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Guillaume de Prémare revient sur l’injuste scandale provoqué par “l’affaire Gerson” et sur la liberté fondamentale de l’Eglise.

“Mon curé de paroisse racontait il y a quelques jours avoir confessé plusieurs dizaines de jeunes lors du grand rassemblement du Frat’. Il disait avoir été marqué par cette rencontre entre la miséricorde de Dieu et les blessures endurées par ces jeunes dans ce que notre bon curé nomme « cette société moderne mal maîtrisée ».

Il y a quelques temps, je discutais avec une infirmière scolaire de l’enseignement public. Elle me racontait ce rituel du lundi matin où des adolescentes se rendent à son bureau pour percevoir leur pilule du lendemain. Pourtant, ces jeunes filles sont supposées être sous contraceptif depuis leurs premières règles et leurs camarades garçons ont consciencieusement appris à enfiler des capotes sur de dérisoires bouts de bois.

Je demandais à cette infirmière si cette politique publique portait des fruits en termes de responsabilisation des jeunes. Elle me répondit : « Non, au contraire c’est une catastrophe. » Je la questionnais : « Si c’est une catastrophe, alors pourquoi continue-t-on ? » Elle lâcha dans un soupir : « On n’a pas le choix. »

L’Eglise, quant à elle, a le choix. Peut-elle abandonner ces jeunes aux blessures de cette « société moderne mal maîtrisée » ? Peut-elle les livrer à cette  sorte de « doctrine d’Etat » ? Bien évidemment non. Si l’Eglise accueille deux millions de jeunes dans l’enseignement catholique, ce doit être pour leur proposer un autre chemin : de foi, d’espérance et de charité ; de vérité, de liberté et de responsabilité.

Pour cela, l’enseignement catholique s’appuie sur son « caractère propre », supposé garanti par un contrat. Mais ce contrat ne garantit rien quand il suffit de le rendre inopérant par l’intimidation : calomnies, campagne de presse, inspection de l’éducation nationale etc. C’est ce qui s’est produit dans la cabale indigne conduite récemment contre le lycée Gerson, Alliance Vita et l’Opus Dei. L’objectif est particulièrement pervers : que l’enseignement catholique s’autocensure, qu’il neutralise lui-même le contrat supposé garantir sa liberté et sa responsabilité.

Face aux assauts de la “doctrine d’Etat”, on peut revendiquer ses libertés et ses droits, c’est normal. Mais la réponse fondamentale ne se situe pas d’abord dans la revendication de droits. Fondamentalement, la liberté de l’Eglise est au-delà des contrats. La liberté de l’Eglise est au-delà de l’Etat. La liberté de l’Eglise tient à la foi, elle tient à cette précieuse liberté intérieure qui est un don de Dieu et un fruit de la foi.

La question est de savoir si nous avons suffisamment de foi pour obéir à Dieu plutôt qu’au “clergé du siècle” et son cortège de censeurs. Obéir à Dieu commande de ne pas abdiquer la grave responsabilité des jeunes âmes dont l’Eglise a la charge. L’Eglise en doit des comptes devant les familles, et in fine devant Dieu lui-même.

Que la liberté extérieure de l’Eglise soit attaquée dans le service de ces âmes, la liberté intérieure demeure intouchable. Et tôt ou tard, ce que produit la liberté intérieure, c’est l’expression naturelle, le développement organique, des libertés extérieures : liberté de la religion, liberté d’éducation, liberté d’enseignement. Partout où l’Eglise est entravée, les libertés ne se quémandent pas, les libertés se prennent, tout simplement.”

Chronique diffusée sur Radio Espérance le 25 avril 2014
source: Aleteia

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