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1 – Les grandes « institutions » laïques
 

Celles-ci règnent encore sans partage sur l’enseignement public. Elles disposent encore de moyens d’action considérables.

Mais, ayant globalement réalisé leur programme de laïcisation scolaire, elles se sont endormies sur leurs lauriers, et n’ont plus ni la flamme, ni l’intransigeance qui les caractérisaient au départ. Elles subissent, depuis de nombreuses années, une lente érosion de leurs effectifs, qui rend leur déclin pratiquement inéluctable.

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Le CNAL

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Constitué en 1945, le Comité National d’Action Laïque [[209, Boulevard Saint Germain, 75007 Paris.]] est actuellement présidé par M. Patrick Gonthier.

Il regroupe autour du thème de la défense de la laïcité, cinq organisations :
– la Fédération des délégués départementaux de l’Education nationale (DDEN),
– le Syndicat des Enseignants (SE-FEN) qui revendique 110.000 adhérents et regroupe l’ensemble des enseignants restés fidèles à la FEN (à laquelle il reste affilié) lors de la scission intervenue en 1992.
– la Fédération de l’Education Nationale (FEN),
– la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE),
– et la Ligue Française de l’Enseignement et de l’Education Permanente (LFEEP).

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D’après ses documents officiels, le CNAL conçoit l’essentiel de sa mission de la façon suivante : « Promouvoir l’idée laïque ». Il se prononce « pour la laïcité des institutions, au service de la Nation, indépendantes des dogmes et des groupes de pression; par la séparation de l’Etat et des Eglises, garantie de liberté pour toutes les confessions; par le service public et laïque de l’Education nationale ouvert à tous, respectueux de tous ».

Le CNAL rappelle avec emphase que depuis sa création, il a su susciter, « chaque fois que le service public d’éducation nationale était gravement menacé, de vastes mouvements d’opinion qui ont permis de recueillir près de 11 millions de signatures en 1960 contre la Loi Debré, de rassembler 100.000 participants à la manifestation contre la Loi Haby (1975), 300.000 au rassemblement du Bourget pour le centenaire de l’école publique (1982), 500.000 aux manifestations de 1983 et 2 millions à celles du 25 avril 1984 pour l’unification, la transformation et le développement du service public d’éducation ».

Le CNAL propose à ses adhérents et sympathisants, ses travaux, réflexions, propositions et outils de travail tels que la plaquette de ses Assises nationales de 1985 : « Laïcité, valeur d’avenir », ou la vidéo-cassette : « Laïcité, Education, Citoyenneté ».

Le 11 mai dernier s’est déroulé, à Paris, le colloque que le CNAL organisait en présence d’un certain nombre de personnalités (Pierre-André Taguieff, Martine Aubry, Pascal Perrineau, de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, Marie-Françoise Bechtel, maître des requêtes au Conseil d’Etat…) sur le thème : « Laïcité et Solidarité : contre les mécanismes d’exclusion », colloque dont le communiqué final réaffirme « que laïcité, citoyenneté et solidarité sont indissociables » et dénonce « les fanatismes sectaires qui mettent l’affirmation d’une transcendance au-dessus des lois humaines ».

Des cinq organisations constitutives du CNAL, les trois principales (la Fédération de l’Education Nationale, la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves et la Ligue de l’Enseignement) méritent un développement particulier en raison du « combat laïc » qu’elles ont mené et mènent encore en leur nom propre.

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La Fédération de l’Education Nationale (FEN)

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Syndicat d’enseignants, né en 1946 d’une transformation de l’ancienne Fédération Générale de l’Enseignement, la Fédération de l’Education Nationale [[10, rue de Solférino – 75007 Paris.]] s’est détachée de la CGT en 1948 mais demeure fermement ancrée à gauche… André Henry n’estimait-il pas, à l’époque où il était secrétaire général de la FEN, qu’« on ne peut pas être enseignant si l’on n’est pas de gauche » ?

Dans une étude publiée en 1988 dans la revue « L’Astrolabe », Bernard Vivier notait : « Force syndicale, force économique et force politique, l’empire de la FEN est tout cela à la fois. (…) La FEN est présente, à travers ses 49 syndicats, dans tous les milieux de l’enseignement et dans toutes les catégories de personnel (…). Cette force numérique et cette audience permettent à l’organisation de se poser en interlocuteur redoutable des responsables de l’Education Nationale (…). Nombre de décisions – à commencer par celles concernant les changements d’affectation des professeurs – sont étroitement contrôlées par la FEN (…). Ainsi, les postes de direction de l’Education Nationale, au niveau académique mais aussi au niveau national, ont été mis, par ses soins, « sous influence » (…). Ce comportement quasi-hégémonique est porteur de corporatisme et, plus encore, de blocages de notre système éducatif et de menace pour la liberté de l’enseignement ».

En effet, « le projet commun à cet appareil syndical et à cet appareil économique est la défense de la laïcité, principe inscrit à l’article premier des statuts de la FEN (…). L’empire de la FEN, véritable maçonnerie extérieure, est tout entier nourri de cette vision rationaliste de la laïcité » [[« La F.E.N. : un système complet » in « L’Astrolabe » n° 88.]].

