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Deuxième Partie : Les hommes

« S’il y avait eu à Petrograd, en 1917, seulement quelques milliers d’hommes sachant bien ce qu’il voulaient, jamais nous n’aurions pu prendre le pouvoir en Russie ». Lénine

 

Chapitre I : Le plus décisif des capitaux

 

« De tous les capitaux précieux… le plus précieux, le plus décisif, ce sont les hommes ». Staline

 

Au moment où des français se lèvent pour défendre la dignité de toutes les personnes et de toute la personne, en particulier des plus fragiles, que faire pour une action durable ?  Ce livre est un maître livre pour bien penser l’action en fonction du but poursuivi. Tout homme ou femme d’action le lira avec profit pour inspirer son engagement. Jean Ousset est le premier en effet à avoir méthodiquement formaliser une doctrine de l’action culturelle, politique et sociale à la lumière de l’enseignement de l’Eglise pour concrètement répondre au mal par le bien. 
Action de personne à personne et actions multiformes en réseau, ses intuitions sont mises en œuvre magnifiquement dans l’utilisation d’internet. 
A l’encontre des pratiques révolutionnaires et de la dialectique partisane, si l’amitié est le but de la politique, Jean Ousset nous montre comment pour agir en responsable, l’amitié en est aussi le chemin.

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La lutte est idéologique, assure-t-on.

  • Ce qui est vrai si l’on entend désigner la raison, l’argument suprême – et donc l’ampleur, la gravité – des conflits qui déchirent le monde.
  • Ce qui est faux… si l’on pense que les idées sont susceptibles de déclencher, commander, orienter, par elles-mêmes des réalisations telles qu’en ces affaires l’homme serait plus mû que moteur. Réalisations qui s’imposeraient comme de l’extérieur, par une sorte de téléguidage intellectuel. Opération où la volonté, la prudence, la ténacité des hommes n’auraient qu’à s’attacher à un travail de diffusion, de formation.

S’il est vrai que les idées mènent ainsi le monde, ce travail suffirait, en effet, pour qu’une fois la doctrine répandue, le reste suive automatiquement. Par la seule vertu des thèses diffusées.

Idées abandonnées à leur puissance « dynamisante » !

Le seul fait de lancer le grain assurant la fécondité de la moisson ! Semer sans avoir à cultiver !

Ce serait tellement simple !

L’histoire prouve assez l’inefficacité d’une pareille méthode.

Et nous pouvons redire :

Tant qu’une doctrine – bonne ou mauvaise – ne dispose pas d’une armée, d’un certain nombre d’hommes résolus, pour la défendre, la propager, l’appliquer, cette doctrine reste sans effet.

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Importance du problème des hommes

D’où l’importance MAJEURE du problème des hommes.

Non qu’on entende récuser l’influence des idées. Ce sont elles qui éclairent l’intelligence, excitent l’ingéniosité, animent la volonté.

Et combien – n’ayant eu jusque-là rien dans l’esprit, passant pour abouliques – se révélèrent apôtres, réalisateurs infatigables dès qu’ils furent nourris d’idées substantielles. Seuls hommes en qui « fonctionne » le couple intelligence-volonté.

Sans doctrine, l’homme d’action a tôt fait de sombrer dans l’opportunisme.

Sans les vertus qui font l’homme d’action, le doctrinaire a tôt fait de virer au derviche sentencieux et déprimant.

Suprématie de l’homme complet. Doctrinalement formé. Mais prudent aussi. Habile à concevoir les « comment ». Infatigable à vouloir.

Donc…

D’abord et par-dessus tout : le problème de l’ouvrier.

Non que le problème de l’outil ne soit, lui aussi, très important.

Non qu’il faille opposer l’ouvrier à l’outil.

La vérité est qu’il faut de bons ouvriers munis de bons outils. Sans oublier jamais que l’ouvrier l’emporte sur l’outil.

Attendre le succès de la seule puissance mécanique d’une institution – ou de la seule force des idées – est insensé. Non que l’organisation, les institutions n’aient pas leur pouvoir spécifique. Elles peuvent décupler nos possibilités.

Mais comme le bon outil décuple les possibilités du bon ouvrier. L’outil ne faisant rien sans ce dernier. Le meilleur outil entre les mains d’un maladroit n’ayant jamais fait de chef-d’œuvre. Le mauvais ouvrier, par contre, excellant à abîmer les bons outils.

Et l’histoire est pleine de ces catastrophes. Effondrement d’institutions qui, n’étant plus animées par une élite capable d’en maintenir l’esprit, furent balayées par une poignée d’hommes résolus, « minorité agissante ».

