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Le terme même de “travail en cellule” fait spontanément penser à la formation intellectuelle et à la réflexion, mais il existe un lien fondamental entre formation et action, qui est le terrain propre de la cellule.

En effet, pour mener notre mission de reconquête chrétienne, il y a des méthodes d’action spécifiques à mettre en œuvre. Nous ne pouvons pas faire n’importe quoi sous prétexte d’agir. D’abord, comme chrétiens ou hommes de bonne volonté, nous ne pouvons pas utiliser au service de la civilisation de l’amour des moyens qui lui soient contraires, à savoir ceux de la Révolution, cela nous conduirait à œuvrer pour la culture de mort. Au contraire, il nous faut restaurer l’ordre naturel de l’intérieur, par une action en profondeur, multiforme, dont l’élément déterminant est le facteur humain. C’est donc sur les hommes qu’il faut centrer notre action, en particulier par un travail de mise en valeur du potentiel humain. C’est là le rôle primordial de ceux que nous appelons les animateurs, qui s’emploient à développer cette ressource humaine par une triple action de formation, de mobilisation et de concertation. Et ces nécessités que sont la formation des laïcs et leur organisation, c’est en particulier par la cellule qu’elles peuvent se réaliser.

Une remarque préliminaire, d’abord, pour dire qu’il ne faut pas se focaliser sur ce termede «cellule»: Jean Ousset disait souvent que l’on peut en employer d’autres, le mot en lui-même n’étant pas important. On peut aussi bien parler de groupe de formation, de vidéo-club, de diapo-club (selon les outils utilisés), de cercle, de rencontre, etc. Ce qui montre d’ailleurs la grande diversité des formules et des possibilités de fonctionnement. Pour la simplicité du discours, nous garderons le terme de “cellule”, d’autant que la comparaison avec la biologie fait image: de même qu’une cellule est l’unité de base du corps humain, la “cellule” est l’unité de base du corps social. Et plus il y aura de “cellules” pour animer notre société, mieux elle se portera…

La cellule est donc ce point de départ pour notre mission de reconquête, sorte de base arrière où l’on puise à la fois le réconfort humain, le savoir-faire, les munitions et la synchronisation avec tous ceux qui se battent sur le même “front”. Elle est le lieu de la préparation à notre mission temporelle. Or, on ne part pas au “combat” sans formation, ni seul, non plus que sans stratégie. Ce sont les trois objectifs de la cellule: former, mobiliser, préparer à l’action. Il est indispensable de prendre en compte ces trois aspects qui permettront de comprendre tout l’intérêt et l’importance du travail en cellule.

On ne s’engage pas dans un combat sans préparation, le premier objectif de la cellule est donc de se former.

Mais de quelle formation s’agit-il?

Ayant pour finalité l’engagement des laïcs, la cellule est là pour assurer une formation dans le domaine du temporel, et uniquement du temporel. Non par refus de la dimension spirituelle, ni par dédain pour la démarche théologique, mais parce que ce n’est ni son objet ni sa compétence, d’autant plus qu’il y a déjà de multiples organismes ordonnés à cela (paroisses, communautés, mouvements, etc.). En revanche, la cellule est le lieu de formation consacré à la mission spécifique des laïcs, à savoir, comme le rappelle Jean-Paul II, “le monde, vaste et compliqué, de la politique, de la réalité sociale, de l’économie; comme aussi celui de la culture, de la science et des arts, de la vie internationale, des instruments de communication sociale; et encore d’autres réalités (…) comme celle de l’amour, de la famille, de l’éducation des enfants et des adolescents, le travail professionnel, la souffrance”[[Cf. Notes pour l’action, n°26. Beaucoup des citations de Jean Ousset ici sont extraits de cette brochure.]]. Le champ de formation de la cellule concerne donc tout ce qui touche le civique et le culturel, de manière à aider les laïcs à remplir au mieux leur mission temporelle.

…pour l’action

Parce que l’objectif de la formation, c’est l’action! Et non la formation recherchée pour elle-même. Jean Ousset se méfiait d’une complaisance pour l’érudition stérile et avait des expressions très fortes pour condamner cette attitude : “Fragonard, Poussin, Tiepolo, je m’en f…, finalement, si ce n’est pas pour amener les gens à se mobiliser pour leur pays!”; ou encore: “Il serait insensé qu’une cellule tourne au cercle fermé où l’on bavarde gentiment et où l’on se congratule réciproquement de professer la vérité. Ne jamais oublier le but, dont la cellule n’est que le moyen. Ce but est le rayonnement de la vérité; et le moyen: la formation intensive, systématique”[[Voir à ce sujet notre Permanences sur l’histoire, n°402, juin 2003.]].