Puissance économique et financière de premier plan, la FEN gère ou contrôle, par l’intermédiaire d’un groupement économique [[Il s’agit du CCOMCEN, Comité de Coordination des Oeuvres Mutualistes et Coopératives de l’Education Nationale.]], un formidable réseau de mutuelles, telle que la Mutuelle Générale de l’Education Nationale (MGEN), de coopératives, comme la CAMIF (Coopérative des Adhérents de la Mutuelle des Instituteurs de France), d’organismes de vente par correspondance, de banques et d’organismes en tous genres qui couvrent à peu près tous les besoins du million de fonctionnaires de l’Education Nationale et de leurs familles.

La puissance syndicale de la FEN n’est pourtant plus ce qu’elle était. Des 550.000 adhérents déclarés en 1980, il n’en demeurait que 350.000 en 1991 et 200.000 en 1994. Il est vrai qu’en 1992, une véritable scission de la Fédération est intervenue du fait de l’exclusion du SNES (Syndicat National des Enseignements du Second degré, proche du Parti Communiste) et du SNEP (professeurs d’éducation physique et sportive) qui, bientôt rejoints par d’autres syndicats, ont constitué, en avril 1993, la Fédération Syndicale Unitaire (FSU). Depuis lors, la FEN a bel et bien perdu, au profit de la nouvelle FSU, sa position de « première centrale enseignante ».

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La Fédération des Conseils de Parents d’Elèves des Ecoles Publiques (FCPE)

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La création de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves des écoles publiques [[Siège fédéral : 108 avenue Ledru-Rollin, 75544 Paris Cedex 11.]] remonte à 1947.

De 1956 à 1980, la FCPE fut présidée par Jean Cornec.

Elle apparaît comme la première organisation de parents d’élèves de l’enseignement public avec 56% des voix lors des dernières élections de conseils d’école et de conseils d’administration des lycées et collèges, contre 25% pour sa concurrente, la Fédération des Parents d’Elèves de l’Enseignement Public (PEEP).

La FCPE a pour raison d’être la défense de la laïcité de l’enseignement et la promotion des « valeurs laïques » : « La FCPE ne veut pas être entraînée dans des luttes politiques et corporatives mais être le ciment entre les organisations qui défendent la cause laïque et l’intérêt des enfants. Elle bâtit sa cohésion sur la laïcité, fondée sur la démocratie, le respect des différences, le pluralisme, le respect d’autrui », pour exiger « que la priorité budgétaire pour l’Enfance et la Jeunesse se concrétise dans les budgets de l’Etat et des collectivités, au profit du service public laïque d’éducation ».

La FCPE revendique 300.000 adhérents et 120.000 parents d’élèves élus, mais ces chiffres impressionnants masquent une lente érosion de ses effectifs puisqu’elle comptait encore 1.100.000 adhérents à la fin des années 70 et 600.000 adhérents en 1984…

Elle connaît, depuis plusieurs années, de sérieuses difficultés financières [[La FCPE a dû contracter, en 1991, « un emprunt de 16 millions de francs pour combler les pertes subies après l’échec de son système d’assurances FCPE-Solidarité » (« Le Monde » du 29 mai 1996).]] et surtout de graves remous internes. C’est ainsi qu’au cours de son 50è congrès national, qui s’est tenu les 25, 26 et 27 mai 1996 à Villeurbanne, ses 450 délégués départementaux ont vivement critiqué l’ancienne équipe dirigeante (qui n’a pu recueillir la majorité absolue sur son rapport d’activité), lui reprochant son incapacité à définir une « stratégie claire ».

C’est principalement à l’initiative de la FCPE qui en assurait le secrétariat, qu’avait été créé, en novembre 1995, un « Carrefour laïque de vigilance, de réflexion et d’action » destiné à promouvoir les idéaux de la laïcité; celui-ci regroupait une soixantaine d’organisations (du PCF à la Grande Loge de France, en passant par le PS, le MRAP, le Parti Radical et la CFDT) qui toutes avaient participé à la « grande manifestation nationale de défense de l’école publique » du 16 janvier 1994. « Carrefour laïque » dont M. Georges Dupon-Lahitte, nouveau président de la FCPE depuis le 8 juin dernier, vient publiquement de reconnaître l’échec et d’annoncer la dissolution [[Cf « Le Monde » du 11 juin 1996.]].

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La Ligue Française de l’Enseignement et de l’Education Permanente (FLEEP) [[3, rue Récamier, 75341 – Paris Cedex 07.]]

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Héritière de la prestigieuse « Ligue de l’Enseignement » (dont Jean Macé, le fondateur, écrivait : « la Ligue est une institution maçonnique, une maçonnerie extérieure. Je l’ai dit cent fois dans les loges d’un bout à l’autre de la France »), il semble que la Ligue ne soit plus le fer de lance du combat laïc qu’elle était autrefois.

Forte des 38.000 associations scolaires, culturelles, sportives ou de loisirs qui lui sont affiliées (il en existe dans la plupart des établissements scolaires de l’enseignement public) et qui rassemblent au total près de trois millions d’adhérents, et du réseau de la Fédération des Oeuvres Laïques sur lequel elle s’appuie dans chaque département, « la Ligue reste, certes, le plus puissant des mastodontes de l’éducation populaire, leader, par exemple, sur le « marché » des classes de découverte (450.000 enfants par an) et des centres de vacances (300.000 enfants). L’activité de la Ligue et de ses satellites pèse près de 1,8 milliard de francs. Mais le colosse n’en a pas moins les pieds d’argile. Ainsi, la Ligue aurait, aujourd’hui, près de 70 millions de francs de découvert bancaire à combler », écrivait J.M. Dy dans « Le Monde » du 7 octobre 1993.

