaire, tendant à ébranler les certitudes, une excellente machine de guerre psychologique discréditant l’ordre social, présenté comme toujours variable. Son but suprême est d’affirmer la relativité des idées.

Les manifestations contemporaines de ce tour d’esprit nominaliste sont connues de tous: les idées ne sont plus jugées selon qu’elles sont vraies ou fausses, mais selon qu’elles sont généreuses, dynamisantes, désintéressées, ou sincères… Ballotés au gré des informations les plus diverses et les plus contradictoires, sceptiques et incertains, les hommes sont fréquemment victimes de certaines manipulations psychologiques qui jouent sur le registre des bons sentiments.

Et puisque les doctrines politiques, religieuses et sociales sont des constructions artificielles de l’intelligence, il n’y a rien de plus interchangeable. On les prend et on les jette. Chacun peut, à son gré, concevoir les choses et proposer son plan d’organisation de la cité, sa morale. Dans ces conditions, on ne peut s’en remettre, en fait, qu’à l’avis du plus grand nombre: c’est une des plus grandes perversités du principe démocratique.

Un exemple très concret: l’avortement, qui est contraire à la vérité de la nature humaine n’est plus considéré comme un crime, parce qu’il est admis par le plus grand nombre ; il peut être considéré comme moral parce qu’il est légal.

Telle est donc la première erreur : ne considérer que le primat de la connaissance sensible.
L’idéalisme

Mais il y a l’erreur inverse qui, finalement, aboutit aux mêmes absurdités: c’est l’idéalisme.

Dans l’histoire des idées, Platon est considéré comme le grand théoricien de l’idéalisme philosophique. Pour lui,les êtres, animés ou inanimés, ne sont qu’une participation à une idée qui n’existe pas sur la terre mais qui est d’un autre monde . L’idéalisme est une théorie qui n’accorde de valeur qu’à l’essence des êtres et des choses et, par conséquent,qu’à la connaissance intellectuelle. La suprême réalité est ici commandée par l’intelligence. Ici l’intelligence n’est plus dévalorisée, elle est au contraire sublimée.

L’idéalisme absolu, celui de Hegel, considérait qu’il n’est de réel que l’idée, que le réel est de l’ordre de la pensée. Dans cette perspective l’activité intellectuelle est complètement autonome et l’élaboration des idées se fait en toute indépendance à l’égard de la réalité tangible.

Que devient, dans cette perspective, la réalité sensible? En fait, elle ne représente pas grand chose.Elle ne communique rien d’essentiel à l’intelligence.On considère que la vérité existe, mais c’est une vérité déconnectée de la réalité extérieure, des faits objectifs et des expériences pratiques, une vérité qu’une intelligence désincarnée a élaborée. On en arrive à ne plus concevoir que le général et l’universel, pour que l’idée devienne plus facile à appréhender.

L’idéalisme méconnaît l’ordre des cas particulier, des exceptions éventuelles. Il va jusqu’à nier la variété du monde, la richesse et la diversité de la vie, par souci de simplification. Il se plaît à théoriser. Bel exemple d’idéalisme, cette citation de l’abbé Grégoire en 1793:“Vous avez voté des lois à toutes les communes de la République, mais ce bienfait est perdu pour celles des départements du Morbihan, du Finistère, des Côtes-du-Nord, de la Loire-Inférieure. Les lumières portées à grands frais aux extrémités de la France s’y éteignent en y arrivant, puisque les lois n’y sont pas entendues.le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton, l’imagination et la haine de la Révolution parlent allemand, la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque.Brisons ces instruments de dommages et d’erreurs”.

on se souviendra également de la célèbre formule révolutionnaire:“Tout nous intéresse, hormis les faits”…

Quelles sont les manifestations de cet idéalisme ? Dans les discours politiques, on ne raisonne plus que sur des abstractions érigées en absolus. Ainsi on ne s’intéresse plus aux libertés, mais à la liberté.Il n’y a plus “les” hommes, mais l’Homme etl’Humanité. la personne n’existe plus. On en vient à ne plus considérer que des valeurs et des systèmes globaux dans lesquels les hommes concrets, les nations, les habitudes, les traditions doivent se fondre pour rentrer dans le moule, de force si nécessaire.

