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Soigneusement remisée parmi les sujets tabous depuis plus de 30 ans, il semble bien que la question de l’immigration constituera l’enjeu essentiel de la campagne présidentielle qui s’annonce.

A droite comme à gauche, on se renvoie la responsabilité -on voudrait dire l’irresponsabilité- d’une situation à laquelle jamais personne n’a eu le courage de faire face. Mais derrière l’enjeu électoral, c’est bien plus un enjeu de civilisation auquel doit répondre, de façon impérieuse et urgente, notre communauté nationale.

L’immigration « subie »

Abandon du droit du sang, immigration de travail ­devenue immigration de peuplement par son changement de dimension et de nature, régularisation des sans-papiers, intégration plutôt qu’assimilation, eldorado des droits sociaux, islamisation progressive de la société… Chacun des gouvernements successifs n’a fait qu’accompagner par des mesures aveuglément démagogiques un mouvement jugé au mieux inéluctable, au pire nécessaire.

Dénonçant « l’immigrationnisme », le philosophe Taguieff décrivait dernièrement «cette dernière utopie des biens pensants» comme «une rhétorique sentimentale sur les flux migratoires qui a pour effet de transformer la politique en impolitique et de désarmer les nations démocratiques» (Le Figaro du 9 mai 2006).

Car c’est toujours la même idéologie qui sert de toile de fond à cette absence totale de toute politique de l’immigration en France, c’est-à-dire de toute prévision, de toute décision et de toute action. Une idéologie qui voit dans le déracinement un affranchissement, dans la transhumance un droit inaliénable et dans la colonisation du Nord par le Sud l’avènement d’un grand soir, la juste réplique des pays pauvres aux pays riches qui les ont asservis.

Il faut donc en faire l’amer constat : ce n’est pas tant par absence de courage que par choix délibéré que l’immigration -réalité qui plus que toute autre par ses implications humaines, sociales ou économiques, devrait faire l’objet d’une attention lucide de la part de nos dirigeants- est devenue le symbole de l’impuissance publique.

Les Français apprennent aujourd’hui, de la bouche même de ceux à qui ils avaient confié leur destinée et ­l’avenir de leur pays, que la France vivait jusque là sous le régime de « l’immigration subie ». Terrible aveu, face auquel on ne peut s’empêcher de penser à la devise du Maréchal De Lattre, devise des peuples libres et souverains : Ne pas subir.

Une apparente prise de conscience

Dans ce contexte, l’annonce par le gouvernement d’un projet de loi relatif à l’immigration a eu au moins le mérite d’ouvrir un débat jusque là interdit, sur les conséquences dramatiques d’une immigration massive et incontrôlée, qui appauvrit à la fois le migrant, la terre qu’il quitte et la terre où il s’installe.

Alors que le mot lui-même ne pouvait être prononcé, au risque d’ouvrir la boîte de Pandore en «faisant le jeu de l’extrême droite», le thème de l’immigration est devenu en quelques semaines l’inspirateur de concepts nouveaux : immigration choisie, immigration partagée, immigration tarie, sans oublier leurs avatars en forme de slogans : immigration jetable, immigration zéro… Chacun aujourd’hui a son idée sur la question et la solution à nos problèmes.

Pour les uns, il faut choisir ses immigrés, déterminer s’ils apporteront avec eux une valeur ajoutée. Il ne s’agit pas de remettre en cause les choix du passé : la France est et doit rester une terre d’immigration, mais elle doit poursuivre son effort et entrer dans une démarche « qualité », pour augmenter le niveau de ceux qui ont vocation non plus seulement à la peupler, mais à lui fournir son élite. C’est l’immigration choisie.

Pour les autres, l’immigration est un droit inaliénable de l’homme, un bien commun universel qui doit être partagé. C’est ensemble, au nom de la grande fraternité cosmique, que pays de migration et pays d’accueil doivent déterminer le nombre des migrants dignes du grand voyage. C’est l’immigration partagée.

Dans une conception comme dans l’autre, où l’on aura reconnu l’idéologie libérale et mercantile à droite, et l’idéologie « droits-de-l’hommiste » à gauche, rien ne semble apporter une réponse qui s’intéresserait enfin aux causes. Sous des dehors tantôt fermes tantôt justes, ces apparentes solutions se complaisent au contraire dans une attitude pernicieuse qui trahit une attitude infantilisante et infériorisante envers la personne immigrée.