Surtout, beaucoup de militants laïcs, parmi les plus intransigeants, lui reprochent, sinon de trahir la cause de la laïcité, du moins de se fourvoyer dans la recherche d’une soi-disant « laïcité plurielle » depuis plusieurs années (en juin 1989, Michel Morineau, son secrétaire général, n’a-t-il pas signé avec la Fédération Protestante de France un « nouveau pacte laïque » que la Ligue n’a jamais voulu désavouer ?…).

2 – Les associations « familiales » laïques
Loin de défendre la famille (qui naît de l’union stable d’un homme et d’une femme dont le projet est d’avoir et d’éduquer des enfants) ou la nécessité d’une véritable politique familiale, ces associations n’ont qu’une obsession : faire contrepoids aux grandes confédérations catholiques ou simplement traditionnelles, et promouvoir une morale sociale résolument laïque. Mais leur audience est en fait extrêmement limitée.

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Le Conseil National des Associations de Familles Laïques (CNAFAL) [[108, avenue Ledru-Rollin, 75001 – Paris, soit la même adresse que la FCPE…]]

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Dans un petit livre très hostile aux valeurs familiales traditionnelles, « Les associations familiales, combien de divisions ? » publié en 1994 aux Editions Dagorno [[Maison d’édition dont le propriétaire n’est autre que Michel Sitbon, magnat du minitel rose, éditeur de nombreuses revues pornographiques, trésorier du Réseau Voltaire et directeur de publication du journal « Maintenant » (voir pp. 25-26).]], Frédéric Brunnquel écrit à propos du CNAFAL, actuellement présidé par Mme Michèle Fournier-Bernard :

« En 1967, date de la création du Conseil National des Associations de Familles Laïques, la famille devint, pour les laïques, un enjeu politique. Plus question de laisser le monopole de sa défense aux conservateurs et aux « confessionnels ». Les fondateurs de ce nouveau mouvement, André Fortané, Roland Lebel, Lucien Bonnet, Ruben Urrutia, étaient membres de la Ligue de l’Enseignement et de la Fédération Cornec de parents d’élèves [[C’est-à-dire de la FCPE (NDLR).]]. Le CNAFAL, entré à l’UNAF [[Union Nationale des Associations Familiales qui représente au total 950.000 familles puisqu’elle regroupe un certainnombre de mouvements familiaux dont les deux principaux sont Familles de France (150.000 familles) et la Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques (36.000 familles), organisations qui, du fait de leur rivalité, n’ont pu empêcher l’élection, comme tout nouveau président de l’UNAF, de M. Hubert Brin, représentant de la très minoritaire Confédération Syndicale des Familles (32.000 familles), politiquement marquée à gauche… (NDLR).]] en 1978, réunit aujourd’hui, selon les chiffres déclarés, 14.928 adhérents, présents dans 128 associations (…). Le CNAFAL se positionne clairement contre les associations familialistes. Il ne retient pas un seul type de famille mais admet le changement de la société et reconnaît toutes les formes de structures familiales (…). Dans ses déclarations, la défense de la laïcité n’est pas feinte ».

Le point de vue du CNAFAL en matière de bioéthique tel qu’exprimé à l’assemblée générale de l’UNAF du 14 juin 1992 par Marie-Odile Pelle-Printanier, est on ne peut plus révélateur de son orientation résolument « progressiste » et mérite d’être rapporté; pour la représentante du CNAFAL, l’embryon « n’est espérance que par la volonté de ses parents. Il est essentiel de laisser à la liberté de conscience de chaque personne de le désirer, de le reconnaître, de le garder ou non. C’est pourquoi nous demandons le remboursement de tous les moyens de contraception, et réaffirmons notre attachement au droit à l’interruption volontaire de grossesse. C’est parce que nous croyons aux droits de l’homme et en sa capacité de responsabilité que nous rejetons tout retour à l’ordre moral »…

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L’Union des Familles Laïques (UFAL)

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Née d’une scission du CNAFAL dont elle se détacha en 1969 pour constituer un mouvement plus radical, l’Union des Familles Laïques [[7, Résidence du Parc des Sports, 93800 Epinay sur Seine.]] représente tout au plus 50 associations locales et 5.000 familles adhérentes. Son président est André Fortané et son secrétaire général, Alain Godin qui, l’un comme l’autre, passent à juste titre pour des militants acharnés de la « laïcité ».

L’UFAL considère que « la famille est un terrain et un outil du combat laïque et républicain », se définit comme « une organisation de promotion de la morale et de la pensée laïque » ou comme « un mouvement de progrès démocratique et laïque », et proclame que « socialisme et laïcité sont indissociables, capitalisme et laïcité sont inconciliables, dictature et laïcité sont antinomiques »…

La charte philosophique, éthique et politique du mouvement est, elle aussi, centrée sur l’idée récurrente de laïcité : « Issue du Siècle des Lumières, de la Révolution française de 1789 et des luttes populaires du XIXè siècle, la laïcité s’affirme contre les totalitarismes et les intégrismes religieux et politiques, et accompagne le développement de la démocratie républicaine et du combat pour la justice sociale. La laïcité est le cadre idéologique de la réflexion de l’UFAL ».