L’avenir est aux groupes qui, même handicapés par l’appareil d’institutions contraires, possèdent les hommes les mieux formés, les plus décidés à l’action.

Ce qui ne veut pas dire que nous tombions dans l’erreur, si fréquemment professée en ces termes :

« Appliquons-nous à rendre les hommes bons et les institutions le deviendront ensuite ».

Car s’il est démontré qu’on peut, en grand nombre, rendre les hommes bons sans bonnes institutions, il serait inutile de se mettre en peine du problème institutionnel. Le but serait atteint. Et le moyen institutionnel, qui a pour seule raison d’être d’aider le plus grand nombre à devenir meilleur, serait donc inutile.

Rien n’est plus mal pensé que de faire dépendre d’une conversion générale l’instauration d’un ordre institutionnel convenable.

La vérité est que l’instauration d’un tel ordre n’a de sens que pour faciliter la conversion plus générale et plus durable des hommes.

Et la solution est qu’il faut s’attacher D’ABORD à susciter, former un certain nombre d’hommes qui pourront, ENSUITE, (agissant SUR et PAR les institutions comme avec un levier) travailler à l’instauration d’un ordre social tel que le salut du plus grand nombre y sera plus facile.

Opération en trois temps :

1)   Travailler à former un certain nombre d’hommes qui…

2)   … agissant ensuite SUR et PAR les institutions, s’efforcent d’édifier un ordre social tel que…

3)   … le salut, l’épanouissement du grand nombre deviennent plus faciles.

Seule solution harmonieuse, et dont la méconnaissance fait qu’on oppose souvent la conversion des hommes à la réforme des institutions.

Alors qu’il ne devrait pas y avoir difficulté. Au moins théorique.

Les institutions… entre les mains d’un certain nombre (1)… apparaissant comme un outil (2)… pour le salut plus facile de tous (3).

Ce qui, loin de le déprécier, met en lumière le rôle des institutions.

Sans abolir la primauté du problème des hommes.

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Effectifs nombreux ou poignée d’hommes résolus

Problème des hommes, qu’il importe de ne pas réduire à un problème d’effectifs.

« Combien d’abonnés ? Combien d’auditeurs ? Combien d’adhérents ? », se plaisent à demander ceux qui souhaitent passer pour avertis.

Formules utiles mais insuffisantes. Schématisantes. Dépersonnalisantes. Formules de fichiers, de statistiques. Incapables d’évoquer les hommes tels qu’ils sont, tels qu’il importe de les connaître quand on se propose d’agir.

Célibataires ou mariés. Citadins ou campagnards, militaires, professeurs, artisans ou paysans. Lettrés ou ignorants. Tenaces ou capricieux. Taciturnes ou bavards. Riches ou pauvres. Très pris par leur travail ou libres de leur temps. Etc.

Autant de caractères à connaître pour les mieux employer.

Autant de formes d’action possibles.

Car, plus que tout autre, l’action politique et sociale est multiforme, complexe, faite de mille activités diverses. D’où la sottise qui consiste à n’imaginer pour cette action qu’un seul caractère, un seul type de militant. Modèle unique. Spécimen interchangeable. Et par-là même additionnable.

Alors que le vrai problème n’est abordé que si l’on répond à des questions comme celles-ci :

Qui atteignez-vous ?

Quels sont-ils ?

Que valent-ils ?

Dans quels milieux ?

Quelles régions ?

Quelles opérations particulières sont en projet ou en cours ?

Questions évoquant de vrais hommes. Normalement insérés en des réseaux sociaux variés à l’extrême. Ce qui laisse loin derrière la simple mise en ordre, alphabétique ou géographique, de noms classés en un fichier.

Or, combien mesurent le succès de leur action à l’épaisseur du fichier conservé ?

Non que nous refusions de reconnaître par ces temps de démocratie, la redoutable importance des considérations numériques. Il faut voter. Il faut donc se compter. Et faire de son mieux pour être le plus grand nombre possible. Le mal est qu’on en reste là. A une simple opération de recrutement. Et que l’on parle de l’action comme si son succès tenait au résultat de ces additions.

Cela est d’autant plus sot qu’à ce jeu on peut être abusé de deux façons :

  • de magnifiques résultats quantitatifs pouvant être sans valeur dynamique ;
  • certains groupes peu nombreux ayant parfois une puissance considérable dans l’action.