Halte à la générosité inconsciente

Une vraie politique de l’immigration ne saurait se complaire en formules recyclées. Elle nécessite une conversion du regard et de la volonté. Il faut cesser de se croire généreux parce qu’on laisse béantes ses frontières.

Il faut cesser de croire que l’on respecte l’étranger si l’on n’exige pas de lui des devoirs en même temps qu’on lui reconnaît des droits. «C’était peut être la chance de ces Italiens, de ces Polonais, de ces Russes, de ces Juifs, de ces Arméniens, de ces Portugais et de tant d’autres car, malgré la misère, ils avaient évité l’actuelle machine à transformer l’homme en parasite social, ils avaient échappé à cette broyeuse idéologique qui engloutit un être humain et recrache un assisté bouffi de ressentiment et de haine» lance Andreï Makine dans son dernier ouvrage Cette France qu’on oublie d’aimer.

Il faut quitter cette vision ethnocentriste, où l’on feint d’ignorer que l’immigré est d’abord quelqu’un qui émigre, qui laisse tout -terre, famille, langue, culture- qui se détache de ses liens vitaux, pour fuir, de gré ou de force, un moins bien pour rejoindre un meilleur.

Traiter en profondeur de l’immigration, c’est donc d’abord et avant tout s’intéresser aux pays qui voient se tarir leurs forces vives, celles-là mêmes qui rendraient possible leur développement, si seulement on les aidait à se fixer chez elles. Il faut donc cesser de croire que stopper une immigration qui pille les richesses et assèche les énergies des pays pauvres est une attitude inhumaine.
Une authentique politique d’immigration prendra donc la forme d’une politique de co-développement, respectueuse tout à la fois de la France, incapable d’accueillir décemment «toute la misère du monde», et des pays de migration, qui ont une vocation autrement plus digne, que de servir de main d’œuvre à des pays plus riches qu’eux. Sans quoi, c’est la triste prophétie de Jean Raspail, dans son prémonitoire Camp des Saints, qui se réalise: «le Tiers Monde débordait et l’Occident était son égout»…
Mais on voudrait être bien sûr qu’il n’est pas déjà trop tard.

Retisser la France en communauté nationale

Car partout, les « modèles d’intégration » explosent. Au Pays-Bas, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou en Suède, des populations restées étrangères parce qu’elles n’ont pas voulu ou que l’on n’a pas su les assimiler, font sécession. Parce qu’elles n’ont voulu qu' »intégrer », les sociétés se désintègrent. Les communautés ethniques prennent le pas sur la communauté nationale. Et les minorités, plus bruyantes et plus jeunes, dictent leur loi à une majorité silencieuse qui ne sait plus que se taire.
La France, quant à elle, commence à regretter d’avoir remplacé sa bannière tricolore par le triptyque « Black, Blanc, Beur » expression d’une société multiethnique, devenue multiconflictuelle.

C’est bien de cela dont il s’agit : l’heure est venue de retrouver nos couleurs. L’heure est venue de ne plus nous définir comme un agrégat de races ou d’ethnies, qui se côtoient autour des stades mais ne forment plus ensemble une seule et unique communauté nationale.

L’heure est surtout venue de nous rappeler qui nous sommes, et d’en éprouver de la fierté. Car ce sont avant tout des questions d’ordre culturel et religieux que nous pose l’immigration.

Ce qui maintiendra unie notre nation, c’est la transmission et le partage d’un socle solide de valeurs communes. Il nous faut retourner à la souche, et pour cela nous replonger dans notre histoire millénaire de fille aînée de l’Église. C’est là, au cœur de cette identité chrétienne qui a fait naître et grandir notre peuple, et que nous avons depuis trop de temps enfouie, que se trouvent les ressources fécondes de notre rayonnement à la face des nations et de notre générosité envers l’étranger.

Le travail commence aujourd’hui, pour chacun. Il s’agit de retisser des liens distendus. Par le début, par le bas. Dans les écoles, les communes, les associations, les familles. Dans les banlieues, les halls d’immeubles, qui ne sauraient rester plus longtemps des enclaves perdues.
Il faut réapprendre à aimer la France. Et à la faire aimer. Soigneusement remisée parmi les sujets tabous depuis plus de 30 ans, il semble bien que la question de l’immigration constituera l’enjeu essentiel de la campagne présidentielle qui s’annonce.