Malgré la faiblesse de ses effectifs officiels, l’UFAL fait, elle aussi, partie de l’UNAF et des UDAF [[Unions Départementales des Associations Familiales.]] :

« L’UNAF est dominée par les confessionnels et par les faux-laïques de la laïcité ouverte, du consensus et du compromis. L’agrément par l’UNAF et les UDAF nous ouvre donc la porte des représentations officielles et peut nous assurer des subventions importantes (…). Il permet en tous cas de renforcer l’influence et le rayonnement des laïques attachés à la séparation des Eglises et de l’Etat », lit-on dans « Renaissance laïque », bulletin mensuel de l’UFAL.

Depuis 1994, un « Centre National d’Etudes laïques » [[3, rue Jacquemont, 75017 Paris.]] animé par Alain Godin s’est mis en place. « Le CNEL est un organisme d’études dont les rapports et les contributions sont mis à disposition du conseil d’administration de l’UFAL ».

L’UFAL publie par ailleurs un certain nombre de documents de travail dont les intitulés démontrent, là encore, l’obsession de ses dirigeants pour la laïcité : « Le 21è siècle sera laïque ou ne sera pas », « Humanisme, Laïcité, République », « L’alliance laïque et républicaine des Laïques », « La renaissance laïque et républicaine », « Construire une société laïque », etc…

Sur le plan social, l’UFAL revendique la création d’un « revenu social garanti » (RSG) qui serait attribué à tout enfant (et géré par ses parents) jusqu’à son premier emploi stable, mais combat le principe même des allocations familiales « qui cachent une politique « nataliste » contraire à la liberté des couples et à la liberté des femmes », ainsi que tout projet de « salaire maternel, ou parental, ou d’éducation, ou de libre choix, qui cachent une politique de la « femme au foyer » ». Dans leur charte, les responsables de l’UFAL apportent d’utiles précisions quant à leur conception de la famille et de sa place dans la société : « Nous prenons en compte la très grande importance du cadre et du bien familial dans leur articulation avec les autres structures de la société humaine. Mais nous refusons la réduction « familialiste » des problèmes selon laquelle la famille serait la cellule constitutive et ordonnatrice de toutes les activités, dans tous les domaines »

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3 – La nébuleuse des organisations « politiques »
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Des liens très étroits existent entre ces diverses associations dont les animateurs sont souvent les mêmes personnes.

Toutes font de la « laïcité » un enjeu politique global qui motive leur engagement, mais le sectarisme, l’intolérance et la surenchère verbale qui les caractérisent masquent difficilement la faiblesse de leurs effectifs et de leurs moyens.

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Le Centre d’Action Européenne Démocratique et Laïque (CAEDEL)

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Le Centre d’Action Européenne Démocratique et Laïque, dont le siège social correspond au domicile de son président, Etienne Pion [[11, rue des Huguenots, 94420 Le Plessis-Trévise.]], publie un petit bulletin trimestriel qui s’intitule « Europe et Laïcité ».

Le CAEDEL est pratiquement une émanation du Grand Orient de France : Alain Godin, son secrétaire général, est aussi secrétaire général de l’UFAL, elle-même proche du Grand Orient de France; Etienne Pion (président) est secrétaire de la Commission nationale permanente de laïcité du Grand Orient de France; et Bernard Teper (vice-président), membre du Conseil de l’Ordre de la même obédience. Ajoutons qu’Henri Caillavet, ancien président de la « Fraternelle des parlementaires » et dignitaire du GODF, participe étroitement aux travaux du CAEDEL; qu’« Humanisme », la revue des francs-maçons du GODF, lui ouvre largement ses colonnes et que le Grand Orient l’accueille volontiers dans ses locaux de la rue Cadet, comme ce fut le cas pour la célébration du 40è anniversaire du CAEDEL, le 22 octobre 1994.

Très critique à l’égard du CNAL, qu’il estime ne plus être représentatif et auquel il reproche sa trop grande modération, le CAEDEL « lutte depuis quarante années pour l’édification d’une Europe laïque, dégagée des cléricalismes et des dogmatismes ». Une récente déclaration du CAEDEL signée de son président rappelle que « le cléricalisme obstiné et reconquérant de la hiérarchie vaticane doit être combattu : il ne faut manquer aucune occasion de le dénoncer et de s’y opposer. L’esprit de croisade survit encore, toujours aussi malfaisant. La laïcité constitue l’antidote le plus efficace contre les entreprises de recléricalisation, en France et en Europe » [[« Humanisme » n°223, septembre 1995.]]. S’il dispose d’un bon réseau de correspondants locaux dans plusieurs pays d’Europe, en France, le CAEDEL périclite au point de ne plus compter qu’un nombre dérisoire d’adhérents dont la jeunesse n’est pas l’atout primordial…

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Initiative Républicaine [[27, rue de la Réunion, 75020 Paris.]]

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Initiative Républicaine, qui est le nom de l’association comme du petit bulletin qu’elle publie, est elle aussi très proche du Grand Orient de France; elle entretient néanmoins d’excellentes relations avec plusieurs autres obédiences.