L’objectif de la formation en cellule n’est pas de s’engager dans de grandes études philosophiques ou de faire le tour des musées, mais de donner les connaissances élémentaires, le minimum nécessaire à notre engagement de laïc: cet “essentiel chrétien et français” qui fait le fond de notre civilisation et qui rassemble les connaissances indispensables pour envisager l’action. “La cellule est essentiellement un noyau d’hommes qui se veulent agissants et rayonnants”, disait Jean Ousset. Le souci de l’action doit être encore et toujours le critère principal du travail en cellule.

Une formation complète

Lorsque l’on parle de formation, on a généralement tendance à ne voir que la dimension doctrinale. Bien sûr, cette formation doit contenir une part de doctrine, c’est-à-dire les bases philosophiques, les principes de la doctrine sociale de l’Eglise, la connaissance des principales notions politiques, les idéologies, etc. Ce sont ces références qui permettent d’avoir une formation de fond et de comprendre les événements de l’actualité ainsi que leurs grands enjeux.

Mais en s’arrêtant là, nous risquons de tomber dans le travers de l’étroitesse doctrinale, de devenir des doctrinaires, ces “magnétophones à doctrine” qu’abhorrait Jean Ousset. En effet, la vérité n’est pas une matraque que l’on assène, trois autres dimensions sont indispensables pour constituer une “tête bien faite” : l’histoire, la culture et les méthodes d’action.

Importance fondamentale, en effet, de l’histoire car elle nous permet d’appréhender l’homme dans sa complexité, de retirer des leçons du passé et de découvrir des permanences humaines, l’histoire étant finalement la seule expérience que nous ayons de l’homme. Une bonne connaissance historique permet de surcroît d’assumer notre héritage, qui est constitutif de notre identité nationale[[Voir à ce sujet notre Permanences sur la culture, n°412 de juin-juillet 2004.]].

Nécessité absolue, ensuite, de la culture parce qu’elle est l’incarnation de notre personnalité collective, le lieu d’expression de ce qui est le plus humain dans les structures sociales et politiques, et puis l’enjeu majeur de l’évolution de notre société. C’est pourquoi il faut intégrer une connaissance des composantes de notre culture, et puis une approche de la démarche apologétique que favorise la richesse de notre patrimoine[[Voir à ce sujet notre Permanences sur la communication, n°407, décembre 2003 (qui rappelle entre autres choses que l’on ne retient qu’environ 5% de ce que l’on entend…)]].

Enfin, il serait faux d’imaginer qu’une fois que l’on est formé, il suffit d’agir. Car l’action politique ne s’improvise pas; elle possède des méthodes qui lui sont propres, qu’il faut connaître si l’on veut, d’abord ne pas nuire, et surtout être efficace. Une réflexion sur les principes et méthodes d’action est donc indispensable, avec en particulier une saine vision de la vertu de prudence politique.

Pour être complète, notre formation a donc besoin de ces quatre éléments: doctrine, histoire, culture et méthodes d’action. Lorsqu’on élabore un programme de cellule, il est important d’avoir ces critères à l’esprit pour vérifier que la formation sera complète. Sinon, les limites d’une formation partielle apparaissent très rapidement. Si l’on s’en tient à la seule doctrine et qu’il manque la formation culturelle, on se cantonne à une démarche théorique qui devient très vite raide, au risque de faire fuir une grande majorité de nos contemporains que le discours de principe rebute. En revanche, s’il manque la doctrine et que l’on se contente de la formation culturelle, on risque d’être incapable de remonter à l’explication des principes qui ont permis l’élaboration des œuvres de beauté et de partir dans tous les sens. Enfin, si on laisse de côté les méthodes d’action, on reste inefficace, en conservant ses connaissances pour soi, la cellule risque alors de très vite tourner en rond, ne “débouchant sur rien”, comme certains s’en plaignent, parce que ses membres ne voient pas comment mettre en œuvre ce qu’ils ont appris. Ce dernier travers est probablement le plus répandu dans le travail en cellule.

C’est-à-dire une formation qui soit concrète et efficace. Pour cela, il faut prendre en compte trois niveaux de formation car être formé, c’est: savoir, savoir dire et savoir faire.

Savoir

Il est certain qu’être formé, c’est d’abord intégrer des connaissances. Mais il faut préciser que l’acquisition d’un savoir n’est pas se contenter de vagues notions ou de quelques aperçus approximatifs, cela suppose de maîtriser son sujet. Et cela demande de faire un véritable travail d’assimilation personnelle en utilisant des références, en étudiant des supports adaptés et en mettant en place une démarche active. Et il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas de formation réelle sans travail en profondeur, ni sans effort durable.