A droite comme à gauche, on se renvoie la responsabilité -on voudrait dire l’irresponsabilité- d’une situation à laquelle jamais personne n’a eu le courage de faire face. Mais derrière l’enjeu électoral, c’est bien plus un enjeu de civilisation auquel doit répondre, de façon impérieuse et urgente, notre communauté nationale.

L’immigration « subie »

Abandon du droit du sang, immigration de travail ­devenue immigration de peuplement par son changement de dimension et de nature, régularisation des sans-papiers, intégration plutôt qu’assimilation, eldorado des droits sociaux, islamisation progressive de la société… Chacun des gouvernements successifs n’a fait qu’accompagner par des mesures aveuglément démagogiques un mouvement jugé au mieux inéluctable, au pire nécessaire.

Dénonçant « l’immigrationnisme », le philosophe Taguieff décrivait dernièrement «cette dernière utopie des biens pensants» comme «une rhétorique sentimentale sur les flux migratoires qui a pour effet de transformer la politique en impolitique et de désarmer les nations démocratiques» (Le Figaro du 9 mai 2006).

Car c’est toujours la même idéologie qui sert de toile de fond à cette absence totale de toute politique de l’immigration en France, c’est-à-dire de toute prévision, de toute décision et de toute action. Une idéologie qui voit dans le déracinement un affranchissement, dans la transhumance un droit inaliénable et dans la colonisation du Nord par le Sud l’avènement d’un grand soir, la juste réplique des pays pauvres aux pays riches qui les ont asservis.

Il faut donc en faire l’amer constat : ce n’est pas tant par absence de courage que par choix délibéré que l’immigration -réalité qui plus que toute autre par ses implications humaines, sociales ou économiques, devrait faire l’objet d’une attention lucide de la part de nos dirigeants- est devenue le symbole de l’impuissance publique.

Les Français apprennent aujourd’hui, de la bouche même de ceux à qui ils avaient confié leur destinée et ­l’avenir de leur pays, que la France vivait jusque là sous le régime de « l’immigration subie ». Terrible aveu, face auquel on ne peut s’empêcher de penser à la devise du Maréchal De Lattre, devise des peuples libres et souverains : Ne pas subir.

Une apparente prise de conscience

Dans ce contexte, l’annonce par le gouvernement d’un projet de loi relatif à l’immigration a eu au moins le mérite d’ouvrir un débat jusque là interdit, sur les conséquences dramatiques d’une immigration massive et incontrôlée, qui appauvrit à la fois le migrant, la terre qu’il quitte et la terre où il s’installe.

Alors que le mot lui-même ne pouvait être prononcé, au risque d’ouvrir la boîte de Pandore en «faisant le jeu de l’extrême droite», le thème de l’immigration est devenu en quelques semaines l’inspirateur de concepts nouveaux : immigration choisie, immigration partagée, immigration tarie, sans oublier leurs avatars en forme de slogans : immigration jetable, immigration zéro… Chacun aujourd’hui a son idée sur la question et la solution à nos problèmes.

Pour les uns, il faut choisir ses immigrés, déterminer s’ils apporteront avec eux une valeur ajoutée. Il ne s’agit pas de remettre en cause les choix du passé : la France est et doit rester une terre d’immigration, mais elle doit poursuivre son effort et entrer dans une démarche « qualité », pour augmenter le niveau de ceux qui ont vocation non plus seulement à la peupler, mais à lui fournir son élite. C’est l’immigration choisie.

Pour les autres, l’immigration est un droit inaliénable de l’homme, un bien commun universel qui doit être partagé. C’est ensemble, au nom de la grande fraternité cosmique, que pays de migration et pays d’accueil doivent déterminer le nombre des migrants dignes du grand voyage. C’est l’immigration partagée.

Dans une conception comme dans l’autre, où l’on aura reconnu l’idéologie libérale et mercantile à droite, et l’idéologie « droits-de-l’hommiste » à gauche, rien ne semble apporter une réponse qui s’intéresserait enfin aux causes. Sous des dehors tantôt fermes tantôt justes, ces apparentes solutions se complaisent au contraire dans une attitude pernicieuse qui trahit une attitude infantilisante et infériorisante envers la personne immigrée.