De création récente (1993), elle revendiquait (non sans exagération) 3.000 militants répartis en 70 comités départementaux lors de sa première réunion nationale, à Sens, le 28 mai 1994.

Présidée par Bernard Teper (conseiller de l’Ordre du GODF et vice-président du CAEDEL), Initiative Républicaine est animée en majorité par une équipe d’anciens trotskystes aujourd’hui plutôt proches du Parti socialiste.

Selon le journaliste indépendant Emmanuel Ratier, Initiative Républicaine est bel et bien une « association maçonnique d’orientation anti-FN et très proche de la gauche socialiste du PS (Mélenchon, Lienemann, Dray, etc…) » : outre Jean-Louis Arajol, le nouveau secrétaire général de la Fédération autonome des syndicats de police, qui est un ancien trotskyste et appartient au Grand Orient de France, « on y trouve Philippe Schwartz (gérant de « Crayon noir » [[ « Crayon noir » est une société de communication spécialisée dans l’édition des publications des syndicats de policiers (NDLR).« Faits et documents » du 1er juin 1996.]], ancien membre du PSU et de la LCR, responsable de la communication de la campagne de Pierre Juquin), Bernard Teper (ancien de la LCR et du PSU, ancien adjoint PS de Créteil de 1977 à 1989, membre du Conseil de l’Ordre du GODF dont il fut porte-parole en 1992). Figurent aussi au conseil d’administration de l’association, qui recrute surtout dans la fonction publique, André Bellon, ancien militant PSU devenu député chevénementiste des Alpes de Haute-Provence (1981-1993) et membre du GODF, ainsi que Claude Jenet (secrétaire condéféral Force Ouvrière, membre du Parti des Travailleurs et du GODF) »[[« Faits et documents » du 1er juin 1996.]].

Initiative Républicaine entend travailler en vue du « rassemblement des laïques et des républicains » et « de la restructuration de la gauche française » [[ « Initiative Républicaine » n°7, septembre 1994, p. 6.]], seuls capables, à ses yeux, d’endiguer la montée du Front National dans notre pays. C’est dans cet esprit qu’elle s’est efforcée de constituer un « Bloc laïque et républicain » que seuls l’Union des Familles de France et la Grande Loge Mixte Universelle (une obédience presque insignifiante) ont bien voulu rejoindre…

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Le Comité Laïcité-République [[7 rue Saulnier, 75009 Paris.]]

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Fondé en 1990 à l’initiative du Grand Orient de France, le Comité Laïcité-République a la prétention de rassembler maçons et non-maçons autour de l’idéal laïque. Mais il s’agit davantage d’une officine assez fermée que d’une association ayant pignon sur rue.

Son actuel président (qui succède à Claude Nicolet, auteur d’un « Que sais-je ? » sur « Le Radicalisme ») n’est autre que l’incontournable Henri Caillavet.

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La Fédération des Cercles de Défense Laïque (FCDL)

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Animée par Alexandre Hébert (son président) et Jean-Pierre Barrois, au domicile duquel la FCDL et son journal mensuel « Laïcité » ont leur siège [[56 avenue Diderot, 94100 Saint-Maur.]], la Fédération des Cercles de Défense Laïque entend, comme son nom l’indique, fédérer des militants laïques et républicains « de toutes tendances ». En fait, les thèses de la FCDL (dont l’ouvrage de Denis Parigaux qu’elle édite, « François Mitterrand : la divine comédie ou la laïcité trahie », donne une idée assez juste) ne sont pas seulement inspirées par le laïcisme le plus sectaire, mais par une vision marxiste de l’histoire et de la société, qui se traduit par une référence constante à la « lutte des classes ».

« L’Eglise, écrit Jean-Pierre Barrois, est un appareil politique fondé sur une doctrine : la doctrine sociale de l’Eglise selon laquelle tous les hommes étant frères en Jésus-Christ, les antagonismes sociaux et la lutte des classes qui en découle doivent être transcendés au nom du bien commun. La doctrine sociale de l’Eglise constitue le vivier de toutes les expériences corporatives dont l’Europe eut tant à souffrir dans la première moitié de ce siècle et qui tendent à revenir au premier rang de l’actualité (…). Oui, la résistance laïque et républicaine est de la plus brûlante actualité. Elle prend appui sur l’héritage de la Révolution française, de la Commune de Paris et de 200 ans de continuité de combat républicain. La résistance laïque et républicaine constitue aujourd’hui même un rempart, une digue, permettant de faire face aux pernicieuses tentatives de disloquer la République en « communautés », en « pays ». Pour le mouvement ouvrier et démocratique, l’enjeu de la laïcité est simple à définir. Ce qui est en jeu, c’est la nature des institutions et de l’Etat. C’est la forme de l’Etat. Les deux branches de l’alternative sont clairement perceptibles : des institutions de l’Etat qui, parce qu’elles sont laïques, peuvent reconnaître l’existence d’organisations de classe indépendantes, ou bien des institutions qui, dans le cadre de la doctrine sociale de l’Eglise, tendent à nier la lutte des classes au nom du consensus communautaire » [[« Laïcité », n°52-53-54, octobre 1994, p. 2.]].

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La Fédération Nationale des Libres penseurs de France [[10-12 rue des Fossés Saint Jacques, 75005 Paris.]]