L’idéalisme finit par devenir absolument inhumain. Rappelons les déclarations du député Jambon Saint André en 1793, qui viennent en écho des propos de l’abbé Grégoire:“Pour établir solidement la République, il faut réduire la population de moitié”. A cela Anouilh a bien répondu:“ceux qui parlent trop souvent d’humanité ont une curieuse tendance à décimer les hommes”

Pour les idéalistes, le monde est mal fait, il ne saurait donc être question d’accepter un ordre naturel. Eux aussi remettent en cause l’ordre naturel. Ils se considèrent comme sauveurs d’un monde irrémédiablement voué au mal. Ils veulent inventer des valeurs qui seront les fondements d’un nouvel ordre social et politique beaucoup plus satisfaisant pour l’esprit.

Nous avons vu un certain nombre de manifestations de l’idéalisme à travers des déclarations de ténors révolutionnaires: le rationalisme du 18ème avec sa frénésie d’abstractions; l’étatisme jacobin également et, par exemple, une déclaration de Rabaut Saint Etienne, en 1791, nous montre que cela n’était pas l’apanage des Montagnards. Les Jacobins, eux aussi, étaient les fils de cette abstraction rationaliste du 18ème. Rabaut Saint Etienne disait en 1791: “pour rendre le peuple heureux il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses moeurs, changer les choses, détruire, oui, tout détruire puisque tout est à recréer”.

Autres manifestations de cet idéalisme poussé jusqu’à ses plus extrêmes conséquences: le nazisme,le totalitarisme soviétique et les “solutions finales” mises en oeuvre par ces utopies: l’extermination des juifs, les goulags, le génocide cambodgien…
Le nominalisme et l’idéalisme sont des systèmes opposés en ce sens qu’ils correspondent chacun à l’un des deux niveaux de la connaissance humaine: connaissance sensible et connaissance intellectuelle. Mais en réalité, des deux systèmes se complètent assez bien.

Dans l’histoire, le courant nominaliste est celui qui, généralement, désintègre la société, détruit tous les points de repères, toutes les valeurs, sans lesquels la vie d’une société n’est pas possible, ce qui finit par aboutir au nihilisme et à l’anarchie. Alors la voie est libre pour l’idéalisme: puisque la vérité n’existe pas, qu’il n’y a pas de normes, ni de lois, on peut concevoir toutes les constructions de l’esprit et tenter de les mettre en application.

L’idéalisme et le nominalisme convergent alors dans leur refus d’un ordre naturel et mènent la plupart du temps au totalitarisme. Le nominalisme , pour sa part, est un refus de l’ordre. Bien qu’il feigne d’admettre la nature, de la respecter, il en refuse les lois.L’idéalisme, au contraire, est très attaché à la notion d’ordre, mais pour lui il n’y a pas d’ordre naturel. L’ordre est à créer. Une fois de plus, si beaucoup de choses semblent séparer ces deux erreurs, elles se rejoignent assez facilement.

Le réalisme chrétien
Plutôt que de s’étendre sur la critique détaillée de chacune des deux erreurs nominaliste et idéaliste, il est préférable d’en venir immédiatement au réalisme scholastique de Saint Thomas d’Aquin, sur lequel l’Eglise a fondé sa doctrine et qui réhabilite à la fois la connaissance intellectuelle et la connaissance sensible. Face aux systèmes qui ne retiennent qu’une partie de la réalité, s’évertuent à repousser la sensibilité ou ‘intelligence, le réalisme scholastique propose la solution du bon sens.

Car s’il est vrai que c’est par les sens que s’effectue notre connaissance du monde, il n’en reste pas moins que les sens seuls sont incapables de dire ce qu’est la chose dont ils perçoivent la couleur, le goût, l’odeur, le bruit ou le toucher. C’est l’intelligence seule qui atteint, au delà des impressions sensibles, ce qui fait qu’une chose est telle chose.

A travers les données sensibles, l’intelligence parvient donc à distinguer ce qu’il y a en elles d’essentiel, ce qui fait qu’elles sont ce qu’elles sont.

Comme Jean-Jacques Rousseau l’a fort bien dit:l’homme se distingue de l’animal en ce qu’il donne un sens au verbe être”

Ainsi l’intelligence saisit-elle, dans les donnée transmises par les sens, l’essence des choses, l’être intelligible de l’objet superficiellement présenté par les sens.