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C’est trop souvent qu’on entend dire : « Ah ! si nous étions tant de milliers de plus ! »

Milliers de quoi ? Et pour faire quoi ? A calculer ainsi, les « mollassons » devraient vaincre partout, étant, de loin, les plus nombreux.

S’il n’est question, en effet, que de milliers de lecteurs, d’auditeurs, d’abonnés… EN PLUS, cela peut, certes, faciliter l’équilibre, la vie budgétaire d’une organisation. Et c’est beaucoup ! Cela ne suffit pourtant pas à rendre efficace une action sociale et politique. Tant de groupes, qui ne font que perdre leur force et leur temps ayant une caisse confortablement alimentée, un fichier très épais.

La cause de l’ordre social chrétien, ne disposait-elle pas, au siècle dernier, de ressources très importantes, de troupes nombreuses ? Quelle fut pourtant l’action de ces milliers, voire de ces millions d’hommes… virtuels ? Purs lecteurs, purs auditeurs, purs abonnés.

On n’a jamais remporté une victoire avec ça !

Ces milliers, ces millions n’ont ni su, ni pu, ni sérieusement voulu arrêter la progression d’un nombre infime de révolutionnaires. Mais révolutionnaires convaincus et résolus.

Preuve que le problème du nombre, ou d’une certaine facilité matérielle, sans être négligeable (loin de là !) n’est ni le plus important, ni le plus décisif.

Mieux vaut une cinquantaine de gens actifs, tenaces, habiles, bien formés qu’un million d’égoïstes, paresseux, maladroits, nuls en doctrine.

Et la poignée de sectaires qui animent la « Ligue des Droits de l’Homme » ou la « Ligue de l’Enseignement » a une influence beaucoup plus décisive que tous les hommes de la « droite » française réunis.

Question d’intelligence, mais aussi de volonté.

« J’avais cru, en entrant dans la vie religieuse, que j’aurais surtout à conseiller la douceur et l’humilité, lit-on dans une lettre du Père de Foucauld. Avec le temps, je vois que ce qui manque le plus, c’est la dignité et la fierté ».

Suprême ressort d’une action efficace !

D’abord et par-dessus tout, une poignée d’hommes résolus, bien éclairés, fiers, irréductibles.

Et nous pensons à la réponse qu’un de nos amis fit un jour à qui l’entretenait d’immenses troupes à enrôler…

« La victoire vous paraît tenir au recrutement de ces milliers d’hommes. Or, voyez à quel point nos conceptions peuvent différer. Votre espérance ne subsiste qu’à grand renfort de multitudes. Alors que je n’aspire, pour l’instant, qu’à la découverte d’une ou deux personnes. Et je n’y arrive pas ! Car ces personnes dont j’ai besoin pour la plus grande efficacité de notre action ne sont pas les « n’importe qui » dont se composent les bataillons que vous envisagez. Je vous abandonnerais même sans regret leur foule immense pour obtenir ces deux ou trois dont j’estime que notre action a besoin. Car leur découverte, en complétant notre équipe, permettrait ensuite le recrutement (harmonieux, hiérarchisé, bien ordonné !) du plus grand nombre désirable ».

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L’homme idoine… concrètement

Pratiquement, ce n’est point tant de dizaines, de centaines, de milliers d’hommes (indéterminés) dont une œuvre a besoin pour agir et bien agir. Mais de quelques hommes (déterminés). Hommes vrais. Non formules abstraites. Non individus « n’importe qui » pour la fonction « n’importe quoi ».

Mais le « monsieur-qui-peut-réellement-faire-l’affaire »… en telle besogne, telles circonstances, tel endroit, telles conditions.

Ce n’est point d’effectifs dont on a d’abord besoin si l’on tient à bien agir, mais de quelques personnes judicieusement choisies, invitées à occuper des postes importants, capables d’y accomplir le travail qu’on attend d’elles.

C’est d’abord avec, c’est d’abord par ces quelques personnes que l’action se développera ; et que le gros des effectifs pourra être ensuite recruté, animé, encadré, dirigé. Sans quoi l’inertie de la masse paralysera l’appareil.

Il est clair, dès lors, que la recherche, le choix, la formation de ces quelques-uns, bien définis, pour des besognes non moins définies, sont particulièrement importants.

« Qu’on me donne six hommes de cette trempe et, avec eux, je change la face de l’univers »… se serait écrié Weishaupt, le fondateur des « Illuminés de Bavière », après avoir rencontré Knigge.

Outrance évidente, mais qui exprime un sens étonnant de ce que peut et doit être l’importance des hommes au chapitre de l’action.