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Au plan international, la « Libre Pensée » est affiliée à l’Union Mondiale des Libres Penseurs (UMLP) qui, en 1938, a succédé à l’Internationale de la Libre Pensée fondée en 1880. Mais « héritier d’un passé prestigieux, le mouvement a un peu vieilli et le nombre des fédérations nationales a diminué » [[Claude Wachtelaer, in « Politis » n° 17 de mars-avril 1994, p. 71.]].

Christian Eyschen, le nouveau secrétaire général de la « Libre Pensée », est un trotskyste du Parti des Travailleurs qu’anime une haine féroce de l’Eglise « qui pendant quatorze siècles, écrit-il, a réussi l’exploit de rendre analphabètes, ignorants et asservis 95% de notre peuple (…). Et 95% de la population a été réduite à l’ignorance, à l’obscurantisme, à l’oppression (…). Pendant ces quatorze siècles, l’Eglise a organisé la société sur un concept : l’homme n’a aucun droit parce que l’homme n’existe pas » [[Christian Eyschen, in « Laïcité » n° 52-53-54, octobre 1994, p. 7.28 – 14 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris.]].

La Fédération Nationale des Libres Penseurs, dont le mensuel « La Raison » est l’organe d’expression, ne se contente pas de militer pour la laïcité de l’école et de l’Etat : elle est violemment anticléricale et se complaît dans l’injure, la calomnie et le blasphème, le pape Jean-Paul II étant une de ses cibles favorites.

Entre autres initiatives, elle a su faire parler d’elle, il y a trois ans, en tentant d’organiser, le 20 juin 1992, au Panthéon, le « procès public des évêques avec un jury composé paritairement de laïques et de croyants pour juger de la collaboration de l’Eglise avec Vichy, en invitant l’Eglise à venir présenter sa défense »

Elle intervient régulièrement sur les ondes de France-Culture, le dimanche à 9h30, avec d’autres organisations « laïques » dont l’Union rationaliste [[14 rue de l’Ecole Polytechnique, 75005 Paris.]] qui publie une revue mensuelle, les « Cahiers rationalistes », ou l’Union des athées.

« Libre Pensée », Union rationaliste et Union des athées font d’ailleurs partie d’un même « Comité de liaison de l’athéisme ». La Fédération Nationale des Libres-Penseurs est également en rapport avec l’Association des Amis d’André Lorulot et son ignoble revue mensuelle, « La Calotte » [[B.P. 294, 51060 Reims Cedex.]].

Notons enfin que la « Libre Pensée » participe aux côtés de la Fédération des Cercles de Défense Laïque, d’Initiative Républicaine et du CAEDEL, qui en assure le secrétariat, à l’animation d’un Centre Laïque d’Information et de Liaison (CLIL) qui, selon Henri Tincq, regroupe également « des personnalités du Grand Orient, du Planning Familial, de l’Union rationaliste, des syndicats FO, CGT, FSU et FEN » [[« Le Monde » du 12 décembre 1995.]].

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4 – Le Réseau Voltaire pour la liberté d’expression [[8 rue Auguste Blanqui, 93200 Saint Denis.]]
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De création récente (1984), le « Réseau Voltaire », qui conçoit la « laïcité » comme un bon moyen d’accélérer le pourrissement des mentalités et des moeurs en France, se montre d’une remarquable efficacité politique et médiatique, ce qui, dans le combat général, fait de lui le plus redoutable des adversaires.

C’est à l’occasion de l’adoption, par le Parlement, de « l’article Jolibois » (art. 227-24 du nouveau Code pénal, en vigueur depuis le 1er mars 1994), qui rend passible de poursuites pénales tout « message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter atteinte à la dignité humaine », que le Réseau Voltaire fit pour la première fois parler de lui, dénonçant le « retour de l’ordre moral » et de la « censure ».

« C’est grâce à la vigilance du Réseau Voltaire que l’article Jolibois n’est pas passé inaperçu, lit-on dans « Globe-Hebdo » du 2 mars 1994. Cette jeune association, constituée le 31 janvier 1994 au Parlement européen, s’est fixée comme objectifs la défense de la liberté d’expression et de la laïcité, ainsi que la lutte contre l’intégrisme moral et la censure. Présidée par Thierry Meyssan [[On se souvient que Thierry Meyssan (qui, adolescent, fréquentait un groupe du Renouveau charismatique à Bordeaux…) n’a pas hésité à calomnier le Père Daniel-Ange, le 2 octobre 1995, au cours de l’émission « Comme un lundi » de Christophe Dechavanne et que le Tribunal de grande instance de Nanterre l’a condamné le 6 novembre « pour avoir tenu à son égard des propos diffamatoires » (NDLR).]], elle compte de nombreux adhérents, comme la LICRA, le MRAP, les Radicaux de gauche ou les Verts. La pétition que le Réseau Voltaire a rédigée [[Texte intitulé « Non à la restauration de la censure », selon lequel le nouveau Code pénal « viole la laïcité, principe fondamental de la République » (NDLR).34 – Tel est le but que s’assigne la franc-maçonnerie et plus particulièrement le Grand Orient de France qui, loin de se contenter de l’actuelle sécularisation des institutions et des lois, se propose à présent de « faire sortir Dieu du l it des Français » (Cf. « Humanisme » n°190, avril 1990).]] a été signée par Pierre Bourdieu, Henri Caillavet, Mgr Gaillot, Jean-François Hory, Henri Leclerc, Gilles Perrault, Madeleine Rebérioux et Philippe Sollers ».