Cette saisie de l’intelligible dans le sensible apparaît donc comme la grande loi de la connaissance humaine.

De ce point de vue, cette citation de Chesterton est intéressante: “La philosophie de Saint Thomas prend pour point de départ la conviction universelle qu’un oeuf est un oeuf. Un hégélien dira que l’oeuf est une boule parce qu’il n’est qu’un moment du devenir. Un berkelyen soutiendra que les oeufs à la coque n’existent qu’autant que le rêve existe car on peut aussi bien prendre le rêve comme cause de l’oeuf, que l’oeuf comme cause du rêve. Le pragmatiste croira que le mieux qu’on puisse tirer d’un oeuf frit c’est d’oublier que c’est un oeuf pour ne se souvenir que de la friture. Mais aucun disciple de Saint Thomas ne sent le besoin de se gâter l’entendement, et du même coup, de gâter son oeuf, ni de regarder l’oeuf de travers, la tête entre les jambes ou en clignant de l’oeil pour découvrir une nouvelle façon de le réduire à merci. Le thomiste, avec tous ses frères humains, constate, sous la chaude lumière du soleil, que l’oeuf n’est pas une boule, ni un rêve, ni une idée pure, mais une chose attestée par l’autorité des sens, qui vient de Dieu.”

Ainsi donc, le réalisme affirme cette complémentarité harmonieuse de l’intelligence et des sens. L’intelligence parvient à distinguer, à travers les données sensibles, ce qui est en elle essentiel, ce qui fait que les choses sont. Dans cette optique, qui est l’optique du bon sens, il n’y a pas de mutilation du réel. Les sens et l’intelligence se trouvent ordonnés l’un à l’autre et non pas séparés. Le rôle des sens est maintenu, il permet de saisir la chose elle-même comme un tout distinct des autres choses. L’intelligence aussi n’est ni diminuée ni idéalisée. Elle lit dans les choses leur raison d’être, et ne trouve son achèvement que dans la reconnaissance et l’affirmation de l’être des choses.

Que deviennent les idées? Elles sont le résultat de la rencontre de l’intelligence et de la réalité. L’objet est le même dans la réalité et dans l’idée, mais il n’est pas saisi de la même façon. Il l’est d’une façon concrète et matérielle dans la réalité, et il l’est d’une façon abstraite et immatérielle dans l’esprit. L’abstraction permet de faire le passage du singulier à l’universel; c’est le moyen qu’utilise l’intelligence pour atteindre l’être des choses, leur nature intelligible.

Telle est donc la solution au problème des universaux: c’est la complémentarité des sens et de l’intelligence humaine en une seule perspective, c’est de prendre la nature humaine dans sa richesse et de ne pas en mutiler une partie.

Ce réalisme permet de définir dans tout être l’essence et l’existence.

La question du mouvement, sur laquelle butait Héraclite, et qui est aussi le point d’achoppement de la pensée nominaliste, a été résolue par Aristote dont la théorie a été retenue par Saint Thomas d’Aquin.

Aristote affirme en effet que le mouvement est tout ensemble “être” et “ne pas être”, ou plutôt “ne pas être encore”. Il définit donc, entre ces deux catégories une troisième notion, qui est “l’être en puissance”, c’est à dire l’être qui ne jouit pas encore de toutes les caractéristiques de l’être, mais qui est appelé à les recevoir[[Voir au sujet de la notion de mouvement et de changement, les chapitres qui lui sont consacrés dans “Fondements de a Cité,de jean Ousset,pp 51 à 58]].

A partir du moment où l’on a réglé la question de l’objectivité de la connaissance, le problème de l’existence de la vérité est solutionné. Il est clair que la vérité existe, et à ce moment-là on peut, en toute facilité, comprendre le résumé de la pensée scholastique qui énonçait l’“adequatio rei et intellectus”, c’est à dire que la vérité est l’adéquation entre les choses et l’esprit.

Dans ces conditions, le réel n’est pas que dans l’apparence fragmentaire, mouvante et contradictoire des êtres. Grâce à son intelligence, l’homme peut atteindre l’intelligible. Il connaît et peut connaître les lois. Il comprend et peut comprendre, au moins partiellement, l’ordre qui règne dans l’univers.

Quelles implications politiques et sociales peut donc avoir, cette reconnaissance de l’existence d’une vérité, et des possibilités pour l’homme de la connaître?