Savoir dire

Parce que la connaissance n’a d’intérêt que si elle est communiquée et diffusée. Ainsi, être formé, c’est aussi être capable de rendre compte de ce que l’on sait. Notre objectif est de convaincre. Or, tout le monde a fait l’expérience de la différence qu’il y a entre ce que l’on sait et ce que l’on est capable d’expliquer, à cause des difficultés de l’expression. Cette distance, il faut apprendre à la franchir; cela se travaille. Et la cellule est le lieu désigné, parce qu’on y est entre amis, pour s’exercer au savoir dire, par un entraînement régulier à la prise de parole, à l’explication, à l’argumentation et au débat.

Savoir faire

Etre formé, c’est surtout avoir la capacité de mettre en œuvre ce que l’on a appris. Cela aussi se travaille et se réfléchit: trouver le moyen de traduire dans la pratique les principes que l’on connaît et qu’il ne suffit pas d’avoir compris intellectuellement; il faut réfléchir à la manière de les appliquer, chacun à son niveau, dans son entreprise, sa famille, ses responsabilités, de manière très concrète. C’est ce à quoi appelait Gustave Thibon quand il disait: “Nous ne manquons pas de savants. Nous en avons même de plus en plus grâce à la multiplication des écoles; nous manquons de sages. Qu’est-ce donc que la sagesse? C’est l’art de faire passer la théorie dans la pratique, de «trouver le joint» par où, dans chaque cas particulier, le savoir abstrait peut s’articuler à la réalité concrète, de prendre et d’exécuter les décisions exigées par des circonstances nouvelles et imprévues”. L’objectif du travail en cellule est donc de faire de nous, non pas des érudits, mais des sages!

Pour atteindre cette qualité de formation, il est recommandé de s’y prendre avec méthode. Nous bénéficions là de l’expérience de Jean Ousset. Dans sa jeunesse, lorsqu’il travaillait en usine, il s’est trouvé confronté à des ouvriers plus formés que lui et plus efficaces dans leurs argumentations. Il s’est rendu compte que ceux-ci travaillaient à se former dans des “cellules”, terme qu’il reprendra par la suite, petits groupes de réflexion où ils s’entraînaient à l’argumentation et à l’action. C’est le moyen de formation que nous proposons encore aujourd’hui en raison de son efficacité et de son réalisme. En effet, ce n’est pas par la passivité des conférences et autres enseignements que l’on se forme, mais par un travail actif et en groupe[[L’approfondissement de cette méthode fait l’objet de nos sessions de formation pour animateurs]].

En quoi consiste concrètement cette méthode active? Elle s’articule en deux étapes complémentaires: un travail personnel, qui se prolonge dans le travail en groupe.

En effet, il ne peut y avoir de formation sans travail personnel. Il faut donc commencer par étudier; non pas se contenter de la seule lecture d’un texte, mais prendre des notes et en faire une synthèse ou un résumé qui permettent de mieux saisir la pensée et de s’en imprégner. Ce premier temps est nécessaire pour intégrer la connaissance, c’est l’étape du «savoir». Pour cela, il est important de choisir des supports qui correspondent au niveau des participants et au temps qu’ils peuvent y consacrer.

C’est ensuite, en groupe, que l’on revient sur l’étude personnelle pour passer au «savoir dire» et au «savoir faire». D’abord, on reprend les idées et les arguments, pour en vérifier la compréhension et pour se les réapproprier, avec ses propres mots et exemples. C’est là que l’on procède à cet exercice très formateur de reformulation et d’argumentation, quitte à faire des jeux de rôle, avec un «avocat du diable». Le travail en groupe permet ensuite de mettre en situation ce que l’on a étudié dans la vie quotidienne et de l’envisager pour l’action. Cela est particulièrement nécessaire lorsqu’on aborde des thèmes abstraits ou plus philosophiques comme, par exemple, la vérité, la liberté, le principe de totalité ou la subsidiarité.

Cette formation active demande à la fois un programme adéquat et un cadre adapté. Il n’y a pas de travail de cellule sans programme judicieusement élaboré puisque l’objectif est d’acquérir une formation complète. Il est donc recommandé de mettre en place un parcours précis pour l’année et d’envisager la cellule sur plusieurs années, afin de pouvoir traiter les quatre dimensions de la formation: doctrine, histoire, culture, méthodes d’action. Il n’y a pas de programme type, même si le plus logique peut sembler de commencer par la formation doctrinale, puis d’élargir aux dimensions historique et culturelle, avant de passer aux méthodes d’action. Quelque soit l’ordre, l’essentiel est de tout voir, “à vous de choisir, pourvu que tout passe”, disait Ousset. C’est à l’animateur de savoir, en fonction de son groupe, comment organiser son parcours. Il doit en effet savoir tenir compte des attentes des participants du groupe qui, généralement, veulent d’abord parler de sujets d’actualité, de problèmes de société, de thèmes qui les touchent concrètement; mais le rôle de l’animateur est de les aider à remonter aux principes qui donnent les clés de lecture de tous ces sujets de société.