Halte à la générosité inconsciente

Une vraie politique de l’immigration ne saurait se complaire en formules recyclées. Elle nécessite une conversion du regard et de la volonté. Il faut cesser de se croire généreux parce qu’on laisse béantes ses frontières.

Il faut cesser de croire que l’on respecte l’étranger si l’on n’exige pas de lui des devoirs en même temps qu’on lui reconnaît des droits. «C’était peut être la chance de ces Italiens, de ces Polonais, de ces Russes, de ces Juifs, de ces Arméniens, de ces Portugais et de tant d’autres car, malgré la misère, ils avaient évité l’actuelle machine à transformer l’homme en parasite social, ils avaient échappé à cette broyeuse idéologique qui engloutit un être humain et recrache un assisté bouffi de ressentiment et de haine» lance Andreï Makine dans son dernier ouvrage Cette France qu’on oublie d’aimer.

Il faut quitter cette vision ethnocentriste, où l’on feint d’ignorer que l’immigré est d’abord quelqu’un qui émigre, qui laisse tout -terre, famille, langue, culture- qui se détache de ses liens vitaux, pour fuir, de gré ou de force, un moins bien pour rejoindre un meilleur.

Traiter en profondeur de l’immigration, c’est donc d’abord et avant tout s’intéresser aux pays qui voient se tarir leurs forces vives, celles-là mêmes qui rendraient possible leur développement, si seulement on les aidait à se fixer chez elles. Il faut donc cesser de croire que stopper une immigration qui pille les richesses et assèche les énergies des pays pauvres est une attitude inhumaine.
Une authentique politique d’immigration prendra donc la forme d’une politique de co-développement, respectueuse tout à la fois de la France, incapable d’accueillir décemment «toute la misère du monde», et des pays de migration, qui ont une vocation autrement plus digne, que de servir de main d’œuvre à des pays plus riches qu’eux. Sans quoi, c’est la triste prophétie de Jean Raspail, dans son prémonitoire Camp des Saints, qui se réalise: «le Tiers Monde débordait et l’Occident était son égout»…
Mais on voudrait être bien sûr qu’il n’est pas déjà trop tard.

Retisser la France en communauté nationale

Car partout, les « modèles d’intégration » explosent. Au Pays-Bas, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou en Suède, des populations restées étrangères parce qu’elles n’ont pas voulu ou que l’on n’a pas su les assimiler, font sécession. Parce qu’elles n’ont voulu qu' »intégrer », les sociétés se désintègrent. Les communautés ethniques prennent le pas sur la communauté nationale. Et les minorités, plus bruyantes et plus jeunes, dictent leur loi à une majorité silencieuse qui ne sait plus que se taire.
La France, quant à elle, commence à regretter d’avoir remplacé sa bannière tricolore par le triptyque « Black, Blanc, Beur » expression d’une société multiethnique, devenue multiconflictuelle.

C’est bien de cela dont il s’agit : l’heure est venue de retrouver nos couleurs. L’heure est venue de ne plus nous définir comme un agrégat de races ou d’ethnies, qui se côtoient autour des stades mais ne forment plus ensemble une seule et unique communauté nationale.

L’heure est surtout venue de nous rappeler qui nous sommes, et d’en éprouver de la fierté. Car ce sont avant tout des questions d’ordre culturel et religieux que nous pose l’immigration.

Ce qui maintiendra unie notre nation, c’est la transmission et le partage d’un socle solide de valeurs communes. Il nous faut retourner à la souche, et pour cela nous replonger dans notre histoire millénaire de fille aînée de l’Église. C’est là, au cœur de cette identité chrétienne qui a fait naître et grandir notre peuple, et que nous avons depuis trop de temps enfouie, que se trouvent les ressources fécondes de notre rayonnement à la face des nations et de notre générosité envers l’étranger.

Le travail commence aujourd’hui, pour chacun. Il s’agit de retisser des liens distendus. Par le début, par le bas. Dans les écoles, les communes, les associations, les familles. Dans les banlieues, les halls d’immeubles, qui ne sauraient rester plus longtemps des enclaves perdues.
Il faut réapprendre à aimer la France. Et à la faire aimer. Soigneusement remisée parmi les sujets tabous depuis plus de 30 ans, il semble bien que la question de l’immigration constituera l’enjeu essentiel de la campagne présidentielle qui s’annonce.