Le Réseau Voltaire est constitué sous forme d’une association  » loi 1901″ dont la déclaration a été publiée au « Journal officiel des associations » du 2 mars 1994 sous l’objet suivant : « La défense de la liberté d’expression et d’information reconnue notamment par l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 et par l’article 10 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’homme et des Libertés fondamentales du 4 novembre 1950; la défense de la laïcité, fondement de la République, et la lutte contre l’intégrisme moral et la censure ».

Derrière ce paravant officiel, le Réseau Voltaire est en fait issu du rapprochement de deux forces distinctes mais complémentaires :
– le puissant lobby de ceux qui, vivant de la pornographie, sont ses bailleurs de fond; ceux-là ont matériellement intérêt à combattre ce qu’ils appellent « l’ordre moral » sans jamais apparaître nulle part;
– et les « idéologues » (socialistes, trotskystes, francs-maçons…) qui, dans le débat politique, interviennent au nom de la « liberté d’expression » mais consacrent en fait l’essentiel de leurs efforts à déchristianiser les comportements et les moeurs [[Tel est le but que s’assigne la franc-maçonnerie et plus particulièrement le Grand Orient de France qui, loin de se contenter de l’actuelle sécularisation des institutions et des lois, se propose à présent de « faire sortir Dieu du l it des Français » (Cf. « Humanisme » n°190, avril 1990).]].

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Un puissant lobby de défense de publications et de messageries pornographiques

Le Réseau Voltaire est issu, en droite ligne, du « Projet Ornicar », groupement homosexuel dont Thierry Meyssan assurait la présidence et qui s’était rendu célèbre en invitant Mgr Gaillot à participer, le 12 février 1990, au dîner-débat qu’il organisait sur le thème : « Les homosexuels, une chance pour l’Eglise ? ».

Comme le Réseau Voltaire l’écrit lui-même, « Le Projet Ornicar, association dont l’objet social est la défense des Droits de l’homme et l’abolition des discriminations sexuelles, participa activement à l’information des parlementaires durant les années de débat sur la réforme du Code pénal. Pour ses membres, dont la plupart sont issus de la minorité homosexuelle, cette réforme devait consacrer l’abandon de la notion de « bonnes moeurs » et traduire dans les textes l’un des grands principes de 1789 : la séparation des sphères publique et privée. Cet idéal, formulé par les philosophes et les francs-maçons des Lumières, devait être reformulé pour répondre aux nouvelles situations sociales » et à « l’apparition des nouvelles technologies de communication » (…). Aussi le Projet Ornicar organisa-t-il le 22 janvier 1994, une journée de travail dans un grand hôtel parisien. Une centaine de personnalités, élus de la Nation, journalistes, juristes et chefs d’entreprises s’y retrouvèrent (…). A nouveau réunis le 31 janvier 1994 au Parlement européen, ils constituèrent une association fédérative, le Réseau Voltaire » [[ « Maintenant » n° 6, mai-juin 1994, p. 11.]].

Dans une « Note d’information sur le Réseau Voltaire », écrite il y a deux ans (10 mars 1994) pour le compte de la Fédération des Familles de France, M. Denis Périer-Daville montre qu’en fait « le Réseau Voltaire constitue le paravent cachant un ensemble de publications et messageries pornographiques cherchant à se protéger contre des poursuites judiciaires. L’élément moteur de ce groupement est le magazine gay « Illico », propriétaire en sus de 36-15 Boy, de plusieurs messageries roses (36-15 homo, 36-15 Lesbis, 36-15 JH, 36-15 Colt…). « Illico » est produit par Staff Communication, 64 rue Rambuteau, 75003 Paris, qui édite également « Gay Infos », propriétaire de messageries roses télématiques » et qui « constitue un guide de « voyages sexuels » à l’étranger pour homosexuels et pédophiles recherchant spécialement de très jeunes gens »…

Enfin, depuis le lancement de la pétition « Contre la restauration de la censure » en mars 1994, la revue « Maintenant » est pratiquement devenue l’organe d’expression du Réseau Voltaire. Cette revue violemment anti-catholique, blasphématoire et outrancièrement pornographique, dont le responsable de la rédaction n’est autre que Thierry Meyssan, appartient au magnat du minitel rose Guy Sitbon, dont le fils, Michel Sitbon, est à la fois directeur de la publication et… trésorier du Réseau Voltaire. »Michel Sitbon, écrit François David dans « Le temps de l’Eglise » de décembre 1995, est le directeur d’un vaste réseau de messageries roses et de revues pornographiques. Il est aussi délégué du Syndicat national de la télématique (SNT) dont le président est Louis Roncin. Ce même Louis Roncin qui, propriétaire de 36-15 Cum ou 36-15 Ulla, a été condamné en 1991 par la Cour d’Appel d’Amiens pour incitation à la débauche. Quant au vice-président du Réseau Voltaire, Jean-Paul Lubliner, il est domicilié au 41 de la rue Damrémont à Paris, adresse qui est celle du siège de Synapse Agency, la société éditrice du magazine porno « Sans nom » (…)« . « Maintenant » du 8 février 1995 reconnaît d’ailleurs sans aucun complexe que « son financement est entièrement dû à l’entreprise qui l’édite, qui est éditrice de nombreuses publications érotiques et services minitel dits « roses ».

