Sélectionner une page

Ainsi, se référer à une métaphore républicaine des plus traditionnelles, ce ne serait pas républicain. Du moins à en croire l’historien Jean Garrigues, réagissant dans Marianne à la polémique sur « nos ancêtres les gaulois ».

Nos aînés de la IIIème république avaient valorisé cette métaphore gauloise pour signifier la continuité du récit national, certainement pas pour y attacher une valeur ethnique. Ils n’ignoraient pas que nos ancêtres furent également celtes, vikings, vandales, ou encore burgondes, sans oublier la délicieuse paternité des wisigoths, ostrogoths et autres goths. Mais il se trouve que ce territoire sur lequel nous avons pris racine et grandi fut jadis appelé la Gaule ; et peuplé de ces tumultueux gaulois pour lesquels nous avons tant d’affection. C’est un fait.

L’Histoire est certes le lieu des faits ; mais elle est encore celui du mythe, de la légende, du récit épique. C’est dire ce qu’elle porte de symboles, de représentations, d’images et d’imaginaire. L’Histoire ne peut vivre charnellement et amoureusement dans un peuple sans cette poésie lyrique qu’est l’épopée, sans cette tendresse particulière pour des personnages insérés dans notre substance collective.

Parce que l’Histoire est au cœur de nos représentations collectives, elle est également un lieu de combat politique et idéologique. A cet égard, l’hégémonie culturelle d’une certaine gauche intellectuelle est en perdition. Cette intelligentsia peut aboyer dans son chenil de garde, car ce combat, elle est en train de le perdre.

Elle est en train de le perdre au plan des symboles autant qu’au plan des faits. Elle le perd parce que des combattants sont descendus dans la tranchée. Parmi eux, Jean Sévillia. Ce n’est pas un hasard s’il a choisi d’intituler Ecrits historiques de combat la réédition chez Perrin de son fameux triptyque : Historiquement correct, Moralement correct et Le terrorisme intellectuel.

Les réserves morales du peuple

Non seulement Sévillia rétablit-il des faits, mais encore met-il en perspective l’importance de ce rétablissement dans le combat contre une forme de totalitarisme. Rétablir les faits, c’est offrir la possibilité de vivre à nouveau passionnément une fierté jusqu’ici criminalisée, c’est restaurer l’aptitude d’un peuple à savourer la poésie d’un récit servi par tant d’images, de figures, de symboles.

Voici qui est capital pour notre temps. Comme l’écrit l’auteur dans sa préface générale, « on n’en finirait pas de dérouler la liste des angoisses, des incertitudes et des questionnements qui taraudent une France qui doute de tout, à commencer par elle-même. » Ce que l’histoire des peuples de France et des pays de France met en jeu, c’est la capacité d’une nation et d’un peuple à continuer le fil de son épopée, c’est la capacité morale et culturelle de la France à vivre ; et à vivre comme France.

Ce qui est en jeu, ce sont les réserves morales du peuple. Ce peuple qui, précisément, est aujourd’hui au rendez-vous du grand récit épique et des petites histoires tendres dès que cela lui est offert. Que l’on songe au succès populaire du Puy-du-Fou, à l’audience des Lorànt Deutsch, Franck Ferrand ou Stéphane Bern…

Ce ne sont pas des idéologues, ce sont des continuateurs, des conteurs, des poètes de cette histoire populaire que l’Université toise parfois et que le chenil de garde ne parvient plus à endiguer.

La vague est forte, elle charrie avec elle ses combats… Et ses promesses de renouveau. Jean Sévillia, merci !

Guillaume de Prémare

Chronique Radio Espérance du 23 septembre 2016

Share This