A droite comme à gauche, on se renvoie la responsabilité -on voudrait dire l’irresponsabilité- d’une situation à laquelle jamais personne n’a eu le courage de faire face. Mais derrière l’enjeu électoral, c’est bien plus un enjeu de civilisation auquel doit répondre, de façon impérieuse et urgente, notre communauté nationale.

L’immigration « subie »

Abandon du droit du sang, immigration de travail ­devenue immigration de peuplement par son changement de dimension et de nature, régularisation des sans-papiers, intégration plutôt qu’assimilation, eldorado des droits sociaux, islamisation progressive de la société… Chacun des gouvernements successifs n’a fait qu’accompagner par des mesures aveuglément démagogiques un mouvement jugé au mieux inéluctable, au pire nécessaire.

Dénonçant « l’immigrationnisme », le philosophe Taguieff décrivait dernièrement «cette dernière utopie des biens pensants» comme «une rhétorique sentimentale sur les flux migratoires qui a pour effet de transformer la politique en impolitique et de désarmer les nations démocratiques» (Le Figaro du 9 mai 2006).

Car c’est toujours la même idéologie qui sert de toile de fond à cette absence totale de toute politique de l’immigration en France, c’est-à-dire de toute prévision, de toute décision et de toute action. Une idéologie qui voit dans le déracinement un affranchissement, dans la transhumance un droit inaliénable et dans la colonisation du Nord par le Sud l’avènement d’un grand soir, la juste réplique des pays pauvres aux pays riches qui les ont asservis.

Il faut donc en faire l’amer constat : ce n’est pas tant par absence de courage que par choix délibéré que l’immigration -réalité qui plus que toute autre par ses implications humaines, sociales ou économiques, devrait faire l’objet d’une attention lucide de la part de nos dirigeants- est devenue le symbole de l’impuissance publique.

Les Français apprennent aujourd’hui, de la bouche même de ceux à qui ils avaient confié leur destinée et ­l’avenir de leur pays, que la France vivait jusque là sous le régime de « l’immigration subie ». Terrible aveu, face auquel on ne peut s’empêcher de penser à la devise du Maréchal De Lattre, devise des peuples libres et souverains : Ne pas subir.

Une apparente prise de conscience

Dans ce contexte, l’annonce par le gouvernement d’un projet de loi relatif à l’immigration a eu au moins le mérite d’ouvrir un débat jusque là interdit, sur les conséquences dramatiques d’une immigration massive et incontrôlée, qui appauvrit à la fois le migrant, la terre qu’il quitte et la terre où il s’installe.

Alors que le mot lui-même ne pouvait être prononcé, au risque d’ouvrir la boîte de Pandore en «faisant le jeu de l’extrême droite», le thème de l’immigration est devenu en quelques semaines l’inspirateur de concepts nouveaux : immigration choisie, immigration partagée, immigration tarie, sans oublier leurs avatars en forme de slogans : immigration jetable, immigration zéro… Chacun aujourd’hui a son idée sur la question et la solution à nos problèmes.

Pour les uns, il faut choisir ses immigrés, déterminer s’ils apporteront avec eux une valeur ajoutée. Il ne s’agit pas de remettre en cause les choix du passé : la France est et doit rester une terre d’immigration, mais elle doit poursuivre son effort et entrer dans une démarche « qualité », pour augmenter le niveau de ceux qui ont vocation non plus seulement à la peupler, mais à lui fournir son élite. C’est l’immigration choisie.

Pour les autres, l’immigration est un droit inaliénable de l’homme, un bien commun universel qui doit être partagé. C’est ensemble, au nom de la grande fraternité cosmique, que pays de migration et pays d’accueil doivent déterminer le nombre des migrants dignes du grand voyage. C’est l’immigration partagée.

Dans une conception comme dans l’autre, où l’on aura reconnu l’idéologie libérale et mercantile à droite, et l’idéologie « droits-de-l’hommiste » à gauche, rien ne semble apporter une réponse qui s’intéresserait enfin aux causes. Sous des dehors tantôt fermes tantôt justes, ces apparentes solutions se complaisent au contraire dans une attitude pernicieuse qui trahit une attitude infantilisante et infériorisante envers la personne immigrée.