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Un redoutable réseau politique, social et culturel

Le Réseau Voltaire n’est pas tant un mouvement, qu’un réseau d’associations et de relations.

« Bien que ne revendiquant qu’environ 300 adhérents directs, le Réseau Voltaire tire sa force d’être une nébuleuse d’une cinquantaine d’associations », écrit Emmanuel Ratier [[ « Faits et documents » du 1er juin 1996, p. 6.]]. Parmi les associations qui font partie (ou dont les dirigeants font partie) du Réseau Voltaire figurent : la LICRA, le MRAP, la Ligue des Droits de l’Homme, Radical [[Les liens entre le Réseau Voltaire et Radical (ex-mouvement des Radicaux de gauche) sont particulièrement étroits puisqu’il semble que Thierry Meyssan ait adhéré à Radical et qu’inversement Jean-François Hory (ancien président du Mouvement des Radicaux de gauche, député européen radical) soit un des membres fondateurs du Réseau Voltaire. C’est d’ailleurs dans une salle réservée par Radical, au siège parisien du Parlement européen, que le Réseau Voltaire a tenu son assemblée générale du 21 janvier 1995.]], la Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception (CADAC), le Mouvement Français pour la Planning Familial (MFPF), etc…

Cette particularité est sans doute la clé de son efficacité politique : « Ce groupement déclaré en association loi 1901, ne fonctionne ni en fédération, ni en collectif, mais en réseau, explique Thierry Meyssan. Chaque membre adresse à un « noeud » central les informations dont il dispose sur les organisations de la droite extrême et sur les atteintes à la liberté d’expression. L’information est vérifiée et développée, puis transmise, sous forme de dépêches hebdomadaires, aux autres membres [[Le Réseau Voltaire publie chaque semaine une « Note d’information », bulletin confidentiel de six pages strictement réservé à ses correspondants et adhérents (NDLR).]]. Chacun peut ainsi conduire ses propres actions en connaissance de cause, selon sa propre logique et ses moyens. Les contacts directs entre membres sont facilités par le « noeud » central, permettant avec fluidité des regroupements ponctuels variés. Ainsi des groupes très divers peuvent participer, chacun avec ses propres exigences tactiques, à une stratégie commune » [[Cf « Faits et documents » du 1er juin 1996, p. 6]].

« L’originalité du mode de fonctionnement du Réseau Voltaire, insiste par ailleurs Thierry Meyssan, permet de mêler à la fois des entreprises, des associations de défense des droits de l’homme, des syndicats et des partis politiques, sans qu’aucun ne se trouve inféodé aux autres. Comme son nom l’indique, le système fonctionne en réseau aussi bien pour la collecte d’informations que pour leur diffusion. Il n’y a pas de mot d’ordre mais l’orchestration de synergies où chacun s’implique à la carte. Un des intérêts du système est de faciliter sa mobilisation quel que soit le point du Réseau attaqué » [[« Premier Janvier 1998 », bulletion de l’Association du 1er janvier 1998 n°2 du 5 décembre 1995, p. 4.]].

Le mode de fonctionnement du Réseau Voltaire lui permet de jouer un rôle prépondérant dans la mise en place de « collectifs » contre la venue du pape à Tours, à Reims et à Sainte Anne d’Auray, en septembre prochain.

Le Réseau Voltaire, que « Le Monde » lui-même qualifie de « collectif de la mouvance franc-maçonne », bénéficie à cette occasion de tout l’appui que le Grand Orient de France est en mesure de lui apporter.

Un récent article du « Monde » intitulé « La mobilisation laïque et républicaine des anti-Clovis » révèle en effet que des « réunions se tiennent dans la prestigieuse salle du conseil de l’ordre, au Grand Orient de France, à Paris. Sans plan de table ni protocole, des membres du Parti socialiste, du Parti communiste français, de Radical, des Verts, retrouvent, à l’heure du dîner, des représentants de la Ligue communiste révolutionnaire, de la Fédération anarchiste, du Parti des travailleurs, un journaliste de Charlie-Hebdo et, bien sûr, tout un chapelet d' »assoces », comme la Ligue des droits de l’homme, le MRAP, la LICRA et Ras l’front. Vendredi 24 mai, pour leur troisième rencontre, à l’initiative du réseau Voltaire – un collectif de la mouvance franc-maçonne qui « défend les libertés collectives et individuelles » -, ils devaient discuter autour d’un texte intitulé : « Tous et toutes citoyens, la France c’est nous, Clovis on s’en fout », de leur engagement dans les manifestations contre la venue du pape en septembre » [[Ariane Chemin in « Le Monde » des 26-27 mai 1996.]].

Ainsi que nous venons de le constater, le combat laïciste a su faire peau neuve !… Non content d’être responsable de la faillite d’un Etat sans références morales, et d’être parvenu à enfanter ce monstre stérile de l’Education Nationale, laïque et obligatoire, cause première du grand échec scolaire français et de la baisse galopante du niveau des études, le voici à présent qui entend chasser la plus petite trace de Dieu dans la vie intime de nos concitoyens.

Pour s’être recyclé, par « gay pride » interposée, il n’est pas pour autant devenu plus tolérant : le voici aujourd’hui inventeur du « sexuellement correct » !…

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