Pour aider à cette formation, ICHTUS a édité un certain nombre de supports de travail: livres, plaquettes, la revue Permanences, articles et dossiers de notre documentation, diapositives et CD pour les méthodes culturelles, vidéocassettes de conférences, etc. Il ne faut pas hésiter à avoir recours à ces supports qui sont conçus d’abord pour les cellules et penser à les alterner car ils sont complémentaires les uns avec les autres.

Enfin, ce travail de formation a besoin d’être soutenu par une rigueur d’organisation et par un cadre adapté au groupe car la forme est nécessaire pour favoriser le travail de fond. La première question qui se pose est celle de la régularité des séances. Quelle fréquence adopter pour les réunions? Jean Ousset conseillait: “le plus souvent possible”. Pourquoi pas toutes les semaines pour ceux qui le peuvent, mais le rythme idéal est probablement toutes les deux semaines. Il est aussi recommandé de fixer des repères stables pour favoriser la fidélité des participants: que les réunions aient lieu le même jour de la semaine, à la même heure, au même endroit. Il faut aussi savoir respecter les horaires, surtout de fin de séance pour permettre à ceux qui voudraient partir de pouvoir le faire. Et puis, la difficulté majeure pour l’animateur restera toujours de recentrer les discussions sur le sujet étudié car elles ont très vite tendance à partir dans de très nombreuses considérations adjacentes et souvent bien moins constructives… Enfin l’animateur doit avant tout savoir s’adapter à son groupe, être attentif aux attentes et aux besoins, aux possibilités et au niveau de chacun, faute de quoi les participants n’y trouveront pas leur compte et se lasseront.

Cette méthode de “travail actif”, qui existe depuis plus de cinquante ans maintenant, a donc eu largement le temps de faire ses preuves auprès des générations de laïcs qu’elle a formés. Mais il est certain qu’elle exige une rigueur et une pédagogie sur lesquelles on ne peut faire l’impasse[[L’approfondissement de cette méthode fait l’objet de nos sessions de formation pour animateurs]].

L’on ne part pas au combat seul; après la formation, le second objectif de la cellule est de mobiliser des volontaires pour l’action civique et culturelle. Mais qui? Et comment?

Il faut d’abord bien prendre en considération que le travail que nous proposons aux cellules n’est pas celui d’une sensibilisation grand public, d’une tentative de persuasion ni d’une ouverture au débat. Ces tâches reviennent directement aux laïcs sur le terrain de leurs responsabilités, ou dans le cadre d’organismes dont c’est la vocation. Au contraire, la cellule se situe en amont de ces engagements pour former ceux qui iront ensuite sur les terrains du débat et de la polémique. Mais ce n’est pas la vocation de la cellule d’organiser des confrontations avec des personnes qui auraient des convictions lointaines ou opposées. Le travail en cellule s’adresse à ceux qui ont un minimum de proximité pour leur permettre d’approfondir leurs convictions et de savoir comment les mettre en œuvre. La cellule est un lieu de préparation à l’action, son rôle est de former ceux qui veulent agir. Elle répond à cet appel de Jean-Paul II à “promouvoir, y compris en instituant des cours et des écoles spécialisées, la formation des formateurs. Former ceux qui, à leur tour, devront s’employer à la formation des fidèles laïcs, constitue une exigence première pour assurer la formation générale et capillaire de tout le peuple de Dieu, de tous les fidèles laïcs”[[Christifideles laici, n°63, 1988]]. Le but de la cellule est de former ces formateurs, de former les animateurs de notre société, les laïcs qui veulent avoir un rôle actif dans la renaissance de notre pays. L’objectif de la cellule, indique Jean Ousset, c’est de “former, pour en offrir le bienfait à notre patrie, la France, un nombre suffisant pour être décisif de cadres politiques, sociaux et culturels efficaces”. C’est pourquoi la cellule ne cherche pas à attirer un public très large, mais elle s’adresse à une “élite”. Non pas les plus intelligents, ni les plus riches, encore moins ceux qui appartiendraient à un certain milieu social; cette “élite” est constituée de ceux qui veulent agir et rendre des services à la communauté. La cellule existe pour former les “moteurs de l’action”.