Halte à la générosité inconsciente

Une vraie politique de l’immigration ne saurait se complaire en formules recyclées. Elle nécessite une conversion du regard et de la volonté. Il faut cesser de se croire généreux parce qu’on laisse béantes ses frontières.

Il faut cesser de croire que l’on respecte l’étranger si l’on n’exige pas de lui des devoirs en même temps qu’on lui reconnaît des droits. «C’était peut être la chance de ces Italiens, de ces Polonais, de ces Russes, de ces Juifs, de ces Arméniens, de ces Portugais et de tant d’autres car, malgré la misère, ils avaient évité l’actuelle machine à transformer l’homme en parasite social, ils avaient échappé à cette broyeuse idéologique qui engloutit un être humain et recrache un assisté bouffi de ressentiment et de haine» lance Andreï Makine dans son dernier ouvrage Cette France qu’on oublie d’aimer.

Il faut quitter cette vision ethnocentriste, où l’on feint d’ignorer que l’immigré est d’abord quelqu’un qui émigre, qui laisse tout -terre, famille, langue, culture- qui se détache de ses liens vitaux, pour fuir, de gré ou de force, un moins bien pour rejoindre un meilleur.

Traiter en profondeur de l’immigration, c’est donc d’abord et avant tout s’intéresser aux pays qui voient se tarir leurs forces vives, celles-là mêmes qui rendraient possible leur développement, si seulement on les aidait à se fixer chez elles. Il faut donc cesser de croire que stopper une immigration qui pille les richesses et assèche les énergies des pays pauvres est une attitude inhumaine.
Une authentique politique d’immigration prendra donc la forme d’une politique de co-développement, respectueuse tout à la fois de la France, incapable d’accueillir décemment «toute la misère du monde», et des pays de migration, qui ont une vocation autrement plus digne, que de servir de main d’œuvre à des pays plus riches qu’eux. Sans quoi, c’est la triste prophétie de Jean Raspail, dans son prémonitoire Camp des Saints, qui se réalise: «le Tiers Monde débordait et l’Occident était son égout»…
Mais on voudrait être bien sûr qu’il n’est pas déjà trop tard.

Retisser la France en communauté nationale

Car partout, les « modèles d’intégration » explosent. Au Pays-Bas, en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou en Suède, des populations restées étrangères parce qu’elles n’ont pas voulu ou que l’on n’a pas su les assimiler, font sécession. Parce qu’elles n’ont voulu qu' »intégrer », les sociétés se désintègrent. Les communautés ethniques prennent le pas sur la communauté nationale. Et les minorités, plus bruyantes et plus jeunes, dictent leur loi à une majorité silencieuse qui ne sait plus que se taire.
La France, quant à elle, commence à regretter d’avoir remplacé sa bannière tricolore par le triptyque « Black, Blanc, Beur » expression d’une société multiethnique, devenue multiconflictuelle.

C’est bien de cela dont il s’agit : l’heure est venue de retrouver nos couleurs. L’heure est venue de ne plus nous définir comme un agrégat de races ou d’ethnies, qui se côtoient autour des stades mais ne forment plus ensemble une seule et unique communauté nationale.

L’heure est surtout venue de nous rappeler qui nous sommes, et d’en éprouver de la fierté. Car ce sont avant tout des questions d’ordre culturel et religieux que nous pose l’immigration.

Ce qui maintiendra unie notre nation, c’est la transmission et le partage d’un socle solide de valeurs communes. Il nous faut retourner à la souche, et pour cela nous replonger dans notre histoire millénaire de fille aînée de l’Église. C’est là, au cœur de cette identité chrétienne qui a fait naître et grandir notre peuple, et que nous avons depuis trop de temps enfouie, que se trouvent les ressources fécondes de notre rayonnement à la face des nations et de notre générosité envers l’étranger.

Le travail commence aujourd’hui, pour chacun. Il s’agit de retisser des liens distendus. Par le début, par le bas. Dans les écoles, les communes, les associations, les familles. Dans les banlieues, les halls d’immeubles, qui ne sauraient rester plus longtemps des enclaves perdues.
Il faut réapprendre à aimer la France. Et à la faire aimer.