Conséquences politiques et sociales
La première application de cette bonne compréhension de la dualité harmonieuse entre le particulier et l’universel, entre les sens et l’intelligence, entre le corps et l’esprit, c’est de dépasser beaucoup de débats de la philosophie moderne et de les ramener à leur juste valeur. “les mots étranges de Sartre “le monde est de trop” résument parfaitement toute la philosophie moderne. C’est la formule parfaite de la schizophrénie”, disait sous forme de boutade le Révérend Père Bruck berger.
On ne peut faire abstraction du réel

Les conséquences directes de l’existence d’une vérité, et d’une vérité qui est accessible à l’intelligence humaine, c’est que la connaissance du réel conditionne la connaissance du vrai – on ne peut faire abstraction du réel.

Ce n’est que dans la mesure où il parvient à exprimer le réel, que l’homme est dans la vérité. Le mensonge existe puisqu’il y a un vrai et un faux; dans ces conditions, si la vérité existe indépendamment des démarches de l’intelligence humaine, nos opinions personnelles n’ont aucune valeur dans l’énoncé d’une vérité et ce n’est pas en recueillant des suffrages que l’on parvient à la vérité.

Par là-même on démonte l’affirmation, aujourd’hui très répandue selon laquelle ce qui est légal est forcément moral. Si l’on est attaché à la vérité, le premier devoir consiste à la serrer toujours au plus près, à la confesser, à la proclamer, quoi que certains puissent en dire. C’est une manière d’exprimer l’idée qu’“il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’ aux hommes”.
Existence d’un ordre naturel

Autre implication de l’existence d’une vérité et de la possibilité pour l’homme de la connaître: l’existence d’un ordre naturel et d’une loi naturelle. A partir du moment où l’on a admis qu’il y a des vérités, des vérités hiérarchisées, on postule l’existence d’un ordre naturel qui rejaillit du bon sens. Les principes, les lois ne sont pas des créations arbitraires de notre esprit, comme les nominalistes peuvent l’affirmer, mais sont issues de l’observation des lois de la nature. On est donc obligé de les respecter sous peine d’altérer ce qui fait notre nature humaine. Citons Bossuet: “il y a des lois fondamentales qu’on ne peut changer, en les violant on ébranle tous les fondements de la terre. C’est alors que les nations semblent chanceler comme troublées et prises de vin, ainsi que parlent les prophètes. L’esprit de vertige les possède et leur chute est inévitable parce que les peuples ont violé les lois, changé le droit public et rompu les pactes les plus solennels”.
Existence de Dieu

Si l’on accepte l’idée d’un ordre naturel, on est naturellement conduit à l’idée d’un ordonnateur de la nature et d’une légitimité suprême qui est l’intelligence de l’ordre des choses, et on arrive à l’existence de Dieu. Selon Aristote, dire que “l’ordre et la beauté qui existent dans les choses, ou qui s’y produisent, ont pour cause la terre ou quelque autre élément de cette espèce, cela n’est pas vraisemblable. Attribuer ces effets admirables au hasard, à une cause fortuite, était par trop déraisonnable. Aussi quand un homme vint proclamer que c’est une intelligence qui est la cause de l’ordre et de la régularité qui éclatent partout dans la nature, dans les êtres animés et inanimés, cet homme – c’est Socrate lui-même- fit l’effet d’avoir seul sa raison et d’être, en quelque sorte, à jeun après les ivresses extravagantes et les divagations de ses tenanciers”.

Jean XXIII [[in “Pacem in terris”, 1963]] considérait qu’une société n’est dûment ordonnée, bienfaisante, respectueuse de la personne humaine, que si elle se fonde sur la vérité” et Jean-Paul II, auquel nous emprunterons notre conclusion, ne dit pas autre chose lorsqu’il proclame: “il faut cultiver la lucidité sur les slogans qui se répandent comme des évidences, alors qu’ils sont souvent faux, il faut convaincre que la vérité n’est pas forcément l’affaire du grand nombre, qu’elle ne coïncide pas avec le pourcentage élevé des sondages, avec l’attitude de l’homme moyen. Il faut faire prendre conscience de l’esclavage de l’opinion. De même on doit apprendre à évaluer ce que vaut la spontanéité du jugement et du désir. Il faut se libérer des prisons du subjectivisme et du néo-positivisme”.

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