L’animateur doit donc choisir soigneusement ceux qu’il va solliciter pour participer à son groupe. D’ailleurs, l’étymologie d’élite, c’est eligere, qui veut dire choisir. Et l’élection va se porter sur ceux qui sont ou peuvent devenir des cadres de la société. Bien entendu, il faut donner leur chance à tous ceux qui, n’ayant pas encore pris conscience de cette mission, pourraient se mobiliser progressivement. Mais rappelons-nous que l’objectif de la cellule n’est pas d’essayer de convaincre des personnes éloignées et encore moins la masse, mais de former en profondeur cette élite d’hommes, les “1000” dont parlait souvent Jean Ousset qui pourront ensuite avoir un rôle déterminant dans la société. Du reste, une sélection naturelle fait que ceux qui n’ont pas l’intention de s’engager s’éloignent d’eux-mêmes assez rapidement parce que le travail en cellule est exigeant et qu’il ouvre des perspectives d’action. Aussi, les meilleurs critères de sélection des membres d’une cellule sont donc ceux de la bonne volonté, du bon sens, du goût de la vérité, avec un minimum de confiance dans l’enseignement de l’Eglise bien sûr (mais il n’est pas nécessaire que la personne ait la foi), et surtout, l’angor patriae, l’angoisse pour la patrie, cette préoccupation du bien commun et de l’avenir de la France.

Enfin, il est d’expérience préférable de solliciter des personnes issues de son milieu naturel (ce qui ne veut pas dire milieu social) parce que c’est l’environnement que l’on connaît et que l’on va plus facilement pouvoir revivifier et reconstruire. L’objectif de la cellule est de refaire le tissu social et de renouveler les corps intermédiaires de la société, commençons par celui dans laquelle nous vivons…

Rôle de l’animateur

Pour réaliser ce travail, il faut des animateurs. Convaincu du rôle déterminant des hommes, l’animateur est celui qui n’a de cesse de susciter cette élite autour de lui et de la mobiliser pour l’action politique et culturelle. Et le terme d’animateur prend ici tout son sens: “celui qui donne une âme”. Par l’esprit qu’il diffuse autour de lui, il est celui qui éclaire les intelligences, qui entraîne à l’action et favorise la concertation. Pour cela, il développe trois attitudes essentielles, qui bien que discrètes, sont les leviers de l’action.

L’animateur est d’abord un rassembleur. L’animateur est celui qui a le souci constant de rapprocher les gens convaincus et déterminés, en particulier ceux qui peuvent agir ensemble et se concerter: les membres de la cellule, bien sûr, mais aussi tous ses contacts personnels. La formation en cellule est par essence fédératrice puisqu’elle fait l’unité autour de la doctrine. Au-delà des particularités de chacun, des différences de sensibilité ou d’action, la vérité permet de fonder l’unité sur les principes de base, dans l’esprit. Unité également, encore plus forte parce que charnelle, par la communion autour de la beauté, grâce au travail culturel, par la contemplation des œuvres, par la démarche apologétique. Et puis, l’animateur est celui qui diffuse le tour d’esprit de la «sociabilité» dans ses réseaux, favorisant toujours ce qui rassemble plutôt que ce qui divise.

L’animateur est également celui qui sait communiquer l’enthousiasme, qui sait re-motiver, en particulier en donnant nos raisons d’espérer. Il est celui qui recentre sur l’essentiel, qui redynamise les troupes, qui redonne les perspectives et mobilise pour l’action concrète. C’est une grande force et un autre intérêt de la cellule d’être ce lieu de réconfort, de synergie et de ressourcement pour le militantisme.

Ensuite et surtout, l’animateur est un meneur d’hommes. C’est lui qui donne le ton et qui fait travailler ceux qui l’entourent; travail subtil et délicat mais essentiel, qui doit respecter les caractères mais aussi susciter des efforts… Cela commence bien sûr par les membres de la cellule qu’il doit faire avancer dans la réflexion pour les mener jusqu’au sens du “combat général”, tout en sachant répondre à leurs attentes et partir de leurs préoccupations. Cela passe aussi par l’ambiance qu’il saura instaurer dans son groupe, mêlant l’ardeur pour la cause et un climat de convivialité. Cette animation du groupe demande de bonnes capacités d’adaptation et des qualités pédagogiques: le sens de l’éducation, de la maïeutique et de l’animation de réunion. Au contraire de tout “caporalisme”, qui peut tenter l’animateur, celui-ci doit faire preuve d’une grande souplesse et chercher à responsabiliser au maximum les participants. Surtout, et c’est peut-être le plus difficile, l’animateur doit trouver les moyens de fidéliser les membres de son groupe, car c’est dans le long terme que ce travail porte vraiment ses fruits.

Au-delà de la cellule, ce sont ses qualités humaines, son enthousiasme mais aussi son sens de la mesure qui lui permettront d’avoir le rayonnement et l’efficacité d’un meneur.