Vanité, donc, des méthodes qui « déconcrétisent », dépersonnalisent pour tout donner selon des formules abstraites ou chiffrées.

Obligation de garder un sens aigu de l’homme concret. Et complet.

Ne serait-ce que pour éviter ces évocations ridicules et déprimantes du personnage, nettement désigné, certes, et que l’on connaît bien… qui est fort en ceci, si compétent en cela, qui conviendrait parfaitement, qui pourrait… s’il voulait ! Mais qui, précisément, ne voudra, ou ne pourra jamais… Parce que c’est un lâche… ; qu’il est malade… ; que sa femme l’interdit… ; qu’il est capricieux ; qu’il préfère le bridge, la chasse, la pêche, le golf, le ski, le confort… ; qu’il vient d’être nommé à Caracas… ; qu’il est trop pris par son métier… ; que le serein l’enrhume ou qu’il tient à se coucher tôt.

Pour réel que soit le personnage, le résultat n’en et pas moins nul.

Pour l’action, il ne suffit pas que, dans l’intimité de leur appartement, se cachent des êtres admirables, capables de sauver le monde… Mais qui mourront sans avoir jamais fait autre chose que de penser juste en secret… « de tout cœur avec vous ! »

Ce qui est beaucoup !

Et ce qui n’est rien !

Car dans l’ordre de l’action, la multitude de ces « beaucoup » n’en conduit pas moins droit à la défaite.

Sachons donc considérer les hommes tels qu’ils sont, tenant compte de tout ce qui doit compter.

  • Non seulement de ce qu’ils peuvent faire s’ils le veulent bien.
  • Mais encore de l’efficacité de leur vouloir, des possibilités réelles de leur résolution.

Combien promettent, en effet, d’être là, de faire ceci ou cela, au jour dit… qui s’excusent toujours en dernière minute, parce que leurs possibilités réelles n’étaient pas à la mesure de leur désir, de leur sincère générosité.

A négliger ces règles, ces précautions, on ne récolte que désillusions, défections, inefficacité.

Bien se dire que la découverte de l’homme idoine est toujours décisive. Et que pour le trouver, il n’est pas trop de traverser les fleuves et monts. Alors qu’il peut être inutile, voire nuisible en certains cas, d’organiser une réunion de vingt mille personnes.

Le passage à l’action d’un seul homme peut devenir un événement national. Mondial.

  • Un Luther n’a-t-il pas bouleversé l’orientation religieuse d’une partie de l’Occident ?
  • Un saint Louis-Marie de Montfort ne demeure-t-il pas encore le grand responsable de la foi plus vive de nos provinces de l’Ouest ?
  • Et que dire de l’influence internationale d’un Marx, d’un Engels, d’un Lénine ?

En conséquence, serait-il excessif d’admettre qu’un seul homme puisse influencer l’orientation sociale et politique d’une région, d’un réseau professionnel ?

Qu’on se souvienne d’un abbé Trochu pour la Bretagne, d’un Herriot pour Lyon, d’un Sarraut pour Toulouse.

Dans combien de groupes, de mouvements avons-nous entendu dire : rien à faire dans tel coin, dans tel milieu… Jusqu’au jour où… brusque départ dans ledit milieu et ledit coin. Pourquoi ? Parce qu’on y avait enfin découvert l’homme idoine. Celui qui avait pu, su, voulu, tenu.

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Avoir « les mille »

Toutes réflexions qui nous amènent à proposer le schéma d’un dispositif d’animation humaine en vue d’une action générale, inter-groupes, souple et harmonieuse. Aux moindres frais et cependant efficace.

  • A l’échelon suprême, la concertation (plus ou moins rigoureuse selon les possibilités psychologiques) de cinq, dix, quinze personnes… qu’on pourrait dire indispensables à ce degré.
  • Trouver, susciter, former aux échelons immédiatement subalternes les quinze, vingt, trente personnes capables d’animer, conseiller… (sans esprit de parti, sans ambition « unitarisante », sans totalitarisme) les sphères d’orientation privilégiées, les « carrefours » majeurs…
  • Ce qui, compte tenu de la variété des tâches, de l’imbrication des réseaux, de l’importance, si différente, des organismes peut représenter… vingt ou trente hommes de premier plan ; quarante ou cinquante de second plan ; trois ou quatre cents d’un troisième ; et cinq à six cents d’un quatrième.

Un millier de personnes grosso modo.