Enfin, l’animateur est un recruteur. Car au-delà de l’aspect du travail de groupe, l’animateur est celui qui a le souci permanent de la mobilisation. D’abord dans le cadre de la cellule en favorisant l’accroissement du groupe. Une cellule qui marche bien est une cellule qui attire naturellement, parce que les gens en parlent et font venir leurs amis. Lorsque le groupe devient trop important, on peut le diviser. Cela permet de lancer une nouvelle cellule. Dans le groupe déjà existant, on trouvera au moins une personne qui pourra devenir animateur et reprendre ce nouveau groupe. L’expérience montre que c’est même un moyen pour beaucoup de se dépasser et de se révéler. Cela fait de la cellule une vraie “pépinière de chefs”, comme disait Ousset, démontrant déjà sa fécondité. C’est pourquoi il ne faut pas avoir peur d’accueillir de nouvelles personnes à chaque séance, il n’y a pas d’inconvénients à ce qu’elles prennent le train en marche, cela donne même l’occasion de faire un retour sur les thèmes étudiés. Le nombre idéal de participants à une cellule est de sept ou huit personnes; au-delà de dix, il vaut mieux diviser le groupe pour permettre les discussions et le temps de prise de parole pour tous.

Plus largement, l’animateur est celui qui a à cœur de parler autour de lui de la mission politique et de l’action culturelle, d’encourager les laïcs à prendre leurs responsabilités et de leur faire connaître la doctrine sociale de l’Eglise et les richesses de leur patrimoine. C’est aussi celui qui fait le lien avec le travail d’Ichtus, il est une sorte de courroie de transmission qui permet à son entourage de découvrir Permanences, les outils et les programmes proposés, les activités: conférences, stages, sessions, congrès, et surtout les réseaux de compétences.

Enfin, l’animateur doit toujours avoir la préoccupation de chercher autour de lui de nouveaux animateurs potentiels, car ce sont eux qui pourront démultiplier ce travail de formation à l’action. L’animateur est ainsi un levain dans la pâte, celui qui permet de mobiliser de nouveaux moteurs pour le combat temporel. Et cela portera d’autant plus de fruits qu’il saura le faire dans un esprit de service, désintéressé, tout à tous.

Un soutien: l’amitié

La mobilisation des hommes pour ce travail de reconstruction sera d’autant plus puissante qu’elle se nourrira d’une véritable amitié. Lien profondément humain mais en même temps informel, l’amitié permet d’unir tous les acteurs de ce combat sans les enrégimenter ni les fédérer, ce quoi l’homme en général et le Français en particulier exècre généralement. C’est le lien propre qui rapproche les participants entre eux de la manière la plus naturelle. Chaque cellule a d’ailleurs son profil, ses caractéristiques, sa psychologie, c’est ce qui en fait la richesse et c’est ce qu’il faut absolument respecter.

Ce lien informel mais profond, cette amitié, qui s’attache à l’essentiel, a plusieurs vertus. Elle permet d’abord de sortir les personnes de leur isolement. Nous savons combien,en raison du climat ambiant, nos amis se trouvent isolés dans leur domaine d’action et donc affaiblis, parfois découragés. La participation au travail de la cellule permet de sortir de cet isolement, de reprendre confiance en soi et de retrouver du courage pour l’action. La cellule est donc un lieu de soutien humain, de ressourcement amical pour le combat temporel. “Rien n’est plus précieux que l’entente d’un petit nombre d’amis réunis pour s’entretenir régulièrement de ce qu’il importe de savoir et de faire. Il n’est point nécessaire pour cela d’organisation puissante, il suffit de systématiser le jeu des relations amicales, familiales, professionnelles, culturelles, etc.”, expliquait Jean Ousset. La deuxième vertu de cette amitié est qu’elle produit un soutien mutuel plus spontané et plus fort que ne le permettrait toute solidarité artificielle. Enfin, ce rapport d’amitié est le meilleur gage d’une relation qui respecte les particularismes et s’attache à l’essentiel: la cohésion dans le “combat général”.

Telle est bien la nature des relations qui existent entre les participants d’une cellule. Il en va de même dans leur relation avec ICHTUS. Dans les mouvements, partis et autres associations, il existe toujours des rapports d’appartenance et de hiérarchie. Au contraire, notre travail se fait dans la plus totale indépendance, mais les relations qui s’y développent n’en sont pas moins fortes: ce sont celles de “l’amitié au service du vrai”, ainsi que se plaisait à en parler Jean Ousset.

Cette relation d’amitié se tisse plus particulièrement entre les animateurs et ICHTUS, qui ne cherche pas à les embrigader mais à les aider dans leur action. Il n’existe d’ailleurs aucun lien organique entre les cellules et ICHTUS, qui ne leur apporte que des services, une méthode et… cette amitié.

La force du travail en cellule est de nouer ces relations humaines, de développer cette sociabilité dont les acteurs de notre travail, tout comme notre pays, ont le plus besoin.

C’est pourquoi il est intéressant de développer des relations entre les différentes cellules qui existent localement et, plus largement, entre les animateurs des diverses régions de France. Le “bureau des réseaux” d’ICHTUS, est en quelque sorte un relais pour favoriser ces rencontres et ces contacts de personne à personne. Cela passe notamment par les réunions nationales qui permettent à ICHTUS de développer le réseau d’animateurs. Des activités complémentaires, comme les stages, sessions et congrès aident aussi ces amitiés à se renforcer et créent de nouvelles ouvertures pour l’action.

On ne part pas au combat sans stratégie. Il faut préparer l’action et c’est le troisième objectif de la cellule, qui va permettre de faire plus concrètement le lien entre formation et action.

Ce lien n’est pas forcément très facile à apprécier: la cellule est-elle un lieu d’action? Doit-elle déboucher sur l’action? Et sur quelle action?

Le premier élément à considérer est que les cellules se constituant par lien d’amitié entre proches parmi les plus engagés, pour autant ceux-ci n’ont pas les mêmes domaines de compétence: d’abord ils ont des métiers différents, et puis l’un est plus fait pour l’action politique, l’autre pour l’action culturelle, un autre pour un engagement associatif, etc. Dans ces conditions, il est plus difficile d’envisager des actions communes; le danger pourrait même être de déraciner les personnes de leurs propres engagements naturels, de les débaucher de leurs lieux d’efficacité. Cela fait qu’en général la cellule, en tant que groupe, ne débouche pas sur des actions, à proprement parler, mais elle est le lieu où chacun se ressource pour féconder ses engagements personnels dans son milieu naturel.

C’est en cela que le travail d’ICHTUS  est “auxiliaire”, il n’est pas là comme un mouvement supplémentaire pour susciter de nouvelles actions particulières, mais comme un service en amont pour aider les laïcs à mieux réaliser leurs engagements propres.

La formule idéale

Dans ce sens, le fonctionnement idéal d’une cellule, assez difficile à mettre en place il est vrai, est de rassembler dans le groupe les cadres d’un milieu local donné. Ainsi, le cas, réel, dans une ville moyenne, d’animateurs qui ont réussi à rassembler dans leur cellule un grand nombre d’acteurs de la vie politique, culturelle et associative locale: le représentant du MEDEF, le candidat PCD, le conseiller régional UMP, le chef de district des Scouts d’Europe, l’animatrice d’une radio libre locale, le patron d’un journal local, le président des AFC et le rédacteur en chef du journal municipal. Il en résulta une richesse de concertation, de complémentarités et de projets qui fait de cette cellule un vrai cas d’école. C’est un exemple qui n’est probablement pas totalement transposable, mais vers lequel il faut tendre.

Un lien formation – action

Toutefois, il existe des possibilités d’actions en cellule. Actions ponctuelles, secondaires mais non moins intéressantes. Il peut s’agir de projets de sensibilisation (conférences, rédaction de lettres, démarches auprès d’élus); ou bien de relais d’actions nationales (manifestations, campagne de pétitions, soutien à un projet culturel ou médiatique, etc). Ces petites réalisations sont très utiles pour donner le goût de l’action à ceux qui en manqueraient et leur faire acquérir une certaine expérience.

Par ailleurs, la cellule peut travailler sur un projet nécessitant des compétences différentes qui seront, du coup, complémentaires. Il peut s’agir d’entreprises à long terme (exemple d’un groupe à l’origine d’une école libre) ou à court terme, comme l’organisation d’un événement ou la réalisation d’un projet local (exposition, concert, conférences, campagne de sensibilisation).

Les membres d’une cellule peuvent également acquérir une compétence commune en vue d’une action particulière. Cela demande plus de temps mais peut porter des fruits fort intéressants. Exemple de ces jeunes, de différentes branches d’étude, qui ont passé deux ans de cellule à se former sur l’éducation affective et sexuelle, ainsi qu’à mettre en place des supports pédagogiques, pour témoigner dans des lycées.

Mais tous ces cas de figure restent des actions secondaires; chacun des participants ayant des compétences particulières et un milieu propre, leurs lieux d’engagement seront différents, et la cellule ne sera pas directement le lieu de l’action principale.