Ce qui est dérisoire, penseront ceux qui ne conçoivent tout qu’en pourcentage électoraux.

Ce qui est trop, penseront ceux qui, plus avertis, tendront à oublier la proportion, hélas, considérable, des défections partielles ou totales.

Un millier…

Mais un millier qui, s’il est composé d’hommes zélés, formés, tenaces, pourrait suffire à l’animation sociale, politique, d’une nation comme la France.

Car ces « mille » ne formeraient ni un mouvement, ni un parti. Mais un élément inter-groupes dont l’union tiendrait à l’unité d’un esprit, d’une méthode plus qu’au lien matériel d’une organisation puissamment structurée. Animateurs, conseillers, insérés dans leurs réseaux – naturels ou de rencontre – mais qui devraient être partout mainteneurs d’orthodoxie, techniciens de la plus sûre méthode.

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L’idéal des « mille »

Bien se dire qu’il est plus efficace de chercher, de susciter, de former ces « mille » que de rassembler plusieurs millions d’individus sans autre détermination que l’étiquette d’un groupe, la carte d’un parti.

Millions d’êtres dont l’action se borne parfois à cette appartenance.

Millions d’êtres qui ne feront rien de sérieux si quelques-uns des « mille » ne sont déjà là pour les orienter, animer, éduquer… ; pour les organiser en autre chose qu’une « masse ».

Quel progrès sera réalisé quand nous aurons compris l’inanité de cette poursuite, directe et quasi-exclusive, du grand nombre… ; quand nous aurons compris que c’est d’abord, que c’est surtout à la qualité qu’il faut tendre ; que par elle on parvient à la quantité sagement ordonnée, convenablement orientée.

Il n’est pas question de sous-estimer l’importance du nombre. Il est question, seulement, de désigner la bonne manière, le plus sûr moyen d’atteindre le grand nombre, et de conserver sur lui une influence heureuse, durable, décisive.

Se peut-il que les chefs de la Révolution aient compris mieux que nous le sens du rapport : qualité-quantité ?

« La tâche pratique la plus urgente, lit-on dans les Oeuvres Complètes de Lénine, (T. IV), est de créer une organisation révolutionnaire capable d’assurer à la lutte politique un caractère énergique, ferme, SUIVI… » (p. 506)…

« Il faut se garder d’assimiler l’organisation des révolutionnaires[1] et l’organisation des ouvriers[2]. L’organisation des révolutionnaires doit englober avant tout et principalement des gens dont la profession est l’action révolutionnaire » (p. 512).

« Il nous faut des hommes qui ne consacrent pas seulement à la Révolution leurs soirées libres, mais toute leur vie ».

« L’organisation des ouvriers doit être la plus large possible… »…

« L’organisation des révolutionnaires ne doit pas être très étendue ».

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« Les mille »… Trouver, susciter, former les « mille ».

Problème dont la solution est plus urgente que la réforme des institutions pour cette raison qu’une réforme sérieuse, durable des institutions est inconcevable sans les « mille ».

La France chrétienne n’a-t-elle pas sombré par la défection de ceux qui auraient dû jouer le rôle des « mille »… Et qui ne le jouèrent pas !… De ceux qui, à l’exemple de Malesherbes, non seulement refusèrent de combattre les progrès de la Subversion, mais les favorisèrent ?

Et combien d’entreprises, combien de mouvements, après un magnifique essor quantitatif, échouèrent, par manque de cadres. Parce qu’ils ne disposèrent pas d’un nombre suffisant de ces « mille » indispensables, en tout régime, pour assurer sécurité et avenir.

Et combien de « systèmes », par contre, détestés par la majorité d’une nation parviennent à se maintenir, ou à refaire surface promptement, parce que ledit système, lui, a ses « mille ». Lesquels sont très souvent seuls à posséder une pratique suffisante des affaires publiques. Bien décidés surtout à s’en occuper effectivement.

Pendant qu’il n’est, de notre côté, qu’une foule de braves gens. Pleins de bonnes intentions, mais d’intentions vagues. Troupe souvent plus nombreuse, mais peu disposée à se dévouer à la chose publique. Toujours pressée de revenir à ses pantoufles.

Problème des « mille ».

Problème des institutions.

Les deux plus grands problèmes de l’action…

Sans institutions convenables, le zèle des meilleurs reste toujours fragile.

Sans élite formée et agissante… (sans les « mille »…) les meilleurs institutions risquent d’être balayées, comme château de sable, par le flux de la Subversion/

 


[1] Elément qualitatif.

[2] Elément quantitatif.

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