Possibilités d’actions communes

Il est toutefois une voie optimale qui consiste à monter une cellule avec des personnes qui ont des engagements communs: dans un métier particulier, dans un parti politique, une association précise, etc. L’efficacité est ici beaucoup plus grande parce que le groupe peut directement envisager et préparer l’action. C’est le cas de ces étudiants en médecine qui, non seulement se sont formés ensemble dans leur matière spécifique, mais ont engagé des opérations dans leur faculté de médecine et aujourd’hui en mènent dans leur métier; ou l’exemple de ces professeurs d’histoire qui se rassemblent pour mettre en place un programme et des supports pédagogiques pour leurs élèves. Dans ces cas, la cellule rassemble non pas d’abord des amis, mais des personnes ayant un terrain d’action identique. Il faut, bien sûr, un minimum de connaissance et de confiance réciproque, mais ensuite les liens d’amitié ne tardent pas à se faire et il en ressort une efficacité plus grande. Jean Ousset prônait davantage cette deuxième formule, parce qu’elle permet de conjuguer au mieux formation et action.

Pie XII développait déjà cette approche de l’action, au 2e congrès mondial de l’apostolat des laïcs, en 1957, lorsqu’il disait que “les cellules catholiques, qui doivent se créer parmi les travailleurs, dans chaque usine et dans chaque milieu de travail pour amener à l’Eglise ceux qui en sont séparés, ne peuvent être constituées que par les travailleurs eux-mêmes. La cellule catholique doit intervenir dans les ateliers, mais aussi dans les trains, les autobus, les familles, les quartiers. Partout elle agira, donnera le ton, exercera une influence bienfaisante et réapprendra une vie nouvelle”.

Tel est notre projet: développer ces petits groupes d’amitié partout où nous sommes, partout où nous pouvons les susciter, pour en faire des semences de renaissance.

Mais le lien cellule-action doit surtout se trouver à un autre niveau: celui d’une préparation, d’une élaboration de l’action. La cellule est moins le lieu où l’on agit directement que celui où l’on va préparer les actions des deux premiers degrés (individuelle et organique).

Cette préparation commence par l’étude des méthodes d’action, comme on l’a vu, en consacrant du temps à la formation théorique et pratique (expérience) aux méthodes d’action.

Ensuite, cela se réalise par l’optimisation des actions que les membres mènent individuellement ou dans leurs organismes. La cellule est l’endroit où l’on va réfléchir aux engagements particuliers de chacun et aux actions que l’on peut voir dans son milieu, de manière à envisager une plus grande efficacité de chacun:

– vérifier ce que l’on fait selon les trois degrés de l’action;

– établir des priorités en fonction des opportunités ou des situations présentes ;

– analyser les cas de conscience et les situations relevant de la prudence ;

– échanger des informations, des contacts, des idées, des initiatives ;

– chercher les projets à soutenir, les contacts à proposer, etc ;

– réfléchir à des pistes d’actions nouvelles, à des projets possibles.

La cellule est le lieu où l’on va chercher à favoriser des complémentarités et faciliter l’engagement des uns et des autres. Cela se travaille, cela prend du temps, c’est une préoccupation qu’il faut développer; et c’est le rôle de l’animateur de savoir encourager l’action autour de lui. Sorte de spécialiste du général, l’animateur est la cheville ouvrière du travail de synchronisation entre la formation et l’action; il est vraiment l’homme du ‘3ème degré de l’action’, selon l’expression consacrée[[Voir notre article consacré à la méthodologie de l’action.]].

La cellule est donc finalement le lieu de l’élaboration d’une stratégie au service du combat général. Il s’agit là de tout un travail d”état-major”, disait Jean Ousset. C’est spécifiquement le rôle de l’animateur de remplir cette fonction du “3ème degré” de l’action qui est la coordination des forces. D’ailleurs, il ne faut pas que le mot stratégie fasse peur, Jean-Paul II lui-même l’utilise, dans Evangelium Vitae (n°95), quand il dit qu’il faut “mettre en œuvre une grande stratégie pour le service de la vie”, sachant encore une fois que lorsque l’on parle de stratégie et de combat, ils sont envisagés avec les armes du chrétien, qui sont celles de l’amour, de la vérité, de la patience, de la charité, dans la perspective de la civilisation de l’amour.

Ainsi donc, la cellule est ce moyen précieux qui facilite l’engagement des laïcs parce qu’elle est ce triple lieu de formation, de mobilisation et de préparation à l’action. Elle permet ainsi de féconder l’action individuelle et l’action organique, et il est à espérer qu’elle suscite des vocations d’animateurs, dont l’action en profondeur est déterminante pour permettre la renaissance dont notre pays a besoin. C’est pourquoi nous insistons tellement sur ce travail en cellule, il est réellement essentiel.

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